Mars 2023 encore bien chaud // March 2023 still too hot

Selon les données ERA5* qui remontent à 1979, avec +0.705°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de mars 2023 est le 2ème plus chaud de cette période. Par rapport à la nouvelle période de référence 1991-2020 utilisée par ERA5, l’anomalie est de +0.511°C. Le record de chaleur pour le mois de mars est toujours détenu par l’année 2016 qui était sous l’influence de l’un des épisodes El Niño les plus intenses jamais observés.

Après une période La Niña exceptionnellement prolongée, le début d’année 2023 se situe dans des conditions relativement neutres dans le Pacifique. D’après la moyenne des modèles, des conditions El Niño pourraient émerger en milieu d’année.

La moyenne sur janvier-mars 2023 est de +0,544°C au-dessus de 1981-2010, soit +1,25°C par rapport à 1850-1900. Si cette anomalie devait perdurer toute l’année, elle ferait de 2023 la 4ème année la plus chaude depuis le début des relevés, derrière 2016, 2020 et 2019. Reste à savoir quelles seront les conditions de température au cours du prochain été.

* ERA5 auquel je fais souvent référence est la cinquième génération du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme. (ECMWF). ERA5 fournit une réanalyse atmosphérique du climat de notre planète entre janvier 1940 et aujourd’hui. ERA5 est produit par le Copernicus Climate Change Service (C3S) de l’ECMWF.

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According to ERA5* data dating back to 1979, with +0.705°C above the 1981-2010 average, March 2023 was the second hottest month of this period. Compared to the new reference period 1991-2020 used by ERA5, the anomaly is +0.511°C. The heat record for the month of March is still held by the year 2016 which was under the influence of one of the most intense El Niño episodes ever observed.
After an exceptionally prolonged La Niña period, the beginning of the year 2023 is under relatively neutral conditions in the Pacific. Based on the model average, El Niño conditions could emerge by mid-year.
The average over January-March 2023 is +0.544°C above 1981-2010, i.e. +1.25°C compared to 1850-1900. If this anomaly were to last all year, it would make 2023 the 4th hottest year since records began, behind 2016, 2020 and 2019. It remains to be seen what the temperature conditions will be during the next summer.

*ERA5 is the fifth generation of the European Centre for Medium-Range Weather Forecasts. * (ECMWF). It provides atmospheric reanalysis of the global climate covering the period from January 1940 to present. ERA5 is produced by the Copernicus Climate Change Service (C3S) at ECMWF.

Mauvaises nouvelles de l’Antarctique // Bad news from Antarctica

Pour la deuxième année consécutive, la surface occupée par la glace de mer autour de l’Antarctique a atteint son plus bas niveau depuis le début des relevés.
Contrairement à la calotte glaciaire, la glace de mer est de l’eau de mer gelée qui flotte à la surface de l’océan autour des régions polaires sur Terre. Elle se forme à des températures beaucoup plus basses que la glace d’eau douce, à environ – 1,8°C. La glace de mer se forme pendant l’hiver et finit par atteindre son étendue maximale. Elle fond ensuite au printemps et en été pour atteindre son étendue minimale.
En Antarctique, où les saisons sont inversées par rapport à l’hémisphère nord, la glace de mer atteint son étendue maximale en septembre ; elle couvre alors environ 18,5 millions de kilomètres carrés. Le NSIDC explique qu’au moment de l’étendue minimale, fin février, la glace de mer ne couvre plus qu’environ 2,5 millions de kilomètres carrés.
En 2022, l’étendue minimale de la glace de mer était inférieure à 2 millions de kilomètres carrés, la surface la plus faible depuis que les scientifiques ont commencé à mesurer l’étendue de la glace de mer avec les satellites en 1979. Le 21 février 2023, la surface occupée par la glace de mer était de seulement 1,8 million de kilomètres carrés, ce qui est environ 40 % de moins que la moyenne observée entre 1981 et 2010,.
Le minimum était prévu après un mois de janvier extraordinairement chaud, le septième plus chaud depuis le début des relevés il y a 174 ans. L’étendue minimale de la glace de mer en Antarctique continuera probablement de diminuer au cours des prochaines décennies, aidée en cela par la hausse des températures en raison du réchauffementt climatique d’origine anthropique.
La fonte de la glace de mer est un réel problème.Elle est indispensable à la faune polaire, comme les manchots en Antarctique et les ours polaires dans l’Arctique qui utilisent la glace comme plate-forme de chasse.
Plus important encore, la glace de mer permet de stabiliser la glace de l’Antarctique. La diminution de la glace de mer signifie que les vagues viennent de plus en plus souvent percuter la côte le long de la calotte glaciaire, minant les plates-formes autour de l’Antarctique. L’instabilité des plates-formes glaciaires pourrait, à son tour, menacer des grands glaciers, tels que le Pine Island et le Thwaites. Sans les plates-formes pour les protéger, ces glaciers avanceraient dans l’océan où leur fonte contribuerait à l’élévation du niveau de la mer dans le monde. La fonte de la glace de mer n’a pas d’eefet sur le niveau de la mer car elle flotte à sa surface comme un glaçon dans un verre.
Source : Yahoo News, National Snow and Ice Data Center (NSIDC).

