Lithium, la richesse des salars // Lithium, the salars’ wealth

Au moment où je visitais les Andes chiliennes, boliviennes et argentines en 2004, on craignait que les grandes puissances économiques du monde viennent puiser une ressource précieuse dans le sous-sol sud-américain: le lithium, qui se cache sous la beauté incroyable des salars. En visitant celui d’Uyuni en Bolivie, je me suis dit que des gens normalement intelligents n’oseraient jamais venir souiller l’immensité immaculée de ce salar qui avait intrigué les astronautes américains depuis la Lune.
Les gens avaient raison d’être inquiets. Une grande partie des ressources mondiales en lithium se trouve sur les hauts plateaux andins, et des entreprises du monde entier, en vue d’une demande élevée, viennent prendre pied sur les vastes gisements du Chili, de Bolivie et d’Argentine.
La technique d’extraction du lithium est bien connue. Les eaux de fonte de la neige sur les montagnes environnantes font descendre avec elles du lithium, du sodium et d’autres minéraux en provenance du sol et des sources chaudes. Ces eaux riches en sels s’écoulent vers les zones de plaines au pied des montagnes et y déposent leur contenu, d’où le nom espagnol de salares. Avec le temps et les variations de température saisonnières, le sel forme une croûte, ce qui donne naissance à des paysages magnifiques. C’est sous cette croûte que se dissimulent des concentrations élevées de lithium.
Pour extraire le lithium, la saumure est pompée vers de grands bassins d’évaporation, ce qui entraîne une plus grande concentration de métaux. La saumure est ensuite transportée par camion vers des installations qui extraient le lithium en utilisant des procédés chimiques et métallurgiques. Le carbonate de lithium est vendu aux fabricants de batteries.
La Bolivie possède les plus grandes réserves mondiales de lithium, même si elles restent largement inexploitées. En 2010, le ministère bolivien de l’exploitation minière et de la métallurgie a lancé un projet d’installation pour la fabrication du lithium dans le Salar d’Uyuni. Selon le ministère, le salar de 12 000 kilomètres carrés contient 9 millions de tonnes de réserves de lithium. Le plan du gouvernement était d’extraire du salar  40 tonnes par mois de carbonate de lithium, de sulfate de potassium, ainsi que d’autres produits.
Les plus grandes mines et projets de traitement de la saumure au lithium sont situés dans le Triangle du Lithium délimité par les salars d’Atacama, de Cauchari-Olaroz  et Hombre Muerto.
La production mondiale de lithium est actuellement dominée par quatre entreprises: deux aux États-Unis, une au Chili et une de Chine. Cette dernière se développe très rapidement. L’avantage de la Chine par rapport aux États-Unis est son accès au lithium. Le pays est le quatrième producteur mondial, avec l’extraction de 2 000 tonnes au cours de la seule année 2016. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, la Chine est déjà leader mondial dans le domaine des deux-roues électriques et des flottes d’autobus.
Aux Etats Unis, le président Donald Trump a ordonné une révision des normes d’économie de carburant pour les entreprises qui, depuis 1975, prévoyaient une réduction de la consommation des voitures et des camionnettes. L’annulation de ces normes serait une menace pour la demande en véhicules électriques – et donc en lithium – qui sont généralement plus chers. Cependant, comme toutes les nouvelles technologies, les prix vont probablement baisser de façon significative au fil du temps. En 2022, le coût des voitures alimentées par des batteries au lithium devrait être comparable à celui des véhicules équipés d’un moteur à essence. En réaction à la mesure de Trump sur la réglementation de l’économie de carburant, une trentaine de villes américaines, dont New York, Los Angeles et Chicago, envisagent de dépenser jusqu’à 10 milliards de dollars pour s’équiper en véhicules électriques neufs pour la  police, les éboueurs et les balayeurs. Une telle mesure est destinée à montrer aux constructeurs automobiles il y a une demande réelle en véhicules électriques, ce qui est de bonne augure pour le lithium, mais beaucoup moins pour les salars de la Cordillère des Andes. .
Source: Presse internationale.

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While I was visiting the Chilean, Bolivian and Argentine Andes in 2004, there were fears that the world’s major economic powers might come and tap a precious resource in the underground: lithium, which lies hidden beneath the incredible beauty of the salars. While visiting the Salar de Uyuni in Bolivia, I told myself that normally intelligent people would never dare spoil the immaculate immensity of the salar that had intrigued the U.S. astronauts during the missions of the Moon.

