Effondrement glaciaire au Pérou // Glacial collapse in Peru

Avec le réchauffement climatique, le risque d’effondrement glaciaire augmente dans les montagnes. Des événements dramatiques se sont produits au cours de la dernière décennie, comme l’avalanche de Gayari en 2012 au Pakistan et le glissement de terrain de Villa Santa Lucia en 2017 au Chili. Des laves torrentielles ont également affecté les villages de Bondo et Chamoson (Suisse) en août 2017 et 2018, respectivement.
Il y a quelques jours, un effondrement glaciaire majeur s’est produit près du Machu Picchu (Pérou) le 24 février 2020, provoquant une coulée de débris catastrophique qui a coûté la vie à au moins quatre personnes. On déplore également 13 disparus.
L’événement s’est probablement produit sur le Salkantay. On estime que 400 000 mètres cubes de glace, de roches et d’autres matériaux se sont détachés de la face ouest de la montagne et se sont précipités dans la lagune de Salkanraycocha, ce qui, par contrecoup, a fait brusquement grossir le débit de la rivière Salkantay.
La lave torrentielle a dévasté au moins 15 villages des deux côtés du lit de la rivière. Le 27 février, le dernier bilan était de 4 morts et 13 disparus. Ces chiffres sont probablement provisoires étant donné l’ampleur de la catastrophe.
La cause de l’effondrement semble être une rupture de la masse rocheuse qui s’est fragmentée et a provoqué l’avalanche de glace. La cause de cette rupture est très probablement la fonte du permafrost de roche qui rend le soubassement instable et entraîne l’effondrement du glacier qui le surmonte.
Source: The Watchers et presse internationale.

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With global warming, the risk of glacier collapse is getting higher in the mountains. Dramatic events occurred during the last decade, like the 2012 Gayari avalanche in Pakistan and the 2017 Villa Santa Lucia landslide in Chile. Other lava-like flows of mud also affected the villages of Bondo and Chamoson (Switzerland) in August 2017 and 2018, respectively.

A few days ago, a massive glacier collapse took place near Machu Picchu (Peru) on February 24th, 2020, resulting in a catastrophic debris flow that claimed the lives of at least four people and left 13 others missing.

The event likely occurred on Salkantay mountain. An estimated 400 000 cubic metres of ice, rocks and other material fell off the west face of the mountain into Salkanraycocha lagoon, drastically increasing the flow of the Salkantay River.

The debris flow affected at least 15 villages on both sides of the river bed. The latest toll on February 27th was 4 dead and 13 missing. These figures are uncertain given the magnitude of the flow.

The cause of the collapse seems to be a wedge failure in the rock mass that has fragmented and caused the ice avalanche. The cause of this failure is most probably the melting of the rock permafrost which itself causes the instability of the bedrock and leads to the collapse of the glacial mass above.

Source: The Watchers and international press.

Site de l’effondrement glaciaire (Source: Presse péruvienne)

Dans le Valais, Chamoson porte encore les traces de la lave torrentielle qui a traversé le village en août 2018. (Photos: C. Grandpey)

Les bras m’en tombent !

Souvenez vous : Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, combinant vents violents et forts coefficients de marée, la tempête Xynthia a fait 47 morts en France, avec 29 victimes dans la seule ville côtière de La Faute-sur-Mer (Vendée). Dans cette commune, des lotissements avaient été construits sur des zones jusque-là réputées inondables, y compris une cuvette située sous le niveau de la mer, où sont mortes une grande partie des victimes. En décembre 2014, le maire a été condamné à 4 ans de prison ferme, son adjointe à 2 ans fermes et 75.000 euros d’amende. Le jugement leur reprochait d’avoir caché le risque d’inondation pour ne pas se priver de la manne financière liée à l’urbanisation. Le fils de l’adjointe, agent immobilier et président de la commission de surveillance de la digue, a été condamné à 18 mois de prison ferme.

Cet événement dramatique semble en passe d’être oublié et les mises en garde du GIEC sur la hausse du niveau des océans (un mètre d’ici 2100) ne sont visiblement pas prises au sérieux si l’on en juge par la situation sur l’île de Noirmoutier (Vendée). Pourtant un nouveau signal d’alerte a été émis en février 2020 par les tempêtes Ciara et Ines qui ont fait des dégâts sur les côtes. Des travaux d’urgence ont débuté le 17 février pour consolider des ouvrages de protection qui ont souffert sous les assauts répétés des vagues. Il va falloir faire vite car les grandes marées vont arriver début mars. Les habitants de Noirmoutier, impuissants, ne peuvent que constater les dégâts. À la Guérinière, certains endroits de la dune ont perdu plus de 10 mètres depuis novembre 2019.  Pour l’association Vivre l’île 12 sur 12, à long terme, la solution sera sûrement de relocaliser les maisons qui se trouvent en bord de mer. Elle déplore d’ailleurs que des permis de construire soient toujours délivrés pour des habitations en bord de mer, alors que « l’eau monte ».

