Mauna Kea (Hawaii): Le TMT face à l’opposition

drapeau francaisLa construction du Thirty Meter Telescope (TMT) a commencé sur le Mauna Kea, en dépit de l’opposition permanente de militants culturels et environnementaux
Le sommet du Mauna Kea a une signification profonde pour de nombreuses personnes. Pour les astronomes, c’est l’un des meilleurs endroits sur Terre pour explorer le firmament avec une très faible distorsion atmosphérique. Pour les écologistes, le Mauna Kea représente un écosystème exceptionnel qui abrite des espèces rares, comme le wekiu, un insecte endémique que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde. Pour les Hawaïens indigènes, le Mauna Kea est le domaine des dieux, un lieu saint sur Big Island.
Deux procès sont en cours contre ce projet initié par le California Institute of Technology et l’Université de Californie. En Octobre, des militants ont fait capoter la cérémonie d’inauguration du projet, avec une manifestation de protestation qui a fait la une des journaux dans le monde entier. Les défenseurs du projet ont été pris au dépourvu par le nombre de manifestants – environ 500 – qui, après s’être couchés au milieu de la route, se sont invités dans la cérémonie, provoquant son annulation.

Pour les astronomes, le TMT représente un avenir des plus prometteurs: Avec un miroir presque trois fois plus grand que tout autre sur Terre, ils pourront détecter des signes de vie dans d’autres systèmes solaires et obtenir des indices sur les origines de l’univers.
Pour certains Hawaïens, le TMT représente la profanation d’un lieu sacré. Les anciens considéraient le volcan comme le cordon ombilical reliant la Terre au Ciel et ils utilisaient la montagne comme site de sépultures, avec des autels et autres lieux de culte. Des milliers de tombes et d’objets culturels ont été découverts sur le Mauna Kea et beaucoup sont encore entretenus par les familles hawaïennes. Les pêcheurs viennent faire des offrandes au volcan pour de bonnes prises en mer et les chasseurs parcourent encore les pentes boisées à la recherche de proies.
L’envahissement du sommet du Mauna Kea est l’un des principaux griefs des protestataires. Le sommet est parcouru par des routes et des bâtiments ont fleuri un peu partout, de sorte que l’impressionnante beauté sauvage du paysage d’autrefois a quasiment disparu. Les écologistes affirment que ce développement a déjà nui à l’habitat du wekiu, ainsi qu’à d’autres espèces endémiques. Au contraire, les chefs de projet affirment que le nouveau télescope a été soigneusement conçu pour éviter ces impacts. Bien que le TMT présente la hauteur d’un immeuble de 18 étages – ce qui en fait le plus grand bâtiment de l’île – il ne sera visible que de 15 pour cent de Big Island et n’affectera que 0,08 hectare de l’habitat du wekiu.
Si les militants parviennent à interrompre la construction du TMT, ce ne sera pas la première fois qu’un tel événement se produira: En 2002, un tribunal fédéral a bloqué un projet de la NASA visant à construire une demi-douzaine de télescopes avec des miroirs de 1,80 mètres sur le Mauna Kea parce que l’évaluation environnementale n’a pas été jugée suffisante; la NASA a finalement abandonné le projet.
D’autres sommets américains sont devenus des zones de conflit entre astronomes et écologistes. Par exemple, à la fin des années 1980, les astronomes de l’Observatoire National du Mont Graham en Arizona se sont trouvés face à l’opposition des écologistes qui voulaient protéger une espèce d’écureuils, et des Apaches San Carlos qui effectuaient des cérémonies religieuses sur la montagne. Les astronomes ont finalement gagné, mais les retards les ont contraints à revoir leur projet à la baisse.
Les promoteurs du projet TMT ont été plus prudents que leurs prédécesseurs et ont pris l’opposition au sérieux. Ils ont essayé de gagner le soutien du public. Ils ont traité les autochtones avec respect et organisé pendant plusieurs années des débats avec les membres de leur communauté.
Les prochains mois nous diront si le Thirty Meter Telescope sera autorisé à observer les tréfonds de notre univers.
Source: Scientific American.

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drapeau anglaisConstruction has begun on the Thirty Meter Telescope, despite continuing opposition by cultural and environmental activists

The summit of Mauna Kea holds many meanings for many people: For astronomers, it’s among the best places on Earth to explore the firmament with minimal atmospheric distortion. For environmentalists, it’s an exceptional ecosystem that hosts rare and altitude-sensitive species, including the wekiu bug found nowhere else in the world. For native Hawaiians, it is the home of gods, the most holy place on Hawaii Big Island.

