Première approche de l’entrée de lave dans le Pacifique // First approach of the lava entry in the Pacific Ocean

L’arrivée de la lave en mer sur le site de Kamokuna est un spectacle extraordinaire, même si la cascade – le fameux « firehose » – a cessé de déverser ses millions de mètres cubes de magma dans l’Océan Pacifique. A l’heure actuelle, ce sont plusieurs ruisseaux de lave qui arrivent sur le littoral où ils ont commencé à façonner une nouvelle banquette.

On peut apercevoir la lave depuis le point d’observation aménagé par le Parc des Volcans à environ 800 mètres du site, mais le meilleur moyen de profiter du spectacle est d’acheter une excursion en bateau dans l’une des agences qui sont nées au cours des derniers mois. Il vous en coûtera entre 180 à 300 dollars (sensiblement l’équivalent en euros), selon la compagnie et selon l’heure choisie.

J’ai approché la lave en bateau pour la première fois en février 1998. A l’époque, les agences locales n’existaient pas. Je m’étais rendu à Hawaii en compagnie de Guy de St Cyr* et quelques autres volcanophiles. La lave arrivait dans l’océan et Guy s’était mis en tête (son entêtement est remarquable !) d’aller faire une virée en bateau pour assister au spectacle. Profitant de mon bilinguisme, il m’a carrément ordonné de trouver un pêcheur ou un plaisancier susceptible d’effectuer cette excursion. Une visite au port de Hilo m’a permis de rencontrer un couple de retraités sur leur bateau. Il leur était impossible de nous conduire devant la lave mais ils m’ont conseillé de me rendre dans un petit port de pêche dans le district de Puna, sur la côte sud-est de la Grande Ile. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous sommes arrivés dans ce petit port près duquel pousse la mangrove et où les tortues nagent paisiblement, tandis que les vagues déferlent sur le rivage, pour le plus grand bonheur de quelques surfeurs locaux. Un petit air de paradis. Continuant ma mission, j’ai accosté un pêcheur qui radoubait un bateau et lui ai fait part de notre désir de voir la lave entrer dans l’océan. Il m’a conseillé d’aller voir son patron qui travaillait sur une autre embarcation à quelques centaines de mètres de là. Le pêcheur connaissait ce genre d’excursion en mer car quelques années auparavant il avait conduit une équipe de télévision devant la lave. Il avait toutefois des doutes sur le sérieux de ma demande et je dus insister pour lui prouver que nous n’étions pas des rigolos. Il me demanda le nom de mon hôtel et le numéro de ma chambre et me dit qu’il me téléphonerait le soir même à 22 heures. Si je répondais, il nous donnait rendez-vous dans ce même lieu le lendemain à 10 heures. Nous sommes convenus du prix qui, autant que je me souvienne, devait tourner autour de 50 dollars par personne. Le soir même, le téléphone sonnait dans ma chambre et c’est ainsi que notre petit groupe – qui (avec autorisations) avait bien failli ne pas ressortir du Pu’uO’o la veille** – eut la chance de pouvoir admirer la lave en mer. Guy me demanda de ne pas divulguer les coordonnées du pêcheur, ce qui lui permit d’être le premier à proposer cette prestation à ses clients. Depuis 1998, le choses ont beaucoup changé…et les tarifs aussi

* Agence Aventure et Volcans.

