Planète Volcan : une bonne émission de vulgarisation

La chaîne de télévision France 5 avait programmé le 17 mars 2022 une émission consacrée aux volcans. Rien de très nouveau par rapport aux émissions précédentes sur ce sujet. Les explications fournies par les intervenants sont intéressantes (mes amitiés à Jacques-Marie Bardintzeff) et le risque volcanique est présent tout au long de ce documentaire, illustré par de belles aminations et simulations. Le problème, c’est que ces dernières font partie d’une science exacte alors que le comportement des volcans est le plus souvent imprévisible, mais leur intérêt pédagogique ne saurait être négligé.

On se rend compte que les drones font de plus en plus souvent partie de la panoplie d’instruments utilisés par les volcanologues. Il faut toutefois remarquer que des mesures ponctuelles comme celles effectuées par de jeunes scientifiques sur le Villarrica (Chili) n’apportent rien ou pas grand-chose en matière de prévision volcanique. Il faudrait effectuer de telles mesures de gaz fréquemment, voire en continu, et sur le long terme. C’est d’ailleurs pour cela que Haroun Tazieff disait que les guides de l’Etna, présents en permanence sur le terrain, étaient les meilleurs volcanologues.

S’agissant de l’Amérique Centrale, il est dommage que le documentaire ait beaucoup insisté sur le Santiaguito (Guatemala) et ne se soit pas attardé sur le Fuego dont l’éruption de 2028 a été particulièrement meurtrière avec plusieurs centaines de victimes. L’événement a montré les lacunes de la prévision éruptive et la situation est même devenue conflictuelle entre l’INSIVUMEH – qui contrôle l’activité volcanique – et la CONRED – qui gère les catastrophes, les deux organismes se rejetant mutuellement la responsabilité de la catastrophe.

S’agissant du Taal (Philippines), on se rend compte de la nécessité de mettre en place le principe de précaution. Il valait mieux mettre la population en sécurité, même si les coulées pyroclastiques tant redoutées ne se sont pas produites. Ce fut la même situation sur l’Agung (Bali / Indonésie) en 2017: évacuations de plusieurs milliers de personnes par crainte d’une violente éruption qui, au final, n’a pas eu lieu.

Le dernier chapitre de l’émission consacré aux super volcans montre bien la menace qui pèse sur la Campanie avec les Champs Phlégréens et, à plus grande échelle, sur tout un continent avec le volcan de Yellowstone.

A côté de cela, je pense que la déclaration de la voix off à propos de l’Antarctique demande des explications: « multiplication des éruptions à cause du réchauffement climatique »!! Allusion au rebond isostatique? Une telle affirmation me semble déplacée dans cette émission. A ce jour, aucune relation n’a été établie entre le réchauffement climatique et une possible accélération du phénomène éruptif.

Vous pourrez revoir l’émission en cliquant sur ce lien :

https://www.france.tv/france-5/science-grand-format/1987567-planete-volcan.html

Le super volcan de Yellowstone (Photo : C. Grandpey)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

L’activité du Bezymianny (Kamtchatka) s’est intensifiée le 14 mars 2022, avec une nouvelle émission de lave visqueuse au niveau du dôme. Cette activité s’est accompagnée de petites coulées pyroclastiques et de panaches de cendres s’élevant jusqu’à 4,5 km d’altitude. L’éruption se poursuivait dans la matinée du 15 mars et s’est intensifiée le 16 de ce même mois, avec des panaches de cendre jusqu’à plus de 11 km d’altitude. Ils sont susceptibles d’affecter les vols internationaux ainsi que les aéronefs volant à basse altitude. La couleur de l’alerte aérienne reste à Orange.

Source: KVERT.

L’éruption du Bezymianny le 15 mars 2022 vue depuis l’espace (Source: Copernicus / Sentinel-2)

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L’éruption du Kilauea (Hawaii) vient d’entrer dans un temps faible avec une tendance déflationniste du sommet. En conséquence, aucune lave active n’est visible en ce moment dans le cratère de l’Halema’uma’u. En attendant sa probable réapparition d’ici quelques jours…

Source: HVO.

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L’éruption du Fuego (Guatemala) continue avec une dizaine d’explosions chaque jour, accompagnées de la projection de matériaux incandescents. Les panaches de cendres montent à plus un kilomètre au-dessus du sommet. On observe toujours des coulées pyroclastiques qui impactent les cultures et la végétation. Des retombées de cendres et des ondes de choc continuent d’affecter les localités proches du volcan.

