Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft

Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft – Titre original : The Fire Within: A Requiem for Katia and Maurice Krafft – est un film de 81 minutes écrit et réalisé par Werner Herzog. Après avoir été diffusé pour la première fois en France le 24 septembre 2022, il est sorti en salle le 18 décembre 2024.

Le site AlloCiné décrit le film-documentaire en ces termes : « En s’emparant des captivantes archives cinématographiques des illustres volcanologues Katia et Maurice Krafft, Werner Herzog célèbre avec force et poésie la vie, brutalement interrompue en 1991, de deux chercheurs et preneurs d’images à l’œuvre unique. Trente ans plus tard, ce film redonne vie à leurs images époustouflantes et rend hommage à ce couple légendaire. »

Ceux qui ont assisté aux séances de Connaissances du Monde ne peuvent oublier la prestation de Maurice Krafft qui savait transmettre sa passion avec fougue et faisait entrer directement au cœur des volcans.

À mes yeux Maurice Krafft et Haroun Tazieff restent les meilleurs vulgarisateurs de la volcanologie dans notre pays. Je ne peux oublier la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner couronnant les explosions de l’Etna dans « Les rendez-vous du Diable » de Tazieff , ou les Carmina Burana de Carlf Orff accompagnant les colères de la Terre chez Maurice Krafft.

Le Ciné-Bourse de Saint Junien (Haute Vienne) m’a demandé de présenter le film le mardi 4 février 2025 à 20h30, mission que j’ai volontiers acceptée.

Je vous donne donc rendez-vous à cette date pour un festin d’images volcaniques.

Voici la bande-annonce du film :

https://www.dailymotion.com/video/x9azs1m

Crédit photo: Wikipedia

La montre de Maurice indique la fin de leur histoire (Photo: C. Grandpey)

 

 

L’or de l’Erebus (Antarctique) // Mount Erebus’ gold (Antarctica)

On peut lire ces jours-ci dans la presse plusieurs articles expliquant que le mont Erebus (3 794 m) en Antarctique émet de l’or, mais personne ne se précipitera sur le Continent blanc car les particules d’or font partie des panaches de gaz émis par le volcan. En fait, cette découverte de l’or remonte à 1991 et a été faite pour la première fois par des géologues américains, avant d’être récemment confirmée par d’autres scientifiques. .
En 1991 et en 2024, des chercheurs ont détecté des particules d’or dans les gaz volcaniques émis par l’Erebus, ainsi que dans la neige environnante. Les dernières évaluations indiquent que la production quotidienne d’or est d’environ 80 grammes, et semble confirmer ce qui a été observé en 1991. Cette quantité équivaut à une somme de 6 000 dollars. Cependant, l’or et les autres ressources minérales de l’Antarctique ne devraient jamais être exploités en vertu du Protocole de Madrid adopté en 1991 et entré en vigueur en 1998. Il vient compléter le Traité sur l’Antarctique de 1959 et désigne le continent blanc comme « une réserve naturelle dédiée à la paix et à la science. »
Les particules d’or de l’Erebus proviennent probablement de roches volcaniques. Selon les dernières observations, elles mesurent « entre 0,1 et 20 micromètres » dans les gaz et « 60 micromètres » dans la neige environnante.
L’Erebus fait partie des 138 volcans recensés en Antarctique. Avec l’Île de la Déception, c’est l’un des deux volcans actifs de la région (voir ma note du 11 avril 2024). Situé sur l’île de Ross, il est rarement visité car son accès est compliqué. Les premières missions françaises ont été réalisées entre 1973 et 1978 par Haroun Tazieff et son équipe. Ils ont tenté de descendre au fond du cratère pour prélever des échantillons de lave mais ont échoué en raison de l’hyperactivité du volcan qui présentait trop de risques. Tazieff a raconté l’histoire de ces missions dans plusieurs ouvrages : Erebus, volcan antarctique (Ed. Arthaud, 1978) et Erebus, volcan de l’Antarctique (Ed. Actes Sud, 1994).
Une autre mission a été organisée par Jean-Louis Etienne de décembre 1993 à mars 1994. Malheureusement, la banquise de la mer de Ross était quasiment infranchissable et il a fallu plus de trois semaines à la mission pour arriver au pied du volcan. Après dix jours d’ascension jusqu’au sommet du cratère, une nouvelle déception attendait les scientifiques. Le cratère avait été bouleversé par des explosions et des effondrements. Tout au fond, le lac de lave s’est révélé inaccessible. Seules quelques photos de la lave ont pu être prises avec un puissant téléobjectif. Jean-Louis Etienne a décrit l’expédition dans son livre Expédition Erebus (Ed. Arthaud, 1994).

