L’intelligence artificielle pour déchiffrer les papyrus d’Herculanum

Moins connue et moins visitée que Pompéi, la cité romaine d’Herculanum – elle aussi détruite par l’éruption du Vésuve en octobre 79 – abrite pourtant des trésors.

Photo: C. Grandpey

Une découverte majeure a été faite dans la Villa des Papyrus, une maison qui appartenait probablement au beau-père de Jules César.

Photo: C. Grandpey

A l’intérieur, la bibliothèque contenait 1 838 rouleaux de papyrus. Ils furent préservés car les boues brûlantes déferlant du volcan les ont instantanément enrobés.

 

Source : Bibliothèque nationale de Naples

De nombreux papyrus appartiennent au domaine de la philosophie grecque. Ils sont conservés à la Bibliothèque nationale de Naples et sont, bien sûr, inscrits au Patrimoine de l’Humanité. Carbonisés, les rouleaux sont particulièrement fragiles, mais certains ont pu être déroulés, avec des degrés variables de succès.

 

Source : Bibliothèque nationale de Naples

Une machine à dérouler les papyrus a été inventée au 18ème siècle par un spécialiste des miniatures du Vatican. Malheureusement, et encore récemment, divers essais d’écorçage ont fait ressortir des centaines de fragments de ces inestimables trésors, les mutilant ou les détruisant à jamais.

 

Source : Bibliothèque nationale de Naples

En 2015, en utilisant la tomographie par contraste de phase, déjà été utilisée pour examiner des fossiles sans les endommager, une équipe internationale avait réussi à déchiffrer quelques mots sur certains papyrus.

En 2016, les chercheurs ont utilisé la technologie du rayonnement synchrotron à l’European Synchrotron Radiation Facility (ESRF) de Grenoble pour faire apparaître une forte concentration de plomb dans l’ancienne encre. Ils ont examiné deux fragments multicouches qui avaient été remis à Napoléon Bonaparte comme cadeau en 1802 et qui appartiennent aujourd’hui à la collection de l’Institut de France.

En 2023, un jeune étudiant en informatique à l’Université Lincoln du Nebraska (Etats-Unis) a réussi à déchiffrer un mot sur les papyrus carbonisés d’Herculanum. L’algorithme mis au point par le chercheur a permis de détecter des lettres grecques sur plusieurs lignes d’un des rouleaux et de lire pour la première fois un mot entier : πορϕυρας (porphyras), qui signifie « pourpre ». Le travail de déchiffrage du papyrus faisait partie du « Vesuvius Challenge » – le défi du Vésuve- une série de prix dont le principal, d’un montant de 700.000 dollars (651 000 euros), récompense la lecture d’au moins quatre passages d’un parchemin roulé.

 

Source : Vesuvius Challenge

J’ai consacré une note au travail de cet étudiant le 21 octobre 2023 : https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2023/10/21/le-dechiffrage-des-papyrus-dherculanum/

Toujours dans le cadre du « Vesuvius Challenge », trois chercheurs ont été récompensés le 5 février 2024 pour avoir réussi à déchiffrer grâce à l’intelligence artificielle une petite partie des rouleaux de papyrus. Ils ont remporté le prix de 700 000 dollars

Les organisateurs du concours avaient réalisé au préalable des scans de quatre rouleaux et offraient une récompense à qui déchiffrerait au moins 85% de quatre passages de 140 caractères. Les gagnants sont un doctorant à Berlin, un stagiaire de SpaceX originaire du Nebraska, et un étudiant suisse en robotique.

Le trio a notamment utilisé l’intelligence artificielle pour distinguer l’encre du papyrus et a déterminé la nature des caractères grecs en détectant les répétitions. Ils ont déchiffré environ 5% d’un rouleau. Selon les organisateurs du concours, l’auteur du papyrus serait « probablement le philosophe épicurien Philodemus » qui a écrit « à propos de nourriture, de musique, et de comment profiter des plaisirs de la vie. »

Sur les 1785 rouleaux de papyrus découverts au cours des fouilles effectuées au 18ème siècle, seuls 585 ont été complètement déroulés en utilisant une méthode mécanique du 18ème siècle, tandis que 209 autres ont été partiellement déroulés. Environ 400 n’ont jamais été déroulés et 450 sont si difficiles à lire que leurs textes restent inconnus.

Source : presse internationale.

