Rupture imminente de la plateforme Larsen C en Antarctique ? // Is the Larsen C Ice Shelf about to break off in Antarctica ?

Au cours des six jours qui ont précédé la décision du président Trump de se retirer de l’Accord de Paris sur le changement climatique, l’énorme fracture que j’ai mentionnée il y a quelques mois dans une plateforme glaciaire de l’Antarctique s’est allongée de 18 km, selon un rapport du groupe de recherche Project MIDAS du Brtiish Antarctic Survey.
La fracture qui tranche la plateforme « Larsen C » n’a plus que 13 km à parcourir pour donner naissance à l’un des plus grands icebergs jamais observés en Antarctique. En effet, lorsqu’il finira par se détacher du continent, l’iceberg ainsi produit mesurera plus de 80 000 kilomètres carrés et représentera 10% de la masse d’origine de la plate-forme glaciaire.
La progression de la fracture entre le 25 et le 31 mai 2017 a été la plus rapide depuis le mois de janvier, et l’inévitable rupture de la plate-forme Larsen C modifiera radicalement le paysage de cette partie du continent antarctique où la glace sera désormais moins stable. Le groupe Project MIDAS affirme que, bien que cette fracture ne soit pas forcément provoquée par le réchauffement climatique, la désintégration des plateformes glaciaires en Antarctique contribue à l’élévation du niveau de la mer qui menace les villes côtières. Lorsque les plateformes disparaissent, les glaciers qu’elles maintenaient en place peuvent avancer plus rapidement dans l’océan et accélérer leur contribution à l’élévation du niveau de la mer.
Donald Trump doit garder à l’esprit que la montée du niveau de la mer mettra en danger des villes fortement peuplées telles que New York, San Francisco, La Nouvelle-Orléans et Miami, et il est prévu que 13,1 millions d’Américains quitteront  les zones côtières d’ici l’année 2100. Cette crainte de l’élévation du niveau des océans a été l’un des nombreux facteurs qui ont inspiré l’objectif de l’Accord de Paris de limiter l’augmentation de la température mondiale.
On ne sait pas exactement quand la progression rapide de la fracture provoquera la séparation de l’iceberg de la plateforme « Larsen C », mais la fracture a atteint une région de glace moins solide et l’événement ne devrait donc pas tarder.

Source: Journaux américains.

——————————————-

In the six days before President Trump announced his decision to withdraw from the Paris Agreement on climate change, the enormous crack I mentioned a few months ago in an Antarctic ice shelf grew 18 km, according to a report by British Antarctic research group Project MIDAS.

The crack, which is located in Larson Shelf C, leaves only 13 km of ice connecting what could be one of the world’s largest recorded icebergs to Antarctica. When it eventually breaks free from the continent, the resulting iceberg will measure more than 80,000 square kilometres and represent 10 percent of the ice shelf’s original mass.

The growth spurt between May 25th and May 31st 2017 was the largest observed since January, and the inevitable splintering of Ice Shelf C will drastically alter the landscape of the continent and will make the ice that remains less stable. The Project MIDAS group states that although this specific crack was not likely caused by climate change, the disintegration of Antarctic ice shelves contributes to rising sea levels that threaten coastal cities. Indeed, when ice shelves disappear, ice can flow faster from the land to the ocean and contribute more quickly to sea level rise.

Mr Trump should bear in mind that rising sea levels will endanger heavily populated cities such as New York, San Francisco, New Orleans and Miami, and are predicted to cause 13.1 million Americans to relocate from coastal areas by 2100. Concern about rising sea levels was one of many factors that inspired the Paris Agreement’s goal of limiting the rise of global temperatures.

It is not known exactly when the rapidly growing crack will cause Ice Shelf C to break free from Antarctica, but the rift has now reached a region of soft ice and there is very little holding the ice shelf together.

Source : American newspapers.

Vue de la fracture et de sa progression jusqu’au mois de janvier 2017 (Source: MIDAS – Swansea University)

Taormine (Sicile) : Un échec climatique // Taormina (Sicily): A climatic failure

N’ayons pas peur des mots : Le sommet du G7 à Taormine s’est terminé sur un échec. Pour la première fois de son histoire, l’unité des sept pays participants s’est brisée sur la question cruciale du climat, face à un Donald Trump plus résolu que jamais à camper sur ses positions. En dépit des pressions répétées des Européens, du Canada et du Japon, Donald Trump est resté de marbre. « Les Etats-Unis d’Amérique sont en train de réévaluer leur politique sur le changement climatique et sur l’Accord de Paris et ne sont donc pas en mesure de rejoindre le consensus sur ce sujet », indique la déclaration finale.

