Kilauea (Hawaii) : Délocalisation du Jaggar Museum et du HVO // Relocation of the Jaggar Museum and HVO

Dans une note diffusée le 7 septembre, j’écrivais que le Jaggar Museum ne pourrait pas rouvrir ses portes le 21 septembre comme le Parc National des Volcans d’Hawaii, à cause des dégâts subis lors de la dernière éruption du Kilauea. Le bâtiment a été endommagé par des dizaines de milliers de séismes et les autorités du parc ont annoncé qu’elles prévoyaient de transférer le Jaggar Museum vers un bureau de tourisme situé dans le centre de Paoha.  Il faudra probablement des années et des fonds supplémentaires pour rouvrir le musée sur un nouveau site.
D’autre part, le bâtiment du Hawaiian Volcano Observatory (HVO) sur la lèvre du cratère de l’Halema’uma’u est actuellement vide de ses occupants. Les secousses sismiques ont – comme pour le Jaggar museum – trop endommagé le bâtiment et la sécurité des scientifiques qui y travaillent serait menacée. Dans un premier temps, le personnel (une trentaine de personnes) a été transféré dans les bâtiments de l’Université d’Hawaii à Hilo. Le problème, c’est que l’année universitaire a repris et les locaux (en particulier les laboratoires) ne sont plus disponibles. En conséquence, le personnel du HVO va devoir passer les six prochains mois dans les locaux des douanes (Customs and Border Protection) à proximité du port de Hilo. Il n’est pas du tout certain que l’Observatoire au sommet du Kilauea soit réutilisé car les réparations sont coûteuses et l’argent manque. Les scientifiques continuent à surveiller le volcan, mais depuis Hilo. Ils ont certes les instruments mais pas la vue sur le volcan!

Source : Presse hawaiienne.

———————————————-

In a post released on September 7th, 2018, I wrote that the Jaggar Museum would not reopen with the rest of the Hawaiian Volcanoes National park because of the damage it sustained during Kilauea’s last eruption, especially the tens of thousands earthquake that shook the volcano’s summit area. Park authorities have announced that they plan to relocate the Jaggar Museum to a proposed visitor center in downtown Pahoa. It will probably take years, plus additional funding, to reopen at a new site.

On the other hand, the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) building on the rim of Halema’uma’u Crater is currently empty of its occupants. Earthquakes have – like the Jaggar Museum – damaged the building and the safety of the scientists was threatened. At first, the staff (about thirty people) was transferred to the buildings of the University of Hawaii in Hilo. The problem is that the academic year has resumed and the premises (especially laboratories) are no longer available. As a result, HVO staff will have to spend the next six months in the premises of the Customs and Border Protection near the port of Hilo. It is not at all certain that the Observatory at the summit of Kilauea will be operational again because repairs are expensive and money is missing. Scientists continue to monitor the volcano, but from Hilo. They have the instruments but not the view of the volcano!
Source: Hawaiian Press.

(Photo: C. Grandpey)

Kilauea (Hawaii): Le Musée Jaggar ne rouvrira pas // The Jaggar Museum will not reopen

Alors que les autorités prévoient toujours la réouverture partielle du Parc National des Volcans d’Hawaï pour le 21 septembre 2018, il semble hautement improbable que le Jaggar Museum, l’une des principales attractions du Parc, puisse rouvrir à cause des dégâts subis lors de la dernière éruption du Kilauea. Le bâtiment a été sévèrement secoué par les dizaines de milliers de séismes enregistrés dans la zone sommitale du volcan entre mai et août. Les autorités du parc ont annoncé qu’elles prévoyaient de transférer le Jaggar Museum vers un visitor center situé dans le centre de Paoha et gracieusement mis à la disposition du Parc par une association locale.
Les géologues ont décrété que le site sur lequel est édifié le musée est «extrêmement instable», ce qui exclut toute utilisation future du bâtiment et des terrains annexes. Il faudra probablement des années, plus des fonds supplémentaires, pour rouvrir le musée sur un nouveau site.
En juin 2018, le personnel du Parc avait retiré par sécurité des artefacts et des éléments d’exposition du Musée Jaggar alors que l’activité volcanique et sismique endommageait le bâtiment et ses environs.
Source: Service des Parcs Nationaux.

—————————–

While officials are still planning the partial reopening of Hawaiian Volcanoes National Park for September 21st, 2018, it seems highly unlikely that the Jaggar Museum – one of the highlights of the Park – will reopen becase of the damage it sustained during Kilauea’s last eruption, especially the tens of thousands earthquake that shook the volcano’s summit area s from May to Augusst.. Park authorities have announced that they plan to loan some items from Jaggar Museum to a proposed visitor center in downtown Pahoa.
Geomorphologists recently determined the ledge on which the museum sits is “extremely unstable,” preventing future use of the building and grounds. It will probably take years, plus additional funding, to reopen at a new site.
In June 2018, park staff had removed artifacts and some exhibit features from the Jaggar Museum as volcanic and earthquake activity damaged the building and surrounding area.
Source: National Park Service.