**anecdote racontée par Guy de St Cyr dans son livre D’un volcan à l’autre.

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The lava entry at the Kamokuna site is an extraordinary sight, even if the famous « firehose » has now stopped spilling millions of cubic meters of magma into the Pacific Ocean. At present, several streams of lava arrive on the coast where they began to build a new bench.
The lava can be seen from the observation point set up by the Park about 800 meters from the site, but the best way to enjoy the show is to buy a boat trip from one of the agencies that appeared in the past few months. It will cost you between 180 to 300 dollars (substantially the equivalent in euros), depending on the company and according to the chosen time.
I approached the lava by boat for the first time in February 1998. At the time, local agencies did not exist. I went to Hawaii with Guy de St Cyr * and a few other volcanophiles. The lava arrived in the ocean and Guy had decided (his stubbornness is remarkable!) to go on a boat trip to watch the show. Taking advantage of my bilingualism, he ordered me to find a fisherman or a boater capable of making this excursion. A visit to the port of Hilo allowed me to meet a couple of retirees on their boat. It was impossible for them to take us to the lava, but they advised me to go to a small fishing port in the Puna district on the southeast coast of the Big Island. No sooner said than done. We arrived in this small harbour near which the mangrove grows and where the turtles swam peacefully, while the waves surged on the shore, to the delight of a few local surfers. A little air of paradise. Continuing my mission, I met a fisherman who was refitting a boat and told him of our desire to see the lava enter the ocean. He advised me to go and see his boss who was working on another boat a few hundred meters away. The fisherman knew this type of excursion at sea because a few years before he had led a television team in front of the lava. He had doubts, however, about the seriousness of my request and I had to insist on proving that we were not joking. He asked me the name of my hotel and the number of my room and told me that he would call me that same evening at 10 pm. If I answered, he would give us an appointment in the same place the next day at 10 o’clock. We agreed on the price, which, as far as I can remember, was about $ 50 per person. That same evening, the phone rang in my room and so our little group – which (with permits) had almost failed to come out of the Pu’uO’o the day before – could admire the lava flowing into the sea. Guy asked me not to divulge the fisherman’s contact details, which enabled him to be the first to offer this service to his clients. Since 1998, things have changed a lot … and prices too!

* Aventure et Volcans.
** anecdote narrated by Guy de St Cyr in his book D’un volcaan à l’autre.

 

Photos: C. Grandpey

Avec une pensée pour le regretté Alain de Toffoli qui faisait partie de notre petit groupe.

Quand le Kilauea fume la pipe… // When Kilauea Volcano smokes the pipe…

On peut voir sur le site web Big Island Now une photo très intéressante prise par un habitant de Kalapana à 11h25 le mercredi 5 avril 2017. Elle montre un anneau de vapeur ou de gaz en train de flotter au-dessus de l’entrée de lave de Kamokuna. L’anneau est resté visible au moins 30 secondes avant de se dissiper. Selon le photographe, l’anneau présentait un diamètre de «plusieurs centaines de pieds».
C’est la première fois que je vois un anneau de vapeur ou de gaz sur le Kilauea. J’ai eu l’occasion de prendre des photos de tels anneaux sur l’Etna et Haroun Tazieff m’avait expliqué dans une lettre, schéma à l’appui, comment ils se formaient.

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One can see on the website Big Island now a very interesting photo taken by a Kalapana resident at 11:25 a.m. on Wednesday, April 5th, 2017. It shows a steam or gas ring drifting above the Kamokuna lava entry. It persisted at least 30 seconds before dissipating.  According to the photographer, the ring was “hundreds of feet across”.

It is the first time I have seen a steam or gas ring on Kilauea Volcano. I could take photos of similar rings on Mount Etna and Haroun Tazieff explained me in a letter how they were formed.

Crédit photo : Joe Fisher.

Anneaux de gaz sur l’Etna et leur bouche d’origine (Photos: C. Grandpey)

Du Kilauea (Hawaii) au Bogoslof (Iles Aléoutiennes / Alaska) // From Kilauea Volcano (Hawaii) to Bogoslof Volcano (Aleutians / Alaska)

