COP 26 : la Sibérie au bord du gouffre (1ère partie) // COP 26 : Siberia on the brink of the abyss (part 1)

Alors que la COP 26 se tient à Glasgow, le Siberian Times a publié un article expliquant pourquoi la Sibérie subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique. Le journal donne huit exemples démontrant que la Sibérie est une véritable bombe à retardement écologique. Cela devrait faire réfléchir à deux fois nos dirigeants avant de faire des promesses qui ne sont jamais suivies actes.
En cliquant sur ce lien, vous pourrez lire l’article dans son intégralité et découvrir de nombreuses photos illustrant la catastrophe en cours :

https://siberiantimes.com/other/others/news/siberias-stark-warning-to-scotland-for-cop26-climate-change-in-the-planets-last-great-wilderness/

Les statistiques montrent qu’en 2020, la Russie affichait des températures 3,2 °C au-dessus de la moyenne des trois décennies qui ont précédé l’année 1990. Les températures hivernales n’ont jamais été aussi douces avec l’air qui se réchauffe jusqu’à 5 °C au-dessus de la normale. Le nombre d’incendies de forêt a quadruplé, tandis que les tempêtes et les ouragans sont dix fois plus nombreux. En 2003, le président Vladimir Poutine a plaisanté en disant que « 2 à 3 degrés [de réchauffement climatique] ne feraient pas de mal. Nous dépenserons moins en manteaux de fourrure. » Bien qu’il ne se soit pas rendu à Glasgow, il a récemment déclaré: «Le changement et la dégradation de l’environnement sont si évidents que même les personnes les plus sceptiques ne peuvent plus les rejeter. »

Voici huit exemples montrant que la Sibérie est en train de changer.
1. Méthane !
Le méthane s’échappe du sol en Sibérie depuis peu de temps – l’espace d’une génération – en raison du dégel rapide du pergélisol, qui avait maintenu le gaz dans le sous-sol pendant des dizaines de milliers d’années. Les remontées de méthane dans les mers de Laptev et de Sibérie orientale montrent des concentrations élevées. La source se trouve dans des cratères sous-marins et des fissures dans le pergélisol du fond océanique en train de dégeler. Les scientifiques ont identifié une demi-douzaine de fissures géantes; une fois dans l’atmosphère, le gaz atteint des concentration de 16-32 ppm. C’est jusqu’à 15 fois la moyenne planétaire de 1,85 ppm.
Le méthane s’échappe également du lac Baïkal, qui contient 20% de l’eau douce non gelée de la planète. Le fond du lac compte une vingtaine de fissures profondes (à plus de 380 mètres de profondeur) d’où s’échappe le méthane, et des centaines sources de ce gaz à moindre profondeur. La quantité de méthane qui se cache dans les hydrates de gaz du Baïkal est estimée à mille milliards de mètres cubes.

Source: The Siberian Times

2. Les cratères de la péninsule de Yamal.
Au cours de la décennie écoulée, d’énormes explosions ont provoqué la formation d’au moins 20 cratères géants dans et près de la péninsule de Yamal, dans le nord de la Sibérie. Au cours de l’été 2021, les scientifiques ont identifié quelque 7 185 monticules de terre, également appelés pingos, présentant un risque d’explosion. Certains d’entre eux, sur les péninsules de Yamal et de Gydan, sont proches d’implantations et de gisements de gaz essentiels à l’approvisionnement énergétique de l’Europe. À l’intérieur des monticules, du méthane instable est libéré en raison du dégel du pergélisol. L’explosion de l’un de ces pingos a eu lieu au cours de l’été 2020 et a laissé un cratère de 40 mètres de profondeur. Lors d’une explosion en 2018 dans le lac Otkrytie, la couverture de glace de 1,5 mètre d’épaisseur a carrément explosé, avec des projections de débris jusqu’à une cinquantaine de mètres de distance.