On ne pourra plus admirer le cratère de l’Halema’uma’u depuis la terrasse du Jaggar Mudeum (Photo: C. Grandpey)

Les séismes à Yellowstone // Earthquakes at Yellowstone

Un article récent paru dans le journal USA Today nous rappelle que le risque d’une super éruption n’est pas le seul dans le Parc National de Yellowstone. Il ne faudrait pas oublier le risque d’un séisme majeur dans la région. Selon le responsable scientifique de l’Observatoire Volcanologique de Yellowstone (YVO), «il s’agit d’un risque sous-estimé dans la région de Yellowstone. Il peut y avoir, et il y aura dans le futur, des séismes de magnitude 7. »

Yellowstone connaît en moyenne 1 500 à 2 500 séismes par an ; la plupart d’entre eux sont si faibles qu’ils ne sont pas ressentis par la population, mais de puissants séismes se sont produits dans un passé pas si lointain. Ainsi, le 17 août 1959, un séisme de magnitude 7,3 a secoué le Parc, causant la mort de 28 personnes lorsqu’un glissement de terrain a enseveli un camping. Plus de 80 millions de tonnes de roches se sont effondrées, bloquant une rivière et formant un lac, baptisé à juste titre Earthquake Lake, que l’on peut encore voir aujourd’hui. C’est le plus important tremblement de terre historique de l’Intermountain West, une région située entre les Montagnes Rocheuses à l’est et la Chaîne des Cascades et la Sierra Nevada à l’ouest.
La probabilité d’un séisme de même intensité est plus grande qu’une éruption, même mineure, du super volcan de Yellowstone. Cependant, contrairement à une éruption volcanique, les puissants séismes ne montrent pas de signes avant-coureurs. Ils sont susceptibles de se produire, mais on est incapable de dire quand.
Les risques posés par un puissant séisme aujourd’hui à Yellowstone seraient plus importants qu’il y a près de 60 ans en raison du nombre plus important de visiteurs, en particulier en été. Plus de 4 millions de personnes visitent le Parc chaque année, avec des pics en juillet et en août. De plus, Yellowstone se trouve dans une zone rurale qui est desservie par peu de voies de communications. Si une route est détruite par un séisme, les distances à couvrir pour atteindre la zone sinistrée seront très importantes. Si deux routes deviennent impraticables, l’accès sera pratiquement impossible en voiture.
Un scientifique du YVO a déclaré : «Le point positif est que Yellowstone est l’une des régions au monde où la sismicité est la mieux surveillée.» Plus de 40 stations enregistrent en permanence les mouvements de la Terre dans la région de Yellowstone et communiquent les données au Service des Parcs Nationaux. Le problème est que les stations sismiques ne peuvent qu’indiquer l’intensité des séismes; elles ne peuvent pas les prévoir! Néanmoins, les stations sismiques montrent que les séismes ont tendance apparaître dans certaines zones plutôt que dans d’autres. De plus, en se référant aux événements du passé, les scientifiques peuvent évaluer une probabilité de séisme au cours d’une certaine période.
Les séismes de Yellowstone peuvent avoir deux causes principales: le système volcanique, qui exerce une pression sur la croûte terrestre, et le système tectonique qui est le résultat, dans la région, d’une zone d’étirement active de la croûte d’est en ouest.
Outre le risque d’un séisme majeur avec glissement de terrain et dégâts causés aux bâtiments et aux ponts, il existe un autre danger dans le Parc. En effet, un puissant séisme pourrait déclencher une explosion hydrothermale, avec un mélange d’eau chaude, de boue et de roches susceptible de blesser des personnes se trouvant à proximité.
En dépit de ces différents risques, il ne faut pas que les touristes craignent un événement géologique majeur durant leur séjour à Yellowstone. Les puissants séismes ou les grandes éruptions volcaniques sont des événements qui ne se produisent pas fréquemment. Comme l’a dit un scientifique du YVO: «On court beaucoup plus de risques sur la route pour venir à Yellowstone que pendant un séjour dans le Parc. ».
Source: USA Today.

———————————————-

A recent article in the newspaper USA Today reminded us that the risk of a super eruption is not the only one in Yellowstone National Park. One should not forget the risk of a major earthquake in the area. According to the scientist-in-charge at the Yellowstone Volcano Observatory (YVO), “this is an underappreciated hazard in the Yellowstone area. There can and there will be in the future magnitude-7 earthquakes.”

