Nouveaux dangers liés à la fonte du permafrost // New dangers linked to permafrost melting

Le Siberian Times nous apprend que deux nématodes – ou vers ronds – ont été ramenés à la vie après être restés dans le permafrost sibérien pendant près de 42 000 ans. Les scientifiques de l’Institut des Problèmes Physico-Chimiques et Biologiques de la Science des Sols à Moscou ont pu réanimer les deux vers préhistoriques. Ils bougent et mangent après leur retour à la vie dans le laboratoire.
Les résultats, publiés dans la revue scientifique russe Doklady Biological Sciences, représentent la première preuve d’un retour à la vie d’organismes multicellulaires ayant passé une très longue période dans le pergélisol arctique.
Les nématodes sont de minuscules vers qui mesurent entre 0,1 mm et 2,5 mm de longueur et certains ont été trouvés à 1,3 km sous la surface de la Terre, ce qui est plus profond que pour tout autre animal multicellulaire. En 2016, des scientifiques allemands ont découvert une nouvelle espèce, Pristionchus borbonicus, sur l’Ile de la Réunion. Cette espèce est capable de choisir parmi cinq différents types de bouches en fonction de sa source de nourriture.
Des chercheurs de l’Université de Moscou et de l’Université de Princeton ont analysé 300 échantillons de gisements de permafrost dans l’Arctique et en ont découvert deux qui contenaient plusieurs nématodes bien conservés.
Un échantillon de permafrost a été prélevé dans un terrier d’écureuil fossile près de la rivière Alazeya dans la partie nord-est de Yakoutie en Russie, à partir de dépôts estimés à environ 32 000 ans.
L’autre échantillon de pergélisol provenait de la rivière Kolyma, au nord-est de la Sibérie, et l’âge des gisements voisins était d’environ 42 000 ans. Les vers sont des représentants de deux espèces connues: Panagrolaimus detritophagus et Plectus parvus.
https://youtu.be/Bk6g8kR4MJY

Après avoir décongelé les vers, les chercheurs les ont vus se déplacer et manger, ce qui représente la première preuve de «cryoconservation naturelle» des animaux multicellulaires. Cependant, ce n’est pas le premier exemple d’organismes qui se sont réveillés après avoir séjourné dans un environnement glacé pendant des millénaires. Déjà en 2014, des scientifiques ont découvert un virus géant, le Pithovirus sibericum, capable d’infecter les amibes du genre Amoeba. Ce virus était vieux de 30 000 ans et les chercheurs ont réussi à le ranimer, tout en provoquant une infection dans une amibe. Ils ont mis en garde à l’époque sur la capacité du pathogène à redevenir contagieux après tant de millénaires. Selon eux, c’était un avertissement montrant que le réchauffement climatique et la fonte du permafrost pouvaient faire peser de nouvelles menaces sur la vie humaine ou animale.
Source: The Siberian Times.

Dans plusieurs articles, j’ai déjà attiré l’attention sur d’autres risques liés au réchauffement de la planète et sur la fonte du pergélisol dans les régions arctiques. Des températures élevées ont causé la propagation d’une épidémie d’anthrax en 2016, avec la mort de milliers de rennes et de plusieurs personnes. La fonte du pergélisol a également provoqué de puissantes explosions de méthane.

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The Siberian Times informs us that a pair of roundworms (nematodes) has been brought back to life after they were frozen in Siberian permafrost for nearly 42,000 years. Scientists at the Institute of Physico-Chemical and Biological Problems of Soil Science in Moscow were able to resuscitate the two prehistoric worms. They are moving and eating after they came back to life in the lab.

The findings, published in the Russian science journal Doklady Biological Sciences, represent the first evidence of multicellular organisms returning to life after spending a long period in Arctic permafrost.

Nematodes are tiny worms that measure from 0.1mm to 2.5mm in length and some have been found living 1.3 km below the Earth’s surface, deeper than any other multicellular animal. In 2016, German scientists found a new species, Pristionchus borbonicus , on Reunion Island. It can develop any of five different types of mouths depending on its food source.

