Activité éruptive intense sur le Santiaguito (Guatemala)

drapeau francaisDans un bulletin spécial émis le 23 avril 2016, l’INSIVUMEH indique que le Santiaguito connaît l’activité explosive la plus intense observée ces dernières années, avec des éruptions violentes accompagnées de colonnes de cendre atteignant 4,5 – 5 km d’altitude et des coulées pyroclastiques atteignant 3 km à l’est et à l’ouest. Elles s’accompagnent de grondements et d’ondes de choc. D’importantes retombées de cendre sont observées dans les villages près du volcan. Il est également fait état de retombées à plus de 60 km du cratère, à Quetzaltenango, Retalhuleu et Mazatenango. Voici une courte vidéo de l’une des dernières éruptions:
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=r51Zp16s6DM

Il ne faudrait pas oublier que le Santa Maria  et le Santiaguito (apparu en 1922) peuvent provoquer des éruptions extrêmement violentes. L’événement le plus meurtrier a eu lieu en Octobre 1902 avec une éruption plinienne de 20 heures du Santa Maria qui a tué plus de 6000 personnes. Des dépôts de cendre atteignant 30 mètres d’épaisseur ont été observés à proximité du volcan. Des retombées de cendre ont été enregistrées jusqu’à San Francisco, à une distance de 4000 km. Le 2 novembre 1929, c’est au tour du Santiaguito de se mettre en colère avec une éruption qui a tué au moins 5000 personnes, avec neuf heures de retombées de cendre à Retalhuleu, à 27 km du dôme. Le 19 juillet 1990, une nouvelle explosion du Santiaguito a tué quatre randonneurs. Ces événements sont décrits dans mon livre Killer Volcanoes, aujourd’hui épuisé.

———————————

drapeau-anglaisIn a special report published on April 23rd 2016, INSIVUMEH indicates that Santiaguito volcano is experiencing the highest level of explosive activity observed in recent years, with violent eruptions accompanied by ash columns reaching 4.5 – 5 km a.s.l. and pyroclastic flows reaching 3 km to the east and west. They are accompanied by rumblings and shock waves. Abundant ash fall is reported in villages near the volcano. More asfall is also being reported over 60 km from the crater, in Quetzaltenango, Retalhuleu and Mazatenango.  Here is a short video of one of the latest eruptions:

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=r51Zp16s6DM

One should remember that Santa Maria and Santiaguito (born in 1922) have the ability to generate violent eruptions. The deadliest event occurred in October 1902 with a 20-hour Plinian eruption that killed more than 6,000 people. Ash deposits as high as 30 metre were observed close to the volcano. Ashfall was recorded as far as San Francisco, 4,000 km away. On NOvember 2nd 1929, a eruption of Santiaguito killed at least 5,000 people, with a 9-hour ashfall over Retalhuleu, 27 km from the dome. On July 19th 1990, another explosion of Santiaguito killed four trekkers. These events are described in my book Killer Volcanoes which is sold out.

Santiag

Sismicité le 23 avril 2016 sur le Santiaguito (Source: INSUVUMEH)

Santiaguito 02

Sommet du dôme Caliente sur le Santiaguito (Photo: C. Grandpey)

Popocatepetl (Mexique / Mexico)

drapeau-francaisL’événement est passé quelque peu inaperçu à cause du séisme au Japon, mais le lundi 18 avril le Popocatepetl a connu un événement éruptif significatif, avec un nuage de cendre de 3 km de hauteur. La forte explosion a projeté des matériaux incandescents sur les flancs du volcan. Le nuage de cendre a affecté la ville de Puebla où l’aéroport a été fermé pendant quelques heures. Les autorités ont recommandé à la population de prendre des précautions, d’éviter les activités en plein air et de respecter un rayon de sécurité de 12 km autour du volcan.

Ce type d’événement explosif se produit relativement fréquemment sur le volcan mexicain où le niveau d’alerte est maintenu à la couleur Jaune Phase 2. Les explosions se produisent en général au niveau du dôme intracratérique qui est pulvérisé suite à l’accumulation de pression.

Vous verrez le dernier événement explosif en cliquant sur ce lien :

https://youtu.be/_ZB3u2Zhxy0

————————————

drapeau-anglaisThe event has gone somewhat unnoticed because of the earthquake in Japan, but on Monday, April 18th Popocatepetl went through a significant eruptive event, with an ash cloud 3 km high. The strong explosion ejected incandescent material on the flanks of the volcano. The ash cloud affected the city of Puebla where the airport was closed for several hours. The authorities advised the population to take precautions, to avoid outdoor activities and observe a safety radius of 12 km around the volcano.
This type of explosive event occurs relatively frequently at the Mexican volcano where the alert level is kept at Yellow Phase 2. The explosions usually occur at the dome inside the crater which is destroyed after pressure buildup .
You will see the last explosive event by clicking this link:
https://youtu.be/_ZB3u2Zhxy0

Événement explosif sur l’Etna (Sicile / Italie) // Explosive event on Mt Etna (Sicily)

drapeau-francaisL’Etna est resté relativement calme tout le mois de janvier 2016. Au cours d’une visite effectuée le 19 février dernier, des scientifiques de l’INGV n’ont pas observé d’émissions de cendre en provenance des cratères sommitaux. Seul le Cratère Nord-Est était le siège d’un important dégazage.
A 3 :22 (TU) le 23 février, les caméras de l’INGV ont enregistré un événement explosif au niveau du cratère NE, avec projections de matériaux incandescents à plusieurs dizaines de mètres de hauteur et un panache de cendre qui a été poussé vers le NE par un vent violent.