Dans un de ces tweets dont il a le secret, le président américain a ajouté : « Je prendrai ma décision finale sur l’accord de Paris la semaine prochaine. »

Avant le sommet de Taormine, le Conseil de l’Arctique avait montré la frilosité de l’administration américaine en matière de réchauffement climatique. Le secrétaire d’Etat Rex Tillerson a expliqué devant le Conseil que Washington n’allait pas se «précipiter» pour réviser sa politique environnementale, le président Donald Trump ayant repoussé à fin mai sa décision sur son maintien au sein de l’accord multilatéral de Paris.

Le chef de la diplomatie américaine a rappelé aux sept autres pays de ce Conseil de l’Arctique (Canada, Russie, Norvège, Danemark, Islande, Suède et Finlande) et aux représentants de peuples amérindiens indigènes que les Etats-Unis «réexaminaient à l’heure actuelle nombre de politiques importantes, notamment l’approche de l’administration Trump sur le changement climatique». Il assuré que Washington «n’allait pas se précipiter pour prendre une décision», mais qu’il allait «travailler pour prendre la bonne décision pour les Etats-Unis».

Une solution politiquement habile pour l’administration Trump, divisée sur le sujet, pourrait être de rester dans l’accord tout en réexaminant les objectifs qu’avaient fixés l’administration Obama (réduction de 26% à 28% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025 par rapport à 2005).

————————————

Let’s not be afraid of words: The G7 summit in Taormina ended in failure. For the first time in its history, the unity of the seven participating countries broke on the crucial issue of climate, confronted with Donald Trump who was more determined than ever to encamp on its positions. Despite repeated pressure from the Europeans, Canada and Japan, Donald Trump remained marble. « The United States of America is re-evaluating its policy on climate change and the Paris Agreement and is therefore not in a position to reach consensus on this issue, » the statement said.
In one of his tweets, the US president added: « I will make my final decision on the Paris agreement next week.  »

Prior to the Taormina summit, the Arctic Council had shown the US government’s reluctance to deal with global warming. Secretary of State Rex Tillerson told the Council that Washington was not going to « rush » to revise its environmental policy, as President Donald Trump postponed until the end of May his decision to remain in the Paris Climate Agreement.
The US diplomat reminded the other seven countries of the Arctic Council (Canada, Russia, Norway, Denmark, Iceland, Sweden and Finland) and representatives of indigenous peoples that the United States « was re-examining a number of important policies, including the Trump administration’s approach to climate change « . He assured Washington « would not rush to make a decision, » but that he would « work to make the right decision for the United States. »
A politically clever solution for the Trump administration, divided on the issue, could be to stay in the Paris Agreement while reviewing the Obama administration’s goals (reducing by 26% to 28% greenhouse emissions by 2025 compared to 2005).

Vue classique de Taormine: Le théâtre et l’Etna en toile de fond.

(Photo: C. Grandpey)

