Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : L’éruption continue // The eruption continues

L’OVPF indique ce matin (16 février 2026) que l’éruption du Piton de la Fournaise continue. Une seule bouche éruptive reste active sur le flanc sud-sud-est, avec des fontaines de lave d’environ 15 m de hauteur. Le 15 février 2026, l’effondrement d’un ancien cône a proximité du site éruptif a généré de petites coulées pyroclastiques.

Le front de coulée n’avance plus, faut d’une alimentation siffisante. Il se trouve dans la partie basse des Grandes Pentes, à environ 2,6 km de la RN2 qui n’est donc pas menacée.

L’intensité du trémor éruptif a augmenté le 15 février dans l’après-midi, puis a légèrement diminué au cours de la nuit. Une sismicité persistante sous le sommet indique que le système reste sous pression.

Source : OVPF.

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The OVPF reported this morning (16 February 2026) that the eruption of Piton de la Fournaise continues. Only one eruptive vent remains active on the south-southeast flank, with lava fountains approximately 15 meters high. On February 15, 2026, the collapse of an old cone near the eruptive site generated small pyroclastic flows.
The lava flow front is no longer advancing due to insufficient lava supply. It is located in the lower part of the Grandes Pentes, about 2.6 km from the RN2 highway, which is therefore not threatened.
The intensity of the eruptive tremor increased on the afternoon of February 15, then decreased slightly overnight. Persistent seismicity beneath the summit indicates that the system remains under pressure.
Source: OVPF.

Piton de la Fournaise : un volcan-laboratoire // Piton de la Fournaise : a volcano-laboratory

L’éruption du Piton de la Fournaise se poursuit tranquillement sur le flanc sud-sud-est du volcan. Lorsque l’éruption a débuté le 13 février 2026, le front de coulée a dévalé les pentes à une vitesse relativement rapide et la lave a atteint les Grandes Pentes en fin d’après-midi. Puis, le débit éruptif a fortement ralenti. Il était estimé pendant la nuit entre 2 et 19 m3/sec. Entre 22 heures et 6h du matin, la lave avait parcouru 300 mètres et le 14 février à 5 heures du matin elle se situait à 3 km de la RN2, la bien nommée Route des laves. Toutefois, au train où vont les choses, il est très peu probable qu’elle atteigne cette route.

Il faut malgré tout rester vigilant car l’activité pourrait encore augmenter au niveau du site éruptif en amont. L’Observatoire enregistre toujours une sismicité sous le volcan.

Dans un bulletin émis le 14 février, l’OVPF explique que l’éruption actuelle se situe dans un contexte de réactivation du Piton de la Fournaise observée depuis novembre 2025. Ce contexte inclut une pressurisation du réservoir magmatique superficiel traduite par la hausse de la sismicité et l’inflation de l’édifice volcanique. Plusieurs intrusions magmatiques ont été observées, avec des éruptions avortées et une première sortie de lave du 18 au 20 janvier 2026.

On remarquera que la durée entre le début de la crise sismique et le début de l’éruption du 13 février fut extrêmement courte (environ 35 minutes selon l’OVPF) et n’a pas permis d’alerter les randonneurs qui se trouvaient sur le volcan au moment où la lave a percé la surface. L’Observatoire explique que cette durée très brève est typique d’une éruption qui débute à proximité du sommet. Le réservoir magmatique étant localisé sous la zone sommitale, le magma parcourt une distance relativement courte (moins de 2 km). Les éruptions plus éloignées du sommet sont généralement précédées de crises sismiques plus longues.

L’OVPF rappelle que Le Piton de la Fournaise fait l’objet d’une surveillance instrumentale continue. L’évolution de l’activité est communiquée dans les bulletins quotidiens et des communiqués exceptionnels.

Le Piton de la Fournaise est bien instrumenté et constitue un volcan-laboratoire. Les caprices de la lave trompent parfois les scientifiques en poste (voir les éruptions avortées), mais la prévision éruptive est en général relativement correcte. Le Piton, comme le Kilauea à Hawaï, est un volcan effusif de point chaud avec des coulées qui avancent loin des zones habitées.

La prévision prend une autre envergure sur les volcans explosifs et leurs redoutables coulées pyroclastiques (voir ma dernière note sur le Semeru) qui menacent souvent des zones habitées. Faute de pouvoir prévoir leurs éruptions suffisamment à l’avance, les autorités ont recours au principe de précaution et évacuent les populations potentiellement menacées, une sage décision.

Voici quelques images de l’éruption du Piton de la Fournaise pendant la nuit du 13 au 14 février (Christian Holveck) et le 14 février au Matin (Thierry Sluys). Un grand merci aux deux photographes.

