Antarctique : Iceberg A68 et environnement // Antarctica : Iceberg A68 and environment

Souvenez-vous (voir mes notes entre août 2017 et avril 2021) : en juillet 2017, un immense iceberg baptisé A68 s’est détaché de la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique. Le bloc de glace couvrait alors une superficie de près de 6 000 km2. Après avoir fondu en dérivant sur l’océan, l’iceberg a finalement cessé d’exister en février 2021.
Au cours de tous ces mois, l’A68 a déversé plus de 1,5 milliard de tonnes d’eau douce dans l’océan chaque jour au plus fort de sa fonte. Cela représente environ 150 fois la quantité d’eau utilisée quotidiennement par tous les citoyens britanniques.
Des chercheurs de l’Université de Leeds étudient actuellement l’impact de l’A68 sur l’environnement. En grande partie grâce aux données satellitaires, ils ont pu évaluer les vitesses de fonte de l’iceberg au cours de ses trois ans et demi d’existence.
L’une des périodes clés a été repérée vers la fin de sa vie, alors que l’A68 s’approchait de la Géorgie du Sud. Pendant un certain temps, on a craint que le l’iceberg géant s’échoue en s’accrochant aux bas-fonds de la région, ce qui aurait fait obstacle aux voies d’alimentation de millions de manchots, de phoques et de baleines. Mais une telle situation ne s’est jamais vraiment produite car, comme le montrent les scientifiques dans leur étude, l’A68 avait perdu suffisamment de tirant d’eau pour continuer à flotter.
En avril 2021, l’A68 s’est brisé en d’innombrables petits fragments qui n’étaient plus détectables depuis l’espace. Malgré tout, l’impact de l’iceberg sur l’écosystème est loin d’être négligeable.
On sait maintenant que les grands icebergs tabulaires comme l’A68 ont une influence considérable partout où ils se déplacent. Leur apport d’eau douce modifie les courants de la région qu’ils fréquentent. De plus, tout le fer et les autres minéraux, ainsi que la matière organique que ces icebergs collectent au cours de leur vie avant d’être rejetés dans l’océan affectent la biologie marine et les écosystèmes.
Le British Antarctic Survey a réussi à placer des planeurs sous-marins (voir ma note du 18 février 2021) à proximité de l’A68 pour étudier son impact sur l’environnement avant que la masse de glace ne disparaisse totalement. Les données extraites de ces instruments ont révélé des informations intéressantes. Ainsi, lLes chercheurs pensent qu’il existe un signal très fort dans l’évolution de la flore du phytoplancton autour de A68 ainsi que dans les dépôts de matériaux laissés par l’iceberg dans les parties les plus profondes de l’océan. Le capteur de particules sur le planeur a détecté des signaux évidents de dépôt provenant de l’iceberg.
Source : La BBC.

D’autres informations sur la morphologie de l’A68 et sur les déversements d’eau douce sont à lire dans un article publié dans la revue Remote Sensing of Environment.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0034425721005757?via%3Dihub

Voici la conclusion proposée par les chercheurs dans l’article :
« Nous avons étudié l’évolution de l’iceberg A68A depuis son vêlage au large de la plate-forme glaciaire Larsen-C en juillet 2017 jusqu’à sa désintégration près de la Géorgie du Sud au début de l’année 2021. Bien que l’iceberg soit tabulaire, sa surface présentait d’importantes ondulations. […] Nous estimons que l’épaisseur moyenne de l’iceberg est passée de 235 ± 9 m au moment du vêlage à 168 ± 10 m quand il se trouvait près de la Géorgie du Sud. L’observation de l’évolution de sa surface à partir d’images satellitaires permet d’estimer un volume initial de 1346 ± 53 km3 et 802 ± 34 Gt de perte de glace de l’iceberg en trois ans et demi. […] Près de la Géorgie du Sud, nous estimons un apport d’eau douce de 152 ± 61 Gt sur environ 3 mois, avec un impact potentiellement important sur le riche écosystème de l’île. Nous confirmons que les conditions environnementales dans les mers de Weddell et de Scotia entraînent une augmentation rapide de la fonte et de la fragmentation des icebergs au moment où ils se déplacent au nord de la Péninsule antarctique. […] Comme il s’agit d’une trajectoire fréquente des icebergs, nos résultats pourraient également aider à modéliser la désintégration d’autres grands icebergs tabulaires qui empruntent une trajectoire similaire et à inclure leur impact dans les modèles océaniques.

