Un atlas mondial pour estimer le volume d’eau des glaciers // A world atlas to estimate glacier water volumes

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises sur ce blog, l’évolution des glaciers de montagne est un enjeu majeur : ils servent dans de nombreux pays de réservoir d’eau potable, ont un impact économique, via le tourisme notamment, et participent à la montée du niveau des mers. Dans les pays comme le Pérou, le long de la Cordillère des Andes, ils jouent un rôle essentiel pour l’approvisionnement en eau potable, pour la production d’électricité et pour l’irrigation des cultures. Sans les glaciers, la vie deviendra impossible dans les campagnes et les populations rurales devront migrer vers les villes, Lima en particulier, dont l’alimentation en eau dépend, elle aussi des glaciers andins.

Afin de mieux connaître les réserves en eau représentées par les glaciers, des scientifiques de l’Institut des Géosciences de l’Environnement de Grenoble et du Dartmouth College (USA) ont réalisé un atlas mondial mesurant la vitesse d’écoulement et l’épaisseur de plus de 200 000 glaciers. Ils ont aussi publié un article dans la revue Nature Geoscience.

Malgré leur taille réduite (727 000 km²) face à celle cumulée des deux grandes calottes de l’Antarctique (14 millions de km²) et du Groenland (1,7 millions de km²), la fonte des glaciers de montagne a contribué à 30% de l’élévation du niveau des mers depuis les années 1960.

Même si l’impact des glaciers n’est pas décisif, leur évolution est primordiale au niveau local et leur devenir est une source de préoccupation grandissante pour les zones de montagne et les régions en aval.

Jusqu’à présent, on n’avait qu’une idée très limitée du volume de glace stocké dans les glaciers. Ceci vient notamment du fait que les glaciers sont répartis sous toutes les latitudes, dans des régions souvent difficiles d’accès. Travailler directement sur le terrain est donc très complexe. En conséquence, les mesures d’ épaisseur de la glace n’existent actuellement que sur à peine plus d’1% des glaciers à la surface de la Terre.

À cause de ce manque de données, les scientifiques ont développé des méthodes indirectes pour estimer les quantités de glace sur Terre. Ces méthodes ont d’abord été basées sur l’aire des glaciers, obtenue à partir de photos aériennes ou d’images satellites.

À partir des années 2000, des méthodes basées sur la pente en surface du glacier ont vu le jour, Au-delà de la pente, la vitesse à laquelle s’écoule le glacier constitue une information encore plus pertinente pour estimer la distribution des épaisseurs de glace. En effet, les glaciers s’écoulent sous l’effet de leur propre poids. Par conséquent, cartographier la vitesse à laquelle s’écoule le glacier est essentiel pour mieux estimer la distribution de l’épaisseur de glace et donc le volume des glaciers.

Cependant, les observations sur le terrain de ces vitesses d’écoulement sont, elles aussi, très limitées, mais les innombrables clichés fournis par les satellites ont ouvert de nouvelles perspectives pour mesurer l’écoulement de tous les glaciers de la Terre.

Pour quantifier la vitesse d’écoulement de l’ensemble des glaciers du monde, les chercheurs ont utilisé plus de 800 000 images satellites acquises entre 2017 et 2018 par les satellites Landsat-8 de la NASA et les satellites Sentinel-1 et Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne (ESA). Cette nouvelle génération de satellites constitue une révolution pour l’observation des glaciers, avec des images de l’ensemble des terres émergées acquises à des intervalles de temps réguliers (de 5 à 16 jours).

Plusieurs millions d’heures de calculs sur les serveurs de l’Université Grenoble Alpes ont été nécessaires pour permettre d’assembler un atlas unique de l’écoulement de plus de 200,000 glaciers autour de la Terre.