Source: The Siberian Times

3. Routes et voies ferrées déformées et bâtiments qui s’effondrent.
Les lignes de chemin de fer construites en Sibérie à l’époque de Staline sont maintenant tordues en raison des mouvement du sol à cause du dégel du pergélisol. Les ponts aussi se sont effondrés.
La Russie utilise une méthode fiable de construction dans les régions de pergélisol; elle consiste à enfoncer profondément des pieux dans le sol gelé. Le problème, c’est que si le sol dégèle, cette technique ne fonctionne plus. Des marécages et des lacs apparaissent, et certaines zone habitées ne sont plus viables.
Comme l’a dit un scientifique russe : « La température du pergélisol augmente, et nous arrivons au point où il commencera à dégeler partout, et très activement. Nous nous dirigeons vers un cercle vicieux où le réchauffement climatique accélérera le dégel du pergélisol, qui à son tour accélérera le réchauffement climatique et accélérera encore le dégel, jusqu’à ce que tout le carbone actif soit libéré par le pergélisol. »

Photo: C. Grandpey

4. La ‘bouche de l’enfer’.
Une récente image satellite montre l’élargissement de la dépression de Batagai, surnommée « la bouche de l’enfer » par les habitants. Cette cavité géante en forme de têtard présentait il y a plusieurs années 100 mètres de profondeur et environ 1 000 mètres de longueur, avec une largeur de 800 mètres.
On attend de nouvelles mesures précises de cette balafre dans le sol, mais on sait qu’elle s’élargit. À l’intérieur du cratère, des images montrent que l’eau qui était restée gelée dans le sol pendant des dizaines de milliers d’années, mais qui s’en échappe aujourd’hui en ruisselant. On aperçoit aussi des fragments de pergélisol qui tombent des falaises en train de dégeler.
C’est l’homme qui a provoqué la formation de ce cratère à une époque où il a arraché des arbres. Puis le dégel du pergélisol en Yakoutie a pris le relais, et l’élargissement de la dépression est maintenant rapide.

Source: The Siberian Times

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While COP 26 is being held in Glasgow, The Siberian Times has released an article explaining why Siberian is badly affected by global warming. The newspaper gives eight examples demonstrating that Siberia is an ecological time bomb. It should make world leaders think twice before making promises without acts.

By clicking on this link, you will find the complete article and numerous photos to illustrate the disaster:

https://siberiantimes.com/other/others/news/siberias-stark-warning-to-scotland-for-cop26-climate-change-in-the-planets-last-great-wilderness/

Statistics show that in 2020, Russia was 3.2°C degrees warmer than the average in the three decades to 1990. Winter temperatures are milder than ever, with air warming up to 5°C above the norm. The number of forest fires have increased four-fold, while storms and hurricanes are ten times more likely. In 2003 President Vladimir Putin quipped that ‘2 to 3 degrees [of global warming] wouldn’t hurt. We’ll spend less on fur coats’. While he did not travel to Glasgow, he said recently: ‘Change and environmental degradation are so obvious that even the most careless people can no longer dismiss them.

Here are eight examples showing that Siberia is changing.

1. Methane!

Methane is being released in Siberia in a way not seen just a generation ago due to the rapid thawing of permafrost, which had sealed the gas for tens of thousands of years. Discharges in the Laptev and East Siberian seas show high methane concentrations from underwater craters and ‘super seep holes’ in the thawing ocean floor permafrost. Scientists have identified half a dozen “mega seeps” and found concentration of atmospheric methane above these fields reaching 16-32ppm. This is up to 15 times the planetary average of 1.85ppm.

Methane seeps are also observed in Lake Baikal which contains 20 per cent of the world’s unfrozen freshwater. The lake has some two dozen major deepwater methane seeps – below 380 metres – and hundreds of shallower gas fountains. The quantity of methane hidden in gas hydrates in Baikal is estimated at one trillion cubic metres.