————————————————-

Remember (see my posts between August 2017 and April 2021) : in July 2017, a huge iceberg dubbed A68 broke free from the Larsen C ice shelf in Antarctica. It then covered an area of nearly 6,000 km2. After melting while drifting on the ocean, the iceberg’slife finally came to an end in February 2021.

The monster iceberg A68 dumped more than 1.5 billion tonnes of fresh water into the ocean every single day at the height of its melting. This is about 150 times the amount of water used daily by all UK citizens.

Researchers from Leeds University are currently busy studying the impact A68 had on the environment. Mostly thanks to satellite data, they were able to assess varying melt rates during the course of the megaberg’s three-and-a-half-year existence.

One of the key periods was towards the end of its life, as A68 approached South Georgia. For a while, there were fears the giant block could ground in the surrounding shallows, blocking the foraging routes of millions of penguins, seals and whales. But it never quite happened because, as the team can now show, A68 lost sufficient depth of keel to stay afloat.

By April 2021, A68 had broken into countless small fragments that were beyond tracking. But its ecosystem impacts will have been much longer-lived.

Giant tabular, or flat-topped, bergs are now recognised to have considerable influence wherever they move. Their freshwater inputs will alter local currents. And all the iron, other minerals, and even organic matter picked up through their lives and subsequently dropped into the ocean will seed biological production.

The British Antarctic Survey managed to place some robotic gliders in the vicinity of A68 to monitor conditions before the ice mass totally wasted away. The data retrieved from these and other instruments revealed some interesting features. The researchers think there is a really strong signal in the changing flora of the phytoplankton species around A68, and also in the actual deposition of material to the deeper parts of the ocean. The particle sensor on the glider was piked up some very strong signals of deposition coming from the berg.

Source: The BBC.

Details of A68’s changing shape and freshwater fluxes are contained in a paper published in the journal Remote Sensing of Environment.

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0034425721005757?via%3Dihub

Here is the researchers’ conclusion in the paper :

« We have characterized the evolution of the A68A iceberg from its calving off the Larsen-C Ice Shelf in July 2017 to its disintegration close to South Georgia in early-2021. Although the iceberg was tabular, it had significant undulations in topography across its surface. […] We estimate that the average iceberg thickness reduced from 235 ± 9 m at calving to 168 ± 10 m near South Georgia. Combined with observations of its area change determined from satellite imagery, we estimate an initial volume of 1346 ± 53 km3 and 802 ± 34 Gt of ice loss from the main iceberg in 3.5 years. […] Near South Georgia we estimate a fresh water input of 152 ± 61 Gt over about 3 months, potentially impacting the island’s rich ecosystem. We confirm that the distinct environmental conditions in the Weddell and Scotia Sea lead to rapidly increasing rates of melting and fragmentation once icebergs travel north of the Antarctic Peninsula. […] As this is a common iceberg trajectory, our results could also help to model the disintegration of other large tabular icebergs that take a similar path and to include their impact in ocean models.

Trajectoire empruntée par l’A68a (Source: ESA)

L’A68 à proximité de la Géorgie du Sud (Source: Copernicus)

Tourisme en Antarctique : une menace pour l’écosystème // Tourism in Antarctica : a threat to the ecosystem