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For the second year in a row, the amount of sea ice surrounding Antarctica has reached its lowest level since modern records began.

Differently from the ice sheet, sea ice is frozen seawater that floats on the ocean’s surface around the Earth’s polar regions. It forms at much lower sustained temperatures than freshwater ice does, at around minus 1.8 degrees Celsius. Sea ice builds up during the winter until it reaches its maximum extent, and then melts away in the spring and summer until it reaches its minimum extent.

In Antarctica, where sseasons are inverted relative to the Northern Hemisphere, sea ice normally reaches its maximum extent in September, when sea ice covers around 18.5 million square kilometers. NSIDC explains that at its minimum extent, at the end of February, historically only around 2.5 million square kilometers remain.

In 2022, the minimum sea ice extent was less than 2 million square kilometers, the lowest total since scientists began recording sea ice extent with satellites in 1979. On February 21st, 2023, that number had shrunk to just 1.8 million square kilometers, which is roughly 40%  less than the average between 1981 and 2010,.

The record-breaking minimum was expected after an extraordinarily hot January, which was the seventh warmest since records began 174 years ago. Antarctica’s minimum sea ice extent will likely continue to decrease in the coming decades as global temperatures rise as a result of human-caused climate change.

The melting of sea ice is a real problem. Sea ice is crucial for polar predators, such as penguins in Antarctica and polar bears in the Arctic, which use the ice as a platform for hunting.

More importantly, sea ice also helps stabilize ice on Antarctica. Lower sea ice extent means that ocean waves will pound the coast of the ice sheet, further reducing ice shelves around Antarctica. Ice shelf instability could, in turn, threaten massive glaciers, such as the Pine Island and Thwaites glaciers. Without the ice shelf as a buttress, these glaciers will travel into the ocean where their melting will contribute to the rise of sea level in the world. Melting sea ice has no effect on sea level because it floats on the surface like an ice cube in a glass.

Source : Yahoo News, National Snow and Ice Data Center (NSIDC).

Diagramme montrant la couverture de glace de mer en Antarctique grâce aux données satellitaires le 21 février 2023. La ligne jaune représente la lisière moyenne de la glace de mer entre 1981 et 2010. (Source : NSIDC)

Disparition à court terme des glaciers autrichiens // Austrian glaciers will disappear shortly

L’information n’est pas vraiment une surprise. Selon le Club alpin autrichien, les glaciers de ce pays ont reculé en 2022 « plus que jamais », à cause du réchauffement climatique.
En moyenne, les 89 glaciers autrichiens observés par le Club alpin ont reculé de 28,7 mètres, contre 11 mètres en 2021. Le rapport indique que « jamais auparavant les mesures des glaciers effectuées par le Club alpin – qui remontent à 1891 – n’ont montré un tel recul qui est une conséquence évidente de l’intensification du réchauffement climatique d’origine anthropique. »
Au train où vont les choses, les glaciers autrichiens devraient disparaître au plus tard en 2075. Le Club Alpin demande une meilleure protection des glaciers en Autriche où le ski est roi : « Le développement touristique des zones glaciaires ne se justifie plus au moment où la crise climatique a déjà un impact énorme sur les glaciers. »
Selon une étude publiée dans la revue Science en janvier 2023, la moitié des 215 000 glaciers sur Terre et un quart de leur masse fondront d’ici la fin du siècle. Cela se produira même si le réchauffement climatique peut être plafonné à 1,5°C, l’ambitieux objectif de l’Accord de Paris qui, selon de nombreux scientifiques, est désormais hors de portée. On estime actuellement que la température moyenne de la planète augmente de 2,7°C, ce qui entraînera une disparition presque complète des glaciers en Europe centrale, dans l’ouest du Canada; dans la partie continentale des États-Unis et en Nouvelle-Zélande.