Lithium, la richesse des salars // Lithium, the salars’ wealth

Au moment où je visitais les Andes chiliennes, boliviennes et argentines en 2004, on craignait que les grandes puissances économiques du monde viennent puiser une ressource précieuse dans le sous-sol sud-américain: le lithium, qui se cache sous la beauté incroyable des salars. En visitant celui d’Uyuni en Bolivie, je me suis dit que des gens normalement intelligents n’oseraient jamais venir souiller l’immensité immaculée de ce salar qui avait intrigué les astronautes américains depuis la Lune.
Les gens avaient raison d’être inquiets. Une grande partie des ressources mondiales en lithium se trouve sur les hauts plateaux andins, et des entreprises du monde entier, en vue d’une demande élevée, viennent prendre pied sur les vastes gisements du Chili, de Bolivie et d’Argentine.
La technique d’extraction du lithium est bien connue. Les eaux de fonte de la neige sur les montagnes environnantes font descendre avec elles du lithium, du sodium et d’autres minéraux en provenance du sol et des sources chaudes. Ces eaux riches en sels s’écoulent vers les zones de plaines au pied des montagnes et y déposent leur contenu, d’où le nom espagnol de salares. Avec le temps et les variations de température saisonnières, le sel forme une croûte, ce qui donne naissance à des paysages magnifiques. C’est sous cette croûte que se dissimulent des concentrations élevées de lithium.
Pour extraire le lithium, la saumure est pompée vers de grands bassins d’évaporation, ce qui entraîne une plus grande concentration de métaux. La saumure est ensuite transportée par camion vers des installations qui extraient le lithium en utilisant des procédés chimiques et métallurgiques. Le carbonate de lithium est vendu aux fabricants de batteries.
La Bolivie possède les plus grandes réserves mondiales de lithium, même si elles restent largement inexploitées. En 2010, le ministère bolivien de l’exploitation minière et de la métallurgie a lancé un projet d’installation pour la fabrication du lithium dans le Salar d’Uyuni. Selon le ministère, le salar de 12 000 kilomètres carrés contient 9 millions de tonnes de réserves de lithium. Le plan du gouvernement était d’extraire du salar  40 tonnes par mois de carbonate de lithium, de sulfate de potassium, ainsi que d’autres produits.
Les plus grandes mines et projets de traitement de la saumure au lithium sont situés dans le Triangle du Lithium délimité par les salars d’Atacama, de Cauchari-Olaroz  et Hombre Muerto.
La production mondiale de lithium est actuellement dominée par quatre entreprises: deux aux États-Unis, une au Chili et une de Chine. Cette dernière se développe très rapidement. L’avantage de la Chine par rapport aux États-Unis est son accès au lithium. Le pays est le quatrième producteur mondial, avec l’extraction de 2 000 tonnes au cours de la seule année 2016. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, la Chine est déjà leader mondial dans le domaine des deux-roues électriques et des flottes d’autobus.
Aux Etats Unis, le président Donald Trump a ordonné une révision des normes d’économie de carburant pour les entreprises qui, depuis 1975, prévoyaient une réduction de la consommation des voitures et des camionnettes. L’annulation de ces normes serait une menace pour la demande en véhicules électriques – et donc en lithium – qui sont généralement plus chers. Cependant, comme toutes les nouvelles technologies, les prix vont probablement baisser de façon significative au fil du temps. En 2022, le coût des voitures alimentées par des batteries au lithium devrait être comparable à celui des véhicules équipés d’un moteur à essence. En réaction à la mesure de Trump sur la réglementation de l’économie de carburant, une trentaine de villes américaines, dont New York, Los Angeles et Chicago, envisagent de dépenser jusqu’à 10 milliards de dollars pour s’équiper en véhicules électriques neufs pour la  police, les éboueurs et les balayeurs. Une telle mesure est destinée à montrer aux constructeurs automobiles il y a une demande réelle en véhicules électriques, ce qui est de bonne augure pour le lithium, mais beaucoup moins pour les salars de la Cordillère des Andes. .
Source: Presse internationale.

—————————————-

While I was visiting the Chilean, Bolivian and Argentine Andes in 2004, there were fears that the world’s major economic powers might come and tap a precious resource in the underground: lithium, which lies hidden beneath the incredible beauty of the salars. While visiting the Salar de Uyuni in Bolivia, I told myself that normally intelligent people would never dare spoil the immaculate immensity of the salar that had intrigued the U.S. astronauts during the missions of the Moon.

People were right to be worried. Much of the world’s lithium supply is on the high Andean plateaus of South America, and companies from around the world, expecting elevated demand, are staking their claims to the vast deposits in Chile, Bolivia and Argentina.

The technique to extract lithium is well known. The seasonal meltdown of the snow on the mountains collects lithium, sodium and other minerals from the soil and underwater hot springs, all of which flows down to the flats and settles, hence the Spanish name, salares. Over long periods of time, with seasonal temperature variations, the salt builds a crust on top of the « lake, » making for a stunning landscape. Under the crust are high concentrations of lithium.

To extract lithium, brine is pumped into large evaporation ponds, resulting in a higher concentration of metals. The brine is then trucked to a facility that extracts the lithium using chemical and metallurgical processes. The lithium carbonate or lithium hydroxide is sold to battery manufacturers.

Bolivia has the world’s largest lithium reserves, with nearly 40 per cent of the world’s supply, although the reserves remain unexploited. This is about to change, as the Bolivian Mining and Metallurgy Ministry is preparing a new model facility for lithium manufacturing in the Salar de Uyuni. According to the country’s mining ministry, the 12,000-square-kilometre salar holds nine million tonnes of lithium reserves. The government’s plan is to obtain 40 tonnes per month of lithium carbonate, potassium sulphate, as well as other products.

The largest brine lithium mines and projects in the world are located in salars in the Lithium Triangle including Atacama Salar, Cauchari-Olaroz Salar and Hombre Muerto Salar.

World lithium production is currently dominated by four companies: Two from the U.S., one from Chile and one from China which is developing very rapidly. The greatest advantage of China over the U.S. is its access to lithium. The Asian country is the fourth-largest producer, having mined 2,000 metric tons in 2016 alone. According to the International Energy Agency, China already leads the world in the number of electric two-wheelers and bus fleets.

Meanwhile, President Donald Trump has ordered a review of corporate average fuel economy standards, which have mandated gradual increases in the fuel economy of cars and light trucks since 1975.  Overturning these standards would mean automakers could produce vehicles with a lower fuel economy, for a lot less than hybrids and BEVs. This is a threat to BEV demand-and ultimately lithium, since they’re typically more expensive. However, like all new tech, prices will likely drop significantly over time. By 2022, the cost of battery-powered cars is expected to be comparable to those with an internal combustion engine.

