Islande : le calme avant la tempête? // Iceland : the calm before the storm?

La sismicité a fortement chuté sur la Péninsule de Reykjanes suite à l’essaim intense enregistré les semaines précédentes. Seuls quelques événements mineurs sont enregistrés ces jours-ci, dépassant rarement la magnitude M 3,0. La sismicité du début décembre s’était accompagnée d’une inflation du sol, probablement causée par une intrusion magmatique. Tout laissait croire qu’une nouvelle éruption était sur le point de démarrer. Quelle est la signification de l’activité sismique remarquablement faible observée actuellement?

Personne ne le sait vraiment. Les scientifiques islandais nous rappellent qu’une période calme semblable avait suivi la sismicité élevée avant l’éruption dans la Geldingadalir en mars 2021. Cependant, ils ajoutent que la puissance libérée ces derniers jours était bien inférieure à celle de mars 2021. S’il devait y avoir une autre éruption, elle se produirait probablement dans un secteur proche de la précédente, mais il se pourrait aussi qu’elle se produise dans une zone où se trouvent des infrastructures et des habitations. Mais ce ne sont là que des supputations. Il faut juste…attendre et voir!

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Seismicity has sharply dropped on the Reykjanes Peninsula following the intense swarm recorded in the previous weeks. Only a few mild events are recorded these days, rarely exceeding M 3.0. The sismicity of early December was accompanied by ground inflation, likely caused by magma intrusion. It looked as if another eruption was about to start again.

What’s the meaning of the remarkably low seismic activity that is currently observed.? Nobody really knows. Icelandic scientists remind us that a similar quiet period had folloed the elevated seismicity that preceded the eruption in Geldingadalir in March 2021. However, they add that the power being released in the past days was far less than what it was in March 2021. If there was to be another eruption it is expected to be in a location very close to the original volcano, but there is a chance that it could take place in an area that is much more concerning to infrastructure and personal property. Whoio knows? Wait and see!

Source: IMO

Péninsule de Reykjanes (Islande) : Persistance de la sismicité // Seismicity still strong on the Reykjanes Peninsula

La sismicité reste soutenue sur la Péninsule de Reykjanes, même si on a observé un certain déclin le 25 décembre. Il est vrai que les essaims se produisent par vague et que cette pause relative n’est peut-être que provisoire. Il est à noter qu’au cours des dernières 24 heures, c’est surtout le secteur de Krysuvik qui a été impacté par les secousses. Comme précédemment, les hypocentres se trouvent à 4 – 5 km de profondeur, ce qui serait (il faut utiliser le conditionnel) en relation avec une intrusion magmatique dans la région. Reste à savoir si le magma réussira à percer la surface. Ayant assisté à l’avortement d’une éruption dans la région du Krafla, je reste extrêmement prudent dans mes prévisions…

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Seismicity remains strong over the Reykjanes Peninsula, although some decline was observed on December 25th. Swarms do occur in waves and this relative pause may only be temporary. It should be noted that over the past 24 hours, the Krysuvik area has been affected by the tremors. As before, the hypocenters are located at depths of 4 – 5 km, which would be (the conditional must be used) in relation to a magmatic intrusion in the region. It remains to be seen whether magma will succeed in piercing the surface. As I have lived the abortion of an eruption in the Krafla area, I am very cautious in my predictions…

Source : IMO

Péninsule de Reykjanes (Islande) : nouvelle hausse de la sismicité // New increase in seismicity

Ça devient comique! Quelques jours après que les scientifiques islandais aient décrété que l’éruption du Fagradalsfjall était terminée, voilà que l’on assiste à un net regain de la sismicité dans la région! Est-ce à dire que le Père Noël va apporter une nouvelle éruption dans sa hotte? L’hypothèse ne peut être écartée et les autorités ont à nouveau activé la phase d’incertitude.
L’activité sismique actuelle, avec des événements de magnitude M 4,0 et plus, pourrait signifier que du magma s’accumule et se rapproche de la surface sur la Péninsule de Reykjanes. Les volcanologues locaux expliquent que cette activité sismique ressemble aux séismes enregistrés un mois avant l’éruption du Fagradalsfjall. La plupart se situent à des profondeurs d’environ six kilomètres, avec des épicentres dans la Geldingadalir..
Les scientifiques attendent les résultats de diverses mesures, comme les données GPS et satellitaires, pour voir si des déformations ont lieu et s’il y a des signes de mouvement du magma.