Cratère de l’Erebus (Crédit photo: Wikipedia)

Cristal d’anorthoclase et échantillon du lac de lave de l’Erebus prélevés par l’équipe Tazieff (Photo: C. Grandpey / Collection personnelle)

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One can read several artticles these days explaining that Mount Erebus (3,794 m) in Antarctica is emitting gold. However nobody is going to oprn a mine on the continentbecause the gold particles are contained in the gas plumes emitted by the volcano. In fact this discovery of gold dates back to 1991 and was first made by American geologists and recently confirmed by other scientists. .

Both in 1991 and 2024, researchers have detected gold particles in the volcanic gases emitted by the volcano, as well as in the surrounding snow. The latest evaluations suggest the daily output of gold is about 80 grams, which appears to be consistent with what was observed back in 1991. This is worth $6,000. However, Antarctica’s gold and other mineral resources should never be exploited under the Madrid Protocol adopted in 1991 and enforced in 1998. It complemented the 1959 Antarctic Treaty and designates the White Continent as a “natural reserve dedicated to peace and science. ”

The gold particles on Mount Erebus likely originate from volcanic rock. According to the latest observations, they measure ‘between 0.1 and 20 micrometers’ in the volcanic gases and ’60 micrometers’ in the surrounding snow.

This volcano is among Antarctica‘s 138 active volcanoes. Together with Deception Island, it is one of the two active volcanoes in the region (see may post of 11 April 2024). Located on Ross Island, it is rarely visited because its access is complicated. The first French missions was performed between 1973 and 1978 by Haroun Tazieff and his team that attempted to descend to the bottom of the crater to take lava samples. They failed due to dangerous hyperactivity of the volcano. Tazieff told the story of these missions in several books : Erebus, volcan antarctique (Ed. Arthaud, 1978) and Erebus, volcan de l’Antarctique (Ed. Actes Sud, 1994)

Another mission was organised by Jean-Louis Etiennev from December 1993 to March 1994. Unfortunately, the icepack in the Ross Sea was almost impassable and it took the mission more than three weeks before arriving at the foot of the volcano. After ten days of climbing to the top of the crater, a new disappointment awaited the scientists. The crater had been ripped open by explosions and collapses. At the very bottom, the lava lake proved inaccessible. Only a few fotos of the lava could be made with a powerful telelens. Etienne described the expedition in his book Expédition Erebus (Ed. Arthaud, 1994).

11 mars 1669 : début d’une grande éruption de l’Etna (Sicile) // March 11th, 1669 : start of a major eruption on Mt Etna (Sicily)

Ce 11 mars marque l’anniversaire du début de l’éruption de 1669 sur l’Etna. Il s’agit d’une éruption majeure qui a menacé la ville de Catane. Une bouche s’est ouverte à 800 mètres d’altitude près de la bourgade de Nicolosi et a donné naissance aux Monti Rossi. La lave a atteint Catane le 16 avril et a détruit une grande partie de la ville avant de se jeter dans la mer.

Fresque montrant l’éruption de 1669. On peut l’admirer dans la cathédrale de Catane (Photo: C. Grandpey)

Cette éruption a été rendue célèbre par la première tentative de détournement d’une coulée de lave. Malgré le peu de moyens dont disposait la population au 17ème siècle, elle eut un certain succès. Une cinquantaine d’hommes, dirigés par Diego Pappalardo et protégés de la chaleur par des peaux de vache mouillées, creusèrent une brèche dans le mur de lave brûlante bordant un côté de la coulée. Une partie du flot de lave s’échappa par la brèche et s’engagea dans une direction légèrement différente, ce qui réduisit le volume de lave en direction de Catane.

Le problème, c’est qu’en prenant cette nouvelle direction, la lave menaçait la bourgade de Paterno, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Catane. Les habitants estimèrent que le nouveau cours emprunté par la lave les menaçait et quelque 500 personnes prirent des armes et mirent en fuite les hommes qui avaient ouvert la brèche. Cette dernière, n’étant plus entretenue fut bientôt colmatée par de la lave solidifiée et la coulée reprit la direction de Catane. L’éruption, commencée le 11 mars, ne s’arrêta qu’en juillet.

Haroun Tazieff m’a expliqué un jour les problèmes juridiques provoqués par le détournement d’une coulée de lava. Des territoires autrement épargnés peuvent être recouverts et rendus inutilisables par la lave. La dernière tentative de détournement de la lave sur l’Etna a eu lieu en 1983. A noter l’ « opération thrombose » tentée au cours de l’éruption de 1991-1993 dont le but était d’obstruer les tunnels de lave avec des blocs de béton.