L’un des principaux apports de cet atlas est la couverture d’une très grande diversité de glaciers, allant de petits glaciers Andins jusqu’à des calottes de l’Arctique canadien ou des champs de glace en Patagonie qui couvrent plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ces cartographies permettent ainsi de mieux connaître la manière dont s’écoulent les glaciers. Elles illustrent aussi la grande variété de comportements, avec des glaciers qui s’écoulent à quelques dizaines de mètres par an (comme certains glaciers des Alpes), et d’autres dont la vitesse d’écoulement atteint plusieurs kilomètres en une seule année (comme certains glaciers de Patagonie).

Par ailleurs, cet atlas exhaustif des vitesses d’écoulement glaciaire a permis de redessiner la cartographie de la distribution des épaisseurs de glace et donc du volume des glaciers. En effet, en combinant les informations sur la vitesse d’écoulement en surface des glaciers avec celle de la pente de surface, dans un modèle numérique simulant la manière avec laquelle la glace glisse et se déforme, les chercheurs ont proposé une nouvelle représentation de la géométrie des glaciers.

En de multiples régions, les résultats de ce travail viennent apporter des estimations significativement différentes des précédentes, avec des conséquences importantes sur la disponibilité en eau potable pour la consommation, mais aussi pour l’agriculture ou la production hydro-électrique. Ainsi, dans les Andes que je mentionnais au début de cette note, les nouvelles estimations sont plus alarmantes que précédemment, avec des stocks d’eau glaciaire près d’un quart plus faibles, augmentant ainsi la pression sur les ressources en eau dans ces régions.

Au-delà d’un nouvel inventaire du volume des glaciers, cette étude est cruciale pour mieux simuler leur évolution future et, en particulier, identifier quels sont les secteurs où les glaciers vont disparaître et ceux où ils devraient persister.

Source: The Conversation.

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As I have indicated several times on this blog, the evolution of mountain glaciers is a major issue: in many countries: they serve as reservoirs of drinking water, have an economic impact through tourism and participate in sea level rise. In countries like Peru, along the Andes, they play an essential role in the supply of drinking water, the production of electricity and the irrigation of crops. Without glaciers, life will become impossible in the countryside and rural populations will have to migrate to cities, Lima in particular, whose water supply also depends on Andean glaciers.
In order to better understand the water reserves represented by glaciers, scientists from the Institute of Environmental Geosciences in Grenoble and Dartmouth College (USA) have produced a world atlas measuring the flow speeds and thicknesses of more of 200,000 glaciers. They also published an article in the journal Nature Geoscience.
Despite their reduced size (727,000 km²) compared to that of the two large ice caps of Antarctica (14 million km²) and Greenland (1.7 million km²), the melting of mountain glaciers has contributed 30% sea level rise since the 1960s.
Even if the impact of glaciers is not decisive, their evolution is essential at the local level and their future is a source of growing concern for mountain areas and downslope regions.
Until now, we had only a very limited idea of the volumes of ice stored in glaciers. This is due in particular to the fact that glaciers are distributed at all latitudes, in regions that are often difficult to access. Working directly in the field is therefore very complex. As a result, ice thickness measurements currently exist on just over 1% of glaciers on the Earth’s surface.
Because of this lack of data, scientists have developed indirect methods to estimate the amounts of ice on Earth. These methods were first based on the area of glaciers, obtained from aerial photos or satellite images.
From the 2000s, methods based on the surface slope of the glacier have emerged. Beyond the slope, the speed at which the glacier is flowing provides even more relevant information for estimating the distribution of the thickness of glacier. ice. Indeed, glaciers flow under the effect of their own weight. Therefore, mapping the speed at which the glacier is flowing is essential to better estimate the distribution of ice thickness and therefore the volume of glaciers.
However, field observations of these flow velocities are also very limited, but the countless images provided by satellites have opened up new possibilities for measuring the flow of all the Earth’s glaciers.
To quantify the flow velocity of all of the world’s glaciers, the researchers used more than 800,000 satellite images acquired between 2017 and 2018 by NASA’s Landsat-8 satellites and the Sentinel-1 and Sentinel-2 satellites of the European Space Agency (ESA). This new generation of satellites constitutes a revolution for the observation of glaciers, with images of all emerged land acquired at regular time intervals (from 5 to 16 days).
Several million hours of calculations on the servers of the University of Grenoble Alpes were needed to assemble a unique atlas of the flow of more than 200,000 glaciers around the Earth.
One of the main contributions of this atlas is the coverage of a very great diversity of glaciers, ranging from small Andean glaciers to ice caps in the Canadian Arctic or ice fields in Patagonia which cover several thousand square kilometers. . These maps thus make it possible to better understand the way in which glaciers flow. They also illustrate the wide variety of behaviours, with glaciers flowing at a few tens of meters per year (like some glaciers in the Alps), and others whose flow speeds reach several kilometers in a single year (like some Patagonian glaciers).
In addition, this exhaustive atlas of ice flow velocities has made it possible to re-estimate the mapping of the distribution of ice thickness and therefore the volume of glaciers. Indeed, by combining information on the surface flow velocity of glaciers with that of the surface slope, in a digital model simulating the way in which the ice slides and deforms, the researchers have proposed a new representation of the glacier geometry.

