La source de Lusi, le volcan de boue ? // The source of the Lusi mud volcano ?

On en parle très peu aujourd’hui, mais plus de dix ans après le début de la catastrophe, le volcan de boue indonésien Lusi déverse toujours des flots de boue sur l’île indonésienne de Java. Au pire moment, Lusi vomissait 170 000 mètres cubes de boue par jour. Certains villages ont été ensevelis sous 40 mètres de fange. Quelque 60 000 personnes ont dû abandonner leurs maisons et 13 ont été tuées.
Une étude publiée dans le Journal of Geophysical Research de l’American Geophysical Union affirme que la source de ce déversement incessant de boue a été trouvée. Une équipe de chercheurs norvégiens, suisses et indonésiens explique que le volcan de boue n’a pas cessé son activité parce qu’il est relié à un système volcanique qui se trouve à proximité.
La compréhension du fonctionnement de Lusi serait d’un grand intérêt pour les volcanologues. En effet, d’un point de vue géologique, Lusi est un phénomène très récent qui peut permettre de comprendre comment évoluent les volcans, les systèmes hydrothermaux et les geysers.
Les volcans de boue et ceux qui émettent de la lave se trouvent souvent dans les zones de subduction, et l’Indonésie en fait partie. S’agissant des volcans qui émettent de la lave, le magma à très haute température monte constamment vers la surface et permet aux volcans de la région de demeurer actifs. Inversement, les volcans de boue se forment généralement lorsque des gaz tels que le méthane et le dioxyde de carbone s’accumulent en créant une pression qui se libère violemment. Selon la nouvelle étude, Lusi est à la fois un volcan de boue et un système hydrothermal, autrement dit une formation géologique qui libère du gaz.

Les chercheurs pensent que le complexe volcanique d’Arjuno-Welirang, une chaîne volcanique à l’est de Java, est responsable de la naissance de Lusi. En effet, les échantillons de gaz expulsés par ce dernier sont similaires aux éléments chimiques que l’on observe généralement dans le magma. L’étude explique que pendant des années avant l’éruption, le magma du complexe volcanique Arjuno-Welirang a «cuit» les sédiments sous Lusi en générant une pression continue.
Le lien entre Lusi et Arjuno-Welirang a également été démontré par l’utilisation de la tomographie qui permet d’imager des structures tridimensionnelles. Les chercheurs ont disposé 31 sismomètres et ont découvert que, dans la chambre magmatique la plus au nord du complexe Arjuno-Welirang, il y a un tunnel qui alimente le bassin sédimentaire de Lusi.
La nouvelle étude a toutefois été critiquée par d’autres chercheurs qui pensent que les données ne montrent pas suffisamment que le tunnel d’Arjuno-Welirang est lié à Lusi. Ils font également remarquer que l’étude ne compare pas ses résultats aux images à résolution beaucoup plus élevée proposées par les analyses sismiques en 2D de l’industrie pétrolière. Ils ajoutent que des études supplémentaires auraient pu être effectuées pour comparer et valider les résultats, ce qui est recommandé en tomographie car cette technologie est fréquemment source d’erreurs.
La cause de la coulée de boue dévastatrice a été l’objet de nombreux débats au cours de la dernière décennie. Les scientifiques sont assez d’accord pour dire que toute cette pression a été générée par l’activité sismique, mais il n’y a pas de consensus sur l’origine exacte de cette activité. Une étude publiée en 2007 a prétendu que l’éruption du volcan de boue a été causée par un puits de gaz exploratoire qui a perforé des roches à 2 800 mètres sous la surface. Une autre étude indique qu’un séisme de magnitude M 6.3 survenu à plusieurs kilomètres de là, quelques jours avant Lusi, près de la ville de Yogykarta, a provoqué la catastrophe.
Quelle que soit la cause exacte, de nombreuses études montrent que le volcan de boue Lusi a encore de beaux jours devant lui.

Source: Presse scientifique américaine.

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Very little is said today about it, but more than ten years after the disaster started, Indonesian mud volcano Lusi is still spewing rivers of mud on the Indonesian island of Java. At its peak, the region was churning out over 170,000 cubic metres of mud every day. Some villages have been buried in as much as 40 metres of mud. Some 60,000 people have had to abandon their homes, and 13 people have been killed.

A study, published in the American Geophysical Union’s Journal of Geophysical Research, affirms that the source of this relentless flow of mud has been found. A team of researchers from Norway, Switzerland, and Indonesia say the mud volcano has not stopped oozing because it is connected to a nearby volcanic system.

Understanding how Lusi happened can tell volcanologists quite a lot. In terms of geological formations, Lusi is a new-born phenomenon, and thus allows scientists to understand how systems like volcanoes, hydrothermal vents, and geysers evolve.