2. The Yama! Craters.

Huge explosions in the past decade have caused the formation of at least 20 giant craters in and near the Yamal peninsula in northern Siberia. By summer 2021 scientists have identified some 7,185 bulging Arctic mounds, also called pingos – potentially at risk of erupting. Some of them, on the Yamal and Gydan peninsulas, are close to settlements and gas fields vital for energy supplies in Europe. Inside the mounds is unstable methane released due to thawing permafrost. One example was a summer 2020 eruption leaving a 40 metre deep crater. In an explosion in 2018 in Lake Otkrytie, its 1.5 metre thick ice cover was smashed with debris scattering some 50 metres from the epicentre.

3. Distorted roads and railways, and collapsing buildings.

Once usable railway lines built in Siberia during the Stalin era are now twisted due to the ground moving because of permafrost thaw. Bridges, too, have collapsed.

Russia has used a trusted method of building in permafrost regions, driving piles deep into the frozen ground. But if the ground is no longer frozen, the whole reality changes.Swamps and lakes appear, towns and even cities become unviable.

As a Russian scientis put it: « The temperature of the permafrost is rising, and we are reaching the point when it will begin to thaw everywhere, and very actively. We are heading towards a vicious circle when climate warming will speed up the thawing of permafrost, which will in turn add to faster climate warming and further accelerate the thawing, until all active carbon is released from permafrost. »

4. The ‘mouth of Hell’.

A new satellite image shows the widening of the Batagai Depression, nicknamed by the local residents as the Mouth of Hell. The tadpole-shaped giant hole was measured several years ago at 100 metres deep and around 1,000 metres in length, with a width of 800 metres.

New precise measurements are awaited from this gash in the ground but the snapshot from space shows it broadening. Inside the crater, pictures show that water frozen in the soil for tens of thousands of years trickles and gushes away. Beside this, chunks of thawing permafrost fall off the cliffs.

The trigger for his crater’s formation was man made, caused by the removal of trees. Then the thawing of the permafrost in Yakutia took over, and the expansion is now rapid.

COP 26 : émissions et concentrations de CO2 // COP 26 : CO2 emissions vs. CO2 concentrations