J’ai personnellement attiré l’attention sur la situation des glaciers autrichiens après un voyage dans ce pays en 2020.
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/09/27/lagonie-des-glaciers-alpins-de-la-mer-de-glace-france-au-pasterze-autriche-7eme-partie/

Je me suis rendu auprès du Pasterze, le plus grand glacier d’Autriche dans les Hohen Tauern, dominées par le Grossglockner, le plus haut sommet du pays. Au terminus de la route, on a une bonne vue sur ce qui reste du Pasterze. Un funiculaire permettait aux visiteurs de descendre sur le glacier en 1963. La surface de la glace était alors au niveau de la station inférieure du funiculaire. Le problème, c’est que le glacier a perdu de son épaisseur et a considérablement reculé depuis cette époque. Aujourd’hui, il faut descendre une pente raide pour atteindre la glace, ce qui suppose une bonne condition physique pour remonter la pente !
La zone d’accumulation duPasterze se situe à 3 453 m d’altitude, mais on s’aperçoit rapidement qu’elle n’est plus alimentée et que le glacier continue de reculer. Comme pour la Mer de Glace ou le glacier du Rhône, les images d’archives affichées sur la plate-forme d’observation montrent la vitesse de recul du glacier. Au train où vont les choses, il aura disparu bien avant la fin du 21e siècle.

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The piece of news comes as no surprise. According to the country’s Alpine Club, Austrian glaciers ln 2022 retreated « more than ever », because of global warming.

On average, 89 Austrian glaciers observed by the organisation have become 28.7 metres shorter, compared to 11 metres in 2021. The Alpine Club’s report says that « never before in the history of the Alpine Club’s glacier measurement service, which dates back to 1891, has there been a greater loss of glaciers. The drastic glacier retreat undoubtedly makes the consequences of the anthropogenic massively intensified climate change clear. »

At the current rate of warming, glaciers in Austria are likely to disappear at the latest in 2075. The Alpine Club asks for a better protection of glaciers in the ski-mad Alpine nation : « The touristic development of glacier areas is simply no longer justifiable at a time when the climate crisis is already having an enormous impact on the glaciers. »

Half of the Earth’s 215,000 glaciers and a quarter of their mass will melt away by the end of the century, according to a study published in the journal Science in January 2023.

This will happen even if global warming can be capped at 1.5 degrees Celsius, the ambitious Paris Agreement target that many scientists now say is beyond reach. Global mean temperature is currently estimated to be increasing by 2.7 degrees Celsius, which would result in a near-complete loss of glaciers in Central Europe, Western Canada and the continental United States and New Zealand.

I personnaly drew attention to the situation of the Austrian glaciers after a journey to this country in 2020.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/09/27/lagonie-des-glaciers-alpins-de-la-mer-de-glace-france-au-pasterze-autriche-7eme-partie/

I visited Pasterze, Austria’s largest glacier in the Hohen Tauern dominated by Grossglockner, the country’s highest peak. At the end of the road, one gets a good view of what remains of Pasterze. A funicular allowed visitors to descend on the glacier in 1963. The surface of the ice was then at the level of the funicular’s lower station. The problem is that the glacier has lost height and has retreated considerably since that time and today’svisitors need to descend on foot. A good physical condition is necessary.
The accumulation area at the source of Pasterze lies 3,453 m above sea level, but one quickly realizes that it can no longer feed the glacier which continues to retreat. As with the Mer de Glace or the Rhône glacier, the archive images displayed on the observation deck show the speed of the glacier’s retreat. At the rate things are going, it will be gone long before the end of the 21st century.