Researchers from Moscow State University and Princeton University analysed 300 samples of Arctic permafrost deposits and found two that held several well-preserved nematodes.

One sample was collected from a fossil squirrel burrow near the Alazeya River in the northeastern part of Yakutia in Russia, from deposits estimated to be about 32,000 years old.

The other permafrost sample came from the Kolyma River in northeastern Siberia, and the age of nearby deposits was around 42,000 years old. The worms represented two known species: Panagrolaimus detritophagus  and Plectus parvus .

https://youtu.be/Bk6g8kR4MJY

After defrosting the worms, researchers saw them moving and eating, the first evidence of ‘natural cryopreservation’ of multicellular animals. However, this is not the first case od organism to awaken after being in an icy cold environment for millenia. Earlier in 2014, scientists discovered a 30,000 year old giant amoeba infecting virus – Pithovirus sibericum  – and managed to revive it, causing an infection in an amoeba. Its discoverers had warned at the time that the pathogen’s ability to become infectious again after so many millenniums is a warning in the age of global warming that new threats to human or animal life could emerge if permafrost melted.

Source: The Siberian Times.

In several articles, I already drew attention to other risks of global warming and permafrost melting in the arctic regions. High temperatures caused the spreading of an anthrax epidemic in 2016 with the deaths of thousands of reindeer and several persons. The melting of permafrost also caused powerful methane explosions.

Nématodes prélevés dans le pergélisol à proximité de la rivière Kolyma (Source : Université de Moscou)

Cratère provoqué par une explosion de méthane en Sibérie (Crédit photo: Wikipedia)

Des bisons en Sibérie contre le changement climatique: Une idée futée? // Bison in Siberia against climate change : A smart idea ?

La semaine prochaine, douze bisons de l’Alaska vont partir pour l’Arctique russe dans le cadre d’un projet original visant à ralentir les effets du changement climatique. L’initiative vient d’un cinéaste indépendant de Haines, petite ville du sud-est de l’Alaska. Le projet fera partie d’un film sur le Parc du Pleistocène, une réserve naturelle et un centre d’études scientifiques situés en Sibérie, à 5 km environ de la ville de Chersky. Dans le Parc, les bisons cohabiteront avec des rennes, des yaks, des chevaux et d’autres herbivores qui vivaient autrefois dans la région.
Si les choses se passent comme prévu, les herbivores empêcheront la croissance des arbres et des arbustes, favorisant ainsi l’expansion des prairies. Les prairies et les plaines enneigées en hiver réfléchissent mieux le rayonnement solaire que les zones comportant des arbres et des arbustes, réduisant ainsi les impacts du changement climatique. Les troupeaux contribueront également à éliminer l’effet isolant de la neige en la piétinant, permettant au sol de rester gelé plus longtemps.
L’objectif du Parc est de faire en sorte que le permafrost ne fonde pas, de sorte que la quantité importante de carbone qu’il contient ne s’échappe pas dans l’air, ce qui aggraverait le réchauffement de la planète. Les 12 bisons sont certes un très petit pas vers la résolution d’un problème d’une grande ampleur, mais ils font partie d’une expérience qui pourrait être répétée ailleurs dans l’Arctique si elle est couronnée de succès.
Le Parc du ¨Pléistocène espère également acquérir une version moderne du mammouth laineux, à condition que les scientifiques réussissent à le recréer en modifiant le génome des éléphants. Les mammouths ont vécu à l’ère du Pléistocène – communément appelée ère glaciaire – qui s’est terminée il y a environ 12 000 ans.
Source: Anchorage Daily News.

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Twelve Alaska bison are scheduled to depart next week for the Russian Arctic to participate in an unusual experiment to slow climate change. The initiative comes from an independent filmmaker from Haines who is organizing the unusual cargo flight animals. The project will be part of a film about Russia’s Pleistocene Park. At the park near the town of Chersky, the bison will join lots of reindeer, yaks, horses and other herbivoreswhich once roamed across the region.

