Dernières nouvelles du Vanuatu // Latest news of Vanuatu

Avec la situation désastreuse à Mayotte, il est difficile d’obtenir des informations sur les conséquences du séisme de M7,3 qui a frappé le Vanuatu le 17 décembre 2023. Il faut donc se tourner vers les médias étrangers. J’ai eu les dernières nouvelles en lisant des reportages sur les médias australiens et néo-zélandais. Voici ce que Radio New Zealand dit de la situation sur l’île d’Efate où Port-Vila, la capitale du Vanuatu, a été gravement endommagée.
Les rapports sur le bilan officiel du séisme sont contradictoires alors que les équipes de secours continuent de fouiller les décombres à la recherche de survivants. Le 17 décembre 2024, le Bureau national de gestion des catastrophes du Vanuatu a fait état de 14 décès. Il a déclaré que quatre personnes avaient été confirmées mortes par l’hôpital, six autres avaient été tuées dans un glissement de terrain et quatre autres étaient mortes dans l’effondrement d’un bâtiment.
Cependant, le 18 décembre, le bureau de gestion des catastrophes a signalé que seulement neuf personnes avaient été confirmées mortes par l’hôpital et n’a fait aucune mention des décès qu’il avait précédemment attribués aux glissements de terrain et aux bâtiments effondrés.
Le 19 décembre au soir, le président du Vanuatu, Nike Vurobatavu, a déclaré que le nombre de morts était « d’environ 16 ». Un chiffre plus fiable est celui qui fait état de plus de 200 blessés. L’hôpital explique que de nombreux patients sont traités pour des fractures osseuses.
D’après l’équipe d’évaluation des catastrophes du gouvernement du Vanuatu, la plupart des dégâts causés par le séisme se trouvent dans le quartier central des affaires de Port Vila, sur l’île principale d’Efate. Cette zone a été fermée au public et des opérations de recherche et de secours sont toujours en cours. Tous les bâtiments encore debout ont subi des dommages structurels importants. Le quai principal de Port Vila reste fermé en raison d’un glissement de terrain majeur.
Les deux principaux réservoirs d’eau alimentant Port Vila ont été totalement détruits et nécessitent une reconstruction ; une évaluation du reste du réseau d’eau est en cours. Il est demandé officiellement à la population de faire bouillir l’eau avant sa consommation dans toute la ville de Port-Vila.
La société Unelco s’efforce de rétablir l’approvisionnement en électricité et en eau. Vodafone Vanuatu a informé ses clients que la messagerie instantanée sur Messenger, Viber et WhatsApp avait été rétablie sur son réseau mobile. Vodafone s’efforce de rétablir complètement ses services Internet.
Le président de la République a décrété le 17 décembre l’état d’urgence pour une semaine dans les zones les plus touchées. La police a exhorté la population à respecter le couvre-feu nocturne de 18 heures à 6 heures.
Près de 100 Néo-Zélandais sont en cours d’évacuation par vol militaire. Aucun vol commercial n’est possible à destination ou en provenance du Vanuatu. L’aéroport international de Bauerfield a été fermé aux vols commerciaux pendant 72 heures à compter du 17 décembre pour réparer les dégâts et donner la priorité aux vols de secours.
Du personnel médical et de secours international, ainsi que des experts en intervention en cas de catastrophe en provenance de Nouvelle-Zélande, d’Australie et de France sont désormais sur le terrain à Port Vila et aident les équipes locales d’intervention d’urgence.
Source : Radio New Zealand.

Le bâtiment abritant les missions diplomatiques a subi de gros dégâts (Source: presse américaine)

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With the dire situation in Mayotte, it is difficult to get information on the aftermath of the M7.3 earthquake that struck Vanuatu on December 17, 2023. I had to turn to foreign media. I got the latest news from reports on Australian and New Zealand media. Here is what Radio New Zealand says about the situation on the island of Efate where Port Vila, the capital of Vanuatu, was badly damaged.

There are conflicting reports of the official death toll as rescue teams continue to scour the rubble for survivors. On 17 December 2024, the Vanuatu National Disaster Management Office reported 14 deaths. It said four people had been confirmed dead by the hospital, six others were killed in a landslide and four others died in a collapsed building.

However, in December 18th, the disaster management office reported only nine people had been confirmed dead by the hospital and made no mention of the deaths it had earlier attributed to the landslides and collapsed buildings.