People were right to be worried. Much of the world’s lithium supply is on the high Andean plateaus of South America, and companies from around the world, expecting elevated demand, are staking their claims to the vast deposits in Chile, Bolivia and Argentina.

The technique to extract lithium is well known. The seasonal meltdown of the snow on the mountains collects lithium, sodium and other minerals from the soil and underwater hot springs, all of which flows down to the flats and settles, hence the Spanish name, salares. Over long periods of time, with seasonal temperature variations, the salt builds a crust on top of the « lake, » making for a stunning landscape. Under the crust are high concentrations of lithium.

To extract lithium, brine is pumped into large evaporation ponds, resulting in a higher concentration of metals. The brine is then trucked to a facility that extracts the lithium using chemical and metallurgical processes. The lithium carbonate or lithium hydroxide is sold to battery manufacturers.

Bolivia has the world’s largest lithium reserves, with nearly 40 per cent of the world’s supply, although the reserves remain unexploited. This is about to change, as the Bolivian Mining and Metallurgy Ministry is preparing a new model facility for lithium manufacturing in the Salar de Uyuni. According to the country’s mining ministry, the 12,000-square-kilometre salar holds nine million tonnes of lithium reserves. The government’s plan is to obtain 40 tonnes per month of lithium carbonate, potassium sulphate, as well as other products.

The largest brine lithium mines and projects in the world are located in salars in the Lithium Triangle including Atacama Salar, Cauchari-Olaroz Salar and Hombre Muerto Salar.

World lithium production is currently dominated by four companies: Two from the U.S., one from Chile and one from China which is developing very rapidly. The greatest advantage of China over the U.S. is its access to lithium. The Asian country is the fourth-largest producer, having mined 2,000 metric tons in 2016 alone. According to the International Energy Agency, China already leads the world in the number of electric two-wheelers and bus fleets.

Meanwhile, President Donald Trump has ordered a review of corporate average fuel economy standards, which have mandated gradual increases in the fuel economy of cars and light trucks since 1975.  Overturning these standards would mean automakers could produce vehicles with a lower fuel economy, for a lot less than hybrids and BEVs. This is a threat to BEV demand-and ultimately lithium, since they’re typically more expensive. However, like all new tech, prices will likely drop significantly over time. By 2022, the cost of battery-powered cars is expected to be comparable to those with an internal combustion engine.

In response to Trump’s opposition to fuel economy regulation, about 30 U.S. cities, including New York, Los Angeles and Chicago, are reportedly planning to spend as much as $10 billion on new electric vehicles for police cruisers, trash haulers, street sweepers and more. Such a move is intended to show automakers there’s demand for BEVs, which also bodes well for lithium. This good news for the lithium companies, but a real threat to the salars of the South American Andes

Source : International press.

Photos: C. Grandpey

La Chine lorgne vers l’Arctique // China eyes the Arctic

Le président chinois Xi Jinping a fait une halte inopinée  en Alaska le 7 avril. Il a rencontré et dîné avec le gouverneur Bill Walker. L’étape de Xi à Anchorage se trouvait sur le chemin du retour à Beijing, suite à sa rencontre avec Donald Trump en Floride et une visite antérieure en Finlande.
Les arrêts en Finlande et en Alaska soulignent l’importance de l’Arctique pour les intérêts économiques à long terme de la Chine. Pour les Alaskiens, le commerce et un projet d’exportation de gaz naturel liquéfié destiné aux marchés asiatiques font partie des projets pour les années à venir.