De plus en plus de navires avec des touristes à leur bord font escale en Antarctique, ce qui représente une menace pour les écosystèmes de la région. C’est la conclusion d’une étude menée par des chercheurs du British Antarctic Survey et de l’Université de Cambridge sur le suivi des navires de recherche, de pêche et de tourisme qui visitent régulièrement le continent. L’étude révèle que des navires en provenance de 1 500 ports du monde entier visitent l’Antarctique. Cela signifie que pratiquement chaque navire représente une source potentielle d’espèces envahissantes qui pourraient bouleverser un écosystème. Ces nouvelles espèces pourraient créer des habitats entièrement nouveaux mettant en difficulté le mode de vie des êtres vivants en Antarctique.
Les scientifiques insistent que des mesures plus strictes sont nécessaires pour s’assurer que les navires n’apportent pas d’espèces susceptibles de perturber les habitats fragiles de l’Antarctique. Ils ont utilisé des données satellitaires et des bases de données maritimes internationales pour évaluer l’impact du trafic en Antarctique, ainsi que l’origine de ces navires. Ils ont été surpris de voir que tous les navires relient des parties autrefois isolées de l’Antarctique à plus de 1 500 ports dans le monde.
Chaque espèce marine qui peut s’accrocher à la coque d’un navire et survivre au voyage vers l’Antarctique peut devenir une menace invasive. Ces créatures, comme les moules, les balanes, les crabes et les algues, sont particulièrement inquiétantes, car elles se fixent aux coques, dans un processus appelé «encrassement biologique». Les moules, par exemple, peuvent survivre dans les eaux polaires et se propager facilement, menaçant la vie sur les fonds marins. Leur filtrage de l’eau altère la chaîne alimentaire ainsi que la chimie de l’eau qui les entoure.
Les scientifiques expliquent que les espèces indigènes de l’Antarctique sont restées isolées au cours des 15 à 30 derniers millions d’années. Cela explique pourquoi des espèces envahissantes seraient une grande menace pour la biodiversité. Le risque de perdre une espèce totalement unique est beaucoup plus élevé en Antarctique.
Le tourisme est réglementé dans la région ; les navires de tourisme doivent suivre des protocoles de biosécurité. Toutefois, l’étude révèle que le tourisme représente 67% des visites en Antarctique, suivi par la recherche, qui représente 21%, et la pêche 7%.
Selon l’Association internationale des voyagistes de l’Antarctique, la saison 2019-2020 a vu plus de 70 000 personnes visiter la région. Alors que l’industrie touristique a été perturbée par la pandémie, ce nombre n’a cessé d’augmenter depuis les années 1950 où quelques centaines de visiteurs en provenance du Chili et d’Argentine ont débarqué pour la première fois dans les îles Shetland du Sud. Les chercheurs préviennent qu’il s’agit d’une augmentation qui a d’autres conséquences. En effet, partout où ces navires vont, il y a d’autres types d’impacts humains sur l’environnement, qu’il s’agisse de rejets accidentels de déchets, de pollution, de collisions avec la faune ou de nuisances sonores.
On a vu que l’étude révèle que de très nombreux ports dans le monde envoient des navires en Antarctique. C’est pourquoi le British Antarctic Survey appelle à des « protocoles de biosécurité améliorés » et à des mesures de protection de l’environnement pour protéger les eaux de l’Antarctique. Cela signifie inspecter les coques des navires avec des caméras et les nettoyer plus fréquemment. De telles mesures sont particulièrement importantes « alors que la température des océans continue d’augmenter en raison du changement climatique. Nous savons que nous courons à la catastrophe si nous laissons les choses en l’état ».
Source : La BBC.

—————————————–

More and more cruise ships are making stops in Antarctica with a threat to the region’s ecosystems. This is the conclusion of a study by researchers from the British Antarctic Survey and the University of Cambridge tracking research, fishing and tourist vessels that routinely visit the continent. It reveals that ships from 1,500 ports around the globe visit Antarctica. It means that almost anywhere could be a potential source for invasive species that could completely change an ecosystem. They could create entirely new habitats that would make it harder forAntarctic animals to find their own place to live.

The scientists say that more stringent measures are needed to ensure that ships do not bring species that could disrupt Antarctica’s fragile habitats. They used satellite data and international shipping databases to work out the weight of Antarctic traffic, as well as the origin of those ships. They were surprised to see that the global movement of vessels links otherwise isolated parts of Antarctica to more than 1,500 ports all around the world.

As a consequence, any marine species that can cling to the hull of the ship and survive the journey to Antarctica could pose an invasive threat. Creatures, including mussels, barnacles, crabs and algae, are of particular concern, because they attach themselves to hulls, in a process termed « biofouling ». Mussels, for example, can survive in polar waters and spread easily, threatening marine life on the seabed. Their water filtering alters the marine food chain and also the chemistry of the water around them.

The scientists explain that Antarctica’s native species have been isolated for the last 15-30 million years. This makes invasive species one of the biggest threats to its biodiversity. The chance of losing a species that is completely unique is much higher in Antarctica.

Tourism is regulated in the region; tourist ships have to follow biosecurity protocols. But the study reveals that tourism accounts for 67% of visits to Antarctic locations, followed by research, which accounts for 21% and fishing, 7%.

According to the International Association of Antarctic Tour Operators, the 2019-2020 season saw more that 70,000 people visit the region. And while the industry has been disrupted by the pandemic, that number has been increasing steadily since the first few hundred visitors from Chile and Argentina arrived in the South Shetland Islands in the 1950s. The researchers warn that it is an increase that has other consequences. Indeed, anywhere these ships go, there are other kinds of human impact on the environment, whether that is accidental release of waste, pollution, collisions with wildlife or noise disturbance.