Au coeur de la pandémie de Covid-19, tous les médias mondiaux s’accordaient pour dire que les émissions de CO2 diminuaient. L’air avait l’air plus pur et la visibilité était meilleure sans la brume habituelle causée par la pollution. En Asie, les gens se réjouissaient parce qu’ils pouvaient voir l’Everest à des centaines de kilomètres de distance.
Pour ma part, j’étais beaucoup moins enthousiaste et j’insistais sur le fait qu’il ne fallait pas prendre en compte les émissions, mais les concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. La référence dans ce domaine est la courbe de Keeling qui rend compte des mesures effectuées sur le volcan Mauna Loa sur la Grande Ile d’Hawaii.
Tandis que les médias disaient que la pandémie de Covid-19 était une aubaine d’un point de vue environnemental, je montrais la courbe de Keeling qui, elle, ne réagissait pas à la baisse des émissions de CO2. Il faut garder à l’esprit que même si les émissions de CO2 diminuent, il faudra beaucoup plus de temps pour que les concentrations suivent la même voie. J’ai abordé ce sujet avec l’explorateur Jean-Louis Etienne qui m’a expliqué qu’en supposant que l’on arrête soudainement les émissions de CO2 avec une baguette magique, il faudrait plusieurs décennies pour que l’atmosphère retrouve un semblant d’équilibre.
Alors que la COP 26 se déroule à Glasgow, la presse internationale se rend compte que la baisse spectaculaire des émissions de dioxyde de carbone suite au confinement pandémique n’est plus qu’un souvenir. Cette situation est confirmée par une nouvelle étude scientifique.
Un groupe de scientifiques qui étudie le comportement des gaz à effet de serre a déclaré que les neuf premiers mois de 2021 a constaté que les émissions de CO2 étaient légèrement inférieures aux niveaux de 2019. Ils estiment qu’en 2021, le monde aura émis 36,4 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, contre 36,7 milliards de tonnes il y a deux ans.
En 2020, au plus fort de la pandémie, les émissions étaient tombées à 34,8 milliards de tonnes. On constate donc un bond de 4,9% cette année selon les calculs mis à jour par le Global Carbon Project.
Un climatologue anglais de l’Université d’East Anglia qui a participé à l’étude explique que si la plupart des pays sont revenus au niveau qui a précédé la pandémie, c’est l’augmentation de la pollution en Chine qui est la principale responsable du retour aux niveaux de 2019.
En respirant l’air remarquablement pur de 2020 dans les villes d’Inde ou d’Italie, certains ont pu penser que le monde était sur la bonne voie pour réduire la pollution par le carbone, mais les scientifiques ont tempéré cet optimisme en déclarant que ce n’était pas le cas. Ce n’est pas une pandémie qui fera baisser les émissions et les concentrations de CO2. Ce sont les décisions qui sont prises cette semaine et la semaine prochaine à Glasgow. Pour que les concentrations de CO2 déclinent dans les prochaines années, il faudrait que les décisions soient CONTRAIGNANTES et ne se limitent pas à de simples promesses!
La nouvelle étude indique que si le monde veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l’époque préindustrielle, il ne lui reste que 11 ans pour y parvenir avant qu’il ne soit trop tard.
La réalité ne m’incite pas à être optimiste. En 2021, les émissions de CO2 en Chine dépassent de 7% celles de 2019. En Inde, le dépassement est de 3%. En revanche, les États-Unis, l’Union européenne et le reste du monde ont moins pollué cette année qu’en 2019. Le bond de la Chine est principalement dû à la combustion du charbon et du gaz naturel pendant la période de reprise économique qui a suivi le confinement dans le pays. De plus, le confinement en Chine a pris fin bien plus tôt que dans le reste du monde, de sorte que le pays a mis plus de temps pour récupérer économiquement et a donc envoyé plus de carbone dans l’air. On verra si c’est la bonne explication et si la Chine renversera la tendance dans les prochains mois.

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At the heart of the Covid-19 pandemeic, all the world media agreed to say that CO2 emissions were decreasing. The air looked cleaner and visibility was better without the usual haze caused by pollution. In Asia, people rejoiced because they could see Mount Everest hundeds of kilometres away.

For my part, I was much less cautious and I insisted that what whould be taken into account was not the emissions, but the concentrations of carbon dioxide in the atmosphere. The reference in that domain is the Keeling Curve which conveys the measurements performed on Mauna Loa volcano on Hawaii Big Island.

While the media were saying that the Covid-19 pandemic was a godsend from an environmental point of view, I showed several times the Keeling Curve which did not react to the decrease in CO2 emissions. People should bear in mind that even though CO2 emissions are declining, it will take a much longer time for CO2 concentrations to decrease. I talked about this topic with Jean-Louis Etienne who told me that supposing we stopped CO2 emisions suddenly with a magiwc wand, it would take the atmosphere several decades to regain some sort of balance.

While COP 26 is going on in Glasgow, the international press realises that the dramatic drop in carbon dioxide emissions from the pandemic lockdown has pretty much disappeared. The current situation is confirmed by a new scientific study.

A group of scientists who track heat-trapping gases said the first nine months of 2021 put emissions a tad under 2019 levels. They estimate that in 2021 the world will have spewed 36.4 billion metric tons of carbon dioxide, compared to 36.7 billion metric tons two years ago.

At the height of the pandemic last year, emissions were down to 34.8 billion metric tons, so this year’s jump is 4.9%, according to updated calculations by Global Carbon Project.

An English climate scientist from the University of East Anglia who participated in the study explains that while most countries went back to pre-pandemic trends, China’s pollution increase was mostly responsible for worldwide figures bouncing back to 2019 levels rather then dropping significantly below them.