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The eruption of Piton de la Fournaise continues quietly on the south-southeast flank of the volcano. When the eruption began, the lava flow front rushed down the slopes at a relatively rapid speed, and the lava reached the Grandes Pentes area in the late afternoon. Then, the eruptive flow rate slowed considerably. It was estimated overnight to be between 2 and 19 m³/sec. Between 10 p.m. and 6 a.m., the lava had traveled 300 meters and, at 6 a.m., was located 3 km from RN2, the aptly named Route des Laves (Lava Road). However, at the current rate, it is very unlikely that it will reach this road.
Nevertheless, vigilance is still necessary, as activity could increase at the upslope eruptive site. The Observatory is still recording seismic activity beneath the volcano. In a bulletin issued on February 14, the OVPF explained that the current eruption is occurring within the context of a reactivation of Piton de la Fournaise observed since November 2025. This context includes pressurization of the shallow magma reservoir, resulting in increased seismicity and inflation of the volcanic edifice. Several magmatic intrusions have been observed, with aborted eruptions and the first lava flow occurring between January 18 and 20, 2026.

It is worth noting that the time between the start of the seismic crisis and the beginning of the eruption on February 13 was extremely short (approximately 35 minutes according to the OVPF) and did not allow for any warning to the hikers who were on the volcano when the lava broke through the surface. The Observatory explains that this very brief duration is typical of an eruption that begins near the summit. Because the magma reservoir is located beneath the summit area, the magma travels a relatively short distance (less than 2 km). Eruptions further from the summit are generally preceded by longer seismic activity.
The OVPF reminds the public that Piton de la Fournaise is under continuous instrumental monitoring. Activity updates are reported in daily bulletins and special announcements.
Piton de la Fournaise is well-instrumented and serves as a laboratory volcano. The unpredictable nature of the lava sometimes deceives scientists on site (see aborted eruptions), but eruptive forecasting is generally accurate. Like Kilauea in Hawaii, Piton de la Fournaise is an effusive hotspot volcano with flows that advance far from inhabited areas. Forecasting takes on even greater importance with explosive volcanoes and their formidable pyroclastic flows, which often threaten populated areas. As they are unable to predict their eruptions far enough in advance, the authorities resort to the precautionary principle and evacuate potentially threatened populations, a wise decision.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : poursuite de l’éruption // The eruption continues

Dans un bulletin diffusé le 14 février 2026 à 6h30 (heure locale : heure métropole – 3h), l’OVPF indique que l’éruption du Piton de la Fournaise se poursuit. Il ne reste plus qu’une seule fissure active, celle située à proximité du Piton Morgabim sur le flanc sud-sud-est du volcan. Le 13 février en fin d’après-midi, les coulées de lave ont atteint les Grandes Pentes. Le front de coulée se propage très lentement, avec une avancée d’environ 300 m entre 22h et 6h (heure locale). Il se situait à environ 3 km de la RN2 ce matin (heure locale).

Crédit photo: OVPF

L’intensité du trémor éruptif a diminué de moitié depuis le début de l’éruption et est relativement stable sur les dernières 4h. Le débit éruptif était estimé pendant la nuit entre 2 et 19 m3/sec.

Source: OVPF

L’OVPF précise que la persistance d’une activité sismique n’exclut pas l’ouverture de nouvelles fissures dans les prochaines heures, notamment plus en aval.

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In a bulletin issued on February 14, 2026, at 6:30 a.m. (local time: – 3 metropolitan time), the OVPF reported that the eruption of Piton de la Fournaise continued. Only one active fissure remained, located near Piton Morgabim on the south-southeast flank of the volcano. On the afternoon of February 13, lava flows reached the Grandes Pentes area. The lava front is propagating very slowly, advancing approximately 300 meters between 10 p.m. and 6 a.m. (local time). It was located about 3 km from the RN2 highway this morning.
The intensity of the eruptive tremor has decreased by half since the start of the eruption and has remained relatively stable over the last four hours. The eruptive flow rate was estimated overnight to be between 2 and 19 m³/sec.
The OVPF specifies that the persistence of seismic activity does not exclude the opening of new fissures in the coming hours, particularly further downslope.

Islande, Hawaï, Etna : 3 approches de l’activité éruptive

Quand l’activité éruptive est apparue en Islande en 2020-2021 dans la Geldingadalir et la Meradalir, les autorités ont tout de suite compris que l’éruption pourrait devenir une attraction touristique, un bonus économique et une source de revenus, surtout après l’épidémie de Covid. Une campagne publicitaire a même été lancée pour inciter les touristes étrangers à venir admirer l’éruption. Sur place, tout a été fait pour faciliter l’accueil des visiteurs : parking, toilettes, bornes wifi, etc. et sentiers balisées pour accéder au spectacle.

Un afflux de touristes en Islande pour assister à l’éruption signifiait également plus de personnes à risque. Même si l’éruption semblait inoffensive, il existait des risques non négligeables. Il a été déconseillé – mais jamais interdit ! – aux enfants, aux femmes enceintes, aux personnes âgées et à celles souffrant de problèmes respiratoires de se rendre sur le site de l’éruption.

Certains touristes ont ignoré les mises en garde et se sont aventurés entre les coulées de lave, avec le risque de se trouver encerclés, mais personne n’a parlé d’arrestation, ni même de verbalisation. Ce genre de sanction ne fait pas partie de l’état d’esprit islandais.