Comme les États-Unis, la Chine a tout intérêt à posséder des ressources naturelles pour alimenter son économie. Ces dernières années, elle a éclipsé son voisin japonais en tant que principal partenaire commercial de l’Alaska. Cet Etat a exporté vers la Chine en 2016 des produits de la mer, des minéraux, du pétrole et d’autres produits pour une valeur de 1,2 milliard de dollars.
Le gouvernement chinois n’a pas expliqué le but de l’étape en Alaska, mais le pays n’a jamais caché son intérêt pour l’Arctique et la promesse économique de la région. En effet, la fonte de la glace de mer ouvre de nouvelles voies de navigation, des zones de pêche ainsi que de riches gisements de pétrole, de gaz et de minéraux. La Chine est une nation observatrice au Conseil de l’Arctique, un corps diplomatique présidé par les États-Unis jusqu’au mois prochain, lorsque la Finlande prendra à son tour la présidence.
En Finlande, Xi a promis de renforcer la coopération entre les deux pays à propos de l’Arctique et a participé à une « Diplomatie Panda », en acceptant d’envoyer deux de ces animaux en Finlande.
La dernière visite d’un chef d’Etat en Alaska a été celle du président Barack Obama en août 2015. Le but était d’attirer l’attention sur le changement climatique, l’un des chevaux de bataille de son administration. Le gouvernement chinois avait également collaboré avec l’administration Obama pour réduire les émissions de gaz à effet de serre attribuées au changement climatique.
L’étape à Anchorage répond à d’autres objectifs dans l’agenda politique national de Xi. A l’approche du Congrès du Parti,  l’arrêt en Alaska donne à Xi l’opportunité de marquer des points et de montrer qu’il est un leader prospectif et économiquement innovant, et de souligner l’omniprésence de la Chine dans les affaires mondiales.
Source: Alaska Dispatch News.

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Chinese President Xi Jinping made an unannounced visit to Alaska on April 7th and had dinner and a meeting with Governor Bill Walker. Xi’s rest stop in Anchorage broke up his return trip to Beijing following meetings with President Donald Trump in Florida and an earlier visit to Finland.

The Finnish and Alaska stops underscore the significance of the Arctic to China’s long-term economic interests. For the Alaskans, trade and a liquefied natural gas export project aimed at Asian markets will be at the top of the agenda.

Like the United States, China is aggressive about securing natural resources to fuel its economy. In recent years, it has eclipsed neighbor Japan as Alaska’s largest trading partner. The state exported seafood, minerals, oil and other products valued at just under $1.2 billion to China in 2016.

The Chinese government released no explanation for the stop in Alaska, but the country has been frank about its interest in Arctic affairs and the region’s economic promise as melting sea ice exposes new shipping routes, fishing grounds and rich deposits of oil, gas and minerals. China is an observer nation to the Arctic Council, a diplomatic body chaired by the United States until next month, when Finland takes over the rotating chairmanship.

In Finland, Xi vowed to enhance the two countries’ cooperation in Arctic affairs and engaged in some « Panda Diplomacy, » agreeing to send a pair of the country’s pandas to Finland.

The last prominent head of state to visit Alaska was President Barack Obama in August 2015. His administration sought to use Alaska as a backdrop to draw attention to climate change, one of his administration’s signature issues. The Chinese government had also been partnering with the Obama administration on curbing emissions of greenhouse gases blamed for climate change.

The Alaska stop fulfills other goals for Xi’s domestic political agenda. As he faces a Party Congress, where his political faction of the Chinese Community Party faces challenges, the stop gives Xi an opportunity to burnish his credentials as a forward-looking, economically innovative leader and highlight China’s omnipresence in world affairs.

Source : Alaska Dispatch News.

Vue de Turnagain Arm, où le leader chinois est venu faire une visite rapide (Photo : C. Grandpey)

L’ouverture de l’Arctique au trafic maritime // The opening of the Arctic to navigation

