L’agonie des glaciers alpins : de la Mer de Glace (France) au Pasterze (Autriche) [4ème partie]

L’Office de Tourisme de Chamonix propose une excursion intéressante pour pénétrer dans le monde des glaciers. En un peu plus d’une heure, le Tramway du Mont Blanc, un train à crémaillère, permet d’atteindre le Nid d’Aigle (2372 m) d’où les alpinistes confirmés et bien équipés peuvent accéder aux refuges de Tête Rousse et du Goûter pour l’ascension du Mont-Blanc.

Un sentier part du terminus du train et conduit vers le glacier de Bionnassay. Sans surprise, ce glacier fond et recule, à l’image de ses homologues alpins. Il suffit de regarder le vide béant devant le front du glacier pour se rendre compte de la vitesse à laquelle il a reculé au cours des dernières décennies. Avec le réchauffement climatique et la hausse des températures en altitude, la zone d’accumulation n’est plus suffisamment efficace pour permettre au glacier de se régénérer et d’avancer. En conséquence, l’ablation de la langue est plus forte que sa poussée. Encore plus inquiétant, on observe une perte d’épaisseur de la rivière de glace.

Les glaciologues savoyards estiment que le Bionnassay a perdu quelque 2,5 kilomètres de longueur depuis 1920. Au cours des dernières années, un lac de 70 mètres de long s’est formé au bas du glacier, signe de sa fonte importante. Je recommande aux personnes à bord du train à crémaillère de se placer du côté droit à la montée et du côté gauche à la descente pour pouvoir observer parfaitement ce lac, mais aussi tout le massif et le glacier.

Après être parti du Fayet, le train fait une halte à la gare de St Gervais dont le nom évoque la catastrophe de la nuit du 12 juillet 1892. La rupture d’une poche glaciaire dans le glacier de Tête Rousse a déclenché une gigantesque vague de 300 000 mètres cubes qui a enseveli les thermes de Saint-Gervais et fait au moins 175 victimes. Sous l’effet de cette arrivée d’eau brutale, le torrent du Bon-Nant a débordé, détruisant le hameau de Bionnay, les bains de Saint-Gervais et une partie du hameau du Fayet.

Joseph Vallot explique qu’« au milieu de la nuit, les habitants de l’établissement de bains ont été soudainement éveillés par un bruit formidable, semblable au grondement d’une avalanche. Une partie des bâtiments se sont écroulés, les autres ont été envahis par l’eau jusqu’au premier étage. »

Photos : C. Grandpey