In many regions, the results of this work provide estimates that are significantly different from previous ones, with major consequences on the availability of drinking water for consumption, but also for agriculture or hydroelectric production. Thus, in the Andes that I mentioned at the beginning of this post, the new estimates are more alarming than previously, with glacial water stocks almost a quarter lower, thus increasing the pressure on water resources in these regions. .
Beyond a new inventory of the volume of glaciers, this study is crucial to better simulate the future evolution of glaciers and, in particular, to identify the regions where the glaciers will disappear and those where they are likely to persist.
Source: The Conversation.

La fonte des glaciers alpins, comme ici le glacier Aletsch en Suisse, risque de poser des problèmes d’alimentation en eau dans les vallées (Photo: C. Grandpey)

Réchauffement climatique et plates-formes glaciaires en Antarctique // Global warming and ice-shelves in Antarctica

En mars 2002, la plate-forme glaciaire Larsen B – une surface de 3 200 kilomètres carrés de glace flottante à proximité de la pointe de la Péninsule Antarctique – s’est effondrée avant de dériver dans la mer. Dans les semaines qui ont précédé cet événement, les satellites avaient repéré de nombreux lacs de fonte à la surface de la plate-forme en raison des températures chaudes dans la région au cours de l’été austral. Ensuite, en seulement trois jours, à partir du 2 mars, c’est presque toute la plate-forme qui s’est fracturée et est partie dans la mer de Weddell.
Aujourd’hui, près de 20 ans après cet événement, on observe une nouvelle désintégration de plate-forme glaciaire dans cette partie du monde. Une fois qu’une plate-forme glaciaire s’effondre et disparaît, elle ne se régénère pas et continue de s’effondrer. Contrairement à la glace de mer, qui fond et regèle chaque année, une plate-forme glaciaire se forme lorsque la partie avant d’un glacier avance à la surface de l’océan et devient une extension de la glace terrestre. Des icebergs se détachent de temps en temps des bordures des plates-formes glaciaires sous l’action des courants océaniques ou lors de collisions avec la glace de mer. La glace se reconstitue ensuite à partir de la poussée du glacier sur la terre ferme, mais il faut des décennies ou plus pour qu’une immense plate-forme glaciaire se régénère.
C’est ainsi qu’à partir de 2011, une nouvelle bande de glace de mer s’est mise en place dans la baie de Larsen B (Larsen B Embayment). Ce n’était certes pas l’épaisse glace qui était là une décennie auparavant, mais c’était la première fois depuis l’effondrement de la plate-forme au début de l’année 2002 que l’on voyait la baie de Larsen B retrouver sa glace qui est restée pendant plusieurs étés australs. Année après année, cette nouvelle glace s’est maintenue dans la baie. Espionnée par des satellites en orbite, elle a même repris la forme (sinon l’épaisseur) de la plate-forme d’origine.

