Etna (Sicile) et Kilauea (Hawaii)

L’Etna (Sicile) semble reparti pour une série de « paroxysmes » dont il a le secret. Après celui qui a secoué le Cratère SE (CSE) dans la matinée du 21 décembre, une nouvelle séquence éruptive a débuté le 22 décembre vers 2h50 GMT, avec une forte augmentation de l’activité strombolienne dans au moins deux bouches. Cette activité a soudain évolué en une fontaine de lave qui a alimenté deux coulées. L’une s’est dirigée vers le sud-ouest en se ramifiant pour former deux branches. L’autre s’est dirigée vers l’est, à l’intérieur de la Valle del Bove. Du point de vue sismique, au moment de l’événement, le tremor a montré un pic identique à celui qui était apparu la veille.  Il a ensuite chuté à des valeurs normales.

Source : INGV.

Le dernier paroxysme vu par la webcam L.A.V.E.

Le tremor pendant les deux derniers épisodes éruptifs (Source : INGV)

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Dans le même temps, l’éruption du Kilauea (Hawaii) continue. Elle se concentre au fond du gouffre ouvert pendant l’éruption de 2018 dans le cratère de l’Halema’uma’u. Les webcams montrent que peu à peu un nouveau lac de lave est en train de se former.

Les scientifiques du HVO reconnaissent avoir été surpris par la rapidité du déclenchement de l’éruption. L’activité sismique sur le Kilauea avait certes montré une certaine hausse au cours des derniers jours, mais pas au point de voir la lave percer la surface du volcan!

L’éruption a lieu à l’intérieur du Parc National des Volcans d’Hawaï qui reste ouvert au public. Cependant, les autorités du parc demandent aux visiteurs d’être conscients que l’événement se déroule pendant la pandémie de Covid-19, et de se comporter de manière responsable, avec distanciation sociale et port de masque. Tous les secteurs du Parc ouverts avant le début de la nouvelle éruption restent accessibles. Les points de vue les plus intéressants pour observer la nouvelle éruption comprennent Wahinekapu (Steaming Bluff), Kilauea Overlook, Keanakāko’i, Waldron Ledge et d’autres points de vue le long de la Crater Rim Trail. Toutefois, Nahuku (Thurston Lava Tube) reste fermé en raison de la pandémie de Covid-19 car la distanciation sociale serait difficile à mettre en oeuve.

Le lac de lave au fond de l’Halema’uma’u (Source : webcam HVO)

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It looks as if Mt Etna has started a new series of « paroxysms. »  After the eruptive episode on the South-East Crater (SEC) of December 21st in the morning, a new eruption started on December 22nd at about 02:50 GMT with a strong increase n Strombolian activity in at least two vents. This activity was followed by a lava fountain that fed two flows. The former travelled SW, forming two branches. The latter moved toward the Valle del Bove. From a seismic point of view, the tremor displayed a strong spike at the time of the event, just like it did on December 21st. It later dropped to normal values.

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At the same time, the eruption of Kilauea continues. It is developing at the bottom of the chasm that opened during the 2018 eruption in Halema’uma’u Crater. The webcams show that a new lava lake is growing at the bottom of the crater.

HVO scientists admit they were surprised by how quickly the eruption started. Seismic activity on Kilauea had shown some increase in recent days, but they did not expect to see lava pierce the surface of the volcano!

The eruption is taking place within Hawaii Volcanoes National Park which remains open to the public. However, Park authorities ask visitors to be fully aware that we are in the middle of the COVID-19 pandemic and to recreate responsibly, maintain social distance and to wear a mask. All areas that were open in the park before the new eruption began remain open. Vantage points for viewing the new eruption include Wahinekapu (Steaming Bluff), Kilauea Overlook, Keanakāko’i, Waldron Ledge and other overlooks along Crater Rim Trail. However, Nahuku (Thurston Lava Tube) remains closed due to COVID-19 concerns.