La police a mis en garde à plusieurs reprises sur les risques occasionnés par les gaz volcaniques, mais les avertissements ont souvent été ignorés. Là encore, aucune intervention et aucune verbalisation. Cette même politique est adoptée sur la plage de sable noir de Reynisdjara où des touristes se mettent régulièrement en danger et où certaines personnes ont perdu la vie. Les Islandais ont fait le nécessaire pour prévenir du danger, mais aucune intervention policière n’est prévue, ni aucune sanction.

Cela ne veut pas dire que les Islandais laissent tout faire. S’il y a danger sur autrui, c’est différent. La vitesse est étroitement contrôlée sur les routes et vous devrez mettre la main au portefeuille si vous êtes en infraction. De la même façon, les agressions, l’usage de la drogue sont sévèrement réprimandés.

L’éruption islandaise : un succès populaire (Crédit photo: Iceland Review)

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Aux États Unis, c’est à Hawaï que le spectacle d’une éruption est en ce moment le plus intéressant. Depuis la fin de l’année 2024, le Kilauea entre régulièrement en activité, avec de très prectaculaires épisodes de fontaines de lave. Le 40ème épisode ne devrait d’ailleurs pas tarder à se déclencher. L’éruption se trouve à l’intérieur du Parc National des Volcans où plusieurs plateformes d’observation ont été aménégées. Attention ! C’est là et pas à l’intérieur du cratère de l’Halema’uma’u qu’il faut rester pour admirer le spectacle. Si vous ne respectez pas les conditions imposées par les autorités, cela risque de vous coûter très cher. Le non-respect de la loi aux États Unis peut vite vous conduire en prison.

Site d’observation de l’éruption à Hawaï (Crédit photo: NPS)

Il en va de même sur d’autres sites éruptifs aux États Unis, comme Yellowstone, par exemple. Des sentiers avec caillebotis sont souvent prévus pour s’approcher des sources chaudes. Si vous ne respectez pas ces sentiers et si vous essayez de vous approcher encore davantage, vous êtes presque certain de vous faire harponner par un ranger en faction à proximité. Vous aurez droit, au mieux, à une sévère remontrance et l’affaire risque vite de tourner au vinaigre en cas de contestation.

Connaissant la rigidité de l’état d’esprit américain et son côté procédurier, je me suis débrouillé pour obtenir un permis de travail à l’intérieur du Parc des Volcans d’Hawaï. Contrairement à ce qui se passe en France, les autorités américaines ont accepté d’examiner mes travaux sur Vulcano, l’Etna et le Stromboli, même si je ne suis pas scientifique de formation. Elles m’ont octroyé l’autorisation que j’avais sollicitée pour travailler sur le processus de refroidissement de la lave. Je dois ajouter que mon bilinguisme français-anglais a bien facilité les choses.

Au chevet des coulées de lave (Photo: C. Grandpey)

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En Sicile, l’Etna est un autre monde. J’ai eu la chance de le fréquenter à une époque où le principe de précaution n’avait pas encore envahi notre société et où il était relativement facile de déambuler sur le volcan. Haroun Tazieff avait grandement facilité mon contact avec les guides et leur chef, le regretté Antonio Nicoloso est devenu un de mes amis intimes. Je pouvais faire ce qui me plaisait sur le volcan.

Au cours de la longue éruption de 1991-93, la situation était plus délicate car la lave menaçait la bourgade de Zafferana Etnea. Il fallait montrer patte blanche pour s’en approcher. Une lettre de recommandation de Tazieff (Garouk avait été très sensibles aux travaux que j’effectuais à Vulcano) m’a permis de faire des approches intéressantes. Un jour, les carabiniers ont même accepté de me redescendre à mon lieur d’hébergement à bord de leur véhicule !

Aujourd’hui, les portes se sont refermées. Chaque accès de colère du volcan s’accompagne d’ordonnances balancées par les maires des localités etnéennes. La Guarda di Finanzia verbalise à tour de bras (Elle l’a fait sur l’île de Vulcano au cours de la dernière hausse d’activité). Il faudrait jouer en permanence au chat et à la souris pour s’approcher d’une coulée de lave. Ce type d’approche d’un site éruptif n’est pas ma tasse de thé. De toute façon, le monde le la photo n’a plus le charme d’autrefois ; il a été, lui aussi, bouleversé par l’arrivée du numérique et des smartphones qui permettent de mitrailler sans fin. Je reste donc à la maison et me contente des images, parfois très belles, proposées par les webcams.

On parle aujourd’hui d’adopter en Sicile une autre politique qui permettrait aux touristes d’assister à une éruption en toute sécurité. C’est bien, mais l’Etna n’est pas le Kilauea et la mentalité sudiste sicilienne n’a rien à voir avec celle nordique de l’Islande.

Comme le disent si bien les Anglo-saxons : Wait and see !

Au plus près de l’éruption de 1991-1993 (Photo: C. Grandpey)