Cependant, tout au long du mois de décembre 2021 et de la première moitié de janvier 2022, les satellites ont enregistré une répétition du processus observé en 2002. De nombreux lacs de fonte sont apparus à la surface de la glace. Ensuite, en quelques jours, la glace s’est désintégrée et est partie à la dérive dans l’océan
Le 11 janvier 2022, le National Snow and Ice Data Center (NSIDC) a expliqué que les lacs de fonte résultaient d’une série de vents de Foehn qui avaient parcouru la Péninsule Antarctique depuis le mois de décembre. Ces vents de Foehn, qui véhiculent de l’air chaud, ont eu un fort impact sur la saison de fonte à travers la Péninsule. Ainsi, fin décembre 2021, la fonte de la glace était trois fois supérieure à la moyenne pour la même période de 1990 à 2020.
La désintégration de la nouvelle glace qui s’était formée dans la baie de Larsen B n’aura pas d’impact direct sur l’élévation du niveau de la mer. De la même façon, un nouvel iceberg, ou même l’effondrement d’une banquise, ne contribue pas à cet aspect particulier du changement climatique. C’est comme un glaçon qui fond dans un verre d’eau.
Ce dernier événement de fonte dans la baie de Larsen B est toutefois préoccupant. Selon la NASA, il est maintenant probable que la glace qui vient de disparaître ne retiendra plus les glaciers en amont de la baie de Larsen B et que ces glaciers terrestres ne tarderont pas à perdre une glace qui fera s’élever le niveau de la mer.
Il convient de rappeler que la plate-forme glaciaire Larsen est une étendue de glace épaisse le long du littoral oriental de la Péninsule Antarctique. Après avoir été complètement cartographiée, elle a été divisée en quatre sections: Larsen A, B, C et D. Larsen A est la plus septentrionale. Elle s’est effondrée en janvier 1995. Larsen B a tenu bon jusqu’en 2002, avant de se désintégrer. Larsen C a fait la une des journaux en 2017 lorsque l’iceberg A68 s’est détaché de son front en juillet de la même année. Poussé par les courants, le plus grand iceberg du monde à l’époque a fini par dériver en mer jusqu’à l’île de Géorgie du Sud où il s’est brisé en mille morceaux à la fin de l’année 2020. Aujourd’hui, ce qu’il reste de Larsen C et tout Larsen D restent intacts.
Source : The Weather Network.

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In March 2002, the Larsen B ice shelf — 3,200 square kilometres of floating glacial ice attached near the tip of the Antarctic Peninsula — broke apart and collapsed into the sea. In the weeks leading up to this event, satellites had spotted numerous melt ponds on the ice shelf’s surface due to warm summer temperatures over the region. Then, in just three days, starting on March 2nd, nearly the entire ice shelf fractured and surged out into the Weddell Sea.

Now, close to 20 years after that event, there was a second collapse of the ice in that part of the world. Once an ice shelf collapses, it never regenerates and keeps collapsing. Unlike sea ice, which melts and refreezes each year, an ice shelf forms when the leading edge of a glacier pushes out over water, becoming a direct extension of the land ice. Icebergs break off the edges of ice shelves from time to time simply due to the stresses of ocean currents and sea ice collisions. The sheet ice is replenished from the glacier on land, though. So it would take decades or longer for an immense ice shelf to regenerate, even without the continued stresses of global warming.

However, starting in 2011, a swath of sea ice set up in the Larsen B embayment. This was not the thick glacial ice that was there a decade before, but it was the first time since the early 2002 shelf collapse that the Larsen B embayment was seen to freeze up and stay frozen through multiple austral summers.

Year after year, this new ice persisted in the embayment. As captured by orbiting satellites, it even took on the shape (if not the thickness) of the original ice shelf. However, throughout December 2021 and the first half of January 2022, satellites recorded a repeat of the same pattern that occurred in 2002. Numerous blue melt ponds were spotted on the surface of the ice. Then, in a matter of days, the ice disintegrated and drifted away.

On January 11th, 2022, the National Snow and Ice Data Center (NSIDC) noted that the extensive melt water ponds resulted from a series of wind storms accompanied by Foehn winds that crossed the Peninsula since December. Each of these wind storms, with thee warm air brought by the Foehn winds, had a strong impact on the melt season across the Peninsula. For example, in late December, the amount of melting detected was roughly three times greater than the average for that same period from 1990 to 2020.

