COP 26 : la Sibérie au bord du gouffre (2ème partie) // COP 26 : Siberia on the brink of the abyss (part 2)

5. Nouveaux virus.
On découvre chaque année en Sibérie des restes de mammouths ou de rhinocéros laineux, ainsi que d’ours des cavernes et de chevaux préhistoriques disparus depuis longtemps. Le dégel du pergélisol a donné aux scientifiques l’accès à un trésor inestimable d’ossements, mais aussi de chair, de fourrure, de cellules et même de sang.
Les scientifiques s’efforcent de redonner vie à certaines de ces espèces, mais la réapparition de ces animaux d’autrefois a une autre facette. Au cours des cinq dernières années, l’anthrax a fait sa réapparition dans la péninsule de Yamal où il a tué des êtres humains et des rennes. Des centaines de militaires ruses, spécialistes de guerre chimique et biologique ont été déployées sur la péninsule de Yamal pour détruire les restes des carcasses de rennes infectés.
La réapparition de la variole, aujourd’hui éradiquée, reste une menace. Un cimetière sur la rivière Kolyma a été créé dans les années 1890 pour enterrer les morts suite à une importante épidémie de variole. La combinaison du dégel du pergélisol et des inondations – une autre conséquence du réchauffement climatique – risque de rouvrir les tombes et de faire ressortir le virus.
Des scientifiques russes ont mis en garde contre de nouveaux « virus géants » susceptibles de se trouver dans les mammouths laineux dont les carcasses apparaissent désormais régulièrement.

Photo: C. Grandpey

6. Feux de forêt et feux de tourbe.
2021 a vu en Sibérie les pires incendies de forêt de l’histoire. Cette année, ils étaient plus au sud alors que l’année dernière ils sévissaient plus intensément dans l’extrême nord, au-dessus du cercle polaire arctique.
Le phénomène de «neige fumante» en Yakoutie met en évidence un nouveau phénomène. Le feu brûle sous terre, dans le pergélisol dégelé, pendant toute l’année, même lorsque la température descend en dessous de moins 50°C. Une vidéo a montré des panaches de fumée s’élevant de « feux zombies » à quelque 400 km au nord-est de Yakoutsk la capitale de la Yakoutie qui est aussi la ville la plus froide du monde. Le feu se propage dans la même zone qui a été touchée par les incendies de forêt en été. Cette zone a connu un temps extrêmement chaud et sec. ILe feu est probablement alimenté par de la tourbe ou, comme le suggèrent certains chasseurs, par de la lignite, un jeune charbon.

En 2021, les pires incendies de forêt jamais enregistrés ont été signalés au début du mois de mai à proximité d’Oymyakon, connu comme le village habité le plus froid du monde, alors que la neige et la glace recouvraient toujours le sol. Iakoutsk et d’autres villes sibériennes ont été envahies par les fumées toxiques des incendies, avec jusqu’à 95 fois les niveaux admissibles, et la fumée s’est également propagée à travers le Pacifique jusqu’en Amérique du Nord.
Les incendies de Sibérie en 2021 ont dépassé ceux de l’ensemble du reste du monde, au cours d’une année qui a vu également d’énormes incendies aux États-Unis, en Espagne et en Turquie. Les incendies en Sibérie en 2021 ont rejeté 800 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère à partir de début juin. C’est plus que les émissions annuelles de l’Allemagne, le plus gros pollueur d’Europe.

 

Source »: Siberian Times

7; Inondations et sécheresses.
La Sibérie peut connaître au même moment des inondations et des sécheresses, des épisodes de fortes pluies, mais aussi de longues périodes de sécheresse sans précipitations. Le même jour à travers les huit fuseaux horaires de l’Oural au Pacifique, les bulletins météorologiques peuvent faire état de vagues de chaleur record, de crues de rivières, de périodes de sécheresse, de neige hors saison et de tornades.
L’année 2019 a vu les pires inondations de l’histoire dans la région d’Irkoutsk. La localité la plus impactée a été Tulun où les habitants ont vu de l’eau monter soudainement jusqu’à la hauteur de leur cou. Des dizaines de personnes sont mortes ou ont été portées disparues, avec des rivières dont l’eau est montée jusqu’à 14 mètres.
A côté de cela, de longues périodes de sécheresse – cette année dans le nord – ont permis aux incendies de forêt de ravager la Sibérie.

