Le passage du Nord-Est et le gaz naturel russe // The Northeast passage and Russian natural gas

Comme je l’ai écrit dans ma note précédente sur l’Arctique, grâce au réchauffement climatique le trafic le long du passage du Nord-Est s’intensifie, en particulier le transport du gaz naturel liquéfié (GNL).

L’Arctique est la région du globe qui se réchauffe le plus vite. Entre les années 1980 et 2010, le nombre de jours où la glace de mer couvrait moins de la moitié du passage du Nord-Est est passé chaque année de 84 chaque année à près de 150, ce qui rend la route plus accessible au trafic maritime. C’est en 2015 qu’un navire chinois a effectué le premier voyage sans escale en empruntant le passage. Depuis cette époque, les navires ont effectué des milliers de voyages, avec un record de 2700 trajets en 2019.

Avec plusieurs semaines de retard, le passage du Nord-Est vient enfin d’être recouvert par la glace pour l’hiver après être resté ouvert pendant 112 jours, ce qui constitue un nouveau record. De leur côté, les exportations russes de gaz naturel liquéfié via le passage vers les ports d’Asie constituent un autre record.

Le gaz naturel est de plus en plus demandé de nos jours car le réseau électrique mondial abandonne le charbon qui est plus polluant. C’est particulièrement vrai en Asie et dans d’autres pays comme le Qatar, la Russie et les États-Unis qui sont en concurrence pour dominer le marché d’exportation du gaz naturel liquéfié. La Chine en particulier est un client clé. Les ambitieux objectifs climatiques récemment annoncés par le pays devraient entraîner le doublement de sa consommation de gaz au cours des 15 prochaines années.

La majeure partie du gaz utilisé en Chine provient par gazoduc d’autres pays d’Asie et du sud de la Russie. Toutefois, l’Arctique qui, selon les géologues, détiendrait un cinquième du pétrole et du gaz encore inexploités du monde, pourrait bouleverser le marché mondial si les gisements continuent à devenir plus accessibles et donc moins chers via le passage du Nord-Est.

Pour la Russie, l’ouverture du passage du Nord-Est présente plus d’avantages qu’un gazoduc car elle permet d’approvisionner plusieurs clients dans différents ports. En particulier, cette ouverture à la navigation permet un transit moins cher entre les vastes réserves de gaz de l’ouest de la Russie et les ports chinois.

L’absence de glace dans le passage du Nord-Est était une condition préalable pour l’établissement du terminal méthanier de Yamal qui a ouvert ses portes en 2017 et a presque triplé la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié. Il est situé à proximité immédiate de la vaste réserve de gaz naturel de la péninsule de Yamal, au nord-ouest de la Russie, beaucoup trop loin de la Chine pour construire un gazoduc. Le terminal de Yamal permettra à la Russie de contester directement les ambitions américaines sur le marché gazier asiatique. En septembre 2020, le terminal a expédié 700 000 tonnes de GNL vers l’Asie, le plus gros transit mensuel à ce jour.

Source: Quartz.

————————————————–

As I put it in my previous post about the Arctic, thanks to climate change, traffic along the Northeast passage is heating up, especially the transit of liquefied natural gas (LNG)

The Arctic is the fastest-warming place on Earth. Between the 1980s and 2010s, days when sea ice covered less than half of the Northeast Passage rose from 84 per year on average, to nearly 150, making the route more viable for ship traffic. A Chinese vessel made the first non-stop voyage through the passage in 2015. Since then, vessels have made thousands of trips, including a record of 2,700 journeys in 2019.

At last, several weeks late, the passage has iced over for the winter after remaining open for a record 112 days, with another record in Russian exports of liquefied natural gas through the passage to ports in Asia.

Natural gas is in increasing demand these days as the global electricity system moves away from dirtier coal. This is especially true in Asia, and other countries like Qatar, Russia, and the US that are eagerly competing to dominate the liquified natural gas export market. China in particular is a key customer. The country’s recently-announced ambitious climate goals are expected to double its gas consumption in the next 15 years.

Most of China’s gas comes via pipelines from other Asian countries and southern Russia. But the Arctic, which geologists estimate to hold one-fifth of the world’s untapped oil and gas, could upend the global market if it continues to become more accessible and cheaper through the Northeast Passage.

For Russia, the opening of the passage is more flexible than a pipeline, allowing the country to supply multiple customers in different ports. In particular, the opening forges cheaper transit between vast gas reserves in western Russia and ports in China.

An ice-free passage was a prerequisite for the country’s Yamal LNG Terminal, which opened in 2017 and nearly tripled the country’s LNG export capacity. It is located on a vast natural gas reserve on the Yamal Peninsula, in Russia’s northwest, much too far from China for a pipeline. The Yamal Terminal would allow the country to directly challenge US ambitions in the Asian gas market. In September 2020, the terminal shipped 700,000 tons of LNG to Asia, its biggest month yet.