Two lawsuits are in motion over the California Institute of Technology and the University of California’s proposal to build the Thirty Meter Telescope (TMT). In October activists shut down the project’s groundbreaking in a protest that made headlines worldwide. The number of protesters – around 500 – took telescope supporters by surprise. After they lay across the road and later stormed the ceremony, the groundbreaking was aborted.

For astronomers, the proposed new telescope represents tremendous promise: With a mirror nearly three times larger than any other on Earth, it could detect signs of life in other solar systems and provide clues to the origins of the universe.

For some Hawaiians, it represents the ongoing desecration of a sacred place. Ancient Hawaiians considered the volcano the umbilical cord connecting the land to the heavens and used the mountain as a site of burials, altars and worship; thousands of shrines and other cultural artifacts have been recorded on the Mauna Kea and many are still tended by Hawaiian families. Fishermen still make offerings at the volcano for a good catch and hunters still fan across its forested skirt in search of prey.

The amount of development at the summit is among the activists’ complaints. As the summit has been carved up by roads and studded with buildings, the awesome beauty of the once-stark landscape has diminished. Environmentalists argue the development has already harmed the habitat of the wekiu bug and other endemic flora and fauna. Project managers say the new telescope has been carefully designed to avoid these impacts. Although the TMT will loom 18 stories high, making it the largest building on the island, it will be visible only from 15 percent of the island and will touch only 0.08 hectare of the bug’s habitat.

If activists were to succeed in stopping TMT, it wouldn’t be the first time: In 2002 a federal court blocked a NASA plan to build a half dozen 1.8-meter telescopes on the mountain because it failed to do a comprehensive environmental assessment; NASA eventually abandoned the project.

Other U.S. mountaintops have become combat zones between astronomers and activists. For instance, in the late 1980s astronomers at the Mount Graham National Observatory in Arizona faced opposition to a new telescope from squirrel-protecting environmentalists and from the San Carlos Apaches, who perform religious ceremonies on the mountain. Astronomers eventually won, but the delays forced them to downsize their project.

TMT leaders have been more careful than their predecessors and have taken the opposition seriously, by trying to gain public support for their project. They have treated islanders with respect, organising debates with community members over the course of several years.

The next months will tell us whether the TMT telescope will be allowed to observe the most distant depths of our universe.

Source: Scientific American.

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Télescopes au sommet du Mauna Kea  (Photo:  C.  Grandpey)

Kilauea (Hawaii / Etats Unis): L’éruption continue…avec une femme à la tête du HVO! // The eruption continues…with a woman at the head of HVO!

drapeau francaisJe sais que certains de mes amis vont se rendre à Hawaï très bientôt. Voici les dernières nouvelles sur l’activité du Kilauea.
L’éruption se poursuit avec très peu de changements. Le front inactif de la coulée du 27 juin reste scotché à environ 500 mètres de la Route 130, à l’ouest de la caserne de pompiers et du poste de police de Pahoa. Quelques coulées secondaires apparaissent ici et là à la fois à la surface et en bordure de la coulée principale qui continue à s’élargir mais ne s’approche pas de la Highway 130. La coulée observée ces derniers temps le long de la bordure nord reste active, mais avance très lentement. Il faut garder à l’esprit que tous les accès aux coulées de lave sont interdits.
L’inclinomètre sur le flanc nord du Pu’uO’o a montré très légère tendance déflationniste au cours des derniers jours, mais les fortes pluies qui tombent en ce moment sur le volcan perturbent le signal. S’il pleut sur le Kilauea, la neige (avec une couche jusqu’à 25 centimètres) était prévue pour les sommets du Mauna Loa et et du Mauna Kea
Au sommet du Kilauea, le lac de lave se trouve à environ 50 mètres sous la lèvre du cratère de l’Halema’uma’u. Le meilleur endroit pour voir la lueur de la lave est la terrasse du Musée Jaggar. Tous les accès au cratère sont interdits. Les rangers sont de plus en plus présents sur le volcan et tous les contrevenants reçoivent une citation en justice.

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L’USGS a le plaisir d’annoncer la nomination de Christina (Tina) Neal à la tête de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO). Elle succède à Jim Kauahikaua qui a occupé ce poste pendant les dix dernières années. Elle est la deuxième femme à la tête du HVO depuis la création de l’Observatoire il y a 103 ans. Elle prendra ses fonctions le 8 mars, Journée Internationale de la Femme, instaurée pour célébrer les réalisations des femmes dans le monde.
Christina Neal quitte l’Alaska pour venir à Hawaii. Elle a passé près de 25 ans en tant que géologue auprès de l’Alaska Volcano Observatory (AVO). De 1983 à 1989, elle faisait déjà partie du personnel du HVO. Son travail comprenait alors la surveillance du Kilauea pendant les premières années de l’éruption sur l’East Rift Zone, ainsi que celle du Mauna Loa lors de sa dernière éruption en 1984.

