Prévision volcanique et principe de précaution

Heureusement qu’il y a le principe de précaution. Côté prévision éruptive, ça patauge un peu depuis quelque temps.

Sur l’Ile de la Réunion, on nous annonçait une éruption « imminente » du Piton de la Fournaise depuis le mois de décembre 2019. Tous les ingrédients étaient présents pour que le volcan se manifeste à nouveau, mais son humeur n’était pas éruptive à ce moment-là. Il a fallu attendre le 10 février 2020 pour que la lave montre le bout de son nez, avant de disparaître quelques jours plus tard..

Comme je l’expliquais précédemment, la prévision éruptive n’a qu’une importance relative à la Réunion dans la mesure où les éruptions se déroulent en général dans l’Enclos Fouqué qui est une zone désertique.

Le seul principe de précaution consiste, pour la Préfecture, à interdire l’accès de l’Enclos aux randonneurs. La mesure est facile à appliquer étant donné que l’entrée dans le site se fait par un portail qu’il suffit de cadenasser.

Le Piton de la Fournaise constitue surtout un excellent laboratoire pour étudier le comportement (fantasque !) d’un volcan.

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En Islande, l’activité sismique sur la Péninsule de Reykjanes a décontenancé les scientifiques de l’Icelandic Met Office (IMO). Ces derniers sont habitués à voir des essaims sismiques faire frissonner la péninsule de temps à autre. Le phénomène est prévisible et facile à comprendre étant donné le contexte tectonique dans lequel se situe l’Islande.

Le problème, c’est que depuis quelques semaines on enregistrait une inflation de plusieurs centimètres dans un secteur de la péninsule. Annonçait-elle une prochaine éruption ? L’IMO faisait état d’une possible intrusion magmatique, démentie quelques jours plus tard. Autrement dit, personne ne savait ce qui allait se passer.

Contrairement à l’Enclos Fouqué à la Réunion, le Péninsule de Reykjanes est habitée, même si la densité de population n’est pas énorme. De plus, en cas d’éruption, l’aéroport international de Keflavik, situé à quelques encablures de la péninsule, pourrait être impacté par des nuages de cendre.

La prévision sismique ou éruptive étant impossible, les autorités islandaises ont mis en place le principe de précaution et demandé aux habitants de se tenir prêts à une évacuation en cas d’éruption. Il leur a été vivement conseillé d’être attentifs aux messages d’alerte susceptibles d’être envoyés sur leurs smartphones.

A ce jour, aucune éruption ne s’est produite sur la Péninsule de Reykjanes.

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Aux Philippines, le volcan Taal a montré, lui aussi, les difficultés de la prévision éruptive. Le PHIVOLCS n’a pas prévu l’éruption qui a débuté le 12 janvier 2020 avec des panaches de vapeur et de cendre qui sont montés à 10-15 km de hauteur. L’Institut a immédiatement relevé le niveau d’alerte à 4 (éruption dangereuse éruption imminente), sur une échelle de 5 échelons. Aux Philippines, tous les ingrédients étaient présents pour que se produise une puissante éruption (sismicité, gonflement de l’édifice volcanique, intensification des émissions gazeuses), mais l’événement majeur attendu ne s’est (heureusement) jamais produit.

Le PHIVOLCS a constamment conseillé aux autorités d’évacuer sur une vaste zone les populations menacées par le Taal. Le principe de précaution a bien fonctionné et le 19 janvier 2020, 96 000 personnes avaient quitté leurs domiciles.

A la mi-février 2020, le niveau d’alerte pour le Taal est redescendu à 2, ce qui a permis à un grand nombre de personnes de quitter les structures d’hébergement provisoires.

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Le 9 décembre 2019, le cratère de White Island (Nouvelle Zélande) explosait, projetant des nuages de cendre, d’eau et de vapeur acides à haute température. Une quarantaine de touristes se trouvaient dans le cratère au moment de l’éruption et 21 personnes ont péri, soit immédiatement, soit des suites de leurs très graves brûlures.