——————————-

drapeau anglaisMount Etna was quiet in January 2016. During a visit on February 19th, INGV visitors observed no ash emissions from the summit craters, but the NEC was the site of intense degassing
At 03:22 UTC on February 23rd, the INGV video and thermal cameras recorded an explosive event at the NEC, which ejected incandescent material to several tens of metres above the crater rim and produced a dark ash plume that was blown northeastward by strong wind.

NE

L’explosion du 23 février vue par la caméra thermique de l’INGV.

Chaleur et explosivité du magma // Magma heat and explosivity

drapeau-francaisUn article intitulé « Vésiculation thermique lors des éruptions volcaniques» et publié dans la revue Nature a récemment démontré le «rôle essentiel des variations de chaleur pendant l’ascension du magma ». L’article est l’aboutissement d’une étude menée par des chercheurs de l’Ecole des Sciences de l’Environnement, dans l’enceinte de l’Université de Liverpool en Angleterre.

Il est bien connu que les volcans connaissent des éruptions explosives lorsque le magma chargé de gaz atteint la surface de la Terre. Plusieurs techniques sont utilisées pour expliquer la formation et la croissance des bulles de gaz au sein du magma. Par exemple, certains scientifiques examinent attentivement de minuscules cristaux pour mesurer des quantités infimes de gaz dissous à l’intérieur, tandis que d’autres utilisent la spectroscopie pour mesurer les panaches de gaz émis par une bouche volcanique. D’autres volcanologues font fondre les roches volcaniques et y insufflent des gaz.
Le magma stocké dans les profondeurs d’un volcan commence son ascension lentement et accélère quand il s’approche de la surface de la Terre. En effet, au cours de l’ascension, il échappe à la surpression, ce qui permet à des bulles de se développer.
Au début, quand le magma commence à monter sous l’édifice volcanique, il est soumis à près d’un millier de fois la pression atmosphérique. À de telles profondeurs, le magma est un fluide visqueux avec abondance de cristaux à l’intérieur, mais il est en grande partie dépourvu de bulles. L’absence de bulles ne veut pas dire qu’il n’y a pas de gaz, mais ce dernier est principalement dissous dans le magma. On estime qu’entre 1 et 5 % de la masse de magma à cette profondeur est composée de gaz piégé à l’intérieur.
Le magma, même dépourvu de bulles, monte en raison de la flottabilité. Il est moins dense que la roche encaissante plus froide qui l’entoure. Au début, il s’élève en général péniblement, mais il accélère en atteignant des profondeurs plus faibles. Des changements importants se produisent dans la masse en fusion, en même temps que la pression de confinement diminue. De plus en plus de bulles commencent à apparaître, qui font chuter la densité globale du fluide. En se dilatant, ces bulles accentuent la perte de densité, ce qui facilite l’ascension du magma. Les bulles transforment ensuite le magma en lambeaux, jusqu’à son expulsion hors du cratère.
La nouvelle étude a essayé de démontrer que si le magma dégaze effectivement durant la phase de décompression, il dégaze encore davantage sous l’effet de sa montée en chaleur. Tout d’abord, le magma dégage de la chaleur lorsque certaines parties commencent à se figer. Tout comme pour l’eau, ce « gel » produit des cristaux, qui libèrent de la chaleur au cours de leur formation. Cette chaleur ajoutée peut inciter le gaz à s’échapper du magma fluide. De plus, le magma monte en température lors de son passage le long de conduits étroits, suite au frottement le long des parois.
Une confirmation des résultats théoriques de l’étude a été obtenue sur le dôme du Santiaguito au Guatemala. Les chercheurs ont étudié des roches qui portent en elles les signes de la chaleur produite par frottement. Ils ont recueilli des roches avec des fissures qui portent en elles les passages fossiles du gaz en train de s’échapper. De retour au laboratoire, ils ont examiné les échantillons au microscope électronique. Les textures des fissures ont révélé des fragments de cendres figés sur place suite à leur transport par des courants de gaz chaud en provenance des bordures des fissures. D’autres manipulations ont appuyé cette hypothèse. Les scientifiques ont utilisé des échantillons de lave de la grosseur du poing et les ont soumis à des forces très importantes. Ils ont ensuite fait lentement tourner un échantillon de roche contre un autre. Cela a généré un frottement et une chaleur intense suffisante pour faire fondre la roche et libérer les gaz emprisonnés à l’intérieur.
Lorsqu’ils étaient sur le terrain, les chercheurs ont observé le comportement d’une partie active du dôme du Santiaguito, là même où les échantillons avaient été prélevés. Quelques secondes après le début d’une séquence éruptive, des colonnes de cendre et des panaches de gaz montaient jusque parfois à plus d’un kilomètre de hauteur. Des blocs incandescents étaient projetés vers le ciel et venaient ensuite se briser sur les flancs du volcan dont ils dévalaient les pentes. Les géophysiciens ont pu observer l’activité interne du Santiaguito en utilisant une batterie d’instruments comme des sismomètres et inclinomètres. Les capteurs ont révélé la profondeur et l’ampleur des mouvements de roche, des données que les chercheurs ont utilisées pour estimer la quantité de gaz accumulée pendant les cycles éruptifs.
Il semble que les mouvements de roches et de magma peuvent induire des gains de température de plusieurs centaines de degrés, ce qui favorise la volatilisation du magma préalablement «stable» et le dégazage violent qui s’ensuit. Les roches émises lors des éruptions du dôme du Santiaguito montrent dans quelle mesure la chaleur produite par le frottement du magma peut conduire à des explosions volcaniques.
Le comportement de Santiaguito pourrait aider à mieux comprendre les processus essentiels qui jouent un rôle dans l’activité explosive d’autres volcans semblables à travers le monde.
Source: Live Science: http://www.livescience.com/

