Galunggung 1982: Péril dans le ciel

A l’heure où l’on parle beaucoup des nuages de cendre du Rinjani et de l’annulation des vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport de Bali, voici – pour rappel – un exemple des conséquences que la cendre volcanique peut avoir sur un aéronef. C’est l’histoire du Galunggung telle qu’elle est racontée dans mon livre « Killer Volcanoes« , aujourd’hui épuisé. Une version de l’ouvrage est disponible sur CD au prix de 10 euros. Vous pourrez l’obtenir en me contactant par mail (grandpeyc@club-internet.fr)

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Situé à proximité de la ville de Tasikmalaya à l’ouest de l’île de Java, le Galunggung est né de la subduction de la plaque indo-australienne sous la plaque eurasienne. Culminant à 2168 mètres d’altitude, il se présente sous la forme d’un cône éventré par une caldera d’avalanche formée il y a 4200 ans. Cette avalanche est visible de nos jours puisqu’elle a laissé sur son passage une zone couverte d’énormes blocs de roche, nommée aujourd’hui « les dix mille collines ». L’histoire du Galunggung est marquée par deux événements majeurs : les éruptions de 1822 et 1982.

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Entre le 8 octobre et le 1er décembre 1822, avant que le volcan se déchaîne, les habitants de la région voient la rivière Cikunir charrier une eau boueuse alors qu’un panache de cendre apparaît parfois au-dessus de la montagne. Au sommet de celle-ci, un dôme de lave visqueuse est en train de naître. Il explose le 8 octobre en faisant retomber une pluie de cendre sur toute la région. Des coulées pyroclastiques parcourent les flancs du volcan peu de temps après. Certaines d’entre elles sont longues de plus de dix kilomètres. 114 villages sont détruits pendant l’éruption qui tue 4011 personnes.

Bien que moins violente, l’éruption de 1982 est beaucoup plus connue. Etant plus proche de nous, elle est mieux documentée et ses effets sur le transport aérien ont marqué les esprits. Tout commence le 4 avril 1982 quand les villageois à trois kilomètres du sommet sentent la terre trembler sous leurs pieds le soir vers 22 heures.

A l’aube du 5 avril, le Galunggung éjecte des matériaux incandescents avec des blocs « gros comme la tête d’un homme » selon certains articles de presse de l’époque. A 7 heures, les images satellites montrent que la colonne éruptive atteint un diamètre de cinquante kilomètres. Quelques heures plus tard, en début d’après-midi, les images suivantes en provenance de l’espace montrent que la source de la colonne de cendre est tarie et le nuage s’étire sur une distance estimée à 250 kilomètres. En revanche, au sol, les retombées sont importantes et sont observées jusqu’à Bandung, à 65 kilomètres du volcan. La séquence éruptive s’est accompagnée d’une forte sismicité. Deux personnes sont tuées et 31 0000 évacuées pendant quelques heures.

Après une période de calme trompeur, le Galunggung connaît une deuxième phase explosive pendant la nuit du 8 au 9 avril. Ce nouvel accès de colère est beaucoup plus dévastateur que le précédent. Des coulées de boue chaude dévalent le versant sud-est à 60 km/h et parcourent cinq kilomètres en ensevelissant six villages dans la zone heureusement évacuée. Elles détruisent un pont sur la rivière Cikunir et anéantissent les cultures à moins d’un mois des récoltes. On déplore huit morts, trois disparus et vingt-deux blessés. La plupart souffrent de brûlures ou d’intoxication par les gaz volcaniques.

En juin, les explosions se poursuivent. Une grande partie du dôme a été pulvérisée et quelque 40 000 personnes ont déjà été évacuées. Les volcanologues sont inquiets car ils redoutent que les pluies déstabilisent la cendre sur les pentes du volcan et déclenchent de redoutables coulées de boues, appelées lahars par les Indonésiens. En fait, elles ne causent pas d’autres morts car des zones à risques autour du Galunggung ont été définies en s’appuyant sur une carte dessinée en 1974. Le bilan de l’éruption est très variable selon les sources. Certaines font état de 68 victimes. Dans son rapport mensuel de juin 1982, le Global Volcanism Program de la Smithsonian Institution fait état de 27 morts liées à l’éruption, parmi lesquelles seules trois sont attribuées aux coulées pyroclastiques.
L’éruption prend fin au début du mois de janvier 1983 avec l’extrusion d’une petite coulée de lave au niveau du cratère.

En fait, plus qu’au nombre relativement réduit de victimes au regard la puissance de l’éruption, c’est surtout par les risques qu’il a fait courir à la navigation aérienne que le Galunggung a attiré l’attention en 1982. L’éruption a provoqué deux incidents qui ont obligé les pilotes à atterrir en urgence à Djakarta.