Since the study reveals that many more ports around the world are linked to the region, the British Antarctic Survey is calling for « improved biosecurity protocols » and environmental protection measures to protect Antarctic waters. This means inspecting ship hulls with cameras and cleaning them more frequently. Such measures are particularly important « as ocean temperatures continue to rise due to climate change. We know a disaster will happen if we leave things as they are ».

Source: The BBC.

Source: Wikipedia

Touristes en Antarctique (Source: Wikipedia)

Mission d’exploration du glacier Thwaites (Antarctique) // Exploration mission of Thwaites Glacier (Antarctica)

J’ai expliqué dans plusieurs notes (19 février et 17 juillet 2020, 17 décembre 2021 et 12 janvier 2022, par exemple) que la fonte et le risque de disparition du glacier Thwaites (Antarctique) inquiétaient les scientifiques car un tel événement pourrait faire s’élever le niveau de la mer de plusieurs dizaines de centimètres et donc menacer les zones côtières à travers le monde.
Trente-deux scientifiques sont sur le point de commencer une mission d’étude de la fonte du glacier Thwaites. L’expédition durera plus de deux mois à bord du navire de recherche américain Nathan B. Palmer qui doit quitter son port d’attache au Chili le 12 janvier 2021.
Étant donné que le vêlage du Thwaites déverse actuellement 50 milliards de tonnes de glace dans l’océan chaque année, on estime que son niveau pourrait monter de plus de 60 centimètres en l’espace de quelques siècles si la tendance actuelle se confirme. Selon le British Antarctic Survey (BAS), le glacier est responsable de 4% de la hausse des océans dans le monde
Les conditions environnementales qui provoquent la perte de glace du Thwaites s’accélèrent. C’est la raison pour laquelle les États-Unis et le Royaume-Uni lancent cette mission de recherche conjointe de 50 millions de dollars sur le glacier. Les scientifiques utiliseront deux engins robotisés qui se glisseront sous le Thwaites. Ils mesureront le plancher océanique, la température de l’eau et l’épaisseur de la glace. Ils surveilleront la structure de la glace et les fractures à l’intérieur. Ils procéderont aussi au marquage des phoques sur les îles à proximité du Thwaites.
Source : Associated Press.

——————————————-

I explained in several posts (19 February and 17 July 2020, 17 December 2021 and 12 January 2022, for instance) that the melting and collapse of the Thwaites Glacier in Antarctica worried scientists as it could raise sea level by several tens of centimeters and threaten coastal communities around the world.

Thirty-two scientists are beginning a mission to investigate the melting Thwaites Glacier. it will last more than two months aboard the American research vessel Nathan B. Palmer due to depart from its port in Chile on January 12th, 2021..

Because Thwaites is currently shedding 50 billion tons of ice into the water every year, it has been estimated that seas could rise more than 60 centimeters in the span of hundreds of years if the glacier keeps melting. According to the British Antarctic Survey (BAS), the glacier is responsible for 4 percent of global sea rise,.

Conditions causing the glacier’s loss of ice are accelerating, This is the reason why the United States and United Kingdom are undertaking a joint $50 million research mission onThwaites. The scientists, will use two robot ships to get beneath Thwaites. They will measure the sea floor, water temperature and ice thickness. They will monitor the structure of the ice and any cracks in the ice, as well as tagging seals on islands near Thwaites.

Source: Associated Press.

Source : BAS

Le glacier Thwaites (Antarctique) : une menace planétaire // Thwaites Glacier (Antarctica) : a threat to the planet