Source: INSIVUMEH.

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La lente émission de lave se poursuit sur le Great Sitkin (Aléoutiennes / Alaska) avec une très faible sismicité. Des températures de surface élevées sont identifiées de temps en temps sur les images satellites. La couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique restent respectivement à Orange et Watch (Vigilance).
Source : AVO.

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L’éruption du Pavlof (Alaska) continue au niveau d’une bouche située sur le flanc supérieur E, avec de petites explosions. Une image satellite montre des températures de surface très élevées près de la bouche active, mais la couverture nuageuse a parfois entravé les observations. Le 14 mars 2022, des images satellites ont montré une petite émission de lave au niveau de la bouche active. Le niveau d’alerte volcanique reste à Watch (Vigilance) et la couleur de l’alerte aérienne est maintenue à Orange.
Source : AVO.

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L’éruption du volcan Ibu (Indonésie) se poursuit avec des panaches de cendres s’élevant de 200 à 1 000 m au-dessus du sommet. Des avalanches parcourent 100 à 400 m sur les pentes N et NO du volcan. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4), et le public est invité à rester à au moins 2 km du cratère actif.
Source : CVGHM.

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Toujours en Indonésie, l’éruption du Lewotolok continue. Des panaches de cendres s’élèvent jusqu’à 1 km au-dessus du sommet. L’incandescence du cratère, des coulées de lave et des grondements sont également signalés. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et il est demandé au public de rester à 3 km du cratère sommital et à 4 km du cratère sur le flanc SE.
Source : CVGHM.

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Le dôme de lave au sommet du Merapi (Indonésie) s’est effondré les 9 et 10 mars 2022, envoyant des coulées pyroclastiques jusqu’à 5 km au SE dans la ravine de la rivière Gendol. Des panaches de cendres se sont élevés à au moins 3 km au-dessus du sommet, avec retombées signalées dans plusieurs villages sous le vent. Le volume total de l’effondrement est estimé à 646 000 mètres cubes, ce qui porte le volume du dôme restant à environ 2 582 000 mètres cubes.
L’extrusion du dôme de lave SO continue; le volume du dôme est estimé à 1,58 million de mètres cubes, sans changement par rapport aux semaines précédentes.
Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et le public est prié de rester à 3-5 km du sommet, selon les endroits.
Source : BPPTKG.

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

Activity at Bezymianny (Kamchatka) increased on March 14th, 2022, with new viscous lava flowing out of the dome. This activity was accompanied by small pyroclastic flows and ash plumes rising up to 4.5 km a.s.l. The eruption was continuing in the morning of March 15th and intensified on March 16th with ash plumes rising up to 11.6 km. The ash could affect international and low-flying aircraft,. The aviation color code is kept at Orange.

Source: KVERT.

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The eruption of Kilauea (Hawaii) is currently very low with a deflationary trend at the summit of the volcano. As a result, no active lava is currently visible in Halema’uma’u crater. However, it will probably reappear in a few days…
Source: HVO.

 

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The eruption of Fuego (Guatemala) continues with a dozen explosions each day, accompanied by the projection of incandescent materials. Ash plumes rise over one kilometer above the summit. There are still pyroclastic flows that impact crops and vegetation. Ashfall and shock waves continue to affect municipalities near the volcano.
Source: INSIVUMEH.

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Slow lava effusion continues at Great Sitkin (Aleutians / Alaska) with very low seismicity. Elevated surface temperatures are periodically identified in satellite images. The aviation color code and the volcano alert level remain at Orange and Watch, respectively.

Source: AVO.

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The eruption at a vent located on Pavlof’s upper E flank (Alaska) continues, with small explosions. A satellite image showed highly elevated surface temperatures near the vent, but cloud cover sometimes prevented observations. On March 14th, 2022, satellite images showed minor lava effusion at the vent. The volcano alert level remains at Watch and the aviation color code is kept at Orange.

Source: AVO.

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The eruption at Ibu (Indonesia) continues with ash plumes rising 200-1,000 m above the summit. Avalanches travel 100-400 m down the N and NWslopes of the volcano. The Alert Level remains at a 2 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay at least 2 km away from the active crater.