Mud volcanoes and igneous volcanoes often both appear in subduction zones and Indonesia is one of them. As a consequence, hot magma is constantly rising to the surface and keeping the region’s volcanoes active. Conversely, mud volcanoes typically form when gases such as methane and carbon dioxide build up pressure that is released violently. According to the new study, Lusi is both a mud volcano and a hydrothermal vent, a geological formation that releases gas.

Researchers say the Arjuno-Welirang volcanic complex, a string of volcanoes in East Java, is to blame. Indeed, samples of the gas expelled by Lusi were similar to chemicals typically found in magma. The study explains that for years before the eruption, magma from Arjuno-Welirang had been « baking » the sediment lying under Lusi and continuously building pressure.

Connections between Lusi and Arjuno-Welirang were also made by the researchers’ use of tomography which allows to image three dimensional structures. Researchers laid out 31 seismometers and found that in the northernmost magma chamber of Arjuno-Welirang, there is a tunnel that feeds Lusi’s sediment basin.

The new study has criticisms from researchers who do not believe the data sufficiently shows the Arjuno-Welirang tunnel is linked to Lusi. These say the study does not compare its results to the far higher resolution images available from 2D petroleum industry reflection seismic surveys. They add that the additional surveys could have been used to compare and validate results, which is a useful tool in tomography because it can frequently produce errors.

Exactly how the dangerous mudflow began has been debated heavily in the past decade. Scientists are pretty united in saying all this pressure was generated by seismic activity, but there is not a consensus on the exact origin of this activity.

One study released in 2007 claimed the deadly eruption was caused by an exploratory gas well that punctured rock 2,800 metres below the surface. Another study suggests that an M 6.3 earthquake that occurred several days prior kilometres away from Lusi near the city of Yogykarta triggered the mud disaster.

Regardless of the exact cause, many studies show that Lusi shows no indication of stopping any time soon.

Source : U.S. scientific press.

Lusi: un désastre environnemental  (Crédit photo: Wikipedia)

Mt Agung: Les conséquences économiques pour Bali // The economic consequences for Bali

Selon les sources officielles, l’incertitude qui a entouré le risque d’éruption de l’Agung a coûté 128 millions d’euros à l’île de Bali depuis le 22 septembre 2017, jour où le niveau d’alerte du volcan a été élevé à son maximum. Il n’est pas surprenant de constater que c’est le secteur du tourisme à Bali qui a été le plus affecté, avec des pertes d’environ 16 millions d’euros à lui seul. Au final, ce seront les banques de l’île qui devront supporter le poids des pertes. En effet, de nombreux Balinais ont perdu des emplois et donc des salaires, et ils ne seront plus en mesure de rembourser leurs dettes. Cela va coûter 70 millions d’euros aux banques de la région.
Les autorités balinaises ont abaissé le niveau d’alerte de l’Agung à trois le 29 octobre, suite à une diminution de l’activité sismique sur le volcan. La décision a été accueillie avec soulagement par les propriétaires d’hôtels sur l’île. Cependant, malgré cette baisse du niveau d’alerte, le VSI a prévenu que la menace d’une éruption n’était pas encore passée. Un volcanologue a déclaré: « L’activité volcanique ne s’est pas complètement calmée et il existe toujours un risque d’éruption. »
La zone d’exclusion autour du volcan a été réduite de 12 km à 7,5 km, ce qui a permis à des milliers de réfugiés de rentrer chez eux. Il n’y a plus que six villages dans la zone dangereuse, contre 28 auparavant.
Même si le niveau d’alerte a été abaissé, il est conseillé aux voyageurs qui se rendent à Bali de suivre les consignes diffusées par les médias locaux, ainsi que les conseils des autorités locales, et de rester en dehors de la zone d’exclusion. Si une éruption se produit, il se peut que les nuages ​​de cendre volcanique entraînent la fermeture des aéroports et occasionnent des perturbations aériennes dans la région.
Source: Journaux britanniques.

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Official estimates suggest uncertainty around the eruption of Mt Agung has cost the island of Bali 128 million euros since the alert was first raised on September 22nd 2017. Unsurprisingly, Bali’s tourism sector has been particularly damaged by the volcano, suffering losses of about 16 million euros alone. However, it is the island’s banking industry that is expected to bear the brunt of the losses. Indeed, Balinese locals have lost jobs and income and will no longer be able to repay their debts, costing banks in the region 70 million euros.

Bali officials downgraded Mount Agung’s alert status to level three on October 29th , after a decrease in seismic activity beneath the volcano, a move that will be welcomed by hotel owners on the island. However, despite the reduction, the VSI has warned that the threat of an eruption has not yet passed. Said one volcanologist: “The volcanic activities have not completely calmed down and there is still a potential for an eruption.”