8. Route maritime du Nord.
Il y a eu un grand moment en 2020 lorsque l’on a vu le grand voilier STS Sedov naviguer dans l’océan Arctique entre l’Asie et l’Europe. L’équipage n’a pratiquement jamais rencontré la banquise sur des milliers de milles marins.Le brise-glace russe qui accompagnait le voilier n’a servi à rien au moment où le Sedov s’aventurait dans les mers de Béring, des Tchouktches , de Sibérie orientale, de Laptev et de Kara.
Le voyage du quatre-mâts en acier, de fabrication allemande, montre que la route maritime du Nord relie désormais sans encombre le Pacifique et l’Atlantique. Le navire a navigué au large de Chukotka où, en 1878, la célèbre expédition Vega s’est retrouvée coincée dans la banquise pendant 11 mois alors qu’elle effectuait le tout premier voyage entre l’Europe et l’Asie via la route maritime arctique.

Il est indéniable que le réchauffement climatique rend les routes maritimes dans les eaux polaires plus accessibles pour tous types de navires. Il s’agit d’une aubaine économique pour la Russie, et les années à venir devraient voir une augmentation importante du commerce empruntant la route du nord. On comprend pourquoi Vladimir Poutine n’est pas allé à Glasgow. Le réchauffement climatique offre à la Russie des opportunités commerciales en or.

Source: Wikipedia

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5. New viruses.

Annual discoveries are now made of the remains of extinct woolly mammoths or rhinos as well as long-gone cave bears and pre-historic horses. The thawing of permafrost has given scientists access to an untold treasure trove of  not merely bones but the flesh and fur, the cells and even blood, of the past.

Scientists are working to bring some of these species back to life, yet there is another side to the reappearance of these lost animals. In the last five years, born-again anthrax in the Yamal peninsula has been released and killed both humans and reindeer. Hundreds of Russian chemical and bio-warfare troops were deployed to destroy the infected reindeer remains on Yamal.

The release of eradicated smallpox remains a threat. A graveyard on the Kolyma River was created in the 1890s to bury the dead from a major smallpox outbreak. The combination of permafrost thawing and flooding – another consequence of climate change – risks reopening such graves.

Russian scientists have warned of new « giant viruses » in, for example, woolly mammoths, the carcasses of which are now appearing with regularity.

6. Wildfires and peat fires.

2021 has seen the worst wildfires in recorded history. This year, they were further south while last year they raged more intensively in the far north, above the Arctic Circle.

The phenomenon of ‘smoking snow’ in Yakutia highlights the new normal. The fire burns underground in the thawed permafrost, all year, even when the temperature plunges below minus 50°C. A video has shown the wafts of smoke rising from the zombie fire some 400 km north-east of Yakutia’s capital Yakutsk, the world’s coldest city. It is burning in the same area that was hit by summer wildfires.This area suffered extremely hot and dry weather. It must be either peat on fire here, or, as some hunters who noticed these fires suggest, possibly young coal (lignite).

In 2021, the worst-ever wildfires were signalled in the first days of May – with snow and ice still on the ground – in the vicinity of Oymyakon, known as the world’s coldest permanently inhabited village. Yakutsk and other Siberian cities were blotted out by toxic fumes from the fires, as much as 95 times allowable levels, and the smoke also wafted across the Pacific to North America.

The Siberian fires in 2021 exceeded those in the rest of the world combined, in a year that saw the huge infernos in the US, Spain and Turkey. The fires in Siberia in 2021 have pumped 800 million tonnes of carbon dioxide into the atmosphere since the start of June, more than the annual emissions of Germany, Europe’s biggest polluter.

7; Floods and droughts.

Siberia can experience floods and droughts at the same time, a weather rollercoaster of lashing rains but also lengthy parched periods without precipitation. On the same day across the eight time zones from the Urals to the Pacific, weather and news reports may be drawing attention to record heat waves, burst rivers, dry spells, unseasonal snow and tornadoes.

The year 2019 saw the worst flooding in recorded history in Irkutsk region. An epicentre was Tulun whereresidents saw sudden surging water that rose up to their necks. Dozens died ans went missing as rivers rose by up to 14 metres.

Yet it was also long periods of drought – this year in the north – that has enabled the wildfires to rampage across Siberia.

8. Northern Sea Route.

There was an epic sight in 2020 when the giant sailing ship STS Sedov was seen sailing across the Arctic Ocean from Asia to Europe. The crew encountered almost no significant ice floes across thousands of nautical miles. An accompanying Russian icebreaker vessel was virtually redundant as the Sedov ventured across the Bering, Chukchi, East Siberian, Laptev and Kara seas.

The four-masted German-made steel barque’s journey shows that the Northern Sea Route now viably connects the Pacific and Atlantic. The vessel sailed past the location off Chukotka where in 1878 the famous Vega Expedition became stuck in pack ice for 11 months as it made the first-ever successful voyage from Europe to Asia via the Arctic sea route.