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, la fonte de la glace dans l’Arctique va chambouler l’économie de cette partie du monde. De nouvelles ressources minérales seront accessibles et l’Océan Arctique dépourvu de glace ouvrira de nouvelles perspectives de navigation.
Confirmant cette prévision, un méthanier brise-glace, le Christophe de Margerie, a jeté l’ancre pour la première fois dans le port de Sabetta en Russie arctique pour tester une nouvelle route maritime qui pourrait ouvrir l’Océan Arctique et ses glaces aux navires transportant du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL). Cette route est attendue avec grande impatience par les compagnies pétrolières qui souhaitent tirer profit des ressources de l’Arctique mais rencontrent des obstacles pour acheminer le pétrole et le gaz depuis les zones éloignées et gelées vers les marchés mondiaux. Les écologistes craignent que cette navigation commerciale dans l’Arctique, rendue possible par le réchauffement climatique pendant une partie de l’année, permette d’exploiter une région qui a abrité jusqu’à maintenant une nature vierge.
Vladimir Poutine a félicité les membres de l’équipage du méthanier et les responsables des compagnies pétrolières réunis sur le pont du navire et a déclaré: « C’est un grand événement dans l’ouverture de l’Arctique ».
Le navire Christophe de Margerie, construit en Corée du Sud, sera utilisé pour transporter le gaz de l’usine russe de Yamal, située près du port de Sabetta. L’usine, qui devrait débuter sa production en octobre, est dirigée par la société russe Novatek et co-détenue par la compagnie pétrolière française Total, la compagnie chinoise CNPC et le Silk Road Fund. Le navire a été baptisé en mémoire de l’ancien patron de Total mort sur le tarmac de l’aéroport de Moscou en 2014 quand un chasse-neige a traversé la piste pendant que son jet privé décollait. [NDLR : Selon certaines sources, cette mort aurait été commanditée par la CIA].
Le consortium Yamal LNG (Liquefied Natural Gas) considère l’Asie comme le plus grand marché pour son gaz sur le long terme. Le transport vers la Chine au départ de Yamal devrait prendre environ 18 jours en utilisant la Route du Nord. C’est beaucoup plus court que l’itinéraire alternatif qui consiste à se diriger vers l’ouest dans l’Atlantique Nord, vers le sud dans la Méditerranée, puis par le canal de Suez jusqu’à l’océan Indien. Cela prend habituellement environ 32 jours. (voir carte ci-dessous).
Le but du voyage était de prouver que le port de Sabetta peut recevoir un pétrolier de cette classe. Les ressources énergétiques de l’Arctique offrent un énorme potentiel pour la Russie  qui est fortement tributaire des exportations de pétrole et de gaz. Beaucoup de ses champs de pétrole et de gaz en Sibérie vieillissent, ce qui l’oblige à chercher des zones plus éloignées pour y exploiter de nouvelles réserves.
Le Qatar est actuellement le premier producteur mondial de GNL, suivi de l’Australie, du Nigéria et de Trinité-et-Tobago. Une fois l’usine de Yamal à pleine capacité, la Russie produira près de 27 millions de tonnes de GNL annuellement, soit la quantité importée par la Chine chaque année.
Poutine a déclaré que les projets énergétiques russes dans l’Arctique étaient guidés par le principe selon lequel ils ne devraient pas nuire à l’environnement. Le Christophe de Margerie appartient à une classe de navires qui, selon ses concepteurs, peut fonctionner en toute sécurité dans les eaux prises par les glaces. Il est capable de se déplacer à travers des glaces d’une épaisseur de 2,10 mètres. Toutefois, le navire ne pourra emprunter la Route du Nord que de juillet à septembre chaque année, parce que la glace est trop épaisse le reste du temps.
Les écologistes disent que l’on connaît trop peu de choses sur l’impact de la nouvelle route de navigation sur l’environnement naturel de l’Arctique. Le responsable russe de la politique environnementale du pétrole et du gaz auprès du WWF a déclaré que des mesures étaient nécessaires pour prévenir le risque induit par le pétrole lourd provenant des moteurs des navires si une fuite se produisait en mer. De plus, il a déclaré que les navires pourraient perturber la vie d’animaux sauvages comme les morses et les baleines.
Source: The Siberian Times.

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As I put it several times, the melting of the Arctic is going to change the economy of that part of the world. New mineral resources will become accessible and an ice-free Arctic Ocean will open new navigation perspectives.

Confirming this forecast, an ice-breaking liquefied natural gas tanker docked for the first time at Russia’s Arctic port of Sabetta to test a new route that could open the ice-bound Arctic Ocean to ships carrying oil and liquefied gas. The route is eagerly anticipated by energy firms that want to develop resources in the Arctic but face obstacles in getting oil and gas from remote and freezing fields to world markets. Environmental activists fear commercial shipping in the Arctic, now possible because climate change has thinned the ice for part of the year, will allow exploitation of a region that up to now has been a pristine wilderness.

Vladimir Putin congratulated the crew and energy company officials gathered on the ship’s bridge, saying: « This is a big event in the opening up of the Arctic. »

The South Korean-built vessel Christophe de Margerie will be used to transport gas from Russia’s Yamal LNG plant, which is near the port. The project, scheduled to start production in October, is led by Russian firm Novatek and co-owned by France’s Total, and China’s CNPC and the Silk Road Fund. The ship is named after a former Total chief executive who died at a Moscow airport in 2014 when a snow-clearing tractor crossed the runway as his private jet was taking off.