In response to Trump’s opposition to fuel economy regulation, about 30 U.S. cities, including New York, Los Angeles and Chicago, are reportedly planning to spend as much as $10 billion on new electric vehicles for police cruisers, trash haulers, street sweepers and more. Such a move is intended to show automakers there’s demand for BEVs, which also bodes well for lithium. This good news for the lithium companies, but a real threat to the salars of the South American Andes

Source : International press.

Photos: C. Grandpey

De nouveaux forages en mer ? Pas si sûr ! // New offshore drilling ? Not so sure !

Fidèle à ses promesses électorales, Donald Trump envisage de donner des instructions au Département de l’Intérieur pour annuler la décision prise par le président Barack Obama en décembre de mettre à l’abri de tout forage des centaines de millions d’hectares d’océan au large des côtes américaines. La décision, qui devrait être officialisée dans les prochaines semaines, a pour but de développer l’exploration des ressources énergétiques américaines en annulant les restrictions mises en place par les administrations précédentes. Il faudra toutefois beaucoup de temps pour que de Département de l’Intérieur mette en application les aspects de la nouvelle directive.
La côte du Pacifique est fermée à toute nouvelle prospection de pétrole et de gaz depuis la marée noire catastrophique de Santa Barbara, en Californie, en 1969. Il n’y a pas eu de forage le long de la côte atlantique depuis le début des années 1980. Au début de son administration, Barack Obama a envisagé d’autoriser une étude sismique en vue de l’exploration pétrolière sur la côte sud-est des Etats-Unis, entre la Floride et la Virginie. Il ne s’est pas opposé à la Royal Dutch Shell quand la compagnie a entrepris de forer un puits exploratoire dans la mer des Tchouktches, au large de la côte arctique de l’Alaska; Le puits a été un échec et, à la fin de sa présidence, Obama a fermé de vastes zones à toute exploration.
Il existe une forte opposition au nouveau projet de forage. L’expansion des forages en mer dans de nouvelles zones des océans Arctique, Atlantique et Pacifique mettrait en danger des écosystèmes océaniques dynamiques et serait mauvais pour les entreprises. Cela menacerait des économies côtières prospères et des industries lucratives, y compris le tourisme, les loisirs et la pêche. Les chefs d’entreprise le long de la côte atlantique ont exprimé leur opposition à tout forage en mer. La volonté de forer dans l’Arctique, qui existe depuis des décennies, a mis en danger son écosystème unique et diversifié, a coûté des dizaines de milliards de dollars et créé une controverse importante sans résultat tangible.
Il n’est pas du tout certain que l’ouverture des mers des Tchouktches et de Beaufort aux forages pétroliers attire beaucoup de candidats. Après que Shell ait dépensé plus de 7 milliards de dollars dans un puits exploratoire qui s’est soldé par un échec, d’autres grandes compagnies pétrolières ont abandonné leurs projets de forage dans la région.
Sources: The Washington Post & Alaska Dispatch News.

—————————————-

The White House is considering issuing instructions to the Interior Department to reverse President Barack Obama’s withdrawal of hundreds of millions of offshore acres from future drilling in December 2016. The executive order, expected tocome out in the next few weeks, represents President Donald Trump’s latest attempt to promote domestic energy exploration by rolling back restrictions put in place by previous administrations, though it would take considerable time for Interior to carry out aspects of the proposed directive.

The Pacific coast has been closed to new oil and gas exploration since the disastrous oil spill off Santa Barbara, California, in 1969. There has been no drilling off the Atlantic coast since the early 1980s. Early in his administration, Obama considered allowing seismic work in preparation for exploration off the southeastern coast, from Florida to Virginia. And he did not move to stop Royal Dutch Shell from drilling an exploratory well in the Chukchi Sea off Alaska’s Arctic coast; the well turned out to be a dry hole. But near the end of his presidency he closed off vast areas.

There is widespread opposition to renewed drilling efforts. Expanding offshore drilling into new areas like the Arctic, Atlantic and Pacific oceans would put vibrant ocean ecosystems at risk and be bad for business, threatening thriving coastal economies and lucrative industries, including tourism, recreation and fishing. Business leaders along the Atlantic coast have been vocal in their opposition to offshore drilling, and the decades-long push to drill in the Arctic has put its unique and diverse ecosystem at risk, cost tens of billions of dollars and created significant controversy without profitable results.

It remains unclear whether opening up the remote Chukchi and Beaufort Seas for leasing would attract any bids. After Shell spent more than $7 billion to lease and drill an uneconomic well, other major oil companies have dropped plans to drill in the region.

Sources: The Washington Post & Alaska Dispatch News.

Puits de forage exploratoire de la compagnie Shell dans la mer des Tchouktches (Source : Polar News)