Des digues de terre pour dévier la lave // Earth dykes to deflect lava

Avec les dernières éruptions du 18 décembre 2023 et du 14 janvier 2024 sur la péninsule de Reykjanes, au sud-ouest de leur pays, les Islandais ont compris que les coulées de lave pouvaient menacer, voire détruire les infrastructures essentielles et les zones habitées. C’est la raison pour laquelle ils travaillent 24 heures sur 24 pour construire d’impressionnantes digues de terre pour essayer de de protéger la centrale vitale de Svartsengi et le port de pêche de Grindavik, et les mettre ainsi à l’abri des coulées de lave.

Les scientifiques expliquent que les six systèmes volcaniques de la péninsule, restés en sommeil pendant près de 800 ans, pourraient être de nouveau actifs pendant trois siècles, faisant planer une menace réelle sur 30 000 personnes, soit près de 8 % de la population totale du pays. Cinq éruptions ont déjà eu lieu depuis 2021.
Face au risque d’une éventuelle nouvelle activité volcanique, les autorités ont commencé, en novembre 2023, à construire des remparts de terre autour de la centrale géothermique de Svartsengi. Près de 100 bulldozers, excavatrices et camions travaillent sans relâche autour de la centrale. Au total, quelque 560 000 mètres cubes de matériaux – graviers et lave solidifiée – seront utilisés pour protéger la structure.

Bulldozer à l’oeuvre près de la centrale de Svartsengi (Crédit photo : Iceland Review)

Le but des digues est de détourner la lave, non de l’arrêter, et de forcer la coulée à progresser le long de ces barrières de terre. Essayer d’arrêter la lave ne sert à rien ; certes, ça l’arrêtera momentanément, mais elle finira par franchir ces obstacles
La construction de remparts a également commencé autour de Grindavik où vivent près de 4 000 habitants, évacués le 10 novembre 2023, un mois avant l’éruption du 18 décembre. Lorsque la dernière éruption a débuté le 18 janvier 2024, la première barrière de terre s’est avérée efficace pour éloigner la lave de Grindavik. Toutefois, lorsque des fissures se sont ouvertes à la périphérie de la ville, au-delà des digues de terre, la lave a détruit trois maisons. .

 

Les digues de terre (au premier plan) n’ont rien pu faire contre l’ouverture d’une nouvelle fissure aux abords de Grindavik (image webcam)

Les plus grandes digues mesurent environ 40 mètres de large à la base, entre huit et dix mètres de hauteur et quatre mètres de large au sommet. Il faudra probablement six semaines pour terminer le demi-cercle de sept kilomètres autour de Grindavik. Cela nécessitera environ deux fois plus de matériaux que pour la centrale de Svartsengi.
Ce n’est pas la première fois que des digues de terre sont érigées dans des régions sous la menace de volcans actifs. Des digues ou des remparts similaires ont déjà été tentés en Italie, à Hawaï et en Islande pour se protéger de la lave, mais à plus petite échelle.

Lors de l’éruption de l’Etna (Sicile) de 1991 à 1994, une digue de terre de 234 mètres de long et 21 mètres de haut a été construite dans le Val Calanna pour tenter d’empêcher la lave de devenir une menace pour la ville de Zafferana Etnea. La lave a été retenue pendant environ un mois avant de finalement déborder de la structure. La leçon a été tirée par les Islandais qui construisent désormais les digues différemment.

Edification d’une digue de terre sur l’Etna en 1991 (Crédit photo : Salvatore Caffo)

Les Islandais ont tenté pour la première fois de freiner la lave sur l’île de Heimaey (îles Vestmann) lorsqu’en 1973 une éruption a détruit la ville de Vestmannaeyjar, obligeant toute sa population à partir.
Depuis cette époque, d’autres éruptions ont eu lieu en Islande, mais généralement loin des villes et des infrastructures critiques. Lorsque l’activité volcanique a commencé sur la péninsule de Reykjanes en 2021, les Islandais ont essayé de construire un rempart de terre afin d’essayer d’éloigner la coulée de lave qui semblait déjà menacer Grindavik. Heureusement, la lave s’est arrêtée avant d’atteindre la digue.

Digue de terre dans la Meradalir en 2022 (Photo: C. Grandpey)

Les premières tentatives ont permis aux Islandais de se rendre compte que les barrières de terre étaient efficaces. Ils ont pu acquérir une technique pour les construire. La Protection civile enterre également les canalisations d’eau chaude plus profondément sous terre et surélève les lignes électriques et de télécommunications pour les protéger. Des tentatives sont également faites pour isoler les tuyauteries et les câbles électriques afin de les protéger de la lave à haute température.
Les Islandais sont habitués à vivre avec les volcans qui ont façonné de magnifiques paysages dans leur pays. Les geysers et les sources d’eau chaude attirent des foules de touristes, mais les volcans peuvent devenir un problème lorsqu’ils entrent en éruption au mauvais endroit. Le ministre islandais des Infrastructures a déclaré : « Il ne faut pas oublier que notre énergie géothermique verte, nos superbes attractions touristiques et notre bien-être proviennent de la puissance des volcans. Parfois, c’est une bonne chose et les gens en profitent, mais parfois les volcans peuvent devenir une menace. »
Source  : Adapté d’un article paru dans Yahoo Actualités.