Nouvelles d’Islande // News from Iceland

Suite à leur destruction par l’activité sismique et volcanique, le gouvernement islandais vient de confirmer sa proposition d’acheter tous les logements de Grindavik appartenant à des particuliers et de prendre à sa charge les hypothèques sur ces biens. Le coût est estimé à environ 411 millions d’euros.
L’éruption du 14 janvier a détruit trois maisons à Grindavik, provoqué la formation de crevasses à travers la ville et déplacé les 3 800 habitants sans savoir s’ils reviendront un jour. La ville avait déjà été évacuée le 10 novembre 2023 en raison de l’activité sismique. La dernière éruption, le 8 février 2024, a endommagé une canalisation d’eau chaude, ce qui a privé de chauffage les maisons de la péninsule de Reykjanes.
Lors d’une réunion du conseil des ministres le 9 février, le projet de loi concernant le rachat des maisons a été adopté. Il sera présenté au parlement islandais cette semaine.
Une société immobilière, Þórkatla, sera créée pour gérer l’achat et la gestion des biens qu’elle achétera pour 95 % de leur valeur officielle d’assurance incendie, déduction faite des hypothèques correspondantes. L’entreprise sera financée par le Trésor Public et par des prêts d’institutions financières. L’État devrait être remboursé par l’assurance catastrophe naturelle d’Islande pour toutes les maisons rendues inhabitables.
Les habitants de Grindavík auront jusqu’au 1er juillet 2024 pour participer au programme de rachat de leurs maisons.

Image webcam du 14 janvier 2024

Les travaux de construction d’une canalisation de remplacement de celle de Njarðvík (qui a été recouverte par la lave le 8 février dernier) ont été couronnés de succès et l’eau chaude circule à nouveau sur la péninsule de Reykjanes. Il a fallu construire une nouvelle route au-dessus du champ de lave et assembler par soudure les tuyaux en acier. Une cinquantaine de personnes ont travaillé jour et nuit, avec relais régulier des équipes. La nouvelle canalisation mesure environ 500 mètres de long et pèse environ 80 tonnes. La rapidité de la mise en œuvre est remarquable car elle a mis en commun des équipes appartenant à différents secteurs d’activités
Source  : médias d’information islandais.

Crédit photo  : Iceland Review

Le soulèvement du sol a repris dans le secteur de Svartsengi. Une nouvelle éruption est probable, mais personne ne sait où, ni quand.

———————————————–

Today comes the confirmation that the Icelandic government is offering to buy all residential housing owned by individuals in Grindavík and take over the mortgages on the properties. The cost is estimated to be about 411 million euros.

The January 14th eruption near Grindavík destroyed three houses, caused crevasses to form across town, and displaced the 3,800 inhabitants without knowing if they would ever return. The town had already been evacuated on November 10th, 2023, due to seismic activity. The latest eruption on February 8th, 2024 damaged a hot water pipeline, cutting off heating for Reykjanes homes.

During a meeting of the cabinet of ministers on February 9th, a bill on the purchase was agreed upon. It will be introduced in Iceland’s parliament this week.

A real estate company, Þórkatla, will be established to handle the purchase and management of the properties, which it will purchase for 95% of their official fire insurance value, with the relevant mortgages deducted. The company will be financed by the treasury and with loans from financial institutions. The state is expected to receive reimbursements from the Natural catastrophe insurance of Iceland for any properties rendered uninhabitable.

Grindavík residents will have until July 1st, 2024 to apply to enter the programme and have their homes bought.

The work on the construction of a utility pipe by the Njarðvík pipeline was successful and hot water is now flowing again in the Reykjanes Peninsula. It was necessary to build a new road over the lava field and to weld the steel pipes together. About 50 people worked on the project day and night, with regular team shifts. The pipeline is about 500 meters long and weigh up to 80 tons. The speed of the implementation was unique as it kept many different task groups working simultanously.

Source : Icelandic news media.

Ground uplift is again recorded in the Svartsengi area. A new eruption is quite likely, but nobody knows when and where it will occur.

Islande : reprise du soulèvement du sol à Svartsengi // Iceland : new ground uplift at Svartsengi

Dans son dernier rapport du 12 février 2024, le Met Office islandais indique que le soulèvement du sol a recommencé à Svartsengi après une période calme suite à l’éruption du 8 février. Le rythme de soulèvement est d’environ 0,5 à 1,0 cm/jour, ce qui est semblable aux valeurs relevées avant les dernières éruptions. Le magma continue donc de s’accumuler dans le réservoir magmatique sous Svartsengi. Il est fort probable que le phénomène va se poursuive pendant quelques semaines avec une nouvelle intrusion magmatique et une nouvelle éruption. Rendez-vous début mars?
Depuis le 8 février à midi, l’activité sismique dans la zone au nord de Grindavík a été faible, avec une cinquantaine de petits séismes d’une magnitude de M1,0 ou moins. Un petit essaim sismique a été détecté à l’ouest du mont Fagradalsfjall avec une centaine d’événements de magnitude M1,0 ou moins. De petits essaims ont été fréquemment enregistrés dans la région de Fagradalsfjall au cours des dernières semaines, avec des profondeurs de 6 à 8 km.
Source : Met Office.