On average, Yellowstone experiences 1,500 to 2,500 earthquakes a year, most of them so small they can’t be felt. But large quakes have occurred in the not-too-distant past. On August 17th, 1959, an M 7.3 earthquake rocked the Park, killing 28 people when a landslide rushed through a campground. More than 80 million tons of rock fell, blocking a river and forming a lake, aptly named Earthquake Lake which can still be seen today. The event remains the largest historical earthquake in the Intermountain West, a region between the Rocky Mountains to the east and the Cascade Range and Sierra Nevada to the west.

The threat of an earthquake of a similar magnitude happening again is more likely than even a minor eruption of Yellowstone’s super volcano. However, unlike a volcano, large earthquakes don’t show warning signs. They are likely to occur, but we can’t say when.

The hazards posed by a large earthquake today would be greater than what happened nearly 60 years ago due to a higher influx of visitors, especially in the summer. More than 4 million people visit Yellowstone every year, with peak visitation in July and August. Besides, Yellowstone sits in a rural area with few roads. If one road is destroyed by the quake, it creates a huge detour. If two roads become impassable, sometimes you can’t even get there by car.

A YVO scientist said that “the good thing is that Yellowstone is one of the best seismically monitored regions in the world.” More than 40 seismic stations continuously record the Earth’s movements in and around the Yellowstone region and report back to the National Park Service. The problem is that the seismic stations can just reveal the magnitude of the earthquakes; they can’t predict them! A positive point is that the seismic stations show that earthquakes tend to cluster in areas. Given what happened in the past, scientists can give a probability of having an earthquake over the next amount of time.

The Yellowstone earthquakes can have two main contributors: the volcanic system, which puts stress on the crust, and the tectonic system, which is represented in the region by an area of active stretching of the crust from east to west.

In addition to a major quake causing landslides and damaging buildings and bridges, there is another hazard: It could trigger a hydrothermal explosion, a mixture of hot water, mud and rocks that could injure people if they happened to be nearby.

Regardless of the different hazards, visitors should not be on high alert for a geological event of any sort. Big earthquakes or large volcanic eruptions are highly unlikely events which do not happen frequently. As one YVO scientist pointed out: “You’re in much more danger driving to Yellowstone than during your visit in the Park.”

Source: USA Today.

Route détruite par le séisme de 1959 à Yellowstone (Crédit photo : USGS)

 

 

Lombok (Indonésie) : Des séismes mais pas d’éruptions // Earthquakes but no eruptions

Deux séismes d’une magnitude de M 6,3 et M 6,9 ont secoué à plusieurs heures d’intervalle, l’île indonésienne de Lombok le dimanche 19 août 2018, endommageant des constructions et provoquant des scènes de panique, deux semaines après un événement de M 7.0 qui a fait plus de 460 morts.

Le premier séisme, d’une magnitude de M 6,3, a été enregistré à 4,5 km sud-ouest de la ville de Belanting, dans l’est de Lombok, à 22h56 (heure locale). Son hypocentre a été localisé à une profondeur de 10 kilomètres. Des habitants ont affirmé que la secousse avait été fortement ressentie dans l’est de l’île.

Quelques heures plus tard, un deuxième séisme, d’une magnitude de M 6,9, a frappé l’île. L’USGS a localisé son hypocentre à une profondeur de 20 km et à environ cinq kilomètres au sud de Belanting. Aucune alerte au tsunami n’a été émise.

Dans l’immédiat, aucune victime n’a été signalée à la suite de ces séismes qui ont causé des dégâts matériels et provoqué la panique chez les habitants, notamment dans l’est de Lombok.

Selon les sismologues, cette dernière secousse a probablement activé la zone qui est juste à l’est des secousses précédentes. Les derniers événements semblent montrer que la faille le long de laquelle ils se sont produits est en train de s’activer plutôt vers l’est, ce qui serrait une bonne chose car la population est moins importante dans cette région. Le risque de tsunami est assez faible car, malgré une magnitude supérieure à M 6.0, ces événements ne sont pas très importants.

Les scientifiques font remarquer qu’il n’est pas rare d’avoir deux séismes consécutifs à deux semaines d’intervalle avec la même magnitude. Globalement, on constate que l’on a une grosse secousse puis des secousses plus petites dont le nombre décroît avec le temps. De temps en temps, une des secousses suivantes peut malheureusement être de même magnitude que le premier événement. Ainsi, le 5 août 2018, on a enregistré une secousse de magnitude M 6,9, et le 19 août un autre événement de même magnitude. On va probablement continuer à enregistrer des séismes plus petits, mais rien n’empêche que d’ici quelques semaines ou quelques mois, on enregistre un séisme d’une magnitude autour de M 7.0, mais plutôt vers l’est. Connaissant la structure des failles de cette zone, la probabilité la plus grande est que les séismes les plus puissants se déplacent vers l’est des îles et non pas vers l’ouest, vers Bali. En effet, la faille de Flores s’arrête sur l’île de Lombok et ne va pas plus vers l’ouest.