Au moment de l’événement ; le niveau d’alerte était à 2 sur une échelle de 5 : « Moderate to heightened volcanic unrest [Activité volcanique modérée à élevée] .» Selon les volcanologues néo-zélandais, on avait affaire à une “activité volcanique pouvant conduire à un danger éruptif,” le type même de mise en garde vague que l’on rencontre sur tous les volcans actifs de la planète. Aucune éruption ou explosion majeure n’était prévue le 9 décembre 2019, même si le volcan présentait des signes d’activité.

C’est une fois la catastrophe passée que l’on se demande ce qu’il aurait fallu faire, comment on aurait prévenir un tel événement éruptif. La mesure la plus radicale était, bien sûr, d’interdire totalement l’accès à un volcan potentiellement dangereux. La poussée de plus en plus forte du tourisme de masse rend la mise en place d’une telle mesure extrêmement difficile. On aurait pu, aussi, limiter l’accès du cratère à des petits groupes, et éviter ainsi qu’une quarantaine de personnes se fasse surprendre.

Pour le moment, l’accès à White Island est interdit et il risque fort de le rester pendant longtemps. Le traumatisme subi par les Néo-Zélandais sera long à évacuer.

Panache éruptif du Taal (Source: Disaster Risk Reduction Management Council)

Le cratère de White Island après l’explosion (Source: Helicopter Rescue Trust)

 

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

Des panaches de vapeur continuent de monter jusqu’à 300 m au-dessus du Main Crater du Taal (Philippines). Les émissions de SO2 sont faibles, avec un maximum de 116 tonnes par jour. Selon le centre de gestion des catastrophes (DROMIC), il y a encore 17 088 personnes dans 110 centres d’évacuation, et 211 729 autres personnes ont trouvé refuge ailleurs, chez des parents ou des amis. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 0 à 5).
PHIVOLCS.

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La sismicité a diminué sur le Shishaldin (Aléoutiennes / Alaska) au cours de la semaine dernière pour atteindre des niveaux à peine supérieurs à la normale. De plus, les vues satellites du volcan sur la même période montrent une baisse des températures de surface au sommet. L’activité éruptive semble avoir pris fin ou marque une pause. En raison de cette baisse d’activité, la couleur de l’alerte aérienne a été abaissée à YELLOW (Jaune) et le niveau d’alerte volcanique à AVSISORY (surveillance conseillée). .
Cependant, il est possible que l’activité éruptive reprenne sans prévenir..
Source: AVO.

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L’Instituto Geofisico du Pérou (IGP) demande instamment aux touristes de rester à l’écart des volcans Ubinas et Huaynaputina car des lahars sont observés sur ces deux volcans.
La station de l’Ubinas a enregistré le 11 février 2020 une sismicité associée à un lahar modéré sur le flanc sud-est du volcan, à environ 2 km de la ville d’Ubinas.
Un lahar a également été enregistrés sur le volcan Huaynaputina, à 30 km au sud d’Ubinas. La coulée de boue a dévalé le versant sud. Il est à noter que les flancs de ce volcan sont recouverts d’épais dépôts de cendres laissés par une forte éruption (VEI 6) en 1600. L’événement a produit près de 30 km3 de tephra qui sont remobilisés par les fortes pluies.

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Selon le site Internet The Watchers, les photos prises par le satellite Copernicus Sentinel-2 le 3 février 2020, montrent une signature thermique modérée sur l’Ol Doinyo Lengai (Tanzanie). Cela laisse supposer que des émissions de natrocarbonatite ont eu lieu il y a quelques jours. Cette information n’est pas vraiment une surprise. Des expéditions récentes sur le volcan ont révélé que la lave noire s’accumulait parfois au fond du gouffre laissé par l’éruption de 2006.
Source: The Watchers.

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Après le passage de la tempête Francisco au large de l’île de la Réunion et du front pluvio-orageux qui avait perturbé le signal de tremor, le temps est à nouveau dégagé sur le Piton de la Fournaise et l’éruption est parfaitement visible depuis la RN2 dans les secteurs de Saint Philippe et Sainte Rose où la foule devrait se presser en fin de journée. La circulation promet donc d’être difficile. Attention de ne pas garer son véhicule n’importe où, sinon gare aux contraventions ! Le tremor éruptif, sans être exceptionnel, se maintient à un niveau correct. Le front de coulée, qui progresse de façon très sporadique, se situe à 600 m au dessous du cratère Marco, autour de 1900 m d’altitude, soit environ à 6,5 km de la RN2. Etant donné que le débit éruptif est relativement faible, il y a très peu de chances pour que la lave atteigne la route. Comme indiqué précédemment, au début de l’éruption deux bras de coulée étaient actifs, mais en ce moment, seul le bras orienté vers l’Est est actif.