 

Ce graphique montre le soulèvement du sol en millimètres, avec la date du 11 février 2024 représentée par un point vert. Les lignes verticales rouges représentent les trois dernières éruptions (18 décembre 2023, 14 janvier 2024 et 8 février 2024. (Source : IMO)

———————————————–

In its latest report of February 12th, 2024, the Icelandic Met Office indicates that inflation has started again at Svartsengi after having subsided following the February 8th eruption. The inflation rate is about 0.5-1.0 cm/day which is in similar to the rates detected prior to last eruptions. Magma thus continues to accumulate in the magma reservoir beneath Svartsengi. It is therefore highly likely that the cycle continues in a few weeks with another dyke intrusion and another eruption…in early March?

Since February 8th at midday, seismic activity in the area north of Grindavík has been low, with about 50 small earthquakes, all of which were around or less than M1.0. A small seismic swarm has been detected in the western part of Mt. Fagradalsfjall with about 100 events with magnitudes M1.0 events or smaller. Minor swarms in the Fagradalsfjall area have occurred frequently over the past weeks, with depths of about 6-8 km.

Source : Met Office.

Le changement climatique au fond des grottes // Climate change at the bottom of the caves

Au cours du Petit Âge Glaciaire, les Européens vivant au Moyen Age ont été confrontés à des hivers extrêmement froids et à des étés inhabituellement doux. Les catastrophes climatiques extrêmes étaient devenues plus fréquentes, entraînant avec elles maladies et famine. Comme les gens ne possédaient guère de notions de climatologie à l’époque, beaucoup imputaient la vague de froid prolongée au mauvais sort ou à la magie. Les sorcières furent persécutées dans toute l’Europe, mais cela n’a, bien sûr, pas permis à la planète de sortir du Petit Âge Glaciaire.
De nouvelles études publiées dans la revue Earth and Planetary Science Letters, ont permis, au 21ème siècle, de percer les mystères du Petit Âge Glaciaire. Ainsi, les géoscientifiques de l’Université de Heidelberg et de l’Institut de Technologie de Karlsruhe ont découvert une foule d’informations sur le climat de leurs régions et sur le monde dans son ensemble, en remontant à des siècles écoulés. Ils ont trouvé ces informations dans un univers très inattendu : celui des stalagmites à l’intérieur des grottes.
Les stalagmites sont des spéléothèmes, autrement dit des dépôts minéraux formés à partir des eaux souterraines dans des cavernes souterraines. Jusqu’à présent, les scientifiques ne pouvaient mesurer les fluctuations climatiques à court terme, au cours de siècles passés, qu’à l’aide des cernes des arbres. Les données fournies par les cernes d’arbres devaient ensuite être analysées en relation avec des mesures indépendantes provenant d’autres études, puis recoupées avec des données historiques.
De leur côté, les stalagmites ouvrent de nouvelles perspectives sur les fluctuations climatiques. En effet, les chercheurs allemands ont pu examiner la composition isotopique de l’oxygène dans une stalagmite du sud de l’Allemagne. On sait que les années inhabituellement chaudes produisent des hivers très humides tandis que les années inhabituellement froides produisent des étés très humides. En analysant l’histoire des précipitations racontée par chaque couche microscopique de la stalagmite, les scientifiques ont pu obtenir davantage d’informations sur les fluctuations climatiques à court terme il y a plusieurs siècles.
On peut lire dans l’étude que lorsque les données des cernes des arbres sont combinées avec les données des spéléothèmes, on obtient un enregistrement complet de l’histoire de l’eau sur Terre avec des données qui peuvent être extrapolées de manière « particulièrement adaptée pour résoudre les problèmes climatiques extrêmes à court terme, à l’échelle régionale. »
Ce n’est pas la seule étude récente qui relie le changement climatique à l’intérieur des grottes. En 2019, une étude parue dans la revue The Anthropocene Review a décrit dans quelle mesure le changement climatique constitue une menace pour les écosystèmes rares dans des systèmes de grottes fermées, dont beaucoup sont des sites de recherche pour les biologistes. En effet, ces grottes sont, en théorie, à l’abri des influences du monde extérieur. Le climat sous terre, comme celui à la surface, peut être influencé de diverses manières par le réchauffement climatique anthropique. Pourtant, contrairement aux espèces de surface, les formes de vie souterraines ont parfois du mal à faire face à ces nouvelles conditions.
L’étude de 2019 explique qu’en raison de leur évolution dans un environnement stable, les espèces souterraines sont censées présenter une faible tolérance aux perturbations climatiques et ne pourraient donc, en théorie, faire face à de tels changements qu’en modifiant leur aire de répartition ou en s’adaptant aux nouvelles conditions environnementales. Cependant, lors de tels déplacements, elles auraient plus d’obstacles à surmonter que les espèces de surface et seraient donc plus exposées à une extinction locale.
Les auteurs de l’étude donnent un exemple de vie troglodyte rendue difficile par le changement climatique : les Troglohyphantes qui sont de très petites araignées que l’on rencontre dans les grottes. Les scientifiques ont étudié les conditions thermiques dans les grottes des Alpes occidentales et ont comparé ces données à la prévalence des Troglohyphantes. Ils ont découvert que la répartition des araignées était en corrélation avec les changements de température par rapport à l’époque du Pléistocène, ainsi qu’avec les changements climatiques plus récents. Après avoir analysé ces données, ainsi que des informations sur les températures constantes à l’intérieur des grottes, et en utilisant une modélisation de pointe, les chercheurs ont conclu que l’avenir s’annonce mal pour les araignées souterraines. En effet, il faut s’attendre à « un déclin futur de l’habitat propice aux araignées souterraines et à la possible extinction des espèces endémiques les plus restreintes. » Par rapport à d’autres espèces qui vivent dans des habitats confinés tels que les îles et les montagnes, les chercheurs s’attendent à ce que les espèces vivant dans des grottes soient aussi beaucoup plus vulnérables au changement climatique.
Source  : Salon via Yahoo Actualités.