Source: CVGHM.

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Still in Indonesia, the eruption at Lewotolok continues. Ash plumes rise as high as 1 km above the summit. Crater incandescence, lava effusion and rumbling sounds are also reported. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4) and the public is asked to stay 3 km away from the summit crater and 4 km away from the crater on the SE flank.

Source: CVGHM.

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The lava dome at the summit of Mt Merapi (Indonedia) collapsed on March 9th and 10th, 2022, sending pyroclastic flows as far as 5 km SE down the Gendol drainage. Ash plumes rose at least 3 km above the summit, with ashfall reported in several villages downwind. The total volume that collapsed was an estimated 646,000 cubic meters, making the volume of the remaining dome material about 2,582,000 cubic meters.
Extrusion at the SW lava dome continues; the volume of the dome is estimated at 1.58 million cubic meters, similar to the previous few weeks.

The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay 3-5 km away from the summit.

Source: BPPTKG.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

Fire & Iceland

Le 19 mars 2022, tout juste un an après le début de l’éruption de Fagradalsfjall, aura lieu à Reykjavik la première projection publique d’un documentaire intitulé Fire & Iceland. Le film, réalisé par Art As Air Project, a été réalisé au cours de l’éruption, qui s’est terminée le 18 septembre 2021. Il est produit et réalisé par April Anderson.
Selon le communiqué de presse qui accompagne la sortie du documentaire, les cinéastes interrogent des personnes de différents horizons en Islande. Ainsi, les membres des équipes de secours expliquent qu’elle ont du gérer des fractures et autres problèmes cardiaques chez des touristes qui avaient sous-estimé leurs capacités avant d’emprunter le sentier escarpé conduisant au volcan.
Une pilote d’hélicoptère, qui a effectué des allers-retours sur le site plusieurs fois par jour avec des touristes qui assistaient pour la première fois à une éruption volcanique, raconte son expérience.
Ensuite, il y a des témoignages d’artistes – un auteur-compositeur parmi eux – qui expliquentent comment l’éruption les a inspirés.
L’entrée à la projection est gratuite, mais les places sont limitées,
Le documentaire est déjà disponible sur Amazon Prime au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Vous pouvez regarder la bande-annonce ci-dessous :

https://youtu.be/iM-oH0DUADI

Source: Iceland Review.

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On March 19th, 2022 in Reykjavik, a year after the start of the Fagradalsfjall eruption, the premier of a documentary film entitled Fire & Iceland will take place in the Icelandic capital. The documentary, made by the Art As Air Project, was filmed over the course of the eruption, which ended on September 18th, 2021. The documentary was produced and directed by April Anderson.

According to press release, the film makers interview people from several different walks of life in Iceland. Members of rescue teams talk about dealing with the daily broken bones and heart attacks that were always a possibility with tourists who underestimated their capabilities on the difficult trail to the volcano.

A helicopter pilot, who flew back and forth to the site several times every day with tourists who were seeing a volcanic eruption for the first time in their lives, describes her experience.

Then there are artists – a songwriter among them – who detail how the eruption inspires them.

Admission is free to the event, but seating is limited,

The documentary is already available on Amazon Prime in the UK and the US.

You can watch the trailer below:

Source: Iceland Review.

La forêt amazonienne et les glaciers // The Amazonian rainforest and the glaciers