Source : OVPF.

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Here is some news about volcanic activity around the world:

Steam plumes are still rising as high as 300 m above Taal’s Main Crater (Philippines). SO2 emissions are low, with a maximum of 116 tonnes per day. According to the disaster managing center (DROMIC) there are still 17,088 people in 110 evacuation centres, and an additional 211,729 people are staying at other locations. The alert level remains at 3 (on a scale of 0-5).

PHIVOLCS.

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Seismicity at Shishaldin Volcano (Aleutians / Alaska) has decreased over the past week to levels slightly above background. In addition, satellite views of the volcano over the same period show a decrease in surface temperatures at the summit. Eruptive activity appears to have ended or paused. Due to this decrease in activity, the aviation colour code for Shishaldin Volcano has been lowered to YELLOW and the volcanic alert level to ADVISORY.
However, it is possible for eruptive activity to resume with little warning.

Source: AVO.

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The Instituto Geofisico of Peru (IGP) is urging tourists to stay away from Ubinas and Huaynaputina volcanoes because lahars are observed on both volcanoes.

The seismic station at Ubinas recorded seismicity associated with a moderate lahar on February 11th, 2020 down the southeast flank of the volcano, about 2 km from Ubinas town.

A lahars was also recorded at Huaynaputina volcano, 30 km south of Ubinas. The lahar travelled down the southern slope. It should be noted that the outer flanks of this volcano are heavily mantled by ash deposits left by a strong eruption (VEI 6) in 1600. It produced nearly 30 km3 of tephra that have been remobilised by the heavy rains.

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According to the Watchers website, photos taken by the Copernicus Sentinel-2 satellite on February 3, 2020, show a moderate thermal signature on Ol Doinyo Lengai (Tanzania). This suggests that emissions of natrocarbonatite took place a few days ago. This piece of information is not really a surprise. Recent expeditions to the volcano have revealed that black lava sometimes accumulates at the bottom of the gap left by the 2006 eruption.
Source: The Watchers.

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After the passage of storm Francisco off Reunion Island and the rainy-stormy front which disturbed the tremor signal, the weather is again sunny on Piton de la Fournaise and the eruption can be ssen from RN2 in the Saint Philippe and Sainte Rose areas where lots of people are expected at the end of the day. Traffic therefore promises to be difficult. Be careful not to park your vehicle anywhere, otherwise beware of tickets! The eruptive tremor, without being exceptional, is still at a correct level. The flow front, which progresses very sporadically, is located 600 m below the Marco Crater, around 1900 m above sea level, or approximately 6.5 km from RN2. Since the eruptive output is quite low, lava is unlikely to reach the road. As mentioned earlier, at the start of the eruption two lava branches were active, but at the moment, only the East flow is active.
Source: OVPF.

Piton de la Fournaise (Photos: Christian Holveck)

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde.

L’éruption de White Island ( Nouvelle Zélande) le 9 décembre 2019 a fait une 21ème victime. L’une des personnes très gravement brûlées n’a pas survécu à ses blessures.

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La situation n’a pas beaucoup évolué sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) où des essaims sismiques sont toujours enregistrés. L’inflation du Mt Þorbjörn semble s’être stabilisée. Les autorités islandaises ont renforcé les mesures de surveillance et demandé à la population de se tenir prête à une évacuation en cas d’éruption.

Aux dernières nouvelles, rien n’indique que du magma se soit accumulé près de la surface aux environs de Grindavík! C’est le résultat de mesures de gaz effectuées près du volcan Þorbjörn par des scientifiques de l’Icelandic Met Office, en coopération avec le personnel de la société  HS-Orka.
Les analyses des différents échantillons d’eau aboutissent toutes au même résultat. Les mesures effectuées sur la zone par l’Icelandic Met Office révèlent en outre que l’inflation à proximité du Þorbjörn, qui atteignait 3-4 mm par jour depuis le 21 janvier 2020, a considérablement ralenti.
Comme je l’ai écrit précédemment, l’activité sismique a augmenté le 29 janvier au matin, avec deux séismes d’une magnitude supérieure à M 3,0, suivis d’un événement de M 2,7. Aucun événement sismique significatif n’a été enregistré depuis cette date.
Par mesure de précaution, les Ponts et Chaussées islandais veillent au bon état des routes autour de Grindavík. En particulier, la route à l’ouest qui longea la côte sud sera déneigée ou salée, si besoin, sept jours sur sept.
Source: Iceland Monitor.