On December 19th in the evening, Vanuatu President Nike Vurobatavu said the number of people dead was « around 16 ».

One consistent figure is the more than 200 people injured, with the hospital saying many patients were being treated for broken bones.

According to the Vanuatu government’s disaster assessment team most of the damage from the earthquake had been to the Port Vila CBD on the main island of Efate. This area has been closed to the public and search and rescue operations are ongoing. Any buildings still standing had sustained significant structural damage. The Port Vila main wharf remained closed due to a major landslide.

The two main water reservoirs supplying Port Vila had been totally destroyed and would require reconstruction; an assessment of the rest of the water network is ongoing. A boil water notice is in place for all of Vila.

The utility company Unelco is working to restore power and water supply.

Vodafone Vanuatu informed its customers that instant messaging on Messenger, Viber and WhatsApp had been restored on its mobile network. Vodafone is working to fully restore its internet services.

A one-week state of emergency was declared on December 17th by the president of the republic Nikenike Vurobaravu for the worst affected areas. Police has been urging people to adhere to the nightly curfew of 6pm to 6am local time.

Close to 100 New Zealanders are being evacuated on a military flight. There are no commercial flights operating into or out of Vanuatu. The Bauerfield International Airport was closed to commercial flights for 72 hours on December 17th to repair damages and prioritise disaster relief flights.

International defence and medical personnel, search and rescue teams and disaster response experts from New Zealand, Australia and France are now on the ground in Port Vila and are helping local emergency response teams.

Source : Radio New Zealand.

La croissance de l’Everest, une histoire de rebond isostatique // Isostatic rebound is causing Mt Everest to grow

L’Everest (8849 mètres) est la plus haute montagne sur Terre. Depuis longtemps, les scientifiques se demandent pourquoi il se détache autant de la chaîne himalayenne, culminant presque 250 mètres au-dessus du K2, le deuxième plus haut sommet de l’Himalaya. C’est une anomalie car les deux plus hauts sommets suivants, le Kangchenjunga et le Lhotse, se tiennent en 120 mètres seulement.

Des chercheurs de l’University College London en Angleterre pensent avoir éclairci ce mystère. Dans la revue Nature Geoscience, ils attribuent cette situation au rebond isostatique. Ce phénomène survient lorsqu’une partie de la croûte terrestre perd de la masse et s’élève parce que la pression du manteau liquide en dessous d’elle est supérieure à celle de la force de gravité. Je l’ai expliqué à propos de l’Islande où l’allègement de la masse glaciaire fait se soulever le substrat rocheux. Certains scientifiques pensent que ce rebond isostatique pourrait favoriser l’ascension du magma sous les volcans, avec des éruptions plus fréquentes, mais nous ne disposons pas de suffisamment de recul pour l’affirmer. Le processus est, bien sûr, très lent, à raison de quelques millimètres par an mais, selon les scientifiques, il a fait grandir l’Everest de 15 à 50 mètres au cours des 89 000 dernières années.

La perte de masse à l’origine de ce rebond isostatique est à chercher du côté de la rivière Arun qui coule à environ 75 kilomètres l’est de l’Everest et se jette dans le système fluvial Kosi. Au fil des millénaires, l’Arun a creusé une gorge considérable le long de ses rives, emportant des milliards de tonnes de terre et de sédiments. Cela s’explique par sa topographie. En amont, la rivière coule vers l’est à haute altitude dans une vallée plate. Elle s’oriente ensuite brusquement vers le sud en prenant le nom de rivière Kosi. Elle perd alors de l’altitude et la pente devient plus abrupte. Cette topographie unique, révélatrice d’un état instable, est probablement liée à la hauteur extrême de l’Everest. Au final, le rebond isostatique soulève les montagnes plus vite que l’érosion les élime.

Le phénomène ne touche pas uniquement l’Everest, mais aussi notamment le Lhotse et le Makalu, respectivement quatrième et cinquième plus hauts sommets du monde. Les GPS montrent que tous grandissent d’environ deux millimètres par an.

Source : Daily Telegraph, Futura Science.