Source : Quartz.

Source : NSIDC

Gazoduc dans la péninsule de Yamal (Source : Wikipedia)

Fonte de la glace de mer et navigation dans l’Arctique // Sea ice melting and shipping in the Arctic

En octobre 2020 la glace de mer couvrait une étendue de 5,28 millions de kilomètres carrés (voir la carte ci-dessus). C’est la plus faible étendue pour un mois d’octobre depuis qu’existent les mesure satellitaires. Cela représente 3,07 millions de kilomètres carrés de moins que la moyenne d’octobre de1981 à 2010, et 450 000 kilomètres carrés de moins que le record de manque de glace pour un mois d’octobre établi en 2019. Octobre 2020 représente aussi le plus grand écart par rapport aux conditions moyennes pour n’importe quel mois dans les relevés satellitaires. L’étendue de la glace de mer est bien inférieure à la moyenne dans tous les secteurs de la partie eurasienne de l’Océan Arctique et dans la Baie de Baffin.

Avec l’accélération de la fonte de la de mer dans l’Arctique, on observe une intensification de la navigation commerciale le long de la Route Maritime du Nord le long de la côte nord de la Russie. Cette intensification du trafic concerne des transits entre l’Europe et l’Asie de l’Est, des expéditions locales dans l’Océan Arctique et des livraisons de gaz naturel liquéfié entre les gisements de la Péninsule de Yamal et les ports d’Europe et d’Asie de l’Est. Les années 2019 et 2020 ont vu une augmentation significative de l’activité commerciale par rapport à 2018. 2020 avait un peu plus de trafic commercial que 2019 si l’on compare les mois d’août des deux années. La carte du trafic maritime ci-dessus montre l’importance des voies de navigation juste au nord de la Péninsule de Taymyr et près des îles de la Nouvelle-Sibérie de chaque côté de la Mer de Laptev ; ce sont généralement les dernières zones à être libres de glace, et seulement pendant les années les plus chaudes. Cependant, en 2020, la Route Maritime du Nord a été en grande partie libre de glace de la mi-juillet au 25 octobre environ. Des brise-glaces et des pétroliers équipés pour affronter la glace ont effectué plusieurs voyages sur cette Route dès le mois de juin.

Source: National Snow & Ice Data Center (NSIDC)

—————————————————-

Sea ice extent for October 2020 was 5.28 million square kilometres (see map above), placing it lowest in the satellite record for the month. This was 3.07 million square kilometres below the 1981 to 2010 October average and 450,000 square kilometres below the record low mark for October set in 2019. October 2020 is the largest departure from average conditions seen in any month thus far in the satellite record. Ice extent is far below average in all of sectors of the Eurasian side of the Arctic Ocean and in Baffin Bay.

With the acceleration of sea ice melting in the Arctic, commercial shipping along the Northern Sea Route of the Russian north coast is increasing. This includes complete transits from Europe to East Asia, local shipping within the Arctic Ocean, and deliveries of liquefied natural gas from gas fields in the Yamal Peninsula to ports in both Europe and East Asia. The years 2019 and 2020 saw significantly increased shipping activity compared with 2018. 2020 had slightly more shipping than 2019 when comparing August shipping from both years. The shipping traffic map above shows the importance of passages just north of the Taymyr Peninsula and near the New Siberian Islands on either side of the Laptev Sea; these are generally the last areas to clear of ice, and only in the warmest years. However, in 2020, the Northern Sea Route was essentially ice free from mid-July through about October 25th. Icebreaker and ice-hardened tankers made several voyages within the route as early as June.

Source: National Snow & Ice Data Center (NSIDC)

Des hauts et des bas, mais la hausse des températures continue // Highs and lows but temperatures keeps increasing

Parmi les climatologues, il existe encore des climato-sceptiques qui recherchent des exemples prouvant que des températures froides existent toujours à travers le monde. Ces chasseurs de records ont détecté dans l’hémisphère Nord: une température de -69,6°C enregistrée le 22 décembre 1991 dans la station météorologique automatique de Klinck, non loin du point le plus élevé de l’inlandsis groenlandais.
Cette température fait mieux que les -67,8°C enregistrés à deux reprises à Oimekon  et Verkhoyanksk (Sibérie), respectivement en 1933 et 1892. Ce dernier site russe a fait la une de la presse ces derniers mois après avoir enregistré un record de température (37,7°C)au nord du cercle polaire arctique pendant une vague de chaleur dans la région.
La température la plus froide jamais enregistrée sur Terre a été -89,2°C en 1983 à la station météorologique de Vostok en Antarctique.