Dans une rubrique sur l’Environnement, France Info explique que les deux tiers de  l’île de Noirmoutier (49 km²) se situent en dessous du niveau de la mer. Les risques de submersion sont donc présents et pourtant le plan de prévention des risques adopté en 2015 est moins contraint que sur le reste du littoral. Certaines zones rouges considérées comme non constructibles en 2012 sont devenues bleues donc constructibles en 2015 ! Comme le fait remarquer fort justement la chaîne de radio, c’est une erreur qui pourrait se payer cher à l’avenir.

Je n’ose pas en croire mes yeux quand je lis les explications fournies par la secrétaire générale de Vendée Environnement : « Ce qui s’est passé entre 2012 et 2015, c’est qu’il y a eu une grande résistance de la population, une grande difficulté à accepter le principe même du Plan de prévention des risques dans la mesure où ça a entraîné notamment plus qu’une gêne. Dans certains cas, ça pouvait même faire diminuer la valeur des biens. Cette préoccupation là a primé sur ce que cela recouvre en réalité, c’est à dire un risque« . Autrement dit le fric d’abord, les vies humaines après !

Aujourd’hui, avec la hausse du niveau des océans et les événements extrêmes qui se multiplient (voir les dernières tempêtes), les digues construites tout autour du littoral de Noirmoutier risquent de céder et inonder les constructions anciennes et nouvelles. Des travaux de restauration de ces digues sont réguliers, mais quand on connaît la force des éléments, on se demande jusqu’à quel point elles pourront résister aux assauts de l’océan. Près de 60 millions d’euros ont été investis dans le renforcement des ouvrages de défense contre la mer entre 1978 et 2015.

A Noirmoutier, avec le nouveau Plan de prévention des risques, on continue de construire. Les propriétaires peuvent diviser leurs parcelles et bâtir sur des surfaces anciennement non constructibles ! Le plan local d’urbanisme favorise la construction de logements principaux accessibles aux travailleurs locaux.
Le Plan de prévention des risques de l’île doit prochainement être révisé pour tenir compte de la hausse des océans prévue par le GIEC. Le responsable scientifique de l’Observatoire régional des risques côtiers tempère les mises en garde du GIEC « qu’il faut prendre à très long terme ». Il ajoute que l’ »on constate actuellement une petite accélération de cette remontée » [du niveau de la mer]. Selon lui, la Vendée présente des « zones basses », sensibles à la montée des eaux : Le Pouliguen, plus au nord, La Faute-sur-Mer, plus au sud. Mais le scénario à un mètre [du GIEC] « n’est pas une fatalité. En minimisant, par exemple, les gaz à effet de serre au niveau mondial, on pourrait minimiser cette remontée inéluctable du niveau de la mer. »

Que ne dirait-on pas pour protéger les intérêts locaux ? Rendez-vous dans quelques années pour une répétition à Noirmoutier de la catastrophe de La Faute-sur-Mer…

Croisons les doigts pour que les cabines de la Plage des Dames à Noirmoutier ne connaissent pas un jour le même sort que leurs homologues britanniques de St Leonards il y a quelques semaines. (Photos : C. Grandpey et BBC)

Manque de neige: Les stations de ski auvergnates en difficulté

Comme je l’ai indiqué précédemment, et prouvé au travers des images des webcams, les stations de ski auvergnates souffrent cruellement du manque de neige cette année, comme la plupart des autres stations de basse et moyenne altitude. Les statistiques montrent que le réchauffement climatique est en train de s’accélérer (Janvier 2020 a été le mois de janvier le plus chaud de l’histoire) et il est donc peu probable que les prochaines années connaissent une embellie côté enneigement.

Un article paru dans le journal La Montagne nous apprend que le manque de neige sur le massif du Sancy, dans une période touristique essentielle pour le chiffre d’affaires annuel, commence à créer de vraies difficultés financières pour les stations de ski auvergnates. Celle du Mont-Dore est clairement touchée. Les soucis financiers de la société anonyme d’économie mixte (SAEM) qui gère les remontées mécaniques du Mont-Dore ont été mis en avant lors d’une réunion qui s’est tenue en sous-préfecture d’Issoire et à laquelle participaient les représentants des stations de Chastreix, de Super Besse et du Mont-Dore. Il faut savoir que les vacances de février avec un bon enneigement représentent quasiment 65 % du chiffre d’affaires de la saison complète.