Le premier concerne un Boeing 747 de la British Airways avec 263 personnes à son bord. La nuit du 24 juin 1982, alors que l’appareil a décollé de Kuala Lumpur en Malaisie à destination de Perth en Australie et qu’il survole l’île de Java, des cendres volcaniques du Galunggung pénètrent dans les quatre réacteurs qui se bloquent. L’appareil qui naviguait à 11500 mètres d’altitude poursuit néanmoins son vol pendant 16 minutes, jusqu’à ce que l’équipage réussisse à faire redémarrer trois réacteurs les uns après les autres 7500 mètres plus bas!

En juillet 1982, en pleine nuit également, un Boeing 747 de la compagnie Singapore Airlines avec 230 passagers à son bord entre lui aussi dans un nuage de cendre émis par le Galunggung, ce qui provoque l’arrêt de trois des quatre réacteurs. Comme en juin pour l’avion britannique, le pilote parvient à les faire redémarrer après avoir perdu 2 400 mètres d’altitude. Outre les problèmes mécaniques, les deux appareils subissent des dégâts à cause du caractère abrasif de la cendre qui endommage le fuselage.

Ces deux incidents sont indirectement responsables des perturbations causées au trafic aérien au printemps 2010 par l’éruption de l’Eyjafjallajökull en Islande. En effet, ils ont largement été évoqués pour justifier le principe de précaution et l’annulation de nombreux vols.

Galunggung eruption 1982

Panache de cendre du Galunggung pendant l’éruption de 1982.

(Crédit photo: USGS)

La cendre volcanique perturbe à nouveau le trafic aérien // Volcanic ash again disturbs air traffic

drapeau francaisVoici un nouvel exemple qui confirme que les compagnies aériennes ne sont pas encore en mesure d’affronter les nuages de cendre volcanique. Dans la journée de jeudi,  la compagnie Jetstar a été contrainte d’annuler des vols à l’arrivée et au départ de Bali après une éruption du Raung dans l’est de Java. Le nuage de cendre se dirigeait vers l’aéroport international de Denpasar, rendant son approche trop dangereuse. Neuf vols ont été annulés jusqu’à présent. Deux vols Jetstar à destination de Denpasar, en provenance de Sydney et Melbourne, ont été contraints de faire demi-tour à mi-chemin suite à l’éruption du volcan javanais.
La compagnie Virgin Australia qui dessert elle aussi Bali n’a pas prévu d’annuler tous ses vols. Un porte-parole de la compagnie a déclaré que la sécurité reste la principale priorité et la compagnie surveille de près la situation pour s’assurer que les vols ne sont pas affectés par la cendre. Plusieurs vols Virgin Australia ont atterri à Denpasar jeudi soir sans incident.
À la fin du mois de juin, au cours d’un vol entre Londres et Seattle avec British Airways, j’ai demandai à l’un des pilotes si l’avion était équipé du système AVOID. La réponse a été négative et le pilote savait parfaitement de quoi il s’agissait. Il m’a dit qu’il ne faisait personnellement pas confiance au système et qu’il obéirait aux seuls ordres des responsables de British Airways s’il devait être confronté à une telle situation.

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drapeau anglaisHere is another example confirming that air companies are not yet able to deal with volcanic ash clouds. Yesterday Thursday Jetstar has been forced to cancel flights in and out of Bali after an eruption of Mount Raung in eastern Java. The ash cloud was drifting towards Denpasar International Airport, making it too dangerous to fly. Nine flights have been grounded so far. Two Jetstar flights on their way to Denpasar from Sydney and Melbourne were forced to turn around midway through their journey on Thursday after the volcano erupted.
Virgin Australia also flies in and out of Bali, but does not have plans to cancel any flights. A company spokesman said that safety is always their highest priority and the airline is closely monitoring the situation to ensure flights are unaffected by any ash. A number of Virgin Australia flights landed in Denpasar on Thursday night without incident.
By the end of June, while travelling from London to Seattle with British Airways, I asked one of the pilots if the plane was equipped with the AVOID system. The answer was negative and the pilot perfectly knew what it was all about. He told me that he would not personally trust the system and obey the orders of the company officials if he should be confronted with the situation.

Drones et nuages de cendre volcanique

drapeau francaisAprès le système AVOID censé détecter les nuages de cendre volcanique et aider les pilotes à les éviter, voici un autre dispositif mis au point en 2014 et dont le but est de cartographier la cendre dans l’espace aérien. Le NavSonde est un drone qui recueille et géolocalise les échantillons de cendre qu’il a récupérés.
Le NavSonde est installé sur un avion qui l’achemine à l’altitude désirée. Il est ensuite livré à lui-même, déploie ses ailes rétractables et son gouvernail gérés par des servo-moteurs. Pendant qu’il plane à travers des particules volcaniques en suivant une trajectoire déterminée par GPS, le collecteur de cendre s’ouvre et se ferme à des points précis de sorte que les chercheurs savent où chaque échantillon a été prélevé. Une fois que le drone a touché le sol, les scientifiques peuvent analyser son contenu pour connaître la densité et le type de cendre recueilli. Ils peuvent donc facilement en déduire la zone où le vol peut s’effectuer en toute sécurité.