Quand on parle du réchauffement climatique, on fait souvent allusion à la fonte du Groenland et de l’Arctique en général. Cependant, je n’insisterai jamais assez sur son impact sur l’Antarctique et plus particulièrement sur le glacier Thwaites.
Le glacier Thwaites – surnommé « glacier de l’Apocalypse » – joue un rôle crucial en Antarctique. C’est une sorte de bouchon dans le goulot de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Cette calotte contient suffisamment de glace pour faire s’élever le niveau de la mer de 3 mètres dans le monde.
Une équipe scientifique a participé à l’International Thwaites Glacier Collaboration, un programme de recherche conjoint entre la National Science Foundation aux États-Unis et le Natural Environment Research Council au Royaume-Uni. Fin 2021, les scientifiques ont présenté les résultats de leurs dernières recherches. Ils ont insisté sur la découverte de fractures dans la plate-forme glaciaire orientale du Thwaites, et ils ont averti que cette plate-forme pourrait se briser « comme un pare-brise de voiture » dans moins de cinq ans. Les chercheurs insistent sur le fait qu’elle pourrait se briser totalement et disparaître dans moins d’une décennie.
Il y a une grande différence entre une plate-forme glaciaire et le glacier proprement dit. La plate-forme se développe à partir du glacier mais flotte à la surface de l’océan. Comme elle flotte déjà, lorsqu’elle fond elle ne contribue pas à l’élévation du niveau de la mer; c’est comme lorsque des glaçons fondent dans un verre, ils ne font pas s’élever le niveau du liquide.
Cependant, les plates-formes glaciaires sont importantes car elles étayent les glaciers et leur confèrent une certaine stabilité. Par contre, lorsqu’elles s’effondrent, le glacier qui repose sur la terre ferme peut avancer beaucoup plus rapidement dans la mer où il va fondre, ce qui fait monter le niveau de l’océan.
A cause de la pandémie de Covid-19, la disparition d’une plate-forme glaciaire sur un continent lointain où ne vivent que des manchots n’attire pas les regards. Pourtant, la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est un élément essentiel, un point de basculement très important, au sein du système climatique de la Terre. Si le glacier Thwaites disparaît, tout le reste de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental suivra le même chemin et glissera dans la mer. Dans le monde, 250 millions de personnes vivent à moins d’un mètre des lignes de marée haute. Une élévation de trois mètres du niveau de la mer serait une catastrophe dans le monde. Non seulement une ville comme Miami disparaîtrait, mais pratiquement toutes les villes côtières de basse altitude dans le monde connaîtraient le même sort.

Prévoir la rupture des calottes glaciaires et ses conséquences sur l’élévation du niveau de la mer n’est pas chose facile. On pourrait avoir aussi bien une élévation de 30 centimètres du niveau de la mer d’ici la fin du siècle, qu’une élévation de près de deux mètres. Comme l’a dit un chercheur, la différence entre ces chiffres représente beaucoup de vies humaines et d’argent. Une chose est sûre : le glacier Thwaites est le plus susceptible de provoquer le pire des scénarios.
Le problème avec le Thwaites, qui est l’un des plus grands glaciers de la planète, c’est qu’au lieu de fondre lentement comme un glaçon, il s’effondre plutôt comme un château de cartes : il est stable jusqu’au moment où, poussé trop loin dans la mer, il s’effondre.
Le Thwaites est très différent des autres grands glaciers, comme ceux du Groenland. D’une part, il ne fond pas par le haut en raison de températures de l’air trop chaudes. Il fond par le bas à cause de l’eau plus chaude de l’océan qui mine la glace sous le glacier. Plus important encore, le plancher sous la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est particulier. Les auteurs de la dernière étude le comparent à un bol géant rempli de glace. Le bord du glacier – l’endroit où il quitte la terre et commence à flotter – est perché sur le rebord du bol à 300 mètres ou plus sous le niveau de la mer. C’est la « ligne d’ancrage » du glacier. Au-dessous de ce rebord, le plancher océanique plonge sur des centaines de kilomètres, jusqu’à la Chaîne Transantarctique qui sépare l’Antarctique de l’Est de celui de l’Ouest. Dans la partie la plus profonde du bassin ainsi formé, la glace a une épaisseur d’environ trois kilomètres.
Cela signifie que lorsque l’eau chaude passe sous la glace, elle peut s’écouler le long de la pente formée par le bol et elle ronge la glace par le bas. Grâce à un mécanisme appelé «instabilité de la calotte glaciaire marine», on peut aboutir à un effondrement rapide susceptible de faire monter très vite et très haut le niveau de la mer dans le monde.
Il existe une incertitude dans les prévisions de comportement du glacier Thwaites pour les prochaines années car il s’agit d’un événement dont aucun être humain n’a encore été témoin.
Au cours des dernières années, les scientifiques ont fait beaucoup de progrès dans la compréhension de la dynamique du Thwaites. Ils ont cartographié la face inférieure du glacier, examiné des crevasses dans la plate-forme glaciaire et localisé des points d’ancrage susceptibles de ralentir le mouvement de la glace. Les changements subis par le glacier sont spectaculaires : « Aujourd’hui, la vitesse de perte de glace du Thwaites est plus de six fois supérieure à ce qu’elle était au début des années 1990.
Les récentes découvertes à propos de la rupture de la plate-forme glaciaire orientale du Thwaites au cours des cinq prochaines années ne sont pas vraiment une surprise. Après la désintégration soudaine de la plate-forme Larsen B en 2002 (voir mes notes à ce sujet), les scientifiques ont réalisé que l’Antarctique était beaucoup moins stable que beaucoup le pensaient. La découverte de fractures dans le Thwaites ne fait que confirmer à quel point les changements en cours sont dynamiques.
Source : Yahoo News.