The exclusion zone around the volcano has been reduced from 12km to 7.5km, allowing thousands of refugees to return home. There are now only six villages in the danger zone, down from the previous 28.

Even though the alert level has been downgraded, travellers to Bali are advised to monitor local media reports, follow the advice of the local authorities and stay outside the exclusion zone. Should an eruption occur, volcanic ash clouds could result in airport closures and flight disruption in the region.

Source : British newspapers.

Vue du Mt Agung (Source: Wikipedia)

Mt Agung (Bali / Indonésie) : Baisse du niveau d’alerte (suite) // Reduction of the alert level (continued)

Un bulletin émis le 29 octobre 2017 par le VSI indique les raisons pour lesquelles le niveau d’alerte de l’Agung a été abaissé de 4 (AWAS) à 3 (SIAGA) ce même jour.

– Les observations à l’aide de drones ont montré que les panaches de gaz à l’intérieur du cratère sont moins intenses.

– Comme je l’ai indiqué précédemment, on observe une baisse significative de la sismicité depuis le 20 octobre. L’énergie sismique décline elle aussi.

– Les observations satellitaires ont révélé une réduction des anomalies thermiques sur le volcan.

Il faut noter que la décision d’abaisser le niveau d’alerte du volcan est intervenue rapidement alors que les scientifiques du VSI avaient indiqué il y a quelques jours qu’il faudrait être patient avant de le modifier si la situation volcanique le justifiait. En effet, l’histoire éruptive de certains volcans indonésiens montre qu’une éruption peut survenir après une période de calme faisant suite à un épisode d’activité intense.

On peut raisonnablement penser (c’est un point de vue que je partage) que le VSI a cédé aux pressions des autorités locales qui insistaient depuis quelques jours pour que le niveau d’alerte soit modifié, pour des raisons économiques (baisse du tourisme) et religieuses (début de la fête du Galungan le 1er novembre).

Croisons les doigts pour que l’Agung ne se réveille pas dans les prochains jours !

Ci-dessous, un graphique montre l’évolution de l’activité volcanique au cours des dernières semaines.

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A bulletin issued by VSI on October 29th 2017 indicates the reasons why the alert level for Mt Agung was lowered from 4 (AWAS) to 3 (SIAGA) that same day.
– Observations using drones have shown that the gas plumes inside the crater are less intense.
– As I indicated earlier, there has been a significant decrease in seismicity since 20 October. Seismic energy is also declining.
– Satellite observations revealed a reduction in thermal anomalies on the volcano.
It should be noted that the decision to lower the alert level was taken very quickly when scientists at VSI had indicated a few days before that it would be necessary to be patient before re-evaluating it if the volcanic situation justified it. Indeed, the eruptive history of some Indonesian volcanoes shows that an eruption can occur after a period of calm following an episode of intense activity.
It is reasonable to assume (I personally share this opinion) that VSI has succumbed to pressure from local authorities who have insisted for a few days to change the alert level, for economic reasons (impact of the eruption on tourism) and religious ones (beginning of the Galungan festival on November 1st ).
Let’s keep your fingers crossed and hope that Mt Agung does not wake up in the next few days!

Below, a graph shows the evolution of volcanic activity in recent weeks.

Source: VSI

Prévision et prévention volcaniques à Bali // Volcanic prediction and prevention in Bali