With 2020’s dramatically clean air in cities from India to Italy, some people may have hoped the world was on the right track in reducing carbon pollution, but scientists said that wasn’t the case.

It’s not the pandemic that will make CO2 emissions and concentrations decrease. It’s the decisions that are being taken this week and next week in Glasgow. They should be decisions which are BINDING, not just promises.

The new study says that if the world is going to limit global warming to 1.5 degrees Celsius since pre-industrial times, it has only 11 years left at current emission levels before it is too late.

Reality does not incite me teo be optimistic. Emissions in China were 7% higher in 2021 when compared to 2019. India’s emissions were 3% higher. In contrast, the United States, the European Union and the rest of the world polluted less this year than in 2019. China’s jump was mostly from burning coal and natural gas and was part of a massive economic stimulus to recover from the lockdown. In addition, China’s lockdown ended far earlier than the rest of the world, so the country had longer to recover economically and pump more carbon into the air. We’ll see whether this is the right explanation and if China will reverse the tendency in the coming months.

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La dernière mise à jour de la Courbe de Keeling (2 novembre 2021) montre une concentration de CO2 de 414,05 ppm.

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Voici le tracé global de la courbe entre les années 1700 et aujourd’hui. Avant 1958, ce sont les carottes de glace qui ont renseigné sur les concentrations de CO2 dans l’atmosphère.

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En observant le tracé de la courbe pour les années 2020 et 2021, on se rend compte que les confinements qui ont accompagné la pandémie de Covid-19 n’ont pas eu d’effet sur les concentrations de CO2 dans l’atmosphère.

Source: NOAA / Scripps Institution of Oceanography

COP 26 : l’île Maurice entre économie et écologie // COP 26: Mauritius between economy and ecology

On peut lire sur le site Réunion la 1ère un article qui montre les cas de conscience auxquels sont confrontés les responsables politiques dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il est souvent difficile de faire cohabiter intérêts économiques et sauvegarde de l’environnement. Au coeur de l’océan Indien, l’île Maurice en est le parfait exemple.

Lundi 1er novembre 2021, devant la presse, le Premier ministre de l’île Maurice s’est engagé à réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre. Il a confirmé son intention d’abandonner le charbon et d’avancer vers une production d’énergie verte. Pour y parvenir, l’île compte produire 60% de son mixte énergétique à partir des énergies vertes. Le charbon sera progressivement éliminé dans la production de l’électricité. L’utilisation des véhicules électriques sera encouragée. Des plans de soutien sont proposés aux agriculteurs pour accompagner leur transition vers une agriculture raisonnée.

Dans le cadre de la COP 26, le Premier ministre mauricien a lancé un appel aux dirigeants de la planète pour que le Glasgow Package puisse se concentrer sur la mise en œuvre de l’engagement pour un financement climatique annuel de 100 milliards de dollars américains avec un accès plus facile au profit des petits Etats insulaires en développement (PIED) et d’autres pays vulnérables à la crise du climat.

A côté de ces belles promesses, un accord – l’Offshore Petroleum Bill – a été signé par l’Etat mauricien et des compagnies pétrolières pour qu’elles recherchent du pétrole dans les Zones Économiques Exclusives (ZEE) de ses îles. Si ces investigations sont positives, l’exploitation sera autorisée. L’accord a été entériné par l’Assemblée nationale, le 26 octobre 2021, à quelques jours de la COP26!

Le Premier ministre mauricien a défendu cette démarche par l’urgence de redresser l’économie de l’île après la crise Covid. Si l’exploitation se concrétise, les sociétés se sont engagées à embaucher localement et à développer une industrie sur place. La démarche économique et politique est compréhensible, mais elle est en contradiction avec les engagements pris devant la COP26.