La couleur de l’alerte aérienne est passée à l’Orange.
En Islande aussi, la prévision volcanique reste à un niveau très bas.
Source : médias d’information islandais.

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It’s getting funny! A few days after Icelandic scientists decided that the Fagradalsfjall eruption was over, there is a marked increase in seismicity in the region! Does this mean that Santa Claus is going to bring a new eruption in his hood? The hypothesis should not be rouled out and the authorities have again activated the uncertainty phase..

The current seismic activity, with events of M4.0 and over, might mean that magma is accumulating and moving closer to the surface in the Reykjanes Peninsula. Local volcanologists explain that this seismic activity resembles the earthquakes a month prior to the Fagradalsfjall eruption, Most of them are at depths, of about six kilometers, with epicentres in the Geldingadalir.
Scientists are waiting for the results of various measurements, including GPS data and satellite data, to see whether deformation is taking place and whether there are signs of magma movement.

The aviation colour code has been raisd to Orange.

In Iceland too, volcanic prediction remains at a low level.

Source: Icelandic news media.

Source : Met Office islandais

La muographie permettra-t-elle un jour de prévoir les éruptions ? // Will muography some day help predict eruptions ?

J’ai expliqué dans des notes précédentes (21 novembre 2015, 11 juillet 2016) que les muons pourraient nous aider à comprendre la structure interne de certains volcans. Un nouvel article publié dans la presse américaine va plus loin et affirme que ces particules cosmiques pourraient être utilisés pour prévoir les éruptions.
Les muons sont partout et nous frappent à chaque seconde. Ces particules, qui se forment lorsque les rayons cosmiques pénètrent dans l’atmosphère terrestre, sont inoffensives et se désintègrent rapidement en formant des amas de particules encore plus fines.
Les muons pénètrent dans les objets comme le font les rayons X,. C’est ainsi qu’ils ont permis aux scientifiques de découvrir une chambre funéraire à l’intérieur de la Grande Pyramide d’Égypte il y a plusieurs années.
Les scientifiques utilisent également des muons pour cartographier la structure interne des volcans, ce qui pourrait un jour aider à prévoir des éruptions. C’est ce que l’on peut lire dans un article publié la semaine dernière dans les Proceedings of the Royal Society.
Pour créer ces cartes, les scientifiques mesurent la faculté des muons à traverser le magma qui circule dans les cavités, les chambres et entre les passages rocheux à l’intérieur des volcans. Ils utilisent ensuite ces informations pour créer des aperçus géologiques. Selon l’un des auteurs de l’article, la muographie, pourrait un jour permettre de suivre les mouvements du magma qui précèdent une éruption
Les muons ont une charge négative, mais sont 207 fois plus lourds que les électrons. Ils se déplacent presque à la vitesse de la lumière. Cette lourdeur et cette vitesse permettent aux particules de pénétrer dans des matériaux denses comme la roche volcanique. Plus l’objet est dense, plus les muons perdent de la vitesse et se désintègrent. De nombreux muons peuvent heurter le flanc d’un volcan et le traverser. Toutefois, si la structure de la montagne est suffisamment dense, par exemple parce qu’un passage est rempli de magma, un muon ne pourra pas sortir de l’autre côté du volcan.
Pour repérer quels muons ont réussi à traverser l’édifice volcanique, les scientifiques installent des détecteurs sur les flancs d’un volcan. Ces détecteurs créent une image de l’intérieur du volcan en capturant les muons qui ne se sont pas désintégrés lors de leur passage à travers l’édifice, et en notant les zones où les muons ne sont pas ressortis. Certains chercheurs réalisent cette cartographie depuis les airs en positionnant les détecteurs de muons à l’intérieur d’hélicoptères et en volant à proximité des flancs du volcan.
Les muons qui traversent complètement l’édifice volcanique projettent des zones sombres sur le détecteur de muons. Mais lorsque les muons frappent des parties denses et se désintègrent, ils laissent des zones plus claires. Autrement dit, plus l’objet est dense, plus zone imprimée est claire. Plus on dispose de détecteurs de muons autour d’un volcan, meilleure est l’image. En utilisant plusieurs détecteurs positionnés autour d’un objet, il est possible de créer une image 3D.
Les chercheurs ont utilisé la muographie pour scruter l’intérieur des volcans japonais Sakurajima et Asama, ainsi que trois volcans en Italie, dont le Vésuve, et La Soufrière de la Guadeloupe.
[NDLR : Le problème est que les détecteurs ne sont pas toujours faciles à mettre en place sur les flancs d’un volcan, comme on a pu le voir avec La Soufrière de la Guadeloupe. De plus, pour être efficaces, les détecteurs doivent être installés sur des volcans coniques, de forme pyramidale comme le mont Unzen au Japon, ou encore le Mayon aux Philippines. Les résultats seraient beaucoup plus aléatoires sur des volcans boucliers comme le Kilauea à Hawaii.]
En plus de la cartographie des entrailles d’un volcan, l’article explique que la muographie pourrait être utilisée pour repérer les réservoirs de magma à l’intérieur des volcans qui sont sur le point d’entrer en éruption et pour suivre le mouvement du magma en temps réel. Les éruptions sont souvent précédées d’une ascension du magma vers le sommet du volcan. L’utilisation de muons pour détecter le déplacement du magma dans la zone sommitale pourrait aider les scientifiques à détecter les éruptions imminentes. Cela permettrait d’évacuer des populations en toute sécurité avant une éruption. Cependant, la muographie est encore loin de ce résultat et le rêve de tout volcanologue n’est pas près de se réaliser…
Source (entre autres) : Business Insider.