It is undeniable that global climate changes now make sea routes in polar waters more accessible for all types of ships. This is an economic boon to Russia, and the coming years are expected to see a major rise in trade taking advantage of  the northern route. One can undrestand why Vladimir Putin did not go to Glasgow. Global warming offers Russian golden commercial opportunities.

COP 26 : L’ouverture de l’Arctique et ses enjeux // COP 26 : The opening of the Arctic and its challenges

Le Conseil de l’Arctique est un forum intergouvernemental traitant des problèmes rencontrés par les gouvernements des États ayant une partie de leur territoire dans l’espace arctique et par les peuples autochtones de la région. La dernière réunion du Conseil à eu lieu le 20 mai 2021 en Islande. Elle a débouché sur une déclaration commune sur la nécessité de préserver la paix et de lutter contre le réchauffement climatique. Cette déclaration commune pleine de promesse n’est en réalité qu’une façade car les rivalités ne cessent de grandir dans cette région. Comme je l’ai indiqué dans plusieurs notes sur ce blog, elle est devenue le pôle de toutes les convoitises.

Lors de la réunion à Reykjavik, la Russie, les États-Unis, le Canada, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Norvège et l’Islande ont parlé développement durable, coopération pacifique et protection des populations autochtones menacées par le réchauffement climatique qui est trois fois plus rapide dans l’Arctique que sur le reste de la planète. Au cours de la réunion, rien n’a été dit sur les tensions géopolitiques ou de la militarisation du Grand Nord,

En théorie, le Conseil de l’Arctique n’a pas vocation à traiter des questions de sécurité militaire.Pourtant, elles servent de toile de fond de ce sommet qui se déroule tous les deux ans. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a rappelé fermement que l’Arctique était une zone d’influence légitime de Moscou et il a dénoncé « l’offensive » occidentale dans la région. De son côté, Antony Blinken, Secrétaire d’Etat américain en visite au Danemark, avait pointé du doigt « l’augmentation de certaines activités militaires dans l’Arctique ».

Depuis 2010, la Russie a construit ou modernisé 14 bases militaires datant de l’époque soviétique et multiplié les exercices militaires.

De son côté, l’OTAN fait également des démonstrations de force avec des exercices militaires de plus en plus fréquents. En 2018, l’un d’eux en Norvège avait rassemblé des troupes des 29 pays membres, rejointes par celles de la Suède et de la Finlande. Cette manœuvre de grande ampleur avait provoqué la fureur du Kremlin.

Source: Le Monde Diplomatique

Longtemps perçu comme un territoire hostile et inaccessible, l’Arctique est aujourd’hui convoité par les grandes puissances et le réchauffement climatique y est pour beaucoup. L’Institut polaire norvégien révèle que, pour la première fois depuis le début de ses constatations en 1972, le passage du Nord-Ouest est entièrement ouvert à la navigation. Selon les experts du Giec, avec la hausse des températures, la banquise pourrait totalement disparaître en été d’ici 2030, ouvrant de nouvelles voies maritimes, notamment le passage du Nord-Est. En regardant une carte, on comprend l’intérêt de cette nouvelle situation. Le passage du Nord-Est (en rouge) forme le chemin maritime le plus court pour relier l’Europe à l’Asie, soit 12 jours de moins que par la route habituelle (en bleu) qui passe par le canal de Suez.

L’Arctique est une aubaine économique pour les pays concernés car la région regorge de trésors : nickel, plomb, zinc, uranium, platine, etc. Selon une étude de l’USGS, la zone arctique recèlerait plus de 22 % des réserves mondiales d’hydrocarbures non encore découvertes et contiendrait plus de 10% des réserves mondiales de pétrole et près de 30% des réserves de gaz naturel.

Une grande majorité de ces hydrocarbures est située dans la zone économique exclusive russe, et Vladimir Poutine mise beaucoup sur cet eldorado polaire. Symbole de ces aspirations : la gigantesque usine de liquéfaction de gaz de Sabetta dans la péninsule de Yamal, conçue en collaboration avec la Chine et le groupe français Total.

Le revers de la médaille, c’est que l’ouverture de ces passages dans l’Arctique risque de se solder par un désastre écologique, mais aucun des pays concernés ne fait mention de cet aspect de la question lors des réunions. On le sait, mais on ne dit rien.

Ces nouvelles routes maritimes sont aussi un enjeu géostratégique et pourraient devenir source de conflits. Il est facile d’imaginer que la Russie, qui détient le plus de frontières avec l’Arctique, décide de bloquer ces routes en cas de tensions avec les pays occidentaux. Toutefois, à l’heure actuelle, aucun pays arctique n’a intérêt à développer un conflit armé dans la région car l’instabilité ferait fuir les investisseurs.