Dans un premier temps, la SAEM va demander des reports de charges aussi bien au niveau des banques que de l’Urssaf. Plusieurs scénarios sont possibles pour l’avenir, de la simple recapitalisation, jusqu’au redressement judiciaire qui permettrait de poursuivre l’activité et de pérenniser les emplois (21 permanents et 60 saisonniers dont 35 à temps partiel en ce moment), tout en apurant les dettes. La décision sera prise par le conseil d’administration de la société, qui doit se réunir prochainement.

Les responsables des stations auvergnates s’accordent pour dire qu’il va falloir s’orienter vers une diversification des activités et repenser la logique des gestions des stations. Par exemple, s’agissant de la neige de culture, il faudra investir sur des domaines un peu plus petits où les canons à neige existants seront plus resserrés. Les stations ont commis l’erreur, il y a 10 ou 15 ans, d’investir dans des enneigeurs très coûteux que les stations paient encore, ce qui explique que de nombreuses sociétés de moyenne montagne sont en difficulté financière. Il y a une dizaine d’années, alors que je randonnais sur les cimes auvergnates, j’ai pénétré dans une zone – soi disant interdite – d’installation des enneigeurs et j’ai pris une bonne engueulade de la part du chef de chantier. Je lui ai aimablement ( !) répondu que dans 5 ans son travail ne servirait à rien car il n’y aurait plus de neige. Honnêtement, je ne pensais pas être aussi proche de la vérité !

Les gestionnaires des stations ne pensaient pas, eux non plus, que la situation se dégraderait aussi vite. Aujourd’hui, il y a forcément un manque à gagner pour ceux dont l’activité est directement liée aux sports d’hiver : les loueurs de matériel, les écoles de ski et les remontées mécaniques. Paradoxalement, les autres activités commerciales comme l’hôtellerie, les activités de pleine nature se portent bien. Le directeur de l’Office du tourisme du Mont-Dore se veut rassurant. « L’État devrait se saisir du dossier des stations de moyenne montagne. […] Le Mont-Dore ne peut pas fermer. Mais il est important que la SAEM protège ses salariés et ses infrastructures en attendant que des solutions se dessinent ».

Source : La Montagne.

Grand soleil ce week-end sur l’Auvergne, avec une quinzaine de degrés au thermomètre.

L’hélicoptère de Luchon-Superbagnères….

Je l’ai toujours dit : le jour où les gens ne pourront plus skier par manque de neige, les médias vont s’emparer du problème et la population commencera à réaliser que le réchauffement climatique n’est pas le canular annoncé par le Président Trump.

Le récent apport de neige par hélicoptère à Superbagnères (Haute-Garonne) est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Comme le font remarquer certains, cette scène est en soi marginale, mais elle illustre une réalité qui menace l’existence de nombreuses stations de ski. L’enneigement est au plus bas dans certaines régions, au point de mettre en péril l’économie locale. Les exemples de stations de ski impactées par un mauvais enneigement se multiplient. On peut citer la station de ski de Chalmazel, dans la Loire, qui a été fermée jusqu’à nouvel ordre. Dans les Hautes-Alpes, Céüze a fermé définitivement ses portes après un siècle d’existence. Pour faire face au manque de neige, plusieurs stations de ski tentent désormais de se reconvertir en « stations de montagne » afin d’accueillir des touristes tout au long de l’année, y compris durant l’été et le printemps. Au train où vont les choses, le mal ne tardera pas à affecter les stations plus élevées.

A l’issue de ma conférence « Glaciers en péril », on me demande souvent quelles sont les solutions pour freiner les effets désastreux du réchauffement climatique dans nos montagnes. Le problème, c’est que ces solutions ne se trouvent pas au seul niveau de la France (qui ne fait d’ailleurs pas grand-chose pour réduire les gaz à effet de serre). Le problème est global et il faut savoir que les concentrations de CO2 mettront du temps à diminuer dans l’atmosphère, même si des mesures immédiates et radicales sont prises dès maintenant.

Comme le suggérait un récent reportage sur la vallée de l’Arve qui conduit à Chamonix et au tunnel du Mont Blanc, il faudrait favoriser le ferroutage, mais je ne suis pas certain que les très puissants lobbies de transporteurs routiers seront d’accord !  Je pense aussi que la politique en faveur de l’énergie solaire est beaucoup trop timide, de même que celle qui incite à installer des chauffages domestiques moins polluants.

Le souci, c’est que pendant ces mesures seront mises en place en France – si elle le sont un jour ! – la Chine, l’Inde ou la Pologne, pour ne citer que ces pays, continueront à faire tourner à plein régime leurs centrales au charbon. Rien n’est fait dans un pays comme la Chine pour réduire la pollution automobile dans des mégapoles envahies par le smog des gaz d’échappement. Il ne faudrait pas oublier que ces particules fines se déposent jusque sur la chaîne himalayenne où elles accélèrent la fonte des glaciers….

Héliportage de neige à Superbagnères (Source: Yahoo News)