The disintegration of the new ice that had formed in the Larsen B embayment will not directly impact sea level rise. This is for the same reason a new iceberg, or even the collapse of an ice shelf, does not contribute much to this particular aspect of climate change. It is like an ice cube melting in a glass of water.

There is an indirect concern stemming from this event, though. According to NASA Earth Observatory, this summer’s breakup of the sea ice in the embayment is important because it is now likely that the backstress will be reduced on all glaciers in the Larsen B Embayment and that additional inland ice losses will be coming soon.

It is worth reminding that the Larsen ice shelf is an expanse of thick glacial ice along the eastern shoreline of the Antarctic Peninsula. After it was completely mapped out, it was divided into four different sections — Larsen A, B, C, and D. Larsen A was the northernmost of these ice shelves. It collapsed in January of 1995. Larsen B held on until 2002, before it disintegrated. Larsen C made headlines in 2017 when iceberg A68 broke away from its front in July of that year. The largest iceberg in the world at the time, A68 ended up floating out to sea and got as far as South Georgia Island by late 2020. There, it shattered into numerous pieces. So far, the rest of Larsen C and all of Larsen D currently remain intact.

Source: The Weather Network.

Images satellites montrant le processus de désintégration de la plate-forme Larsen B en janvier 2022. (Source: NASA)

Gros plan sur les plates-formes Larsen A et B avec, en encart, un aperçu des 4 plate-formes de la Péninsule Antarctique (Source: NASA)

La fonte de l’Everest // The melting of Mt Everest

Dans plusieurs notes publiées entre 2017 et 2021, j’ai alerté sur la fonte des glaciers dans l’Himalaya. Bien que leurs zones d’accumulation soient situées à des altitudes plus élevées que leurs homologues alpines, elles subissent l’impact du réchauffement climatique et fondent à une vitesse incroyable.
Selon une étude publiée le 1er février 2022 par une équipe de l’Université du Maine, la fonte du plus haut glacier de l’Everest se produit à un rythme alarmant. Les découvertes de l’équipe scientifique montrent que la glace qui avait mis des décennies à s’accumuler fond chaque année, mettant en danger à la fois les alpinistes et ceux qui dépendent du glacier pour l’eau potable et l’irrigation.
Début 2019, le National Geographic et l’expédition Perpetual Planet Everest de Rolex ont lancé « l’enquête scientifique la plus exhaustive » jamais effectuée dans l’Himalaya. Dans le cadre de cette expédition, les scientifiques ont extrait la plus haute carotte de glace de tous les temps et ont installé les deux stations météorologiques automatiques les plus hautes du monde.
En étudiant la carotte de glace prélevée sur le glacier South Col, ainsi que les données des stations météorologiques et des images satellites, les chercheurs ont découvert que les effets du changement climatique n’avaient pas seulement atteint le sommet de la plus haute montagne du monde, mais ils avaient aussi considérablement modifié le paysage au cours des deux dernières décennies. Les chercheurs ont découvert que le glacier South Col avait perdu son manteau neigeux, ce qui a accéléré le processus de fonte.
Les scientifiques ont découvert que le glacier South Col a perdu 54 mètres d’épaisseur au cours des 25 dernières années. Cela signifie qu’il a fondu plus de 80 fois plus vite que pendant les 2 000 ans qu’il a fallu pour former la couche supérieure du glacier. Les chercheurs accusent le réchauffement de la température de l’air, la perte d’humidité et les vents violents.
L’expédition répond à la question que beaucoup de gens se posent : les plus hauts glaciers de la planète sont-ils affectés par le changement climatique d’origine anthropique? La réponse de l’étude est définitivement oui, et de manière très significative depuis la fin des années 1990.
Les chercheurs avertissent également que la perte de la glace du glacier South Col pourrait mettre à nu encore davantage le substratum rocheux, ce qui pourrait rendre les expéditions d’ascension de l’Everest plus dangereuses dans les décennies à venir.
Source : Yahoo Actualités.