————————————–

drapeau anglaisAn article entitled « Thermal vesiculation during volcanic eruptions » and published in the journal Nature recently demonstrated the « critical influence of heat variations in rising magmas. » The article was the result of a study led by researchers within the School of Environmental Sciences at the University of Liverpool in England.

It is well known that volcanoes erupt explosively when gas-charged magma reaches Earth’s surface. Several techniques are used to explain the formation and growth of gas bubbles within the magma. For instance, some scientists carefully examine tiny crystals to measure minuscule amounts of dissolved gas, while others use spectroscopy to measure the gas plumes escaping from a vent. Other volcanologists melt volcano rocks and infuse them with gases.
Magma deep within a volcano starts its ascent slowly, but eventually, it accelerates toward the Earth’s surface. Indeed, as magma rises, it escapes from overpressure and bubbles grow.
When magma starts rising deep beneath the volcanic edifice, it is subjected to nearly a thousand times the pressure that exists in the atmosphere. At such depths, magma is an extremely viscous fluid, often swimming with crystals, but it is largely devoid of bubbles. The absence of bubbles doesn’t mean there is no gas, but that it is mostly dissolved, within the magma. One estimates that between 1 and 5 per cent of the mass of magma at this depth is trapped gas.
Magma, even when devoid of bubbles, ascends because of buoyancy. It is less dense than the colder rock surrounding it. At first, it may rise sluggishly, but as it reaches shallower levels, it can accelerate. Significant changes occur in the melt as the confining pressure diminishes. More bubbles start to appear, and they diminish the overall density of the fluid. As these bubbles expand, the density decreases further, which facilitates a quicker ascent. This cycle continues until the bubbles rend the surrounding magma to shreds, and expel it out of the crater.
The new study tried to demonstrate that while decompressing magma is prone to degas, it further degasses when it heats up. Firstly, magma gives off heat when portions of it start to freeze. Just like in water, the freezing produces crystals, and as the crystals form, they give off heat. That added heat can induce gas to come out of the fluid magma. Secondly, magma heats up as it flows through constricted conduits, due to friction.
A confirmation of the theoretical results of the study was obtained on the dome of Santiaguito volcano in Guatemala. The researchers looked for rocks that bear testament to frictional heating. They collected rocks with cracks which would represent fossil passageways of escaping gas. Back in the laboratory, they examined the samples under an electron microscope. The textures of the cracks revealed ash shards frozen in place following their transport by currents of hot gas originating on the cracks’ margins. More lab experiments also supported the theory. The scientists took fist-size rock samples of lava and pushed them together with tremendous force, then rotated one rock sample slowly against another. This generated intense friction and heat, enough to melt rock and release abundant, previously locked-in gas.
When on the field, the researchers observed the behaviour of an active portion of Santiaguito’s dome where the samples were collected. Within seconds of an eruption’s onset, columns of ash and gas plumes rise to hundreds of meters and eventually reach more than a kilometre high. Incandescent blocks are blown skyward and then crash onto the volcano’s flanks, breaking open and cascading downward. The geophysicists captured the behaviour of Santiaguito using an array of instruments, including seismometers and tiltmeters. These sensors reveal the depth and magnitude of rock movements – data the researchers used to estimate the amount of gas that accumulates during eruptive cycles.
It seems rock and magma movements can induce temperature gains of hundreds of degrees, promoting volatilization of the previously « flat » magma and subsequent violent degassing. The dome rocks and eruptions at Santiaguito serve as en evidence of how frictional heating can lead to volcanic explosions.
Santiaguito’s behaviour might help to understand vital processes that influence volcanic explosivity at other analogous volcanoes.
Source : Live Science : http://www.livescience.com/

Santiaguito 02

Santiaguito 03

Vues du dôme Caliente du Santiaguito (Photos: C. Grandpey)