Les éruptions de la Montagne Pelée (Martinique)

Comme je l’ai signalé sur ce blog, le 4 décembre 2020, suite à une intensification de l’activité sismique au cours des derniers mois, l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique (OVSM) a demandé à la Préfecture de la Martinique le placement de la Montagne Pelée en vigilance Jaune (niveau 3 sur une échelle de 5). Pendant le seul mois de septembre 2020, les instruments ont enregistré 51 secousses. A cela viennent s’ajouter des remontées de gaz. Malgré tout, une éruption n’est pas à l’ordre du jour dans le court terme.

Quand on évoque la Montagne Pelée, on pense avant tout à l’éruption majeure du 8 mai 1902 et ses dizaines de milliers de  victimes. Pourtant, l’histoire éruptive du volcan remonte bien avant cette date. C’est ce qu’a confirmé un article paru sur le site web de Martinique la 1ère.

– On peut lire que les archéologues ont retrouvé la trace d’une première éruption de la Montagne Pelée autour de 60 avant JC.

– L’éruption suivante, confirmée par les relevés géologiques, a eu lieu au 4ème siècle. On a retrouvé les dépôts de ponce produits par cet événement dans les villages amérindiens découverts au Lorrain ou à Basse Pointe.

Le volcan est ensuite entré dans une phase de repos d’un millier d’années.

– Une nouvelle éruption intervient vers l’année 1300. Elle entraîne une interruption dans le peuplement précolombien de la Martinique.

– Quand les colons français s’implantent, en 1635, les occupants légitimes de l’île évoquent une éruption qui aurait « pelé » les flancs de la montagne quelques décennies plus tôt. On trouve peut-être là l’origine du nom de Montagne Pelée. Toutefois, d’autres sources affirment que la Montagne Pelée ne doit pas son nom à la rareté de sa végétation. Les Amérindiens Kalinagos lui auraient donné ce nom par référence à Pélé, la déesse du feu. Ce peuple attribuait à la déesse aux cheveux de feu l’origine de l’activité volcanique.

Aujourd’hui, les Martiniquais parlent de la Montagne Pelée avec respect et crainte. C’est « la Grande Dame du Nord » ou « la Pelée. ».

– Deux éruptions phréatiques se produisent aux 18ème et 19ème siècles. La première, en 1792, génère quelques explosions qui n’affectent que la zone sommitale du volcan. Celle de 1851 est plus violente et provoque des retombées de cendres sur les villes du Prêcheur, du Morne Rouge et de Saint-Pierre.

– De nouveaux signes de réveil de la Montagne Pelée se produisent ensuite en 1889, avec l’apparition de fumerolles dans le cratère sommital de l’Étang Sec.

En 1900 et surtout au début de l’année 1902, on observe une intensification de l’activité fumerollienne  jusqu’au 23 avril 1902. C’est alors que se produit la première explosion phréatique, suivie d’autres avec d’abondantes retombées de cendres sur le flanc ouest du volcan.

– Le 5 mai 1902, le barrage naturel qui retient l’Etang Sec se rompt, ce qui provoque le déversement d’une vague de boue qui s’engouffre dans la vallée de la Rivière Blanche. Ce lahar engloutit la distillerie Guérin, située à l’embouchure de la rivière, et tue 23 personnes, les premières victimes de l’éruption.

Le 8 mai 1902, à 08h 02 du matin, une violente explosion se produit au sommet du volcan. La ville de Saint-Pierre, capitale culturelle et économique de la Martinique, est détruite en quelques minutes par des coulées pyroclastiques. Plus de 28 000 personnes sont tuées sur le coup.

7 nuées ardentes vont se succéder jusqu’au 30 août 1902. La dernière coulée pyroclastique détruit la ville du Morne Rouge, faisant 1000 victimes de plus.

L’éruption du 8 mai 1902 reste la plus meurtrière du 20ème siècle. Elle a donné son nom a un type éruptif, le type péléen. Les autorités ont compris que la Montagne Pelée devait être surveillée et l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique a été édifié. Depuis mars 2019, une structure ultramoderne, construite en contrebas de l’ancien observatoire du Morne des Cadets, surveille les humeurs du volcan.

– Une dernière manifestation éruptive intervient de 1929 à 1932. L’activité explosive ne génère toutefois aucune nuée ardente de type péléen.