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Le niveau d’alerte du Taal (Philippines) est maintenu à 3, sur une échelle de 5. Le Main Crater continue à émettre de volumineux panaches de vapeur qui montent à 600-800 mètres de hauteur. Les émissions de SO2 restent faibles. La sismicité a beaucoup décliné depuis le début de l’activité éruptive.

A voir sur le site de l’agence 80 Jours Voyages, une très bonne vidéo, réalisée à l’aide d’un drone, du lac de cratère du Taal où l’eau a disparu:

https://youtu.be/mCou8T69f5I

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 La sismicité s’est intensifiée après l’éruption d’environ 9 heures observée le 12 janvier 2020 sur l’île Fernandina (Galapago). L’IG a enregistré des séismes sporadiques d’une magnitude allant jusqu’à M 4,2 ainsi que de petits essaims. La plupart des événements étaient peu profonds, même si certains ont été localisés à des profondeurs supérieures à 10 km. Une déformation d’environ 35 cm a été détectée autour des fractures qui ont produit les coulées de lave du 12 janvier qui ont couvertune superficie de 3,8 kilomètres carrés.
Source: Instituto Geofisico.

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L’activité éruptive se poursuit sur l’Etna (Sicile) au niveau de la Voragine, du Nouveau Cratère Sud-Est (NCSE) et du Cratère Nord-Est (CNE). Le cône dans la Voragine produit des explosions stromboliennes dont la fréquence a augmenté et a entraîné une croissance rapide du cône. La lave avance le long du flanc S du cône et se déverse dans la Bocca Nuova adjacente, remplissant son cratère E (BN-2). L’activité du CNE se caractérise par une activité strombolienne discontinue et des émissions périodiques de panaches de cendre. Plusieurs épisodes d’émissions de cendre ont également été observés dans le NCSE.
Source: INGV.

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 L’activité éruptive reste soutenue sur l’île Nishinoshima (Japon). Le cône central continue de vomir des coulées de lave qui atteignent l’océan. La NASA a mis en ligne des images satellites montrant parfaitement la situation éruptive actuelle.

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Here is some news of volcanic activity around the world.

The White Island (New Zealand) eruption on December 9th, 2019 killed a 21st person. One of the very seriously burned people did not survive his injuries.

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The situation has not changed much on the Reykjanes Peninsula (Iceland) where seismic swarms are still recorded. Inflation of Mt Þorbjörn seems to have stabilized. The Icelandic authorities have stepped up surveillance measures and asked the population to be ready for an evacuation in the event of an eruption.

Latest news ! There is no indication of magma having accumulated near the surface of the earth in the vicinity of Grindavík! This is the result of gas measurements done near Þorbjörn mountain by specialists from the Icelandic Met Office, in cooperation with staff from HS-Orka energy company.

The analysis of water samples shows the same result. Monitoring of the area by the Icelandic Met Office furthermore reveals that inflation near Þorbjörn mountain, which had amounted to 3-4 mm a day since January 21st, 2020 has slowed down considerably.

As I put it before, seismic activity increased on Janyary 29th in the morning, with two earthquakes above M 3.0, followed by an M 2.7 event.

As a precautionary measure, the Icelandic Road Administration has increased service of roads from the town of Grindavík. The road along the south coast to the west will be ploughed or salted, if needed, seven days a week.

Source: Iceland Monitor.

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The alert level of Taal Volcano (Philippines) is kept at 3, on a scale of 5. The Main Crater continues to emit voluminous steam plumes rising up to 600-800 meters high. SO2 emissions remain low. Seismicity has declined significantly since the start of eruptive activity.

