Le Popocatepetl (Mexique) en 3D // 3D images of Popocatepetl (Mexico)

Le Popocatépetl est l’un des volcans les plus actifs et des plus dangereux d’Amérique car il est situé à proximité de zones densément peuplées. En particulier, le volcan se trouve à seulement 70 kilomètres au sud-est de Mexico, avec plus de 20 millions de personnes sous la menace des nuages de cendres et de débris volcaniques. Haut de 5 426 mètres, c’est le deuxième plus haut sommet du Mexique.

Crédit photo: CENAPRED

El Popo est en activité quasi continue depuis 1994. Son niveau d’alerte est actuellement à la couleur Jaune Phase 2. On observe des panaches de gaz et de cendres qui s’élèvent à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sommet, avec parfois des retombées de cendres sur les zones sous le vent. L’accès au sommet est strictement interdit en raison du danger permanent et de son imprévisibilité.

Vue du cratère du Popocatepetl

Pour essayer de mieux anticiper l’activité du volcan, un groupe de chercheurs a cartographié avec précision l’intérieur de l’édifice volcanique. Pendant cinq ans, des spécialistes de l’Université nationale autonome de Mexico ont gravi les pentes du volcan, transportant des kilos de matériel. L’objectif était d’installer de nouveaux sismomètres sur les pentes du Popo pour collecter une importante quantité de données sismiques.

J’ai déjà consacré une note à cette étude le 31 décembre 2025, mais je trouve qu’elle mérite qu’on s’y attarde.

L’intelligence artificielle (IA) pour mieux comprendre le Popocatepetl (Mexique) // Artificial intelligence (AI) to better understand Popocatepetl (Mexico)

 

On enregistre régulièrement des épisodes de trémor sur le volcan, liés aux mouvements du magma et de la circulation des gaz et de l’eau en profondeur. Ce sont autant de petits signaux sismiques captés par les instruments de mesure et qui renferment de précieux indices sur la structure interne du volcan.

 Sismogramme et spectrogramme d’un épisode de trémor harmonique sur le Popo en décembre 2000 (Source : AGU Publications)

Les chercheurs ont fait intervenir l’intelligence artificielle (IA) dans le traitement de ces signaux. Comme l’a précisé une scientifique de la mission, « on a appris à la machine quels étaient les différents types de trémor sismique que l’on peut avoir sur El Popo. » L’algorithme a ensuite pu de lui-même cataloguer les données obtenues et les « traduire » en matière de matériaux, d’état, de température et de profondeur.

Ces résultats ont alors permis aux chercheurs de construire une image 3D de l’intérieur du volcan, jusqu’à 18 kilomètres sous le cratère, rendant visibles les différents conduits volcaniques et la distribution des réservoirs magmatiques. Ils devraient être publiés sous peu et être utiles aux autorités pour la prévention du risque volcanique.

Source : Phys.org

Ce n’est pas la première fois que des scientifiques réussissent à obtenir des images de l’intérieur d’un volcan. Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, la muographie – qui s’appuie sue les particules cosmiques – a permis d’obtenir des images de volcans comme la Soufrière de la Guadeloupe, du sommet du Stromboli et de volcans japonais. Reste à comprendre comment le magma se comporte dans le système d’alimentation. Cela suppose une étude approfondie des gaz qui sont le moteur des éruptions.

Intérieur de la Soufrière de la Guadeloupre (Source : CNRS / Projet Diaphane)

————————————————-

Popocatépetl is one of the most active and dangerous volcanoes in the Americas because it is located near densely populated areas. In particular, the volcano is only 70 kilometers southeast of Mexico City, with more than 20 million people under threat from clouds of ash and volcanic debris. At 5,426 meters, it is the second highest peak in Mexico.

El Popo has been almost continuously active since 1994. Its alert level is currently Yellow Phase 2. Plumes of gas and ash are observed rising several hundred meters above the summit, with ashfall sometimes occurring in downwind areas. Access to the summit is strictly prohibited due to the constant danger and its unpredictability.

To try to better anticipate the volcano’s activity, a group of researchers has precisely mapped the interior of the volcanic edifice. For five years, specialists from the National Autonomous University of Mexico climbed the slopes of the volcano, carrying kilograms of equipment. The goal was to install new seismometers on the slopes of El Popo to collect a significant amount of seismic data. Tremor episodes are regularly recorded on the volcano, linked to the movement of magma and the circulation of gases and water deep underground. These are small seismic signals captured by the measuring instruments, containing valuable clues about the volcano’s internal structure.

The researchers used artificial intelligence (AI) to process these signals. As one of the mission’s scientists explained, « We taught the machine the different types of seismic tremors that can occur on El Popo. » The algorithm was then able to automatically catalog the data obtained and « translate » it into terms of materials, state, temperature, and depth. These results allowed researchers to construct a 3D image of the volcano’s interior, extending up to 18 kilometers below the crater, revealing the various volcanic conduits and the distribution of magma reservoirs. These results should be published shortly and will be useful to authorities for volcano risk prevention.