Dans une note publiée le 18 janvier 2024, j’ai abordé le sujet du détournement des coulées de lave, en expliquant que cette technique présentait des limites :

Le détournement des coulées de lave et ses limites // The diversion of lava flows and its limits

—————————————————–

With the past eruption of December 18th, 2023 and January 14th, 2024, Icelanders have understood yhat lava flows are able to threaten and even destry essential infrastructure and residential areas. This is the reason why they are working round-the-clock to build impressive dykes to protect the vital Svartsengi power plant and the fishing port of Grindavik from lava flows on Iceland’s southwestern Reykjanes Peninsula where volcanic activity had been dormant for nearly 800 years.

Scientists explain that the six volcanic systems on the peninsula might be active for up to three centuries, with a real threat to 30,000 people, nearly 8% of the country’s total population. Five eruptions have already occurred since 2021.

With the risk of possible new volcanic activity, authorities in November 2023 began building defence walls around the Svartsengi geothermal power plant. Since then, nearly 100 bulldozers, excavators and haul trucks have been working nonstop around the plant. In total, some 560,000 cubic meters of gravel and solidified lava rock will be used to protect the structure

The aim of the dykes is to divert the lava, not to stop it, and to force the flow to move forward beside the barriers. Trying to stop the lava is of no use ; it will stop it, the lava will eventually go over the barriers.

Construction of defence barriers has also started around Grindavik, home to nearly 4,000 residents who were evacuated on November 10th 2023, one moth before the December 18th eruption. When the last eruption started on January 18th, 2024, the first barrier proved effective in diverting lava away from Grindavik but when fissures opened on the outskirts of the town, beyond the barriers, lava destroyed three houses. .

The biggest barriers are about 40 metres wide, between eight and ten metres high, and four meters wide at the top. Finishing the seven-kilometre half circle around Grindavik is expected to take six weeks. It will take roughly twice as much material as was needed at Svartsengi.

This is not the first time earthen barriers have been erected in regions with active volcanoes. Similar dykes or embankments have already been attempted in Italy, Hawaii and Iceland to protect from lava but on a smaller scale. During the 1991-1994 eruption of Mount Etna (Sicily), a 234-metres long and 21-metres high barrier was constructed in Val Calanna to try and prevent lava from travelling farther downslope and become a threat to Zafferana Etnea. The lava was held back for approximately one month before it eventually flowed over the structure. The lesson was drawn by Icelander who are now building the dykes differently.

Icelanders first attempted building defence walls on the island of Heimaey (Vestmann Islands) when a 1973 eruption ravaged the town of Vestmannaeyjar, forcing its entire population to evacuate.

Other eruptions have struck Iceland since, but usually away from towns and critical infrastructure. When volcanic activity began on the Reykjanes peninsula in 2021, attempts at building a defence were made, in order to try to steer the lava flow away from one area that would eventually lead to Grindavik, Fortunately, the lava stopped before reaching the barrier.

The first attempts allowed Icelanders to realise that the barriers are working, so now they know more about how to build them and how to use them. The Department for Civil Protection is also digging hot water pipelines deeper underground and lifting power and telecom lines higher to protect them. Attempts are also being made to insulate overland pipelines and power cables from hot lava.

Icelanders are used to living with volcanoes which have shped wonderful landscapes in their country. Geysers and hot water springs draw crowds of tourists, but volcanes can become a problem when they erupt in the wrong places. Said Iceland’s Minister of Infrastructure : « We must remember that our green geothermal energy, amazing tourist attractions and well-being in Iceland come from the power of the volcanoes. Sometimes it is good and a benefit to the people, but sometimes it is threatening us. »

Source : Adapted from an article in Yahoo News.

In a post published on January 18th, 2024, I addressed the subject of diverting lava flows, explaining that this technique had limitations:

Le détournement des coulées de lave et ses limites // The diversion of lava flows and its limits

Nouvelle évacuation de Grindavik (Islande) // New evacuation of Grindavik (Iceland)

Alors que les recherches pour retrouvé un homme disparu au fond d’une fracture à Grindavik ont été abandonnées pour des raisons de sécurité, la bourgade de 3 800 habitants qui a été évacuée en raison de l’activité sismique en novembre 2023 sera à nouveau évacuée le 15 janvier 2024 dans le soirée. La raison de cette décision est le risque soudain d’ouverture de nouvelles crevasses. Aucune personne non autorisée ne pourra pénétrer dans l’enceinte de la ville pendant trois semaines. La ministre de la Justice a promis une action gouvernementale pour reloger les familles évacuées. Elle a ajouté qu’elle espérait que la ville serait à nouveau sûre et habitable d’ici l’été ou l’automne.
Après l’éruption du 18 décembre 2023, les habitants de Grindavík ont été autorisés à rentrer chez eux pour Noël et les entreprises ont été autorisées à rouvrir. Cependant, le soulèvement du sol se poursuit dans la région voisine de Svartsengi et le Pet Office islandais avertit qu’une nouvelle éruption peut débuter à tout moment.
Source  : Iceland Review.