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In several posts published between 2017 and 2021, I alerted to the melting of glaciers in the Himalayas. Although their accumulation zones are located at higher altitudes than their counterparts in the Alps, they undergo the impact of global warming and melt at an incredible spped.

According to a study published on Frebruary 1st, 2022 by a team from the University of Maine, melting on Mount Everest’s highest glacier is occurring at an alarming pace. The team’s findings suggest that ice that had taken decades to accumulate is melting away each year, jeopardizing both climbers and those who depend on the glacier for drinking water and irrigation.

In early 2019, National Geographic and Rolex’s Perpetual Planet Everest Expedition began « the most comprehensive scientific investigation » ever attempted in the Himalayas. As part of that expedition, the scientists obtained the highest-ever ice core and established the world’s two highest automatic weather stations.

By studying the ice core, taken from the South Col Glacier, as well as data from weather stations and satellite imagery, the researchers found that effects of climate change had not just reached the top of the highest mountain in the world, but had significantly altered its landscape in the last two decades. The researchers found that the South Col Glacier has lost ithe snowpack covering the hard ice of the glacier, which has accelerated the melting process.

The scientists found that the South Col Glacier has lost 54 meters of thickness in the last 25 years. This means it has melted over 80 times faster than the 2,000 years it took to form the top layer of the glacier. The researchers blame warming air temperatures, loss of humidity, and strong winds.

The expedition answers the question whether the highest glaciers on the planet are impacted by human-related climate change. The answer is definitely yes, and very significantly since the late 1990s, qccording to the study.

The researchers also warn that the loss of the glacier ice could lead to significantly more exposed bedrock, which could make Mount Everest climbing expeditions more dangerous in the decades to come.

Source: Yahoo News.

Vue du glacier South Col (Crédit photo : Wikipedia)

Le glacier Thwaites (Antarctique) : une menace planétaire // Thwaites Glacier (Antarctica) : a threat to the planet

Quand on parle du réchauffement climatique, on fait souvent allusion à la fonte du Groenland et de l’Arctique en général. Cependant, je n’insisterai jamais assez sur son impact sur l’Antarctique et plus particulièrement sur le glacier Thwaites.
Le glacier Thwaites – surnommé « glacier de l’Apocalypse » – joue un rôle crucial en Antarctique. C’est une sorte de bouchon dans le goulot de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Cette calotte contient suffisamment de glace pour faire s’élever le niveau de la mer de 3 mètres dans le monde.
Une équipe scientifique a participé à l’International Thwaites Glacier Collaboration, un programme de recherche conjoint entre la National Science Foundation aux États-Unis et le Natural Environment Research Council au Royaume-Uni. Fin 2021, les scientifiques ont présenté les résultats de leurs dernières recherches. Ils ont insisté sur la découverte de fractures dans la plate-forme glaciaire orientale du Thwaites, et ils ont averti que cette plate-forme pourrait se briser « comme un pare-brise de voiture » dans moins de cinq ans. Les chercheurs insistent sur le fait qu’elle pourrait se briser totalement et disparaître dans moins d’une décennie.
Il y a une grande différence entre une plate-forme glaciaire et le glacier proprement dit. La plate-forme se développe à partir du glacier mais flotte à la surface de l’océan. Comme elle flotte déjà, lorsqu’elle fond elle ne contribue pas à l’élévation du niveau de la mer; c’est comme lorsque des glaçons fondent dans un verre, ils ne font pas s’élever le niveau du liquide.
Cependant, les plates-formes glaciaires sont importantes car elles étayent les glaciers et leur confèrent une certaine stabilité. Par contre, lorsqu’elles s’effondrent, le glacier qui repose sur la terre ferme peut avancer beaucoup plus rapidement dans la mer où il va fondre, ce qui fait monter le niveau de l’océan.
A cause de la pandémie de Covid-19, la disparition d’une plate-forme glaciaire sur un continent lointain où ne vivent que des manchots n’attire pas les regards. Pourtant, la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est un élément essentiel, un point de basculement très important, au sein du système climatique de la Terre. Si le glacier Thwaites disparaît, tout le reste de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental suivra le même chemin et glissera dans la mer. Dans le monde, 250 millions de personnes vivent à moins d’un mètre des lignes de marée haute. Une élévation de trois mètres du niveau de la mer serait une catastrophe dans le monde. Non seulement une ville comme Miami disparaîtrait, mais pratiquement toutes les villes côtières de basse altitude dans le monde connaîtraient le même sort.