L’île Maurice comme La Réunion et les autres petites îles ont un bilan carbone plutôt favorable. Par nombre d’habitants, il est inférieur à celui des pays européens, des Etats Unis ou de la Chine. Pourtant, quand on ajoute les émissions des porte-conteneurs indispensables pour assurer le ravitaillement des pays, la note en CO2 explose. Ces navires fonctionnent grâce au fuel lourd. Même si de gros progrès ont été réalisés pour réduire la pollution qu’ils occasionnent, ils émettent énormément de gaz à effet de serre. Leur impact sur l’environnement et la santé reste considérable. Pourtant, aujourd’hui, ces bateaux sont indispensables et irremplaçables.

Source: Réunion la 1ére.

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One can read an article on the Réunion la 1ère website that shows the cases of conscience faced by political leaders in the fight against global warming. It is often difficult to combine economic interests with environmental protection. In the heart of the Indian Ocean, Mauritius is the perfect example.
Monday, November 1st, 2021, in front of the press, the Prime Minister of Mauritius pledged to reduce greenhouse gas emissions by 40%. He confirmed his intention to abandon coal and move towards green energy production. To achieve this, the island intends to produce 60% of its energy mix from green energies. Coal will be phased out in the production of electricity. The use of electric vehicles will be encouraged. Support plans are offered to farmers to support their transition to sustainable agriculture.
As part of COP 26, the Prime Minister of Mauritius appealed to world leaders for the Glasgow Package to focus on implementing the commitment for annual climate finance of US $ 100 billion with easier access for the benefit of Small Island Developing States (SIDS) and other countries vulnerable to the climate crisis.
Alongside these fine promises, an agreement – the Offshore Petroleum Bill – was signed by the Mauritian State and oil companies to search for oil in the Exclusive Economic Zones (EEZs) of its islands. If these investigations are positive, the exploitation will be authorized. The agreement was ratified by the National Assembly on October 26th, 2021, a few days before COP26!
The Prime Minister of Mauritius defended this approach by the urgency of recovering the island’s economy after the Covid crisis. If the exploitation materializes, the companies are committed to hiring locally and developing an industry there. The economic and political approach is understandable, but it is in contradiction with the commitments made before the COP26.
Mauritius like Reunion and the other small islands have a rather favorable carbon footprint. By number of inhabitants, it is lower than that of European countries, the United States or China. However, when one adds the emissions of container ships essential to ensure the supply of countries, the CO2 rating explodes. These ships operate on heavy fuel oil. Although great progress has been made in reducing the pollution they cause, they emit a lot of greenhouse gases. Their impact on the environment and health remains considerable. Yet today, these boats are indispensable and irreplaceable.
Source: Réunion la 1ére.

Source: Google Maps

COP 26 : L’ouverture de l’Arctique et ses enjeux // COP 26 : The opening of the Arctic and its challenges

Le Conseil de l’Arctique est un forum intergouvernemental traitant des problèmes rencontrés par les gouvernements des États ayant une partie de leur territoire dans l’espace arctique et par les peuples autochtones de la région. La dernière réunion du Conseil à eu lieu le 20 mai 2021 en Islande. Elle a débouché sur une déclaration commune sur la nécessité de préserver la paix et de lutter contre le réchauffement climatique. Cette déclaration commune pleine de promesse n’est en réalité qu’une façade car les rivalités ne cessent de grandir dans cette région. Comme je l’ai indiqué dans plusieurs notes sur ce blog, elle est devenue le pôle de toutes les convoitises.

Lors de la réunion à Reykjavik, la Russie, les États-Unis, le Canada, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Norvège et l’Islande ont parlé développement durable, coopération pacifique et protection des populations autochtones menacées par le réchauffement climatique qui est trois fois plus rapide dans l’Arctique que sur le reste de la planète. Au cours de la réunion, rien n’a été dit sur les tensions géopolitiques ou de la militarisation du Grand Nord,

En théorie, le Conseil de l’Arctique n’a pas vocation à traiter des questions de sécurité militaire.Pourtant, elles servent de toile de fond de ce sommet qui se déroule tous les deux ans. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a rappelé fermement que l’Arctique était une zone d’influence légitime de Moscou et il a dénoncé « l’offensive » occidentale dans la région. De son côté, Antony Blinken, Secrétaire d’Etat américain en visite au Danemark, avait pointé du doigt « l’augmentation de certaines activités militaires dans l’Arctique ».