Source: Phys.org.

This is not the first time scientists have succeeded in obtaining images of the interior of a volcano. As I mentioned in previous posts, muography—which relies on cosmic particles—has made it possible to obtain images of volcanoes such as La Soufrière in Guadeloupe, the summit of Stromboli, and Japanese volcanoes. It remains to be understood how magma behaves within the supply system. This requires a thorough study of the gases that drive the eruptions.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : l’éruption continue // The eruption continues

Au vu de la faible sismicité et des hésitations de la lave à percer la surface, je faisais partie de ceux qui pensaient que l’éruption du Piton de la Fournaise serait l’affaire de quelques jours seulement. Certes, ce n’est pas un événement de grande envergure mais la lave ne cesse de s’écouler depuis le 13 février 2026.

L’OVPF nous explique qu’un seul site éruptif reste actuellement actif sur le flanc sud-sud-est du volcan. Le cône éruptif continue de se refermer progressivement. De ce fait, peu de projections dépassent désormais le sommet du cône. L’activité effusive se situe actuellement en tunnel de lave. Cette dernière débouche pour former des coulées dans la partie haute des Grandes Pentes. Elles se développent à la fois sous forme de lave a’ā et en coulée pāhoehoe à la sortie des tunnels actifs. Dans les Grandes Pentes, le front du bras sud de la coulée la plus active était situé le 6 mars matin à environ 4 km de la RN2, à une altitude de 1175 m. En bas des Grandes Pentes, le front du bras de coulée le plus en aval reste figé à environ 2,6 km de la RN2, à une altitude de 660 m. La route n’est donc pas menacée.

Schéma et photo : OVPF

L’activité sismique reste faible sur le volcan. La probabilité d’ouverture de nouvelles fissures éruptives reste donc faible à court terme. À noter tout de même que par le passé des fissures éruptives se sont ouvertes au cours d’une éruption sans signaux avant-coureurs.

La reprise de l’inflation de l’édifice est désormais bien établie. Elle indique une remise en pression du système d’alimentation magmatique, possiblement liée à une recharge en magma du réservoir superficiel.

Le trémor éruptif est relativement stable, avec quelques pics d’amplitude probablement liés à des variations de dégazage ou à des évolutions morphologiques du cône éruptif.

Les débits en surface, estimés à partir des données satellites, présentent des valeurs comprises entre 1 et 15 m3/s. Le 4 mars 2026 , le volume de lave émis depuis le début de l’éruption était estimé à 10 millions de mètres cubes.

 Estimation des débits de lave en surface (m3/s) à partir des données satellitaires (OPGC-Université Clermont Auvergne)

L’accès à l’Enclos reste interdit.

Source : OVPF.

—————————————————

Given the low seismic activity and the lava’s reluctance to break through the surface, I was among those who thought the eruption of Piton de la Fournaise would only last a few days. While it’s not a major event, lava has been flowing continuously since February 13, 2026.

The OVPF explains that only one eruptive site remains active on the south-southeast flank of the volcano. The eruptive cone continues to close gradually. As a result, few ejecta now rise above the cone’s summit.

The effusive activity is currently confined to lava tubes. It emerges to form flows in the upper part of the Grandes Pentes and develops both as a’ā lava and as pāhoehoe flows at the exit of the active tubes. In the Grandes Pentes area, the front of the furthest lava flow remains stationary approximately 2.6 km from the RN2 highway and at an altitude of 660 m. The road is not threatened.
Seismic activity remains low on the volcano. The probability of new eruptive fissures opening therefore remains low in the short term. It should be noted, however, that in the past, eruptive fissures have opened during eruptions without any warning signs.
The resumption of inflation of the volcano is now well established. This indicates a repressurization of the magma supply system, possibly linked to magma recharge of the shallow reservoir.
The eruptive tremor is relatively stable, with some amplitude peaks likely related to variations in degassing or morphological changes in the eruptive cone.
Surface flow rates, estimated from satellite data, range from 1 to 15 m³/s. On March 4, 2026, the volume of lava emitted since the start of the eruption was estimated at 10 million cubic meters.

Access to the Enclos is still prohibited.

Source: OVPF.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : le point sur l’éruption // Update on the eruption

On en parle peu ces jours-ci, mais l’éruption du Piton de la Fournaise,débutée le 13 février 2026, se poursuit. Ce n’est certes pas un événement de grande envergure, mais il est toujours intéressant d’observer le comportement d’un volcan en éruption. Ces observations sont essentielles pour comprendre le comportement du système d’alimentation.

Un seul site éruptif reste actuellement actif sur le flanc sud-sud-est du volcan avec des fontaines toujours visibles depuis le Piton de Bert. Les projections de lave ont édifié un cône qui est maintenant fermé latéralement.