Here is a nice video shot with a drone and showing the now empty lake at Taal’s Main Crater :

https://youtu.be/mCou8T69f5I

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Seismicity increased after the 9-hour eruption on January 12th, 2020 at Fernandina (Galapago). It included sporadic earthquakes with magnitudes up to M 4.2 and small swarms. Most of the events were shallow though some were located at depths greater than 10 km. Deformation of about 35 cm was detected around the fissures that produced the 12 January lava flows which covered an area of 3.8 square kilometres.

Source: Instituto Geofisico.

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Eruptive activity continues at Mt Etna’s Voragine, New Southeast Crater (NSEC), and Northeast Crater (NEC). The cone in VOR produced Strombolian explosions which increased in frequency and resulted in rapid cone growth. Lava travels down the S flank of the cone and into the adjacent Bocca Nuova, filling the E crater (BN-2). Activity at the NEC is characterized by discontinuous Strombolian activity and periodic emissions of diffuse ash plumes. Several episodes of ash emissions have also been observed at the NSEC.

Source : INGV.

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Eruptive activity remains elevated on Nishinoshima Island (Japan). The central cone continues to emit lava flows that reach the ocean. NASA has posted satellite images perfectly showing the current eruptive situation.

Image satellite de Nishinoshima le 26 janvier 2020 ( Source : NASA)

 

Volcan Taal (Philippines) : Prévision éruptive…ou pilotage à vue ?

Au cours de ma conférence « Volcans et risques volcaniques », j’explique que, malgré les outils technologiques ultra modernes (systèmes GPS, observations satellitaires, etc) dont disposent les scientifiques, la prévision volcanique reste très aléatoire, pour ne pas dire inexistante, surtout sur les volcans gris, les plus explosifs, donc les plus dangereux. Les terres étant très fertiles, des centaines de milliers de personnes vivent sur leurs pentes ou à proximité.

Lorsqu’un événement majeur se produit, les autorités mettent en général d’emblée en place le principe de précaution. On a tiré les leçons des éruptions meurtrières du passé et on n’attend plus de savoir si le volcan va se mettre vraiment en colère pour évacuer les populations menacées. La dernière éruption du Taal aux Philippines vient confirmer cette stratégie. Il suffit d’observer le déroulement des événements pour s’en rendre compte. Examinons les bulletins d’information émis par le PHIVOLCS (Philippine Institute of Volcanology and Seismomogy) pendant les jours qui ont précédé le réveil du volcan.

Dans un bulletin émis le 8 janvier 2020 à 8 heures du matin, le PHIVOLCS indiquait que le réseau sismique du Taal avait enregistré 29 séismes d’origine volcanique au cours des dernières 24 heures. Les dernières mesures effectuée début janvier révélaient une légère baisse de la température du lac dans le Main Crater (cratère principal), de 31.6°C à 31.5°C. On observait aussi une baisse du niveau de l’eau de 0.34 mètre, contre 0.27 mètre précédemment. L’acidité de l’eau avait augmenté et était passée d’un pH de 2.81 à un pH de 2.75. Le réseau GPS montrait aussi une inflation du volcan, mais sans changement significatif par rapport aux mesures précédentes sur le long terme. Au vu de ces paramètres, le PHIVOLCS avait mis en place le niveau d’alerte à 1, sur une échelle de 5. Cela signifiait qu’ « une éruption dangereuse n’était pas imminente. »

Le bulletin émis le 9 janvier à 8 heures était en grande partie identique à celui de la veille.

Même son de cloche le 10 janvier au matin où le PHIVOLCS signalait toutefois deux séismes susceptibles d’avoir été ressentis par la population.

Bis repetita les 11 et 12 janvier à 8 heures. Les bulletins émis par le PHIVOLCS étaient en tout point identique à ceux des jours précédents. Le niveau d’alerte volcanique était maintenu à 1.

Changement de décor dans le bulletin du 12 janvier à 14h30 ! Le PHIVOLCS signalait des émissions de vapeur dans le Main Crater, probablement générés par une activité phréatique. Rien de vraiment significatif dans l’activité sismique et la déformation du volcan. L’Institut signalait une augmentation régulière de la teneur en CO2 de l’eau du lac de cratère depuis février 2019. Par précaution, le niveau d’alerte volcanique passait de 1 à 2 (probable intrusion magmatique pouvant conduire à une éruption).  Il était demandé à la population de ne pas s’approcher du Main Crater.