If things go according to plan, the plant-eating animals will prevent the growth of trees and shrubs, promoting the expansion of grassland. Grasslands and snowy plains in winter reflect solar radiation better than areas with trees and shrubs, reducing impacts of climate change. The herds will also help remove the snow’s insulating properties by trampling on it, allowing the ground to stay frozen longer.

The park’s goal is keeping permafrost from melting so that the massive amount of heat-trapping carbon it contains is not released into the air, making global warming worse. The 12 bison are admittedly a very small step toward solving a big problem, but they are part of an experiment that could be repeated elsewhere in the Arctic if it works.

The Russian Pleistocene Park also hopes to acquire a modern version of the woolly mammoth, if one can be made by scientists hoping to alter the genome of elephants. The giant land mammals were part of the Pleistocene era – commonly called the ice age – that ended about 12,000 years ago.

Source: Anchorage Daily News.

Photo: C. Grandpey

Les incendies de forêts en Sibérie accélèrent le réchauffement climatique // Wildfires in Siberia accelerate global warming

Avec la hausse des températures liée au réchauffement climatique et à l’émission de gaz à effet de serre, les incendies de forêt sont devenus de plus en plus répandus dans le monde. En 2016, l’un d’eux à Fort McMurray (Alberta) a été la catastrophe naturelle la plus coûteuse dans l’histoire du Canada. Au cours des dernières semaines, de nouveaux feux de forêt ont affecté des parties de l’Arizona, de la Californie et de l’Alaska. Selon l’organisation Climate Central, la saison des feux de forêt en Alaska est beaucoup plus longue qu’il y a 75 ans et les départs de feux sont deux fois plus fréquents qu’à cette époque.
Chaque année, la Sibérie est, elle aussi, victime d’incendies qui détruisent de vastes étendues de forêt boréale. Le changement climatique a entraîné une hausse vertigineuse de leur nombre au cours des dernières décennies et les projections concernant le changement climatique en prévoient encore plus dans les années à venir. Les feux actuels, qui ont débuté fin juin, ont déjà brûlé quelque 538 kilomètres carrés de forêts dans le sud de la Sibérie.
Le changement climatique a entraîné une hausse des températures dans le monde entier, mais les régions les plus septentrionales, comme la Sibérie, connaissent une élévation de la température deux fois plus importante qu’ailleurs dans le monde. Depuis novembre, les températures dans le sud de la Sibérie ont augmenté de 4°C par rapport à la moyenne. A mesure que le temps devient plus sec et plus chaud, les forêts de la région deviennent de plus en plus exposées aux incendies. Ces derniers constituent une menace directe pour le rôle que jouent forêts sibériennes dans l’absorption des émissions de carbone. En effet, chaque année, les forêts russes absorbent 500 millions de tonnes de carbone de l’atmosphère.
Les images du satellite Aqua de la NASA (voir ci-dessous) montrent toute une série de feux de forêt et d’impressionnants nuages de fumée dans le sud de la Sibérie. Un autre satellite, Suomi NPP, a mesuré la qualité de l’air dans la région et révélé un indice d’aérosol de 19, preuve de la présence d’une fumée très dense à haute altitude. Selon l’Observatoire de la Terre (Earth Observatory) de la NASA, les scientifiques étudient actuellement trois formations probables de pyrocumulus (nuages de la famille des cumulus qui se forment au-dessus d’une source de chaleur intense) dans la région, ce qui peut y modifier le climat par la présence de cendre et de particules très haut dans l’atmosphère.
Cependant, l’impact le plus dévastateur de ces feux de forêt n’est pas visible depuis l’espace. Les forêts boréales de Sibérie jouent un rôle crucial dans le cycle du carbone. Elles représentent près de 10% de la surface terrestre de la planète et abritent plus de 30% du carbone sur Terre. Cela signifie que lorsque ces forêts brûlent, elles libèrent de vastes quantités de carbone dans l’atmosphère. La perte d’absorption de carbone combinée à l’émission de carbone crée un cercle vicieux qui entraîne un réchauffement climatique et, par conséquent, davantage de feux de forêt.
En outre, ces incendies accélèrent la fonte de la glace de l’Arctique, qui disparaît déjà à une vitesse inquiétante. Cette fonte s’accélère lorsque les feux produisent de grosses quantités de suie qui retombe ensuite sur la neige et la glace, obscurcissant leur surface et leur permettant d’absorber plus de lumière solaire. Par la chaleur qu’ils dégagent, les feux de forêt accélèrent également la fonte du pergélisol (ou permafrost) en Sibérie. Comme je l’ai déjà écrit, le pergélisol fond déjà depuis plusieurs années. On en a une preuve avec les «forêts ivres» où les racines des arbres qui ne sont plus maintenues en place par le sol gelé.
Source: Science Alert.