Comme je l’ai indiqué précédemment, le niveau d’alerte de l’Agung a été ramené à 3 (SIAGA) et le diamètre de la zone de sécurité a été réduit. Cela signifie que les villageois qui ne vivent pas à l’intérieur du nouveau périmètre de sécurité seront autorisés à rentrer chez eux. Jusqu’à présent, 133 349 personnes ont été évacuées.
Au début, j’ai approuvé la décision des autorités balinaises d’évacuer une vaste zone d’un diamètre de 12 km dès que l’Agung a commencé à montrer des signes d’activité menaçants. C’était une bonne prévention. Les autorités indonésiennes n’avaient pas renouvelé l’erreur de l’éruption du Merapi en 2010 sur l’île de Java où les évacuations ont été effectuées pas à pas et ont entraîné la mort de 320 personnes. Je pensais que ces évacuations massives sur l’île de Bali étaient la bonne décision parce que le Mont Agung est connu pour ses éruptions violentes, accompagnées d’énormes panaches de cendre et de coulées pyroclastiques qui dévalent loin sur ses pentes.
Il fallait alors espérer que la prévision serait aussi bonne que la prévention. Malheureusement, ce n’est pas le cas et l’Agung n’est jamais entré en éruption. C’est un vrai problème, car les gens qui vivent sur les pentes du volcan seront moins enclins à faire confiance aux volcanologues. Ils se fieront davantage aux paroles des prêtres. Malgré l’interdiction officielle, quelques-uns d’entre eux ont grimpé jusqu’au cratère pour y déposer des offrandes et prendre des photos. Ils ont également déclaré que le volcan n’était pas prêt à entrer en éruption et ils ont continué à fréquenter les temples à l’intérieur de la zone interdite pour y faire des offrandes et prier.
Comme je l’ai écrit hier, je pense que la décision de baisser le niveau d’alerte ait été prise sous la pression des autorités qui craignaient que la situation sur l’Agung ait de graves répercussions sur le tourisme à Bali. Le directeur du VSI a bien sûr affirmé que la décision d’abaisser le niveau d’alerte reposait uniquement sur la baisse d’activité du volcan et non sur des pressions extérieures. L’imagerie satellitaire indiquait que l’activité thermique diminuait et les photographies prises par les drones dimanche indiquaient qu’il y avait moins de vapeur dans le cratère. On peut toutefois se demander pourquoi les volcanologues du VSI ont changé d’avis si rapidement. N’oublions pas que le vendredi 27 octobre ils indiquaient que le niveau d’alerte serait réévalué le 9 novembre !
Un autre facteur qui a probablement motivé la décision d’abaisser le niveau d’alerte est la proximité de la fête de Galungan qui aurait, sans aucun doute, poussé de nombreuses personnes évacuées à quitter les camps pour participer aux cérémonies, même à l’intérieur de la zone interdite. Jusqu’à présent, le temple Besakih, le temple hindou le plus grand et le plus sacré de Bali, se trouvait dans la zone rouge.
Tout cela ne semble pas très sérieux. Soit le volcan représente un danger pour la population et les autorités – sur les conseils des volcanologues – forcent les gens à rester dans les camps, soit les volcanologues sont sûrs que le volcan n’entrera pas en éruption et ils donneront le feu vert pour que les gens puissent rentrer chez eux. Pour le moment, la situation ne semble pas très claire. Espérons seulement que l’Agung ne se manifestera pas dans les prochains jours, une fois que des dizaines de milliers de villageois auront retrouvé leurs fermes autour du volcan!

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As I put it before, the alert level for Mt Agung has been reduced to 3 (SIAGA) and so has the diameter of the safety zone. This means that the villagers who are not living inside the new security perimeter will be allowed to return home. Up to now, 133,349 residents have been evacuated.

At the beginning, I approved the decision of the Balinese authorities to evacuate a large area with a diameter of 12 km from the very start, when Mt Agung began to show threatening signs of activity. This was good prevention. They had not renewed the mistake of the Indonesian authorities during the the 2010 eruption of Mt Merapi on the island of Java where the evacuations were made step by step and led to the deaths of 320 persons. I thought these evacuations on the island of Bali were the right decision because Mt Agung is known to erupt violently, sending huge ash plumes and pyroclastic flows far away down its slopes.

It was then to be hoped that prevision would be as good as prevention. Unfortunately, it was not and Mt Agung never erupted. This is a real problem, because the people who live on the slopes of the volcano will be less inclined in the future to trust the experts. They will rather have confidence in the predictions of the priests, for instance. Despite the official interdiction, a few of them climbed to the crater to make offerings and take photos. They also said that the volcano was not ready to erupt and they kept getting into the temples inside the restricted area for making offerings and praying.

As I put it before, I’m afraid that the decision to lower the alert level was made under the pressure of the authorities who feared the situation on Mt Agung might have a serious impact on tourism in Bali. Not surprisingly, the head of VSI stressed the decision to downgrade the alert level was based purely on the lessening activity of the volcano and not other pressures. Experts said satellite imagery indicated thermal activity was decreasing and photographs taken by drones of the crater on Sunday indicated less steam. One question remains: How does it come the VSI changed its mind so quickly? On November 27th, it indicated that the alert level would be upgraded on November 9th!

Another factor that probably motivated the decision to lower the alert level was the proximity of the Galungan festival which would undoubtedly have pushed many evacuees to leave the camps to participate in the ceremonies, even inside the restricted area. Up to now, Besakih temple, the largest and holiest Hindu temple in Bali and a popular tourist attraction, was in the red zone.

All this does not sound very serious. Either the volcano represents a danger for the population and authorities force people to stay in the camps, or they are sure the volcano will not erupt and they allow people to return home. For the time being, the situation does not seem that clear. Let’s hope the volcano does not start erupting in the coming days!

 

Temple Besakih, le plus populaire à Bali (Photo: C. Grandpey)