Prévoir la rupture des calottes glaciaires et ses conséquences sur l’élévation du niveau de la mer n’est pas chose facile. On pourrait avoir aussi bien une élévation de 30 centimètres du niveau de la mer d’ici la fin du siècle, qu’une élévation de près de deux mètres. Comme l’a dit un chercheur, la différence entre ces chiffres représente beaucoup de vies humaines et d’argent. Une chose est sûre : le glacier Thwaites est le plus susceptible de provoquer le pire des scénarios.
Le problème avec le Thwaites, qui est l’un des plus grands glaciers de la planète, c’est qu’au lieu de fondre lentement comme un glaçon, il s’effondre plutôt comme un château de cartes : il est stable jusqu’au moment où, poussé trop loin dans la mer, il s’effondre.
Le Thwaites est très différent des autres grands glaciers, comme ceux du Groenland. D’une part, il ne fond pas par le haut en raison de températures de l’air trop chaudes. Il fond par le bas à cause de l’eau plus chaude de l’océan qui mine la glace sous le glacier. Plus important encore, le plancher sous la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est particulier. Les auteurs de la dernière étude le comparent à un bol géant rempli de glace. Le bord du glacier – l’endroit où il quitte la terre et commence à flotter – est perché sur le rebord du bol à 300 mètres ou plus sous le niveau de la mer. C’est la « ligne d’ancrage » du glacier. Au-dessous de ce rebord, le plancher océanique plonge sur des centaines de kilomètres, jusqu’à la Chaîne Transantarctique qui sépare l’Antarctique de l’Est de celui de l’Ouest. Dans la partie la plus profonde du bassin ainsi formé, la glace a une épaisseur d’environ trois kilomètres.
Cela signifie que lorsque l’eau chaude passe sous la glace, elle peut s’écouler le long de la pente formée par le bol et elle ronge la glace par le bas. Grâce à un mécanisme appelé «instabilité de la calotte glaciaire marine», on peut aboutir à un effondrement rapide susceptible de faire monter très vite et très haut le niveau de la mer dans le monde.
Il existe une incertitude dans les prévisions de comportement du glacier Thwaites pour les prochaines années car il s’agit d’un événement dont aucun être humain n’a encore été témoin.
Au cours des dernières années, les scientifiques ont fait beaucoup de progrès dans la compréhension de la dynamique du Thwaites. Ils ont cartographié la face inférieure du glacier, examiné des crevasses dans la plate-forme glaciaire et localisé des points d’ancrage susceptibles de ralentir le mouvement de la glace. Les changements subis par le glacier sont spectaculaires : « Aujourd’hui, la vitesse de perte de glace du Thwaites est plus de six fois supérieure à ce qu’elle était au début des années 1990.
Les récentes découvertes à propos de la rupture de la plate-forme glaciaire orientale du Thwaites au cours des cinq prochaines années ne sont pas vraiment une surprise. Après la désintégration soudaine de la plate-forme Larsen B en 2002 (voir mes notes à ce sujet), les scientifiques ont réalisé que l’Antarctique était beaucoup moins stable que beaucoup le pensaient. La découverte de fractures dans le Thwaites ne fait que confirmer à quel point les changements en cours sont dynamiques.
Source : Yahoo News.

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As far as global warming is concerned, a lot is said about the melting of Grenland and the whole Arctic. However, I will never insist enough on its impact on Antarctica and more particularly on the Thwaites Glacier.