The Yamal LNG consortium sees Asia as the biggest market for its gas in the long term. Shipments to China from Yamal should take about 18 days using the Northern Sea Route. By contrast the alternative route involves heading west into the North Atlantic, south into the Mediterranean, and then through the Suez Canal into the Indian Ocean. That would typically take about 32 days.

The aim of the voyage was to prove the port of Sabetta can receive a tanker of that class. The Arctic’s energy resources offer huge promise for Russia, heavily dependent on oil and gas exports. Many of its Siberian fields are growing old, forcing it to look to more remote areas for new reserves.

Qatar is currently the world’s top LNG producer, followed by Australia, Nigeria, and Trinidad and Tobago. After the Yamal plant reaches its full capacity, Russia will produce almost 27 million tonnes of LNG annually, equal to the amount imported by China per year.

Putin said Russia’s energy projects in the Arctic were guided by the principle that they should do no harm. The Christophe de Margerie belongs to a class of vessel which, ship designers say, can safely operate in icy waters. It is capable of moving through ice as thick as 2.1 metres. The ship will only be able to navigate the northern route from July to September each year, because the ice is too thick at other times.

Environmentalists say too little is known about the impact of the new route on the Arctic’s ecology. The Russian oil and gas environmental policy officer for international campaign group WWF, said measures were needed to mitigate the risk of heavy oil from the ship’s engines leaking into the sea. He said ships could disturb wildlife such as walruses and whales.

Source: The Siberian Times.

Route du Nord (en bleu) et route asiatique en rouge. Le gain de temps en empruntant la Route du Nord est considérable (Source : Wikimedia Commons)

 

Changement climatique: Passé et présent // Climate change: Past and Present

drapeau-anglaisPendant des milliers d’années, l’Homme a été exposé à des changements climatiques majeurs qui ont montré sa vulnérabilité. La dernière grande période de refroidissement il y a 12 000 ans a entraîné la disparition des mammouths et provoqué des migrations de populations vers différentes parties du monde, en quête de nourriture et de chaleur. Abraham et son peuple n’auraient peut-être pas quitté l’Egypte si le pays n’avait pas été en proie à la famine, à la peste ou à la surpopulation.
L’histoire de la Chine regorge de conflits entre les peuples nomades du Nord et les colons du Sud. Lorsque les prairies du nord étaient soumises à un temps froid ou à la sécheresse, les Huns, peuple nomade, envahissaient régulièrement les terres agricoles du Sud pour y trouver de la nourriture, ce qui a conduit à la construction de la Grande Muraille comme moyen de défense.
Une grande période de refroidissement au 17ème siècle a provoqué une «Crise Générale» avec guerres et catastrophes. Le «Petit Age Glaciaire» au milieu du 17ème siècle, a créé des conditions favorables à de grandes guerres et conflits en Europe, en Chine, en Inde et en Amérique latine. Dès la fin des années 1630 jusqu’au milieu des années 1660, il y a eu des guerres civiles et des révolutions en Europe, notamment la Guerre de Trente Ans (1618-48) qui a conduit à l’exécution de Charles 1er, avec les révoltes en Irlande, au Portugal, en Ukraine,  en Espagne et à Istanbul. En Chine, l’empire Ming est tombé aux mains des envahisseurs Mandchous.
Au 21ème siècle, la relation entre changement climatique et guerres a été mise en évidence par un rapport du Pentagone en 2003. Sa conclusion était que le changement climatique allait bientôt devenir un problème de sécurité nationale aux États-Unis. Une décennie plus tard, quatre années de sécheresse en Syrie ont provoqué la guerre civile dans ce pays. Le problème de l’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord est peut être responsable de la migration actuelle en Europe où le climat est plus froid et le niveau de vie plus élevé.
L’étude la plus complète sur les risques liés au changement climatique, commandée par le Royaume-Uni, la Chine et les autorités indiennes en 2015, a conclu que les risques du changement climatique ne sont pas linéaires, avec des vies humaines vulnérables à la chaleur, aux mauvaises récoltes, aux inondations, à la sécheresse et à la montée du niveau des océans. Toutes les études scientifiques s’attendent à une intensification du réchauffement climatique en raison de l’augmentation des émissions du carbone provenant de la combustion des combustibles fossiles, ainsi que la destruction de nos forêts naturelles et des récifs.
Plusieurs statistiques illustrent notre vulnérabilité. Seulement 2,5% de l’eau de la Terre est de l’eau douce. 30,1% de cette eau douce est souterraine (rivières, lacs et puits) ; le reste se trouve dans les glaciers ou les calottes polaires. La Chine et l’Inde rassemblent 37% de la population mondiale, mais seulement 11% des ressources en eau douce. Dans un scénario où les températures resteraient élevées, la probabilité de voir le système fluvial Tigre-Euphrate (qui approvisionne en eau la Turquie, la Syrie et l’Irak) souffrir de graves pénuries d’eau passe à près de 100% en 2070.
Il y a encore beaucoup de facteurs que nous ne maîtrisons pas en matière de changement climatique et de son impact sur la société humaine, mais il ressort de toutes les études que nous devons changer notre comportement en termes d’utilisation de l’eau et des ressources naturelles (forestières et marines) et réduire nos émissions de carbone afin de minimiser le risque de problèmes sévères.
Au 21ème siècle, la population mondiale atteindra plus de 10 milliards. Avec une plus grande consommation d’eau, de nourriture et d’énergie, il y aura forcément plus de conflits résultant de la surpopulation, des différends territoriaux, plus d’inflation et d’inégalités sociales. Malgré les progrès de la science, l’homme est encore extrêmement vulnérable aux caprices de la Nature. Il est urgent de s’attaquer au changement climatique dès maintenant.
Source : The Nation