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drapeau anglaisI know some of my friends are going to travel to Hawaii very soon. Here is the latest news about activity on Kilauea volcano.

The eruption continues with very little changes. The inactive front of the June 27th lava flow remains roughly 500 metres from Highway 130 in the area west of the Pahoa Fire and Police Stations. Scattered breakouts are still observed both on the surface and the margins of the main flow which continues to widen, but has not moved closer to Highway 130. The breakout along the north margin is still active but sluggish. Just keep in mind that all access to the lava flows is prohibited.
The tiltmeter on the north flank of Pu’uO’o has shown very slight deflationary tilt over the past few days but the current heavy rainfall disturbs the signal. While it is raining on Kilauea, snowfall up to 25 centimetres was forecast for the summits of Mauna Loa and Mauna Kea.
At the summit of Kilauea, the lava lake lies some 50 metres below the rim of Halema’uma’u Crater. The best place to see the glow of lava is the terrace of the Jaggar Museum. All access to the crater is prohibited. Rangers are increasingly patrolling the volcano and all trespassers receive a citation.

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The U.S. Geological Survey is pleased to announce the selection of Christina (Tina) Neal to serve as the new Scientist-in-Charge of the USGS Hawaiian Volcano Observatory. Neal succeeds Jim Kauahikaua, who served in the position for the past ten years. She is the second woman to lead USGS HVO in its 103-year-long history. She will take the helm on March 8th, International Women’s Day, a day established to celebrate the achievements of women around the world.

Christina Neal comes to Hawai‘i from Alaska, where she spent almost 25 years working as a USGS geologist with the Alaska Volcano Observatory.  From 1983 to 1989, she already worked on the staff at HVO.  Her work included monitoring Kīlauea Volcano during the early years of its ongoing East Rift Zone eruption, as well as Mauna Loa during its 1984 eruption

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Christina Neal, nouvelle responsable du HVO  (Crédit photo:  USGS).

Hawaiian Volcano Observatory (HVO): Bye bye Jim !

drapeau francaisVous n’avez probablement jamais entendu parler de Jim Kauahikaua. Cependant, cet homme discret a joué un rôle important dans la volcanologie en tant que scientifique responsable de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii.
Jim, avec sa légendaire barbe et queue de cheval, a rejoint le personnel du HVO comme géophysicien en 1988. Ses recherches ont porté sur le magnétisme, la gravité et la résistivité électrique sur les volcans, ainsi que sur des techniques pour évaluer les risques des coulées de lave et leur quantification. Le 3 octobre 2004, Jim est devenu le 19ème  scientifique à la tête du HVO, le premier d’ascendance hawaïenne. Quand il se retirera le 8 mars, il aura passé plus de 10 ans à la tête du HVO, l’une des durées de responsabilité les plus longues de l’histoire de l’Observatoire. Le nom de son successeur sera cette semaine. Toutefois, Jim ne quittera pas complètement le HVO; il fera toujours partie du personnel en tant que un géophysicien-chercheur.
Depuis 2004, Jim a assisté à des changements majeurs dans les technologies de surveillance de l’activité sismique et volcanique. Les réseaux de surveillance ont été élargis et entièrement numérisés. Des réseaux de télémétrie ont été ajoutés pour assurer une connectivité en temps quasi-réel entre le HVO et les instruments de contrôle (plus d’une centaine) sur les volcans actifs de l’archipel hawaiien.
Un événement important dans le mandat de Jim Kauahikaua a été le centenaire du HVO en 2012. Il a mis en place une journée portes ouvertes qui a accueilli plus de 1400 habitants d’Hawaï et d’autres visiteurs. Il a aussi encouragé l’organisation d’un colloque international de volcanologues axé sur l’étude des volcans et des séismes à Hawaii.
J’ai rencontré Jim Kauahikaua au HVO en 2007 quand j’ai commencé mon travail de recherche sur le processus de refroidissement de la lave (voir résumé dans la colonne de gauche de ce blog). Je me souviens d’un homme très discret mais réceptif qui m’a montré des centaines de diapositives de coulées de lave sur le Kilauea. Il m’a aussi donné des conseils qui m’ont beaucoup aidé dans mon travail sur le terrain.