Ce même jour à 16 heures, le PHIVOLCS faisait passer le niveau d’alerte de 2 à 3 car l’activité éruptive s’intensifiait avec un panache de 1 km de hauteur et une hausse de la sismicité. L’Institut expliquait qu’il se produisait probablement une intrusion magmatique et conseillait l’évacuation des barangays (unités administratives) d’Agoncillo et Laurel dans la province de Batangas à cause du risque de coulées pyroclastiques et de tsunami.

Une heure trente plus tard, à 17h30, le niveau d’alerte passait de 3 à 4 (dangereuse éruption imminente). L’éruption s’était intensifiée depuis le précédent bulletin, avec un panache de 10 à 15 km de hauteur et des retombées de cendre vers le nord du volcan. Le PHIVOLCS notait la présence de tremor et une hausse de l’activité sismique. Des fissures s’étaient ouvertes et d’autres s’étaient agrandies. Le PHIVOLCS s’attendait à une éruption majeure « dans les prochaines heures ou les prochains jours.» En conséquence, l’Institut conseillait fortement l’évacuation totale de Volcano Island et de la population dans un rayon de 14 km du Main Crater.

L’activité éruptive s’est poursuivie les jours suivants, sans que l’on assiste toutefois à l’éruption cataclysmale annoncée par le PHIVOLCS. Le niveau d’alerte était maintenu à 4 sur 5.

Le 25 janvier 2020, sismicité, déformation de l’édifice volcanique et émissions de SO2 poursuivant leur décrue, le PHIVOLCS a décidé de ramener le niveau d’alerte à 3, sans exclure une baisse à 2 les jours suivant si la baisse d’activité se confirme. Les personnes évacuées ont été en grande partie autorisées à rentrer chez elle. Les écoles primaires et secondaires de la province de Batangas restent toutefois fermées car elles hébergent les habitants de Agoncillo et Laurel, localités qui n’ont pas été jugées suffisamment sures par l’Institut.

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Les événements que je viens de mentionner montrent que la sismicité est restée intense pendant plusieurs jours avant de décliner progressivement. La cendre a envahi Volcano Island qui, selon les autorités, est en passe de devenir un no man’s land où toute implantation de population devrait être officiellement interdite, mais on sait d’avance qu’une telle mesure sera difficile à mettre en place.

Une évacuation à grande échelle a été décrétée sur une zone d’un rayon de 14 km par rapport au Main Crater. La carte à risque du Taal montre qu’environ 460 000 personnes habitent dans cette zone. Le 21 janvier, 148 987 personnes séjournaient dans 493 centres d’évacuation, en sachant que des milliers d’autres s’étaient réfugiées chez des parents et amis ailleurs dans le pays. La population et l’armée empêchaient les habitants évacués de revenir chez eux.

Ces événements confirment que la gestion de l’éruption s’est faite au jour le jour, au vu des paramètres du moment, surtout en fonction de l’intensité du panache éruptif et des retombées de cendre. L’éruption majeure envisagée par le PHIVOLCS n’a jamais eu lieu. Le principe de précaution a toutefois permis de mettre des dizaines de milliers de personnes à l’abri d’une possible éruption de grande ampleur. Les autorités philippines avaient sûrement en tête l’éruption du Pinatubo en 1991. L’événement avait alors tué quelque 800 personnes, un bilan relativement modéré au vu de la puissance de l’éruption.

Etant donné notre incapacité à réellement prévoir l’évolution d’une éruption sur un volcan explosif de la Ceinture de Feu du Pacifique, l’adoption du principe de précaution est à mes yeux une sage décision. Les autorités philippines ont par ailleurs eu la bonne idée de décréter une évacuation à grande échelle dès le début de l’activité éruptive. En 2010, j’avais critiqué l’évacuation pas à pas décidée par les autorités indonésiennes lors de l’éruption du Mérapi et ses quelque 340 morts. Dans le cas du Taal, aucune victime n’est à déplorer à ce jour. Il est vrai que le volcan a eu la bonne idée de ne pas envoyer de coulées pyroclastiques, ce qui est une différence majeure avec l’éruption du Merapi.

Source: Disaster Risk Reduction Management Council