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drapeau-anglaisFor thousands of years, man was vulnerable to major climate change. The last period of major cooling 12,000 years ago destroyed the mammoths and forced human migration to all parts of the world in search of food and warmth. Abraham and his people may not have moved out of Egypt if it was not due to famine, pestilence or over-population.

Chinese history is replete with conflicts between the Northern nomadic people and the Southern settlers. When the northern grassland was subject to cold weather or drought, the nomadic Huns would invade the southern farmers for food, causing them to build the Great Wall for defense.
A major period of global cooling in the 17th century caused a « Global Crisis » of war and catastrophe. The « Little Ice Age » in the middle of the 17th century created conditions for large wars and conflict in Europe, China, India and Latin America. Beginning in the late 1630s to mid 1660s, there were major civil wars and revolutions in Europe, notably the Thirty Years War (1618-48) that led to the execution of Charles I, with revolts in Ireland, Portugal, Ukraine, Spain and Istanbul. In China, the Ming empire fell to the invading Manchus.
In the 21st century, the relationship between climate change and war was highlighted by a 2003 US Pentagon report that concluded that climate change would soon become a US national security problem. A decade later, four years of drought in Syria led to the Syrian civil war. Water stress in the Middle East and North Africa may be responsible for the current migration into Europe, which has cooler climates and higher living standards.
The most comprehensive study on the risks from climate change, commissioned by the UK, China and Indian authorities in 2015, concluded that climate change risks are non-linear, with human lives vulnerable to heat stress, crop failure, flooding, drought and rise in sea-levels. All scientific evidence points towards more global warming due to increases in carbon emissions from burning fossil fuels and destroying our natural forests and reefs.
Some statistics illustrate our vulnerability. Only 2.5% of Earth’s water is freshwater, but 30.1% of freshwater is groundwater (rivers, lakes and wellwater), the rest being locked up in glaciers or polar ice-caps. China and India together have 37% of world population, but only 11% of freshwater resources. On a high temperature scenario, the probability of the Tigris-Euphrates river (providing water to Turkey, Syria and Iraq) suffering severe water shortage would rise to nearly 100% by 2070. .
There is still much that we do not understand about the science of climate change and its impact on human society. But there is a general conclusion that we need to change our behaviour in terms of use of water and natural resources (forest and marine) and carbon emissions in order to minimize our risks of severe stresses.
In the 2lst century, global population will rise to over 10 billion, so that with increased consumption per capita of water, food and energy, there will be more conflicts arising from over-crowding, territorial disputes and higher inflation and social inequality.
Despite advances in science, man is still extremely vulnerable to the whims of Nature. Climate change is something we need to act on now.

Source : The Nation.

Abraham

Le départ d’Abraham (Musée National Hongrois).