Depuis plusieurs années, la Chine ne cache pas son attrait pour l’Arctique qui est pourtant situé à 1400 km de ses côtes. Ce regain d’intérêt s’est matérialisé dès 2004 par la construction d’une station scientifique sur l’archipel norvégien du Svalbard. La Chine s’est peu à peu imposée comme un partenaire scientifique majeur mais aussi comme un partenaire économique. En 2013, l’Islande est devenue le premier pays européen à signer un accord de libre-échange avec Pékin. La même année, la Chine a fait son entrée au Conseil de l’Arctique avec un statut de pays observateur.

En janvier 2018, la Chine a présenté pour la première fois sa politique arctique et se définit désormais comme un « État proche-Arctique. »

Source: France 24.

En observant la politique de la Russie et de la Chine dans l’Arctique, on comprend mieux pourquoi leurs présidents ne sont pas présents à la COP 26 de Glasgow.

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The Arctic Council is an intergovernmental forum dealing with the problems faced by the governments of the states having part of their territory in the Arctic space and by the indigenous peoples of the region. The last Council meeting took place on May 20th, 2021 in Iceland. It resulted in a joint declaration on the need to preserve peace and fight against global warming. This joint declaration full of promise is in reality only a facade because rivalries continue to grow in this region. As I indicated in several posts on this blog, it has become a pole of interests.
During the meeting in Reykjavik, Russia, the United States, Canada, Denmark, Sweden, Finland, Norway and Iceland spoke about sustainable development, peaceful cooperation and the protection of indigenous populations threatened by global warming. which is three times faster in the Arctic than anywhere else on the planet. During the meeting, nothing was said about geopolitical tensions or the militarization of the Far North,
In theory, the Arctic Council is not meant to deal with military security issues, yet they serve as the backdrop for this biennial summit. Sergey Lavrov, the Russian Foreign Minister, firmly recalled that the Arctic was an area of legitimate influence of Moscow and he denounced the Western « offensive » in the region. For his part, Antony Blinken, US Secretary of State visiting Denmark, had pointed out « the increase in certain military activities in the Arctic ».
Since 2010, Russia has built or modernized 14 military bases dating from the Soviet era and increased military exercises.
For its part, NATO is also making demonstrations of force with increasingly frequent military exercises. In 2018, one of them in Norway had gathered troops from 29 member countries, joined by those from Sweden and Finland. This large-scale maneuver had provoked the Kremlin’s fury.
Long perceived as a hostile and inaccessible territory, the Arctic is now coveted by the great powers and global warming has a lot to do with it. The Norwegian Polar Institute has revealed that, for the first time since the start of its findings in 1972, the Northwest Passage is « entirely open to navigation. According to IPCC experts, with the rise in temperatures, the ice sheet could completely disappear in summer by 2030, opening up new maritime routes, in particular the Northeast Passage. Looking at a map, one understands the interest of this new situation. The Northeast Passage forms the most important maritime route. short to connect Europe to Asia, 12 days less than the usual route, which passes through the Suez Canal (see map above).
The Arctic is an economic boon for the countries concerned because the region is full of treasures: nickel, lead, zinc, uranium, platinum, etc. According to a USGS study, the Arctic zone contains more than 22% of the world’s undiscovered hydrocarbon reserves and contains more than 10% of the world’s oil reserves and nearly 30% of the natural gas reserves.
A large majority of these hydrocarbons are located in the Russian exclusive economic zone, and Vladimir Putin is betting heavily on this polar El Dorado. Symbol of these aspirations: the gigantic Sabetta gas liquefaction plant on the Yamal peninsula, designed in collaboration with China and the French group Total.
The flip side is that the opening of these passages in the Arctic could end in ecological disaster, but none of the countries concerned mentioned this aspect of the matter at the meetings. They know it, but they say nothing.
These new maritime routes are also a geostrategic issue and could become a source of conflict. It is easy to imagine that Russia, which holds the most borders with the Arctic, decides to block these routes in the event of tensions with the Western countries. However, at present, no Arctic country has an interest in developing armed conflict in the region because instability would scare investors away.
For several years, China has not hidden its interest in the Arctic, although it is located 1,400 km from its coast. This renewed interest materialized in 2004 with the construction of a scientific station on the Norwegian archipelago of Svalbard. China has gradually established itself as a major scientific partner but also as an economic partner. In 2013, Iceland became the first European country to sign a free trade agreement with Beijing. In the same year, China entered the Arctic Council with observer status.
In January 2018, China first presented its Arctic policy and now defines itself as a « near arctic state. »
Source: France 24.

Looking at the policy of Russia and China in the Arctic, it is easy to understand why their presidents are not attending COP26 in Glasgow.