Quel est l’intérêt d’écrire un article à propos de la forêt amazonienne sur un site dédié aux volcans et aux glaciers ? Je vais vous l’expliquer.
Une étude basée sur des données satellitaires de 1991 à 2016, publiée dans la revue Nature Climate Change, nous explique que la forêt amazonienne éprouve les pires difficultés à se remettre des dégâts causés par les sécheresses, les incendies et surtout la déforestation. Environ un cinquième de la forêt tropicale a déjà disparu, par rapport aux niveaux préindustriels. L’étude a été effectuée par des chercheurs de l’Université d’Exeter, l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique (PIK) et l’Université technique de Munich.
Les scientifiques expliquent que de vastes étendues de forêt amazonienne pourraient se transformer en savane qui est beaucoup moins efficace que la forêt tropicale pour absorber le dioxyde de carbone de l’air. Rappelons que la forêt amazonienne est un puits de carbone géant. Sans elle, on assisterait à une très forte concentration de ce gaz dans l’atmosphère et un emballement certain du réchauffement climatique.
Des études antérieures ont déjà montré que certaines parties de l’Amazonie émettent désormais plus de dioxyde de carbone qu’elles ne peuvent en absorber. On peut lire dans la nouvelle étude que « les arbres ne sont plus en bonne santé et la forêt pourrait très bientôt atteindre un point de basculement avec une perte d’arbres à grande échelle ». Les chercheurs ont observé des signes de perte de résilience dans plus de 75 % de la forêt. Les arbres mettent plus de temps à se remettre des effets des sécheresses dues en grande partie au changement climatique ainsi qu’aux impacts humains tels que la déforestation et les incendies.
On ne peut pas dire avec exactitude quand le point de basculement – tipping point en anglais – se produira, mais on sait d’ores et déjà que les conséquences en matière de changement climatique, biodiversité et pour la région seront « dévastatrices ». En effet, une fois le processus commencé, l’étude indique qu’en quelques décennies une « partie importante » de l’Amazonie pourrait se transformer en savane, autrement dit un écosystème très différent composé d’un ensemble de prairies et d’arbres. Cela aurait des conséquences très graves à l’échelle mondiale car on estime que quelque 90 milliards de tonnes de CO2 seraient rejetées dans l’atmosphère, soit le double des émissions mondiales actuelles chaque année. Le cycle des pluies serait également perturbé, avec des conséquences sur la production agricole du continent sud-américain. Il serait très compliqué, voire impossible, de revenir en arrière.

En raison de la déforestation, la forêt amazonienne a perdu 13 200 km2 en 2021 ; c’est plus que la superficie de l’Île-de-France. Du jamais vu depuis 15 ans.
L’Amazonie stocke une très importante quantité de carbone et tout ce carbone serait rejeté dans l’atmosphère, ce qui contribuerait alors davantage à la hausse des températures dans le monde, avec à la clé la fonte de la calotte glaciaire et des glaciers. C’est pour cela qu’il existe un lien étroit entre le comportement de la forêt amazonienne et celui des glaciers.

Sources : BBC, France Info.

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What’s the point of writing a post about the Amazonian rainforest on a website dedicated to volcanoes and glaciers? Iam going to explain the relatinship.

A study based on satellite data from 1991 to 2016, published in the journal Nature Climate Change, warns that the Amazon rainforest is losing its ability to bounce back from damage caused by droughts, fires and deforestation. Around a fifth of the rainforest has already been lost, compared to pre-industrial levels. The research was carried out by the University of Exeter, the Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK) and Technical University of Munich.

The researchers explain that large swathes could become sparsely forested savannah, which is much less efficient than tropical forest at sucking carbon dioxide from the air. The giant forest traps carbon that would otherwise add to global warming.

Previous studies had already shown that parts of the Amazon are now emitting more carbon dioxide than can be absorbed. One can read in the new study that « the trees are losing health and could be approaching a tipping point – basically, a mass loss of trees. » There are signs of a loss of resilience in more than 75% of the forest, with trees taking longer to recover from the effects of droughts largely driven by climate change as well as human impacts such as deforestation and fires.

While it is not clear when that critical point might be reached, the implications for climate change, biodiversity and the local community would be « devastating ». Indeed, once the process begins, the study says it could be a matter of decades before a « significant chunk » of the Amazon is transformed into savannah – a vastly different ecosystem made up of a mixture of grassland and trees. In a few decades the largest tropical forest in the world could be transformed into an immense dry prairie. This would have very serious consequences, on a global scale with some 90 billion tonnes of CO2 released into the atmosphere, twice the current annual global emissions. The rain cycle would also be disrupted, with consequences for agricultural production on the South American continent. It would then be very complicated, if not impossible, to go back. Due to deforestation, the Amazon rainforest lost 13,200 square km in 2021; it’s more than the area of Île-de-France. Unheard of in 15 years.

The Amazon stores lots of carbon and all of that would be released into the atmosphere, which would then further contribute to increasing temperatures and have future effects on global mean temperatures. This would accelerate the melting o the icesheet and the glaciers.

Sources: The BBC, France Info.

Vue aérienne de la forêt amazonienne (Crédit photo: Wikipedia)

Mer de Glace, un glacier en perdition (Photo: C. Grandpey)