Depuis 2010, la Russie a construit ou modernisé 14 bases militaires datant de l’époque soviétique et multiplié les exercices militaires.

De son côté, l’OTAN fait également des démonstrations de force avec des exercices militaires de plus en plus fréquents. En 2018, l’un d’eux en Norvège avait rassemblé des troupes des 29 pays membres, rejointes par celles de la Suède et de la Finlande. Cette manœuvre de grande ampleur avait provoqué la fureur du Kremlin.

Source: Le Monde Diplomatique

Longtemps perçu comme un territoire hostile et inaccessible, l’Arctique est aujourd’hui convoité par les grandes puissances et le réchauffement climatique y est pour beaucoup. L’Institut polaire norvégien révèle que, pour la première fois depuis le début de ses constatations en 1972, le passage du Nord-Ouest est entièrement ouvert à la navigation. Selon les experts du Giec, avec la hausse des températures, la banquise pourrait totalement disparaître en été d’ici 2030, ouvrant de nouvelles voies maritimes, notamment le passage du Nord-Est. En regardant une carte, on comprend l’intérêt de cette nouvelle situation. Le passage du Nord-Est (en rouge) forme le chemin maritime le plus court pour relier l’Europe à l’Asie, soit 12 jours de moins que par la route habituelle (en bleu) qui passe par le canal de Suez.

L’Arctique est une aubaine économique pour les pays concernés car la région regorge de trésors : nickel, plomb, zinc, uranium, platine, etc. Selon une étude de l’USGS, la zone arctique recèlerait plus de 22 % des réserves mondiales d’hydrocarbures non encore découvertes et contiendrait plus de 10% des réserves mondiales de pétrole et près de 30% des réserves de gaz naturel.

Une grande majorité de ces hydrocarbures est située dans la zone économique exclusive russe, et Vladimir Poutine mise beaucoup sur cet eldorado polaire. Symbole de ces aspirations : la gigantesque usine de liquéfaction de gaz de Sabetta dans la péninsule de Yamal, conçue en collaboration avec la Chine et le groupe français Total.

Le revers de la médaille, c’est que l’ouverture de ces passages dans l’Arctique risque de se solder par un désastre écologique, mais aucun des pays concernés ne fait mention de cet aspect de la question lors des réunions. On le sait, mais on ne dit rien.

Ces nouvelles routes maritimes sont aussi un enjeu géostratégique et pourraient devenir source de conflits. Il est facile d’imaginer que la Russie, qui détient le plus de frontières avec l’Arctique, décide de bloquer ces routes en cas de tensions avec les pays occidentaux. Toutefois, à l’heure actuelle, aucun pays arctique n’a intérêt à développer un conflit armé dans la région car l’instabilité ferait fuir les investisseurs.

Depuis plusieurs années, la Chine ne cache pas son attrait pour l’Arctique qui est pourtant situé à 1400 km de ses côtes. Ce regain d’intérêt s’est matérialisé dès 2004 par la construction d’une station scientifique sur l’archipel norvégien du Svalbard. La Chine s’est peu à peu imposée comme un partenaire scientifique majeur mais aussi comme un partenaire économique. En 2013, l’Islande est devenue le premier pays européen à signer un accord de libre-échange avec Pékin. La même année, la Chine a fait son entrée au Conseil de l’Arctique avec un statut de pays observateur.

En janvier 2018, la Chine a présenté pour la première fois sa politique arctique et se définit désormais comme un « État proche-Arctique. »

Source: France 24.