——————————————–

As far as global warming is concerned, a lot is said about the melting of Grenland and the whole Arctic. However, I will never insist enough on its impact on Antarctica and more particularly on the Thwaites Glacier.

The Thwaites Glacier – dubbed « Doomsday Glacier » – plays a crucial part in the Antactic ice sheet. It is a kind of cork in the bottle of the entire West Antarctic ice sheet which contains enough ice to raise sea levels by 3 meters.

A team of scientists participated in the International Thwaites Glacier Collaboration, a joint research program between the National Science Foundation in the U.S. and the Natural Environment Research Council in the U.K. Late in 2021, they presented their latest research. They described the discovery of cracks and fissures in the Thwaites eastern ice shelf, predicting that the ice shelf could fracture like a shattered car window in as little as five years. The researchers insist that the ice shelf is breaking up and could be gone in less than a decade.

There is a big difference between an ice shelf and the glacier itself. The ice shelf grows out from the glacier and floats on the ocean. Because it is already floating, when it melts it does not in itself contribute to sea level rise, just as when ice cubes melt in a glass, they don’t raise the level of liquid.

However, ice shelves are important because they buttress glaciers and give the walls of ice stability. And when they break up, the land-based glacier is free to flow much faster into the sea, which does raise sea levels.

Given the current toll of the Covid-19 pandemic, the loss of an ice shelf on a far-away continent populated by penguins might not seem to be big news. Actually, the West Antarctic ice sheet is one of the most important tipping points in the Earth’s climate system. If Thwaites Glacier collapses, it opens the door for the rest of the West Antarctic ice sheet to slide into the sea. Globally, 250 million people live within one meter of high tide lines. Three meters of sea level rise would be a worldwide catastrophe. It’s not only goodbye Miami, but goodbye to virtually every low-lying coastal city in the world.

Predicting the breakup of ice sheets and the implications for future sea level rise is not easy and the predictions are uncertain. We could have as little as 30 centimeters of sea level rise by the end of the century, or nearly two meters. As one researcher said, the difference between those figures is a lot of lives and money. One thing is sure : the Thwaites Glacier is the most likely to generate the worst scenario.

The trouble with Thwaites, which is one of the largest glaciers on the planet, is that instead of melting slowly like an ice cube, it is more like a house of cards: It is stable until it is pushed too far, then it collapses.

Thwaites is very different from other big glaciers, such as those in Greenland. For one thing, it is not melting from above, due to warmer air temperatures. It is melting from below, due to warmer ocean water eating away at the ice beneath the glacier. More importantly, the terrain beneath the West Antarctic ice sheet is peculiar. The authors of the latest study compare it with a giant soup bowl filled with ice. In the bowl analogy, the edge of the glacier – the spot where a glacier leaves the land and begins to float – is perched on the lip of the bowl 300 meters or more below sea level. This is the glacier’s “grounding line.” Below the lip, the terrain falls away on a downward slope for hundreds of kilometers, all the way to the Transantarctic Mountains that divide East and West Antarctica. At the deepest part of the basin, the ice is about three kilometers thick.

What this means is that once the warm water gets below ice, it can flow down the slope of the bowl, weakening the ice from below. Through a mechanism called “marine ice-cliff Instability,” you can get a rapid collapse of the ice sheet that could raise global sea levels very high, very fast.

There is uncertainty in the predictions of what the glacier could do in the future because scientists are dealing with an event that no human has ever witnessed before.

In the past few years, scientists have made a lot of progress in understanding the dynamics of Thwaites. They have mapped the underside of the glacier itself, tracked crevasses in the ice shelf, and located pinning points that might slow the retreat of the ice. The change has been dramatic: “The net rate of ice loss from Thwaites Glacier is more than six times what it was in the early 1990s.

The recent news about Thwaites’ eastern ice shelf breaking up in the next five years was not really a surprise. After the sudden disintegration of the Larsen B ice shelf in 2002, scientists realized that Antarctica was far less stable than many had believed. The discovery of cracks and fissures at Thwaites further underscore just how dynamic the changes already underway are.

Source: Yahoo News.

Source: Wikipedia

Source: BAS

Un visiteur de mon blog – que je remercie sincèrement – m’a fait parvenir un excellent document montrant la topographie glaciaire de l’Antarctique. Vous le trouverez en cliquant sur ce lien :