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I explained in previous posts (21 November 2015, 11 July 2016) that muons could help us understand the inner structure of some volcanoes. A new article published in the American press goes farther and explains that these cosmic particles could be used to predict eruptions.

Muons are everywhere and strike us every second. These particles, which are created when cosmic rays enter the Earth’s atmosphere, are harmless and quickly decay into clusters of lighter particles.

The particles penetrate objects like X-rays do, which make them useful to scientists, who used muons to uncover a hidden chamber in Egypt’s Great Pyramid several years ago.

Scientists also use muons to map the internal structure of volcanoes, which could one day help predict dangerous eruptions, according to an article published last week in the Proceedings of the Royal Society.

To create those maps, scientists measure how efficiently particles pass through magma flowing through caverns, chambers, and rocky passages in volcanoes, then use that information to create geological blueprints. According to one of the authors of the article, muography, may one day make it possible to track magma movements that may precede an eruption

Muons have a negative charge, but are 207 times heavier than electrons, traveling at nearly the speed of light. That heaviness and speed allows particles to penetrate dense materials like volcanic rock. The denser the object, the more quickly muons lose speed and decay. Many muons can hit the side of a volcano and travel right through. But if the volcano is dense enough, for instance because a passage is filled with magma, a muon won’t make it out the volcano’s other side.

To spot which muons survived the journey, scientists set up muon detectors on the flanks of a volcano. Those detectors create an image of the volcano’s interior by capturing the muons that didn’t decay while passing through the volcano, and noting gaps where muons didn’t survive intact. Some researchers do this mapping from the air by positioning muon detectors inside helicopters and flying near the volcano’s flanks.

Muons that pass through completely cast dark shadows on the muon detector. But when muons hit dense parts of the volcano and decay more quickly, they leave lighter silhouettes. In short, the denser the object, the lighter the silhouette. The more muon detectors surrounding a volcano, the better the image. By using multiple detectors positioned around the object, it’s possible to build up a crude 3D image.

Researchers have used muography to glimpse inside Japan’s Sakurajima and Mount Asama volcanoes, as well as three volcanoes in Italy,including Vesuvius, and La Soufrière volcano in Guadeloupe.

[NDLR: The problem is that the detectors are not always easy to set up on the flanks of a volcano, as could be seen with La Soufrière. Moreover, to be effective, the detectors need to be installed on pyramid-like conical volcanoes like Mount Unzen in Japan. The operations would be much more diffiocult on shield volcanoes like Kilauea in Hawaii.

Beyond helping scientists map volcanic innards, the new article suggests muography could be used to spot magma reservoirs inside volcanoes that are primed to erupt and to track magma movement in real time. Eruptions are often preceded by magma rising toward the volcano’s summit, and using muons to detect magma flow in that summit area may help scientists detect impending eruptions. This would allow people to safely evacuate ahead of an eruption. However, muon technoly is still far from what is a volcanologist’s dream.

Source (among others) : Business Insider.

Image muonique de la Soufrière de la Guadeloupe (Source: CNRS)