Au final, le NavSonde pourra être utilisé dans différents contextes comme les tempêtes de poussière, les panaches de pollution, et même les incendies de forêts.
Voici une vidéo (en anglais) montrant le fonctionnement du NavSonde:
http://www.engineeringtv.com/video/NavSonde-Designed-to-Glide-Throu;AUVSI-Unmanned-Systems-2014

Source : NASA & Engineering TV.

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drapeau anglaisAfter the AVOID system supposed to detect volcanic ash clouds and help pilots avoid them, here is another device developed in 2014 whose aim is to map airspace ash. The NavSonde is a drone that collect and geotag ash samples.

After a ride on a plane, the NavSonde is let free, releasing its retractable, servo-driven wings and rudder. As it floats through volcanic particles, the ash collector opens and closes at precise points so researchers know where each sample originated. And once the glider goes back to the ground, scientists can analyze its contents for density and ash type, learning exactly where it’s safe to fly. Eventually, the NavSonde will collect all kinds of airborne troublemakers from dust storms, plumes of pollution, and even burning forests.

Here is a video showing how the NavSonde works:

http://www.engineeringtv.com/video/NavSonde-Designed-to-Glide-Throu;AUVSI-Unmanned-Systems-2014

Source : NASA & Engineering TV.

NavSonde

Source:  NASA.

Avions et cendre volcanique: Rien n’a changé depuis 2010! // Airplanes and volcanic ash: No change since 2010!

drapeau francaisQuatre années plus tard, les nuages ​​de cendre émis par des volcans en éruption causent les mêmes problèmes au trafic aérien qu’en 2010 lors de l’éruption de l’Eyjafjallajökull en Islande.
En fin de semaine dernière, l’éruption du Sangeang Api en Indonésie a entraîné la fermeture de l’aéroport de Darwin en Australie et l’annulation de nombreux vols.
Il y a deux jours, l’éruption du Pavlof en Alaska a entraîné des problèmes similaires. Le volcan est situé sur la trajectoire de vols commerciaux entre l’Amérique et l’Asie . Les pilotes ont dû voler au-dessus ou autour de la cendre afin d’éviter d’éventuels problèmes mécaniques.
En Alaska, tous les vols PenAir en partance et à l’arrivée de Cold Bay et Unalaska ont dû être annulés. De la même manière, les vols de Grant Aviation vers et à partir d’Unalaska ont également été annulées. PenAir indique qu’au moins 200 personnes ont été affectées par la situation.
Le Pavlof est entré en éruption samedi. Le niveau d’alerte a été élevé au Rouge le 2 juin, puis ramené à l’Orange quand l’éruption a diminué d’intensité. Cependant, le panache de cendre et de vapeur reste important, avec des hauteurs de 6,000 à 9,000 mètres.
Le volcan a répandu un brouillard de cendre fine sur Cold Bay, mais il n’est pas fait état de véritables retombées de cendre dans le secteur. Il semble y avoir eu de la cendre à Sand Point où PenAir a dû balayer les pistes et les pare-brise des avions.
Encore une fois encore, ma question est la suivante: Où sont ces avions capables de détecter la cendre volcanique et aider les compagnies aériennes ? Beaucoup de bruit a été fait autour du système AVOID censé équiper les avions commerciaux et aider leurs pilotes. Étrangement, ce système magique ne semble plus exister. En conséquence, tout comme en 2010, les compagnies aériennes doivent faire confiance aux  bulletins des VAAC avant de décider si oui ou non elles doivent laisser leurs avions voler en toute sécurité !

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drapeau anglaisFour years later, ash clouds from erupting volcanoes are causing the same problems to air traffic as they did in 2010 during the Icelandic eruption of Eyjafjallajökull.

Late last week, the eruption of Sangeang Api in Indonesia led to the closure of Darwin Airport in Australia and the cancellation of numerous flights.

Two days ago, the eruption of Pavlof in Alaska caused similar problems. The volcano is located on the flight paths of commercial planes between America and Asia. Pilots had to fly above or around the ash in order to avoid possible mechanical problems.

In Alaska, all PenAir flights in and out of Cold Bay and Unalaska had to be cancelled. In the same way, Grant Aviation’s flights to and from Unalaska were also cancelled. PenAir said at least 200 people were impacted by the situation.

Pavlof began erupting on Saturday. The alert level was elevated to Red on June 2nd, then lowered to Orange when the eruption declined. However, the volcano’s ash and steam plume is still going strong, reaching heights of 6,000-9,000 metres. .

The volcano has spread a haze of fine ash over Cold Bay but haven’t been reports of ashfall there yet. There was a report of ash in Sand Point where PenAir had to sweep off their runways and plane windshields before flying.

Again, my question is: Where are those planes able to detect volcanic ash and help air companies? A lot of fuss was made around the AVOID system supposed to equip commercial planes and help their pilots. Surprisingly, this magical system does not seem to exist any more. As a consequence, just like in 2010, air companies need to trust the VAACs bulletins to decide whether or not they should let they planes fly safely!

Pavlof-blog

Le panache de cendre du Pavlof vu depuis l’ISS (Crédit photo: NASA)