Photo: C. Grandpey

Nouvelle alerte sur la fonte de l’Antarctique // New alert on melting Antarctica

Selon une nouvelle étude effectuée par des scientifiques australiens et publiée fin mars 2023 dans la revue Nature, la fonte rapide de l’Antarctique provoque un ralentissement spectaculaire des courants océaniques profonds, ce qui pourrait avoir un effet désastreux sur le climat. Les courants d’eau profonde qui assurent le bon fonctionnement des courants océaniques pourraient diminuer de 40 % d’ici 2050. Ces courants transportent de la chaleur, de l’oxygène, du carbone et des nutriments vitaux à travers toute la planète.
Des recherches antérieures ont expliqué qu’un ralentissement du courant de l’Atlantique Nord pourrait entraîner un refroidissement de l’Europe. La nouvelle étude ajoute que ce ralentissement pourrait réduire la capacité de l’océan à absorber le dioxyde de carbone de l’atmosphère.
Le rapport décrit comment le réseau de courants océaniques sur Terre est en partie géré par le mouvement descendant de l’eau salée froide, et donc plus dense, vers les fonds marins près de l’Antarctique. Le problème, c’est qu’à mesure que l’eau douce de la calotte glaciaire fond, l’eau de mer devient moins salée et moins dense, et le mouvement descendant ralentit.
Ces courants océaniques profonds, ou « de renversement », dans les hémisphères nord et sud ont été relativement stables pendant des milliers d’années, mais ils sont aujourd’hui perturbés par le réchauffement climatique.
Les modèles réalisés par les scientifiques montrent que si les émissions de carbone dans le monde se poursuivent au rythme actuel, le courant de renversement de l’Antarctique ralentira de plus de 40 % au cours des 30 prochaines années, avec un risque de disparition. On peut lire dans l’étude que « si les océans avaient des poumons, ce courant serait l’un d’eux ». Avec le ralentissement de la circulation océanique, l’eau de surface atteint rapidement sa capacité d’absorption de carbone et n’est donc pas remplacée par de l’eau non saturée en carbone provenant de plus grandes profondeurs.
L’Atlas Study de 2018 a révélé que le système de circulation océanique dans l’Atlantique était plus faible qu’il ne l’avait été depuis plus de 1 000 ans et avait considérablement changé au cours des 150 dernières années. Le document montrait que des modifications de la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (AMOC) pourraient refroidir l’océan et le nord-ouest de l’Europe, et affecter les écosystèmes des grands fonds marins. Le film-catastrophe Le Jour d’Après (2004) illustre la catastrophe que provoquerait l’arrêt de l’AMOC .
La nouvelle étude explique qu’un ralentissement du courant de renversement dans l’hémisphère sud aurait un fort impact sur les écosystèmes marins et sur l’Antarctique proprement dit. Une autre conséquence pourrait être une rétroaction sur la quantité de glace qui fondrait en Antarctique dans les prochaines années. Le ralentissement du courant de renversement ouvrirait la voie à des eaux plus chaudes qui pourraient provoquer une accélération de la fonte, ce qui serait une rétroaction supplémentaire, en mettant plus d’eau de fonte dans l’océan et en ralentissant encore plus la circulation.
Les scientifiques ont utilisé 35 millions d’heures de calcul sur deux ans pour produire leurs modèles qui montrent que la circulation des eaux profondes dans l’Antarctique pourrait ralentir deux fois plus vite que dans l’Atlantique Nord.
L’effet de l’eau de fonte de l’Antarctique sur les courants océaniques n’a pas encore été pris en compte dans les modèles du GIEC sur le réchauffement climatique, mais les auteurs de l’étude affirment d’ores et déjà qu’il sera « considérable ».
Source : Médias d’information internationaux.

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According to a new study by Australian scientists, released by the end of March 2023 in the journal Nature, rapidly melting Antarctic ice is causing a dramatic slowdown in deep ocean currents and could have a disastrous effect on the climate. The deep-water flows which drive ocean currents could decline by 40% by 2050. The currents carry vital heat, oxygen, carbon and nutrients around the globe.

Previous research suggested a slowdown in the North Atlantic current could cause Europe to become colder. The new study also warns that the slowdown could reduce ocean’s ability to absorb carbon dioxide from the atmosphere.

The report outlines how the Earth’s network of ocean currents are part driven by the downwards movement of cold, dense saltwater towards the sea bed near Antarctica. But as fresh water from the ice cap melts, sea water becomes less salty and dense, and the downwards movement slows.

These deep ocean currents, or « overturnings », in the northern and southern hemispheres have been relatively stable for thousands of years, but they are now being disrupted by the warming climate.

The scientists’ models show that if global carbon emissions continue at the current rate, the Antarctic overturning will slow by more than 40 per cent in the next 30 years, with a trajectory that looks headed towards collapse. One can read in the study that « if the oceans had lungs, this would be one of them. » As ocean circulation slowed down, water on the surface quickly reached its carbon-absorbing capacity and was then not replaced by non carbon-saturated water from greater depths.

The 2018 Atlas Study found the Atlantic Ocean circulation system was weaker than it had been for more than 1,000 years, and had changed significantly in the past 150. It suggested changes to the conveyor-belt-like Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC) could cool the ocean and north-west Europe, and affect deep-sea ecosystems. A sensationalised depiction of the AMOC shutting down was shown in the 2004 climate disaster film The Day After Tomorrow.

The new studay explains that a slowdown of the southern overturning would have more of an impact on marine ecosystems and Antarctica itself. The other larger implication that it could have is a feedback on how much of Antarctica melts in the future. It opens a pathway for warmer waters which could cause increased melt, which would be a further feedback, putting more meltwater into the ocean and slowing down circulation even more.

Scientists spent 35 million computing hours over two years to produce their models, which suggest deep water circulation in the Antarctic could slow at twice the rate of decline in the North Atlantic.

The effect of Antarctic meltwater on ocean currents has not yet been factored in to IPCC models on climate change, but the aukthors of the study say it is going to be « considerable. »

Source : International news media.

La fonte des grands glaciers de l’Antarctique occidental aura un fort impact sur les courants océaniques