Beaucoup de gens se demandent si les nombreux événements sismiques enregistrés dans la région ne risquent pas entraîner une hausse de l’activité volcanique. Cette relation entre les deux types d’activité n’a jamais été vraiment prouvée. Dans le cas des derniers séismes de Lombok, on a affaire à une activité purement tectonique, et pas volcano-tectonique. Ils sont uniquement liés à la faille de Florès. Le risque de voir un volcan comme le Rinjani entrer en éruption est faible. L’île de Bali n’étant pas, à priori, concernée par cette activité tectonique, il y a peu de risques qu’un volcan comme l’Agung connaisse un regain d’activité. Comme je le fais remarquer lors de mes conférences, le très puissant séisme de Tohoku, d’une magnitude de M 8,9  enregistré le 11 mars 2011 au Japon n’a pas entraîné un réveil du Mont Fuji comme le craignaient certains volcanologues nippons. A l’époque, ces derniers pensaient que le Mont Fuji, emblème national, avait été touché en profondeur par le séisme qui avait provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima. Selon une étude franco-japonaise, publiée dans la revue Science, les entrailles du volcan, toujours actif et qui se trouve à la jonction des plaques tectoniques pacifique, eurasienne et philippine, auraient été mises sous pression par le séisme. On attend toujours l’éruption….

————————————————

Two earthquakes with a magnitude of M 6.3 and M 6.9 shook several hours apart the Indonesian island of Lombok on Sunday, August 19th, 2018, damaging buildings and causing panic scenes, two weeks after an M 7.0 event that left more than 460 dead.
The first earthquake, with a magnitude of M 6.3, was recorded 4.5 km southwest of Belanting City, east of Lombok, at 22:56 (local time). Its hypocentre was located at a depth of 10 kilometres. Residents said the quake was strongly felt in the eastern part of the island.
A few hours later, a second earthquake, with a magnitude of M 6.9, struck the island. USGS located its hypocentre at a depth of 20 km and about five kilometres south of Belanting. No tsunami warning was issued.
No casualties have been reported as a result of these earthquakes which caused material damage and panic among the inhabitants, particularly in eastern Lombok.
According to seismologists, this last jolt probably activated the area that lies just east of the previous quake. Recent events seem to show that the fault along which they occurred is becoming more active towards the east, which would be a good thing because this region is less populated. The risk of tsunami is quite low because, despite a magnitude greater than M 6.0, these events were not very powerful.
Scientists point out that it is not uncommon to have two consecutive earthquakes two weeks apart with the same magnitude. Overall, we can see that there is a big shake then smaller ones whose number decreases with time. From time to time, one of the following quakes may unfortunately be of the same magnitude as the first event. Thus, on August 5th, 2018, there was an earthquake with a magnitude of M 6.9, and on August 19th another event of the same magnitude. Smaller earthquakes will probably still be recorded, but in a matter of weeks or months, there might be another earthquake with a magnitude around M 7.0, but rather to the east. Knowing the fault structure of this area, the greatest probability is that the strongest earthquakes move east of the islands and not west towards Bali. Indeed, the Flores Fault stops on the island of Lombok and does not go further west.
Many people wonder if the numerous seismic events recorded in the region are not likely to cause an increase in volcanic activity. This relationship between the two types of activity has never really been proven. In the case of the last earthquakes at Lombok, we are dealing with a purely tectonic – but  not volcano-tectonic – activity. They are only related to the Flores Fault. The risk of seeing a volcano like Mount Rinjani erupt is low. The neighbouring island of Bali should not be affected by this tectonic activity, and there is little risk that a volcano like Mount Agung goes through a new outbreak of activity. As I often point out during my lectures, the very powerful Tohoku earthquake – with a magnitude M 8.9 – recorded on March 11th, 2011 in Japan did not cause the awakening of Mount Fuji as feared by some Japanese volcanologists. At the time, they believed Mount Fuji, the national emblem, had been deeply affected by the earthquake that caused the Fukushima nuclear disaster. According to a Franco-Japanese study, published in the journal Science, the bowels of the volcano, still active and located at the junction of the Pacific, Eurasian and Philippine tectonic plates, had been put under pressure by the earthquake. We are still waiting for the eruption …

Carte d’une partie de l’archipel indonésien avec, en particulier, les îles de Bali et Lombok (Google Maps)

Vue du Mont Fuji (Crédit photo: Wikipedia)