Crédit photo: Wikipedia

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Mount Everest (8,849 meters) is the tallest mountain on Earth. Scientists have long wondered why it stands out so much from the Himalayan range, towering almost 250 meters above K2, the second highest peak in the Himalayas. This is an anomaly because the next two highest peaks, Kangchenjunga and Lhotse, are only 120 meters away.
Researchers at University College London in England think they have solved this mystery. In the journal Nature Geoscience, they attribute this situation to isostatic rebound. This phenomenon occurs when a part of the Earth’s crust loses mass and rises because the pressure of the liquid mantle below it is greater than that of the force of gravity. I explained this in relation to Iceland, where the lightening of the glacial mass causes the bedrock to rise. Some scientists say it might favour the rise of magma in volcanoes, but this has not been proved yet. The process is, of course, very slow, at a rate of a few millimeters per year, but scientists estimate that it has caused Everest to grow by 15 to 50 meters over the past 89,000 years.
The mass loss that caused this isostatic rebound is the Arun River, which flows about 75 kilometers east of Everest and turns into the Kosi River system. Over the millennia, the Arun has carved a considerable gorge along its banks, carrying billions of tons of soil and sediment. This is due to its topography. Upstream, the river flows east at high altitude in a flat valley. It then turns sharply south, taking the name of Kosi River. It then loses altitude and becomes steeper. This unique topography, indicative of an unstable state, is probably linked to Everest’s extreme height. Ultimately, isostatic rebound lifts mountains faster than erosion wears them away.
The phenomenon does not only affect Mt Everest, but also notably Lhotse and Makalu, respectively the fourth and fifth highest peaks in the world. GPS shows that all are growing by about two millimeters per year.
Source: Daily Telegraph, Futura Science.

Ça secoue au Vanuatu et sur la Côte d’Azur

L’événement a largement été occulté par la situation catastrophique à Mayotte, mais un séisme de magnitude M 7.3 a frappé le Vanuatu à 01h47 (UTC) ce mardi 17 décembre 2024. L’épicentre a été localisé à 30 km à l’ouest de Port-Vila et l’hypocentre à 57 km de profondeur. L’alerte tsunami a été levée, mais il y a de gros dégâts et possiblement des victimes.

Le Vanuatu est un archipel volcanique avec des volcans actifs comme le Yasur et ceux de l’île d’Ambrym comme le Marum et le Benbow qui présentaient de beaux lacs de lave ces dernières années. Actuellement, l’activité éruptive se concentre surtout sur le Yasur et son dynamisme strombolien.

Il sera intéressant de voir dans les prochains jours et les prochaines semaines si le séisme du 17 décembre a modifié le comportement de ces volcans. A noter que le lien entre séismes et activité éruptive n’a jamais été clairement démontré.

Volcan Yasur (Crédit photo: Vanuatu GeoHazards)

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Par ailleurs, un séisme de magnitude M3,7 a été détecté dans la soirée du lundi 16 décembre 2024 au large de la Côte d’Azur, dans la mer Méditerranée, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Nice, à une profondeur de seulement 5 km.

Selon le site Sismoazur, l’événement a pu être ressenti sur une partie du littoral, de Toulon jusqu’à Monaco et la frontière italienne, en passant par Nice. Aucun dégât matériel ou humain n’a été signalé.

On sait depuis longtemps que la Côte d’Azur est une zone sismique active. Mon ami, le regretté André Laurenti, avait parfaitement présenté l’aléa sismique dans la région sur son site Azurséisme. Le 14 septembre 2024,une secousse plus forte, de magnitude M4,5, avait été ressentie dans la région. Début décembre, un séisme similaire à celui survenu le 16 décembre a également été enregistré.

Cette sismicité a son origine sur un réseau de failles bien connu, en mer, qui peut produire des séismes beaucoup plus puissants, de magnitude M6,5 ou plus, comme cela a été le cas en 1887 où un séisme dans la Mer de Ligurie a provoqué un tsunami de deux mètres de hauteur.

Le risque d’un ‘Big One’ sur la Côte d’Azur ne doit pas être négligé et les derniers séismes doivent être considérés comme des piqûres de rappel. Beaucoup de constructions sont parasismiques, mais un puissant séisme aurait des conséquences catastrophiques dans cette région qui présente une densité de population élevée, en particulier pendant la saison estivale. Le problème, c’est que notre aptitude à prévoir les séismes est nulle.

Mayotte et les aléas climatiques

Mayotte, département d’outre-mer français, a été dévasté par le cyclone Chido qui a anéanti l’archipel le samedi 14 décembre 2024. Aujourd’hui, il est intéressant de s’attarder sur les données fournies par le gouvernement.