Suite à cette éruption, la Montagne Pelée connaît une activité fumerollienne qui décline lentement. Les dernières fumerolles, localisées entre les deux dômes, disparaissent en 1970.

– Le 17 mai 2010, un lahar dévale la vallée de la rivière du Prêcheur. Il n’est toutefois pas en relation avec l’activité éruptive. C’est l’effondrement d’une falaise qui est à l’origine de cet événement. Les lahars ne sont pas rares à la Martinique, comme je l’ai expliqué dans une note publiée le 4 avril 2018.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/04/04/des-lahars-sur-la-montagne-pelee-martinique-lahars-on-montagne-pelee-martinique/

On ne saurait parler de la Montagne Pelée sans faire référence à Alfred Lacroix qui a étudié jusque dans le moindre détail l’éruption de 1902. Son ouvrage La Montagne Pelée et ses éruptions (1904) est une véritable bible pour les volcanologues.

La Montagne Pelée et Saint Pierre aujourd’hui

La Montagne Pelée vue depuis l’OVSM

(Photos : C. Grandpey)

Kilauea (Hawaii) : Nouvelles de l’éruption // News of the eruption

Alors que cette journée du 21 décembre 2020 se termine en France, elle ne fait que commencer à Hawaii où l’éruption du Kilauea continue. Les webcams du HVO – surtout celle orientée vers le fond du cratère de l’Halema’uma’u – montrent que l’éruption a débuté au fond du gouffre creusé par l’éruption de 2018, là même où était apparue une pièce d’eau après la dernière éruption. Trois fissures se sont ouvertes dans la partie inférieure de cratère, pas très loin au-dessus du lac (voir illustration ci-dessous). La plus à l’est a laissé échapper des fontaines de lave d’une cinquantaine de mètres de hauteur (voir photo ci-dessous). La lave a par la suite pris la place de l’eau et s’accumule maintenant au fond du cratère. peut-être sommes nous en train d’assister à la naissance d’un nouveau lac de lave. .

Ces derniers temps, les scientifiques du HVO craignaient que se produise une interaction violente entre cette eau et une ascension de magma. De toute évidence, l’éruption se produit dans le calme, sans les explosions phréatiques ou phréatomagmatiques redoutées. On sait toutefois que l’événement génère des panaches de cendre susceptibles d’occasionner des retombées sur des zones habitées et il a été conseillé aux gens de rester à l’intérieur des maisons.

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As December 21st, 2020 is coming to an end in France, it is just beginning in Hawaii where the Kilauea eruption continues. The HVO webcams – especially the one oriented towards the bottom of Halema’uma’u Crater – show that the eruption started at the bottom of the chasm created by the 2018 eruption, where a piece of water had appeared after the last eruption. Three fissures opened in the lower part of the crater, not very far above the lake (see illustration below). The easternmost emitted lava fountains about 50 metres high (see photo below). The lava subsequently took the place of water and is now accumulating at the bottom of the crater. We may be observing the birth of a new lava lake.

Recently, HVO scientists feared that there might be a violent interaction between this water and the rising magma. However, it looks as if the eruption is occurring calmly, without the dreaded phreatic or phreatomagmatic explosions. The event, however, generated ash plumes with possible ashfall over onto populated areas, so that people have been advised to stay indoors.

Emplacement de nouvelles fractures (3 ronds rouges) [Source : HVO]

Fontaines et coulées de lave dans la partie Est du cratère (Crédit photo : HVO)

Séisme dans le secteur des Champs Phlégréens // Earthquake in the Phlegrean Fields area

19 décembre 2020, 23h30.

On vient de m’informer qu’un séisme vient de secouer le secteur des Champs Phlégréens à proximité de Naples. La secousse a notamment été ressentie à Pouzzoles. Une séquence sismique de basse magnitude avait déjà été enregistrée dans l’après-midi. Plus d’informations demain après une bonne nuit de sommeil.

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Mise à jour du 20 décembre 2020.