Soyons bien clairs; les records de chaleur et de froid existent et existeront toujours. Ce qu’il faut prendre en compte, ce ne sont pas ces extrêmes, mais la tendance générale. Lorsque l’on observe les courbes et graphiques, il est indéniable que les températures globales de notre planète sont à la hausse, malgré les hauts et les bas enregistrés ponctuellement. Tous les observateurs sur le terrain s’accordent aujourd’hui pour dire que les calottes glaciaires et les glaciers fondent à une vitesse incroyable. Le plus inquiétant, c’est que cette hausse des températures est parallèle à la hausse des concentrations de CO2 dans l’atmosphère.

Source : Presse américaine.

———————————————-

Among climatologists, there are still global warming skeptics who look for examples proving that cold temperature records still exist. The climate historians hunting for past temperature extremes have unearthed a record low in the Northern Hemisphere: -69.6 Celsius recorded on December 22nd, 1991 at an automatic weather station in Klinck, not far from the highest point on the Greenland Ice Sheet.

This temperature surpasses the -67.8°C recorded twice at Siberian sites of Oimekon in 1933 and Verkhoyanksk in 1892. The latter Russian site made headlines in recent months for recording a new record-high temperature (37.7°C) north of the Arctic Circle during a heatwave in the region.

The coldest temperature ever recorded on Earth was the -89.2 Celsius recorded in 1983 at the Vostok weather station in Antarctica.

Let’s make it very clear; record high and record low temperatures will always exist. What is to be taken into account is not these extremes, but the general tendency. Looking at the graphs, it is undeniable that global temperatures are on the rise, despite the recod highs and lows that are punctually recorded. All observers on the field agree to day that ice sheets and glaciers are melting at an incredible speed. What worries me is that the increase in temperatures goes parallel with the increase in CO2 concentrations in the atmosphere.

Source: US news media.

Source : NASA

Découverte d’un ours des cavernes en Sibérie // Discovery of a cave bear in Siberia

Avec le dégel du pergélisol en Sibérie, les découvertes d’animaux préhistoriques comme les mammouths laineux et les rhinocéros laineux se produisent régulièrement. Ces derniers temps, les éleveurs de rennes de l’une des îles Lyakhovsky ont mis au jour la carcasse parfaitement préservée d’un ours des cavernes de la période glaciaire. Ses dents et même son nez sont intacts. Dans le passé, les scientifiques découvert que les os d’ours des cavernes disparus il y a 15 000 ans.
L’ours des cavernes (Ursus spelaeus) est une espèce ou sous-espèce préhistorique qui vivait en Eurasie au Pléistocène moyen et tardif et a disparu il y a environ 15000 ans.
Les premiers résultats des analyses révèlent que l’ours a pu vivre dans l’Interglaciaire de Karginsky (une entre 22 000 et 39 500 ans). Il sera toutefois nécessaire de réaliser une analyse au radiocarbone pour déterminer l’âge précis de l’animal.
Les scientifiques de l’Université Fédérale du Nord-Est (NEFU) à Iakoutsk – le premier centre de recherche sur les mammouths laineux et d’autres espèces préhistoriques – ont souligné que «c’est la première et la seule découverte de ce genre; une carcasse d’ours entière avec des tissus bien conservés. » L’ours est intact, avec tous les organes internes en place.
Vous trouverez une galerie de photos de la découverte dans le Siberian Times:
https://siberiantimes.com/other/others/news/first-ever-preserved-grown-up-cave-bear-even-its-nose-is-intact-unearthed-on-the-arctic-island/

—————————————-

With the thawing of permafrost in Siberia, discoveries of prehistoric animals like woolly mammoths and wooly rhinos are regularly made. This time, reindeer herders on one of the Lyakhovsky Islands have found a perfectly preserved carcass of an Ice Age cave bear, with its teeth and even its nose intact. Previously scientists only had been able to discover the bones of cave bears that became extinct 15,000 years ago.

The cave bear (Ursus spelaeus) is a prehistoric species or subspecies that lived in Eurasia in the Middle and Late Pleistocene period and became extinct about 15,000 years ago.

According to the rough preliminary suggestions, the bear could live in Karginsky interglacial (this was the period between 22,000 and 39,500 years). It will be necessary to carry out radiocarbon analysis to determine the precise age of the bear.

Scientists of the North-Eastern Federal University (NEFU) in Yakutsk, the premier center for research into woolly mammoths and other prehistoric species, emphasized that “this is the first and only find of its kind ; a whole bear carcass with soft tissues.” The bear is completely preserved, with all internal organs in place, including even its nose.

A photo gallery of the discovery can be found in The Siberian Times:

https://siberiantimes.com/other/others/news/first-ever-preserved-grown-up-cave-bear-even-its-nose-is-intact-unearthed-on-the-arctic-island/

Une des premières photos de l’ours des cavernes mises en ligne par la NEFU