En observant la politique de la Russie et de la Chine dans l’Arctique, on comprend mieux pourquoi leurs présidents ne sont pas présents à la COP 26 de Glasgow.

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The Arctic Council is an intergovernmental forum dealing with the problems faced by the governments of the states having part of their territory in the Arctic space and by the indigenous peoples of the region. The last Council meeting took place on May 20th, 2021 in Iceland. It resulted in a joint declaration on the need to preserve peace and fight against global warming. This joint declaration full of promise is in reality only a facade because rivalries continue to grow in this region. As I indicated in several posts on this blog, it has become a pole of interests.
During the meeting in Reykjavik, Russia, the United States, Canada, Denmark, Sweden, Finland, Norway and Iceland spoke about sustainable development, peaceful cooperation and the protection of indigenous populations threatened by global warming. which is three times faster in the Arctic than anywhere else on the planet. During the meeting, nothing was said about geopolitical tensions or the militarization of the Far North,
In theory, the Arctic Council is not meant to deal with military security issues, yet they serve as the backdrop for this biennial summit. Sergey Lavrov, the Russian Foreign Minister, firmly recalled that the Arctic was an area of legitimate influence of Moscow and he denounced the Western « offensive » in the region. For his part, Antony Blinken, US Secretary of State visiting Denmark, had pointed out « the increase in certain military activities in the Arctic ».
Since 2010, Russia has built or modernized 14 military bases dating from the Soviet era and increased military exercises.
For its part, NATO is also making demonstrations of force with increasingly frequent military exercises. In 2018, one of them in Norway had gathered troops from 29 member countries, joined by those from Sweden and Finland. This large-scale maneuver had provoked the Kremlin’s fury.
Long perceived as a hostile and inaccessible territory, the Arctic is now coveted by the great powers and global warming has a lot to do with it. The Norwegian Polar Institute has revealed that, for the first time since the start of its findings in 1972, the Northwest Passage is « entirely open to navigation. According to IPCC experts, with the rise in temperatures, the ice sheet could completely disappear in summer by 2030, opening up new maritime routes, in particular the Northeast Passage. Looking at a map, one understands the interest of this new situation. The Northeast Passage forms the most important maritime route. short to connect Europe to Asia, 12 days less than the usual route, which passes through the Suez Canal (see map above).
The Arctic is an economic boon for the countries concerned because the region is full of treasures: nickel, lead, zinc, uranium, platinum, etc. According to a USGS study, the Arctic zone contains more than 22% of the world’s undiscovered hydrocarbon reserves and contains more than 10% of the world’s oil reserves and nearly 30% of the natural gas reserves.
A large majority of these hydrocarbons are located in the Russian exclusive economic zone, and Vladimir Putin is betting heavily on this polar El Dorado. Symbol of these aspirations: the gigantic Sabetta gas liquefaction plant on the Yamal peninsula, designed in collaboration with China and the French group Total.
The flip side is that the opening of these passages in the Arctic could end in ecological disaster, but none of the countries concerned mentioned this aspect of the matter at the meetings. They know it, but they say nothing.
These new maritime routes are also a geostrategic issue and could become a source of conflict. It is easy to imagine that Russia, which holds the most borders with the Arctic, decides to block these routes in the event of tensions with the Western countries. However, at present, no Arctic country has an interest in developing armed conflict in the region because instability would scare investors away.
For several years, China has not hidden its interest in the Arctic, although it is located 1,400 km from its coast. This renewed interest materialized in 2004 with the construction of a scientific station on the Norwegian archipelago of Svalbard. China has gradually established itself as a major scientific partner but also as an economic partner. In 2013, Iceland became the first European country to sign a free trade agreement with Beijing. In the same year, China entered the Arctic Council with observer status.
In January 2018, China first presented its Arctic policy and now defines itself as a « near arctic state. »
Source: France 24.

Looking at the policy of Russia and China in the Arctic, it is easy to understand why their presidents are not attending COP26 in Glasgow.