Photo: C. Grandpey

J’ai écrit une note sur les différentes tentatives de détournement d’une coulée de lave :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/12/19/detournement-des-coulees-de-lave-diversion-of-lava-flows/

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Today March 11th, 2024 marks the anniversary of the start of the 1669 eruption on Mt Etna. This was a major eruption that threatened the city of Catania. A vent opened at 800 meters above sea level near the town of Nicolosi and built the Monti Rossi. Lava reached Catania on April 16th and destroyed much of the city before flowing into the sea.
This eruption was made famous by the first attempt to divert a lava flow. Despite the limited means available to the population in the 17th century, it had a certain success. About fifty men, led by Diego Pappalardo and protected from the heat by wet cowhides, dug a breach in the wall of burning lava bordering one side of the flow. Some of the lava flow escaped through the gap and went in a slightly different direction, which reduced the volume of lava heading towards Catania.
The problem was that while taking this new direction, the lava threatened the town of Paterno, about fifteen kilometers northwest of Catania. The inhabitants thought that the new course taken by the lava might threaten their town and some 500 people took up weapons and chased the men who had opened the breach which was soon blocked by solidified lava and the flow returned to Catania. The eruption, which began on March 11th, did not stop until July.
Haroun Tazieff once explained to me the legal problems caused by the diversion of a lava flow. Otherwise untouched territories can be covered and rendered unusable by lava. The last attempt to divert lava on Mt Etna took place in 1983. Note the « thrombosis attempt » during the 1991-1993 eruption, the aim of which was to block the lava tunnels with concrete blocks.

Iwrote a post on the different attempts to divert a lava flow:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/12/19/detournement-des-coulees-de-lave-diversion-of-lava-flows/

Réchauffement climatique : prophéties de 1977 et 1979

J’ai expliqué à plusieurs reprises sur ce blog que, selon moi, la rupture climatique et la transition vers le réchauffement de notre planète se sont produites autour de l’année 1975. C’est ce que j’ai conclu en observant des photos de glaciers alpins prises par mon père à partir des années 1950 et les miennes prises un peu plus tard au cours du 20ème siècle.

Un document appartenant aux archives de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et réalisé en 1977 confirme mes conclusions. Vous le trouverez en cliquant sur ce lien :

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/le-rechauffement-climatique-explique-en-1977?fbclid=IwAR3ZVaOGALbnMwBeNesGbqLujHTki_aUkGOmmboxw8VaNEYYHmZpEXeRl7c

En 1977 des calculs ont montré que la quantité de gaz carbonique (CO2) augmentait de façon sensible à cause des charbons et des hydrocarbures brûlés dans le monde. Ces derniers libéraient à l’époque quelque 20 milliards de tonnes de CO2 par an, une quantité que les océans et la végétation ne pouvaient absorber dans sa totalité. La teneur de l’air en CO2, qui était de 290 parties par million (ppm) à la fin du 19ème siècle, atteignait 330 ppm en 1977. Le document de l’INA ajoute qu’elle pourrait atteindre 400 ppm vers l’an 2010 si la consommation de gaz et de charbon gardait le même rythme. Rappelons que le 31 décembre 2022, les concentrations atteignaient 419,25 ppm !

Le document de l’INA explique clairement le processus de l’effet de serre auquel s’ajoute la chaleur libérée par les activités humaines dont une bonne partie se répand dans l’air ou dans l’eau. Il ne faut pas négliger, non plus, l’effet produit par la mise en valeur des terres incultes, le défrichement et l’urbanisation qui modifient le pouvoir réfléchissant de grandes étendues de terrain.

Patrick Brochet, chef du Service météorologie de la Météo nationale en 1977, estimait que le réchauffement du climat envisageable serait de l’ordre de 1 degré avec des conséquences à peine perceptibles.

Répondant au journaliste qui lui demandait quelles seraient les conséquences d’un réchauffement de l’ordre de 3 à 5 degrés, le météorologue n’entrevoyait pas cette possibilité, mais déclarait tout de même : «Il y aurait alors fusion de la calotte glaciaire, peut-être disparition des glaces au Pôle Nord, augmentation du niveau des océans avec une inondation des terres basses».

D’après les données de la NASA, par rapport à la période 1950-1980, la hausse des températures au niveau mondial atteint déjà plus de 1°C, un chiffre qu’il faut prendre avec prudence car cette moyenne cache des disparités, notamment au niveau des pôles. On sait, par exemple, que l’Arctique se réchauffe plus vite que le reste de la planète.

Ce document me rappelle l’émission de télévision du 4 septembre 1979 pendant laquelle Haroun Tazieff expliquait que le réchauffement climatique était dû à la pollution industrielle qui créait un effet de serre. Ce dernier, à terme, ferait monter le niveau des océans. Jacques-Yves Cousteau pensait, lui, que la végétation et les océans corrigeraient cet effet naturellement. L’avenir lui donnera tort. A noter que le glaciologue Claude Lorius qui participait au débat, confirmait les 20 milliards de tonnes de CO2 émis chaque année par les activité industrielles dans les années 1970.

Vous accéderez à l’émission en cliquant sur ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=tPjHLRYZiHM

Ces images de la Mer de Glace montrent l’accélération du réchauffement climatique au cours des dernières décennies :

La Mer de Glace en 1955 (Photo: G. Grandpey)

La Mer de glace dans les années 1980 (Photo: C. Grandpey)

La Mer de Glace au cours de l’été 2022 (Image webcam)