Photo: C. Grandpey

—————————————————-

During the Little Ice Age, medieval European were afflicted with bitterly cold winters and unusually mild summers. Extreme weather disasters became more common, bringing with them the scourges of disease and famine. Because people did not entirely understand climate science back then, many blamed evil or magic for the prolonged cold snap. « Witches » were persecuted all over Europe, but of course this did nothing to break the planet out of the Little Ice Age.

Thanks to new research published in the journal Earth and Planetary Science Letters, ordinary people alive in the 21st Century can better understand the mysteries of the Little Ice Age. Indeed, the geoscientists from Heidelberg University and the Karlsruhe Institute of Technology have discovered a treasure trove of climate information about both their region of Germany and the world as a whole, going back centuries and centuries. They found all of this in a very unexpected place: stalagmites, or the tapering columns that grow up from the bottom of caves.

Stalagmites are speleothems, or mineral deposits that are formed from groundwater in underground caverns like caves. Up to now, scientists could only measure short-term climate fluctuations from over hundreds of years ago using tree ring records. Even then, those tree-ring records had to be analyzed along with independent measurements from other studies, as well as cross-referenced with historical records.

Yet stalagmites offer new insights into climate fluctuations because the German researchers could examine the isotopic composition of oxygen in a southern German stalagmite that had been formed from hard water. Unusually warm years produce very wet winters while unusually cold years produce very wet summers. By analyzing the precipitation history chronicled in each microscopic layer of the stalagmite, the scientists could learn about short-term climate fluctuations from centuries ago.

One can read in the study that when the tree-ring data is combined with the data from speleothems, it creates a comprehensive record of the history of Earth’s water with data that can be extrapolated in ways « uniquely suited to resolve extreme short-term climate events at the regional scale. »

This is not the only recent research that connects climate change science with the science of caves. A 2019 study in the journal The Anthropocene Review described how climate change poses a threat to the rare ecosystems that exist in closed-off cave systems, many of which are valued as research sites for biologists because they are, in theory, largely separated from the influences of the outside world. The subterranean climate, like the one on the surface, can in many ways be impacted by anthropogenic global heating. Yet unlike surface species, subterranean life forms may struggle to cope.

The 2019 study explains that owing to their evolution in a stable environment, subterranean species are expected to exhibit low tolerance to climatic perturbations and could theoretically cope with such changes only by shifting their distributional range or by adapting to the new environmental conditions. However, they should have more obstacles to overcome than surface species in such shifts, and therefore could be more prone to local extinction.

The authors of the study give an example of cave life struggling due to climate change : Troglohyphantes, or a genus of very small spiders known as sheet weavers. Scientists studied the thermal conditions in western Alps caves and compared this data to the prevalence of Troglohyphantes. They found that the spiders’ distribution correlated with temperature shifts from the Pleistocene epoch, as well as more recent climate shifts. After analyzing this data, along with information on constant temperatures inside the caves, and by using ecological niche modeling, the researchers concluded that subterranean spider species have a bleak outlook. Indeed, it « pointed toward a future decline in habitat suitability for subterranean spiders and the potential extinction of the most restricted endemic species. When compared with other species that live in confined habitats such as islands and mountains, the researchers expect cave species to be as much, if not more, vulnerable to climate change. »

Source : Salon via Yahoo News.