———————————————

While the search of a man who fell in a fissure in Grindavik was called off due to safety reasons, the town of 3,800 people that was evacuated due to seismic activity in November, will be evacuated again on January 15th in the evening. The reason is ongoing danger of crevasses opening up in the area without warning. No unauthorised personnel will be allowed within the town limits for three weeks. The Minister of Justice promised government action to provide evacuated families with housing. She added that she hoped that the town would be safe and habitable again by this summer or autumn.

Following the December 18th, 2023 eruption the residents of Grindavík were permitted to go back to their homes for Christmas and businesses were allowed to reopen. However, crustal uplift continues in the nearby Svartsengi area and the Icelandic Meteorological Office warns that a new eruption could begin at any time.

Source : Iceland Review.

Grindavik reste sous la menace d’une éruption (Crédit photo: Iceland Review)

Islande : poursuite du soulèvement du sol // Iceland : ground uplift continues

L’activité sismique sur la péninsule de Reykjanes est relativement stable et faible. Elle reste centrée entre Hagafell et Stóra Skógfell, là où se situe le centre de l’intrusion magmatique. De plus, une activité sismique persiste à Fagradalsfjall depuis le 18 décembre 2023.
Le soulèvement du sol se poursuit dans la région de Svartsengi et est resté relativement stable depuis l’éruption du 18 décembre. Les modèles indiquent que la quantité de magma accumulée dans le réservoir sous Svartsengi a atteint un niveau comparable au volume qui a conduit à la formation du dyke magmatique et à l’éruption du 18 décembre 2023. Selon le Met Office, tout cela montre qu’il existe un réel risque d’éruption dans les prochains jours… On nous le dit depuis la fin de la dernière éruption; ça finira bien par arriver!
Source : MetOffice.

———————————————

Seismic activity on the Reykjanes Peninsula is relatively stable and shows low values. It remains centered between Hagafell and Stóra Skógfell, where the center of the intrusion is situated. Additionally, there is ongoing seismic activity in Fagradalsfjall, persisting since December 18th, 2023.

Ground uplift continues in the Svartsengi area and has been relatively stable since the eruption on December 18th. Yhe models indicate that the amount of magma accumulated in the reservoir beneath Svartsengi has reached a level comparable to the volume that led to the formation of the magma conduit and the subsequent eruption on December 18th, 2023. This suggests that there is an increased risk of an eruption in the coming days… We have been told this since the end of the last eruption; it may happen eventually!

Source : Met Office.

 

Vue du soulèvement Du sol à Svartsengi (Source : Icelandic Met Office)

Islande : éruption en vue ? Allez savoir ! // Iceland : eruption in sight ? Who knows ?

Notre incapacité à prévoir avec précision les éruptions volcaniques permet de jouer au jeu des pronostics. Après nous avoir expliqué que le soulèvement du sol avait ralenti dans la région de Svartsengi, le Met Office nous informe aujourd’hui que du magma s’accumule à nouveau sous la péninsule de Reykjanes et les volcanologues locaux affirment qu’une nouvelle éruption pourrait se produire à tout moment. Le sol près de Svartsengi s’est maintenant soulevé davantage qu’avant l’éruption du 18 décembre 3023. Cela montre que la chambre magmatique située sous Svartsengi a désormais reconstitué 75 % du magma évacué par l’éruption de décembre.
Cette situation indique qu’une nouvelle éruption est en préparation. Le site le plus probable est la ligne de cratères de Sundhnúkur, entre Stóra-Skógfell et Hagafell.

Autre question : le Blue Lagoon devra-t-il être à nouveau fermé ?

———————————————-

Our inability to accurately predict eruptions allows to play the game of predictions. After telling us that ground uplift had slowed down in the Svartsengi area, the Met Office informs us today that magma is collecting below Iceland’s Reykjanes peninsula again and experts say another eruption could happen at any time. The land by Svartsengi has now risen more than it did before the 18 December 3023 eruption. This shows the magma chamber beneath Svartsengi has now replenished 75% of the magma expelled by the December eruption.

These developments indicate that another eruption is on the way. The most likely location is the Sundhnúkur Crater Row, between Stóra-Skógfell and Hagafell mountains.

Another question is : Will the Blue Lagoon need to be closed again ?

Phase initiale de l’éruption du 18 décembre 2023