Avec la fermeture latérale du cône, une importante activité en tunnel de lave est désormais établie en aval du cône. C’est un comportement classique de la lave dans ce genre de situation. Les résurgences de coulées se concentrent en aval du site éruptif et en amont du cassé des Grandes Pentes où le champ de lave s’élargit et s’épaissit. Le front de la coulée de lave, quant à lui, reste figé à une altitude de 660 m, à environ 2,6 km de la RN 2 qui n’est pas menacée.

On observe depuis quelques jours une reprise de l’inflation de l’édifice volcanique. Cela signifie probablement une remise en pression du système d’alimentation magmatique, liée à une recharge en magma du réservoir superficiel.

L’OVPF précise que l’activité sismique reste faible et que le trémor éruptif reste relativement stable et présente une valeur globalement faible. La probabilité d’ouverture de nouvelles fissures éruptives reste donc faible à court terme mais l’OVPF invite à la vigilance. En effet, les premiers signes d’une possible re-pressurisation pourraient augmenter cette probabilité. Il ne faudrait pas oublier que par le passé, des fissures éruptives se sont ouvertes au cours d’une éruption sans signaux avant-coureurs, comme en août 1998, juillet 1999, octobre 1999, décembre 2006 et mars 2019. En effet, la propagation du magma à faible profondeur peut se produire de manière asismique notamment lorsque le magma est déjà dégazé.

Le débit de lave en surface, estimé à partir des données satellitaires, se situe à des valeurs comprises entre 1 et 10 m3/seconde. A noter que ces estimations sont approximatives car elles varient en fonction de la couverture nuageuse.

L’Enclos reste interdit d’accès.

Source : OVPF.

——————————————–

It is not getting much attention these days, but the eruption of Piton de la Fournaise, which began on February 13, 2026, is still ongoing. While not a major event, observing the behavior of an erupting volcano is always interesting. These observations are essential for understanding the behavior of the volcano’s supply system.

Only one eruptive site remains active on the south-southeast flank of the volcano, with fountains still visible from Piton de Bert. The lava ejections have built a cone that is now laterally closed. With the lateral closure of the cone, significant lava tube activity has been established downslope. This is typical lava behavior in this type of situation. The lava flows are concentrated downslope of the eruptive site and upslope of the Grandes Pentes rupture, where the lava field widens and thickens. The lava flow front remains stationary at an altitude of 660 m, approximately 2.6 km from the RN 2 highway, which is not threatened.

A resumption of inflation of the volcanic edifice has been observed for the past few days. This likely indicates a repressurization of the magma supply system, linked to magma recharge of the shallow reservoir.

The OVPF specifies that seismic activity remains low and that the eruptive tremor remains relatively stable and low. The probability of new eruptive fissures opening therefore remains low in the short term, but the OVPF urges vigilance. Indeed, the first signs of possible repressurization could increase this probability. It should not be forgotten that in the past, eruptive fissures opened during eruptions without warning, as in August 1998, July 1999, October 1999, December 2006, and March 2019. Indeed, the propagation of magma at shallow depths can occur aseismically, particularly when the magma has already degassed.

The surface lava flow rate, estimated from satellite data, ranges from 1 to 10 m³/second. It should be noted that these estimates are approximate, as they vary depending on cloud cover.

Access to the Enclos is still prohibited.

Source: OVPF.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : poursuite de l’éruption // The eruption continues

L’éruption du Piton de la Fournaise se poursuit tranquillement, comme le montre la faible amplitude du trémor éruptif qui poursuit régulièrement son déclin. Une seule bouche éruptive reste active sur le flanc sud-sud-est, avec un cône en formation d’environ 15 m de hauteur. L’OVPF précise que ce cône reste ouvert, permettant à la lave de s’écouler librement. Le front de coulée est toujours figé à environ 2,6 km de la RN2 qui n’est donc pas menacée. .

Une sismicité persistante est enregistrée sous le sommet, signe que le système reste sous pression et que le volcan n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Dans la mesure où l’éruption n’est pas terminée, l’Enclos reste fermé au public.

 Schéma montrant les débits de lave en surface (m3/s) entre le 13 février et le 17 février 2026 (Source : données satellites de la plateforme HOTVOLC (OPGC-Université Clermont Auvergne).

————————————————–

The eruption of Piton de la Fournaise continues quietly, as evidenced by the low amplitude of the eruptive tremor, which is steadily declining. Only one eruptive vent remains active on the south-southeast flank, with a cone approximately 15 meters high. The OVPF specifies that this cone remains open, allowing lava to flow freely. The lava flow front is still stationary about 2.6 km from the RN2 highway, which is therefore not threatened.
Persistent seismic activity is recorded beneath the summit, indicating that the system remains under pressure and that the volcano may not have yet exhausted its potential. As the eruption is ongoing, the Enclos remains closed to the public.