The Thwaites Glacier – dubbed « Doomsday Glacier » – plays a crucial part in the Antactic ice sheet. It is a kind of cork in the bottle of the entire West Antarctic ice sheet which contains enough ice to raise sea levels by 3 meters.

A team of scientists participated in the International Thwaites Glacier Collaboration, a joint research program between the National Science Foundation in the U.S. and the Natural Environment Research Council in the U.K. Late in 2021, they presented their latest research. They described the discovery of cracks and fissures in the Thwaites eastern ice shelf, predicting that the ice shelf could fracture like a shattered car window in as little as five years. The researchers insist that the ice shelf is breaking up and could be gone in less than a decade.

There is a big difference between an ice shelf and the glacier itself. The ice shelf grows out from the glacier and floats on the ocean. Because it is already floating, when it melts it does not in itself contribute to sea level rise, just as when ice cubes melt in a glass, they don’t raise the level of liquid.

However, ice shelves are important because they buttress glaciers and give the walls of ice stability. And when they break up, the land-based glacier is free to flow much faster into the sea, which does raise sea levels.

Given the current toll of the Covid-19 pandemic, the loss of an ice shelf on a far-away continent populated by penguins might not seem to be big news. Actually, the West Antarctic ice sheet is one of the most important tipping points in the Earth’s climate system. If Thwaites Glacier collapses, it opens the door for the rest of the West Antarctic ice sheet to slide into the sea. Globally, 250 million people live within one meter of high tide lines. Three meters of sea level rise would be a worldwide catastrophe. It’s not only goodbye Miami, but goodbye to virtually every low-lying coastal city in the world.

Predicting the breakup of ice sheets and the implications for future sea level rise is not easy and the predictions are uncertain. We could have as little as 30 centimeters of sea level rise by the end of the century, or nearly two meters. As one researcher said, the difference between those figures is a lot of lives and money. One thing is sure : the Thwaites Glacier is the most likely to generate the worst scenario.

The trouble with Thwaites, which is one of the largest glaciers on the planet, is that instead of melting slowly like an ice cube, it is more like a house of cards: It is stable until it is pushed too far, then it collapses.

Thwaites is very different from other big glaciers, such as those in Greenland. For one thing, it is not melting from above, due to warmer air temperatures. It is melting from below, due to warmer ocean water eating away at the ice beneath the glacier. More importantly, the terrain beneath the West Antarctic ice sheet is peculiar. The authors of the latest study compare it with a giant soup bowl filled with ice. In the bowl analogy, the edge of the glacier – the spot where a glacier leaves the land and begins to float – is perched on the lip of the bowl 300 meters or more below sea level. This is the glacier’s “grounding line.” Below the lip, the terrain falls away on a downward slope for hundreds of kilometers, all the way to the Transantarctic Mountains that divide East and West Antarctica. At the deepest part of the basin, the ice is about three kilometers thick.

What this means is that once the warm water gets below ice, it can flow down the slope of the bowl, weakening the ice from below. Through a mechanism called “marine ice-cliff Instability,” you can get a rapid collapse of the ice sheet that could raise global sea levels very high, very fast.

There is uncertainty in the predictions of what the glacier could do in the future because scientists are dealing with an event that no human has ever witnessed before.

In the past few years, scientists have made a lot of progress in understanding the dynamics of Thwaites. They have mapped the underside of the glacier itself, tracked crevasses in the ice shelf, and located pinning points that might slow the retreat of the ice. The change has been dramatic: “The net rate of ice loss from Thwaites Glacier is more than six times what it was in the early 1990s.

The recent news about Thwaites’ eastern ice shelf breaking up in the next five years was not really a surprise. After the sudden disintegration of the Larsen B ice shelf in 2002, scientists realized that Antarctica was far less stable than many had believed. The discovery of cracks and fissures at Thwaites further underscore just how dynamic the changes already underway are.

Source: Yahoo News.

Source: Wikipedia

Source: BAS

Un visiteur de mon blog – que je remercie sincèrement – m’a fait parvenir un excellent document montrant la topographie glaciaire de l’Antarctique. Vous le trouverez en cliquant sur ce lien :