On apprend que Mayotte présente une superficie totale de 375 km². Le territoire est composé de deux îles principales, Grande Terre (365 km²) et Petite Terre (10 km²), et d’une vingtaine d’îlots, séparés de la haute mer par un récif corallien de 160 km de long, isolant un lagon de 1 100 km².

Mayotte, la plus « ancienne » des îles qui composent l’archipel des Comores, est d’origine volcanique. 63 % de la surface de Grande Terre se caractérisent par des pentes supérieures à 15 %. Les rares espaces plats, propices à l’installation des hommes, sont contenus dans la mince bande littorale de l’île.

Source: Wikipedia

Le document gouvernemental explique aussi que Mayotte est particulièrement exposée aux phénomènes naturels propres aux îles volcaniques en régions tropicales. On se souvient de l’éruption du volcan sous-marin Fani Maoré, accompagnée d’une forte sismicité, qui a généré une vague d’inquiétude sur la Grande Île en mai 2018. Depuis le début des années 2000, l’État français,avec l’aide du BRGM, a identifié d’autres aléas naturels comme les glissements de terrains, les inondations et les effets directs d’un cyclone. En terme de surface, environ 90 % de l’île est concernée par un aléa, dont près de 50 % de niveau fort.

Les influences tropicales et maritimes du climat exposent l’île de Mayotte à des risques cycloniques non négligeables lors de l’été austral, de novembre à avril. Au cours de cette période, une vaste zone dépressionnaire s’étend du centre de l’Afrique à Madagascar et se déplace lentement vers le Nord ou vers le Sud entre les deux tropiques.

Des perturbations tropicales évoluant parfois en cyclones peuvent se former et toucher Mayotte. Les années 1984 et 1985 donnent avec le cyclone KAMISY et la dépression tropicale FELIKSA, deux exemples de perturbations ayant affecté directement l’île. La première s’est caractérisée par la violence des vents observés au sol (148 km/h) et la seconde a été marquée par la forte intensité des pluies (plus de 200 mm en 24 h). Au total, entre 1976 et 2002, Mayotte a été touchée par quatre cyclones et une dizaine de dépressions tropicales.

Le communiqué du gouvernement français précise que l’ensemble de l’île est concerné par ce risque majeur. Il ajoute que l’évolution actuelle du climat à l’échelle planétaire laisse présager une augmentation de ces phénomènes extrêmes sous les climats tropicaux. L’incidence des phénomènes météorologiques exceptionnels (cyclones, tempêtes tropicales) peut être très forte,notamment sur les zones littorales, avec une action destructive de la houle et du vent, ainsi qu’une surcote marine. Selon le dossier des risques majeurs (Préfecture, 2004), dans les conditions extrêmes de cyclones tels que ceux de La Réunion, une surcote maximale de 3,60 mètres a été modélisée près du littoral, à laquelle se superpose une houle de 0,9 m. Au final, cela augmente la hauteur de la marée de 4,50 mètres. A noter que la dépression tropicale Feliksa (13-18 février 1985) qui sert d’événement de référence à Mayotte reste bien en deçà de ces estimations de surcote.

Au vu de ce document gouvernemental et des dégâts majeurs causés par le cyclone Chido, la reconstruction est bien sûr la priorité du moment à Mayotte. Une fois la vie rendue à nouveau possible, il faudra absolument que l’archipel soit doté de moyens permettant d’affronter de nouveaux cyclones qui seront probablement de plus en plus puissants avec l’accélération du réchauffement climatique. Cela s’appelle la prévention et elle semble avoir été négligée jusqu’à présent par la métropole. Le gouvernement français a identifié les aléas climatiques mais n’a pas donné à Mayotte les moyens d’y faire face. Je ne cesse de le répéter : comme la Réunion, la Martinique, la Guadeloupe ou la Guyane, Mayotte est un département français au même titre que la Gironde ou les Bouches-du-Rhône. Ce n’est pas parce que l’archipel est loin de la métropole qu’il ne doit pas bénéficier de la même sécurité face aux aléas naturels.

Voici une vidéo donnant un aperçu des dégâts causés par le cyclone Chido. Mayotte est dévastée. Le bilan humain risque d’être très lourd. Ce ne sont que scènes de désolation. Il faudra beaucoup de temps pour que l’archipel panse ses blessures.