Situé au cœur des Iles Aléoutiennes en Alaska, le Bogoslof est loin d’Hawaii, mais pas si loin que cela d’un point de vue volcanologique. En 1907, Thomas Jaggar, le fondateur de l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) s’est rendu au chevet du Bogoslof  au cours d’une expédition organisée par le Massachusetts Institute of Technology. Son but était l’exploration des volcans de l’Alaska et la recherche de minéraux. Le rapport de l’expédition concernant l’évolution du Bogoslof se trouve dans le Bulletin of the American Geographical Society publié en juillet 1908.
Thomas Jaggar était un observateur avisé et ses notes sur le Bogoslof prennent en compte le récit de l’activité éruptive décrite par les marins pendant les années qui ont précédé 1907. En utilisant ces anciens récits et ses propres observations lors de l’exploration de l’île, Jaggar a compilé une série de cartes montrant les changements intervenus sur l’île, de la même façon que le font les géologues de l’Observatoire des Volcans d’Alaska (AVO) aujourd’hui.
Il a également montré le mécanisme qui anime les éruptions du Bogoslof et a trouvé des similitudes entre les formations de lave mises en place par ce volcan et celles qu’il avait observées sur la Montagne Pelée à la Martinique en 1902. Il a également noté des preuves de l’élévation de l’île et a réfléchi aux causes de ce phénomène.
A l’issue de son voyage, Jaggar a rappelé la nécessité de créer des observatoires pour étudier les volcans, les séismes et d’autres phénomènes naturels. Il était convaincu que leur étude attentive et systématique était essentielle pour vivre en toute sécurité sur notre planète.
Un tel réseau d’observatoires volcanologiques existe aujourd’hui dans une grande partie du monde. Ils fonctionnent grâce à des données envoyées par les satellites qui passent plusieurs fois par jour au-dessus des volcans. A côté de cela, le réseau mondial de détection de la foudre envoie des alertes quelques minutes après que des éclairs aient été détectés à proximité du Bogoslof ; ils coïncident souvent avec des explosions de cendre. Enfin, des ondes infrasoniques ou de pression de l’air produites par les explosions sont détectées par des capteurs sismiques et infrasoniques sur les volcans Okmok et Makushin situés pas très loin du Bogoslof.
Source: USGS / HVO.
Vous obtiendrez plus d’informations sur l’activité éruptive du Bogoslof en vous connectant au site Internet de l’AVO : www.avo.alaska.edu.

La dernière mise à jour d’AVO (en date du 5 avril 2017) indique qu' »aucune nouvelle activité n’a été observée sur les données  sismiques ou infrasoniques du Bogoslof depuis une petite explosion le 13 mars. La dernière éruption significative a eu lieu le 8 mars 2017 et les images satellitaires ne révèlent pas d’activité éruptive depuis cette époque. Au vu de l’absence d’activité volcanique au cours des trois dernières semaines, l’AVO a décidé d’abaisser l’alerte aérienne à la couleur Jaune. »

A noter qu’un bulletin similaire vient d’être diffusé à propos du volcan Cleveland pour lequel l’alerte aérienne a également été abaissée à la couleur Jaune.

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Located in the Aleutians in Alaska, Bogoslof Volcano is far from Hawaii but not far from a volcanological point of view. In 1907, Hawaiian Volcano Observatory (HVO) founder Thomas Jaggar sailed to this very island volcano in Alaska on an expedition from the Massachusetts Institute of Technology. Their objectives to explore Alaska’s volcanoes and search for mineral deposits led to a report on the evolution of Bogoslof published in the Bulletin of the American Geographical Society in July 1908.

Jaggar was a keen observer and his notes on Bogoslof chronicle the record of eruptive activity summarized by mariners in the century leading up to 1907. Using these data and his own observations while exploring the island, Jaggar compiled a sequence of maps of the changing island in a manner very similar to Alaska Volcano Observatory (AVO) geologists today.

He also surmised the mechanism of Bogoslof eruptions and found similarities in the extrusive lava formations with those he had seen at Mount Pelee in the Caribbean in 1902. He also noted evidence of uplift of the island and pondered its significance.

Jaggar used his trip to renew his call for the establishment of Earth observatories to study volcanoes, earthquakes and other earth processes. He was convinced that careful and systematic study of these phenomena was essential to living safely on our planet.