La secousse que je signalais le 19 décembre au soir fait partie d’un essaim sismique qui a affecté la zone des Champs Phlégréens. D’une magnitude de M 2,4, elle a été enregistrée à 22h54. L’épicentre a été localisé à Pouzzoles et l’hypocentre à une profondeur de seulement 2 km. L’événement, s’il n’a pas provoqué de dégâts matériels, a déclenché un moment de panique à Pouzzoles et dans la banlieue ouest de Naples dans des localités comme Agnano, Bagnoli, Fuorigrotta où la population a bien senti la terre trembler. Certaines personnes ont affirmé avoir entendu un rugissement.   .

On sait que les crises sismiques sont relativement fréquentes dans cette région qui est connue pour les événements bradysismiques qui font varier le niveau du sol. L’Osservatorio Vesuviano indique qu’au cours du mois de novembre 2020, 225 séismes basse énergie ont été enregistrés dans la caldeira des Campi Flegrei, avec une magnitude maximale égale à M 1,1 ± 0,3. 204 événements (91%) avaient une magnitude inférieure à M 1,0. Sur 17 autres événements, il n’a pas été possible de déterminer la magnitude en raison de la faible amplitude du signal qui ne se distinguait pas clairement du bruit de fond. Au total, 124 événements ont été localisés (55% de ceux enregistrés) situé principalement entre Pouzzoles et la région de Solfatara-Pisciarelli avec des profondeurs ne dépassant pas 2,5 km.

S’agissant de la déformation du sol, l’Observatoire explique que les instruments détectent « une géométrie radiale de soulèvement du sol centrée dans la région de Pozzuoli avec une vitesse moyenne d’environ 10 mm / mois. Le soulèvement enregistré à la station GPS de Rione Terra (Rite) à partir de janvier 2016, est d’environ 39 cm.

Les mesures de température montrent des tendances relativement stables avec une légère tendance à la baisse.

Les paramètres géochimiques confirment les tendances à la hausse observées précédemment. »

Source : La Repubblica, Osservatorio Vesuviano.

Le séisme du 19 décembre 2020 n’a donc rien de vraiment inquiétant. Il nous rappelle seulement que cete région de la Campanie est très active d’un point de vue géologique et qu’il faut la surveiller attentivement. Elle fait partie de la conurbation napolitaine et rassemble des dizaines de milliers d’habitants.

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Update December 20, 2020.

The earthquake that was recorded in the evening of December 19th was part of a seismic swarm that affected the area of ​​the Phlegrean Fields. With a magnitude of M 2.4, it occurred at 22:54. The epicentre was located in Pozzuoli and the hypocentre at a depth of only 2 km. The event, if it did not cause material damage, triggered a moment of panic in Pozzuoli and in the western suburbs of Naples in places like Agnano, Bagnoli, Fuorigrotta where the population felt the earth tremble. Some people claimed to have heard a roar.

Seismic crises are known to be relatively frequent in this region which is known for bradysismic events which cause the ground level to fluctuate. The Osservatorio Vesuviano indicates that during the month of November 2020, 225 low-energy earthquakes were recorded in the Campi Flegrei caldera, with a maximum magnitude equal to M 1.1 ± 0.3. 204 events (91%) had a magnitude less than M 1.0. For 17 other events, it was not possible to determine the magnitude due to the low amplitude of the signal which was not clearly distinguishable from the background noise. In total, 124 events were located (55% of those recorded) located mainly between Pozzuoli and the region of Solfatara-Pisciarelli with depths not exceeding 2.5 km.

Regarding soil deformation, the Observatory explains that the instruments detect « a radial geometry of soil uplift centered in the Pozzuoli region with an average velocity of around 10 mm / month. The uprising recorded at the GPS station of Rione Terra (Rite) from January 2016, is approximately 39 cm.

Temperature measurements show relatively stable trends with a slight downward trend.

The geochemical parameters confirm the upward trends observed previously.”

Source: La Repubblica, Osservatorio Vesuviano.

The earthquake of December 19th, 2020 is therefore not really worrying. It only reminds us that this region of Campania is geologically very active and needs to be carefully monitored. It is part of the Neapolitan conurbation that gathers tens of thousands of inhabitants.