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drapeau anglaisYou probably never heard about Jim Kauahikaua. However, this discreet man played an important part in volcanology as the scientist in charge of the Hawaiian Volcano Observatory in Hawaii.

Jim, known for his beard and ponytail, joined HVO’s staff as a geophysicist in 1988.  His research focused on magnetic, gravity, and electrical resistivity studies of Hawaiian volcanoes and techniques for assessing lava flow hazards and quantifying lava flow emplacement. On October 3rd, 2004, Jim was named HVO’s 19th Scientist-in-Charge, the first of Hawaiian ancestry. When he steps aside on March 8th, he will have served as lead scientist for more than 10 years, one of the longest terms in HVO’s history. The name of his successor will be revealed this week. Jim will not fully leave HVO; he will remain on the staff as a research geophysicist.

Since 2004, Jim has overseen substantial changes in HVO’s volcano and earthquake monitoring technologies and capabilities. Monitoring networks were expanded and made completely digital. Redundant telemetry paths were also added to ensure near-real-time connectivity between HVO and the more than 100 field-based monitoring instruments on Hawai’i’s active volcanoes.

A notable event in Jim Kauahikaua’s tenure as Scientist-in-Charge was HVO’s centennial celebration in 2012.  He guided plans for an open house, attended by more than 1,400 Hawai’i residents and visitors, and supported the organisation of an international gathering of volcanologists focused on the study of Hawaiian volcanoes and earthquakes.

I met Jim at HVO in 2007 when I started my research work on the cooling process of lava (see abstract in the left-hand column of this blog). I can remember a very discreet but receptive man who showed me hundreds of slides of Kilauea lava flows. He also gave me some tips to help me in my on-the-field work.

Kauahikaua-blog

Jim Kauahikaua  (Crédit photo:  USGS)

Kilauea (Hawaii): Nouvelle coulée sur le Pu’uO’o // New lava flow on Pu’uO’o

drapeau francaisLors d’un survol effectué le 23 février, les scientifiques du HVO ont pu observer que le front de la coulée du 27 juin reste inactif, avec, comme précédemment, quelques émissions de lave  entre 0,5 à 2,7 kilomètres en amont du front de coulée. Le bras de lave qui avance vers le nord, à environ 1,6 km de la Highway 130, est le plus actif, avec une progression d’environ 300 mètres depuis le 19 février. Alors que ce bras de lave continue à s’élargir, il a cessé d’avancer entre le 21 et le 23 février.
Une importante émission de lave a commencé le 22 février sur le flanc nord de Pu’u O’o. Cette nouvelle coulée a une longueur d’environ 400 mètres et couvre une grande partie du flanc nord du cône (voir photo ci-dessous). Même si la majeure partie de la coulée est maintenant recouverte d’une croûte, plusieurs belles rivières de lave sont encore visibles. Cette nouvelle coulée pourrait entraîner une chute d’alimentation et donc une baisse d’activité des coulées en amont de Pahoa.
Le tiltmètre sur le flanc nord du Pu’uO’o a montré une nette tendance au dégonflement de l’édifice au cours des derniers jours. Les webcams montrent les points d’incandescence habituels dans le cratère.
Le tiltmètre au sommet du Kilauea a lui aussi enregistré une tendance déflationniste. Le niveau de la lave à l’intérieur de l’Halema’uma’u se trouve à une cinquantaine de mètres en dessous de la lèvre du cratère.

Source : HVO.

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drapeau anglaisDuring an overflight performed on February 23rd, HVO scientists could observe that the inactive flow tip remains stalled with scattered breakouts active about 0.5 to 2.7 km upslope of the stalled flow tip. The lobe extending to the north, about 1.6 km from Highway 130, hosts the most vigorous activity, and has advanced 300 metres since February 19th. While the flow continues to widen, no advancement was observed between February 21st and 23rd.

A significant breakout started on February 22nd on the north flank of Pu’u O’o. This new lava flow is about 400 metres long and covers a large portion of the north flank of Pu’uO’o (see photo below). While most of the flow has crusted over, several large rivers of lava are still visible. This breakout might be stealing a significant portion away from the flow threatening Pahoa.

The tiltmeter on the north flank of Pu’uO’o has shown deflationary tilt over the past days. Webcam views show incandescence in the normal locations within the crater.
Tiltmeters operating around the summit of Kilauea have recorded deflationary tilt too. The level of lava within Halema’uma’u is estimated at roughly 50 metres below the rim of the Overlook crater.

Source: HVO.

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Vue de la nouvelle coulée sur le flanc nord du Pu’uO’o  (Crédit photo:  USGS / HVO).