Such a network of volcano observatories exists today for much of the world. They act with data sent by satellites in Earth orbit that peer down at the volcano multiple times per day. The World Wide Lightning Location Network provides automated alerts within minutes of lightning near Bogoslof that often coincides with explosions of ash. Moreover, infrasound or pressure waves from explosions are detected on seismic and infrasound sensors at nearby Okmok and Makushin volcanoes.

Source : USGS / HVO.

You will get more news about the ongoing eruption at Bogoslof by following the Alaska Volcano Observatory at www.avo.alaska.edu.

AVO’s latest update (April 5th) indicates that “ No new volcanic activity has been observed at Bogoslof Volcano in satellite, seismic or infrasound data since a small explosion was detected on March 13. The last major explosive event occurred on March 8, 2017, and satellite images have shown no eruptive activity since that time. Based on the absence of detected activity over the past three weeks, AVO is lowering the Aviation Colour Code to Yellow. »

A similar update has just been released about Cleveland Volcano whose aviation colour code has been lowered to Yellow.

Crédit photo: Alaska Volcano Observatory

Le périmètre de sécurité sur le site de Kamokuna (Hawaii) [suite] // The safety zone at the Kamokuna lava entry (Hawaii) [continued]

Le 28 mars 2017, la Garde côtière hawaiienne a défini une zone de sécurité temporaire dont l’accès ne peut se faire sans l’autorisation préalable de la Garde côtière du Port de Honolulu. La zone de sécurité englobe toutes les eaux s’étendant à 300 mètres dans toutes les directions autour de tous les points d’entrée de la lave dans l’océan sur le site de Kamokuna. Les points d’entrée de la lave varient et la zone varie en conséquence. (Voir ma note du 30 mars 2017).
La Garde côtière a décrit les conditions requises pour solliciter l’autorisation d’entrée dans la zone de sécurité temporaire. Ceux qui souhaitent pénétrerdans la zone de sécurité sont tenus de soumettre une demande écrite au capitaine du Port Honolulu.
Les facteurs pris en compte pour attribuer l’autorisation d’accès à la zone comprennent: l’état matériel du bateau; les équipements de sécurité: la connaissance des procédures générales de sécurité; les procédures de sécurité liées à l’utilisation d’une embarcation près de l’entrée de lave; la connaissance des eaux autour du site ; l’expérience en tant que navigateur accrédité par la Garde côtière.

Quelques agences de voyage s’étaient élevées contre ces nouvelles mesures de sécurité. Pas sûr que ces nouvelles conditions d’accès soient faites pour rassurer certaines. En revanche, elles permettront d’admirer la lave avec une meilleure sécurité, même si le célèbre « firehose » a disparu et laissé la place à une entrée de lave plus classique.

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On March 28th 2017, the Coast Guard established a temporary Safety Zone which may not be entered without the prior permission of the Coast Guard of the Port Honolulu. The Safety Zone encompasses all waters extending 300 meters in all directions around all entry points of lava into the ocean associated with the lava flow at Kamokuna. The entry points of the lava vary and the zone will vary accordingly. (See my note of March 30th 2017).

The Coast Guard Captain of the Port has outlined the requirements to request entrance to the Kilauea lava ocean entry temporary safety zone. Those wishing to enter the safety zone are required to submit a written request to the Captain of the Port Honolulu.

The factors that may be considered include: the vessel’s material condition; safety equipment ; general safety practices and procedures; specific safety practices and procedures for operating near the lava ocean entry; familiarity with the surrounding waters; mariner’s experience operating as a Coast Guard-credentialed mariner.

Several travel agencies had protested against the new safety rules. The new conditions are not likely to reassure some of  them. However, they will allow visitors to admire the lave with a greater security.

Vue aérienne de l’entrée de lave à Kamokuna (Crédit photo: HVO)