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With the rising temperatures linked to global warming and the emission of greenhouse gases, wildfires have become more and more widespread around the world. Last year, a wildfire in Fort McMurray, Alberta, became the costliest natural disaster in Canadian history. In recent weeks, more wildfires have affected parts of Arizona, California and Alaska. According to Climate Central , the wildfire season in Alaska is 40 percent longer and large fires twice as common as they were 75 years ago.

Every year, Siberia is also struck by wildfires that destroy large areas of boreal forest. Climate change has caused wildfire activity in Siberia to increase radically over the past few decades.  The boreal forests in Siberia are burning at extraordinary rates, and climate change projections predict even more wildfires to come. The current wildfires, which started in late June, have already burned roughly 538 square kilometres of forest in southern Siberia.

Climate change has been increasing temperatures across the globe, but northernmost regions, like Siberia, are experiencing temperature rises at twice the rate.  Since November, temperatures in southern Siberia have been up 4°C from the average.  And as the weather turns drier and warmer, the forests in the region become more and more prone to wildfires. These wildfires are a direct threat to the role of Siberian forests in absorbing carbon emissions. Indeed, each year, the Russian forests absorb 500 million tonnes of carbon from the atmosphere.

The images from NASA’s Aqua satellite (see below) reveal a series of wildfires and huge plumes of smoke across southern Siberia. Another satellite, Suomi NPP, measured the air quality in the region and found the aerosol index reached over 19, indicating very dense smoke at high altitudes. According to NASA Earth Observatory, scientists are also currently investigating three possible pyrocumulus cloud formations in the area, which can alter local climates by lofting ash and particles high into the atmosphere.

However, the most devastating impact of these wildfires cannot be seen from a satellite. Siberian boreal forests play a crucial role in the carbon cycle, making up nearly 10 percent of the planet’s land surface and housing more than 30 percent of the carbon on Earth. That means that when these forests burn, they are releasing vast quantities of carbon into the atmosphere. The loss of carbon absorption in combination with the release of carbon, creates a vicious cycle that leads to more global warming and, as a result, more wildfires.

Besides, these wildfires can also hasten the melting of Arctic ice, which is already disappearing at alarming rates. This occurs when the fires produce hordes of soot that fall on snow and ice, darkening their surface and causing them to absorb more sunlight. The wildfires are also accelerating the melting of permafrost in Siberia. As I put it before, the permafrost has already been thawing for several years. An evidence of this are the “drunken forests” with the roots of the trees no longer held in place by the ice in the ground.

Source: Science Alert.

Feux de forêts et fumée au-dessus de la Sibérie vus depuis l’espace (Source: NASA Earth Observatory)

De nouveaux cratères d’explosion en Sibérie // New explosion craters in Siberia

Deux nouveaux cratères sont apparus en Sibérie sur la Péninsule de Yamal cette année, avec le dernier façonné par une explosion le 28 juin. On peut voir les premières images de ces cratères impressionnants dans le Siberian Times (voir le lien ci-dessous). Ils viennent s’ajouter à quatre autres cavités découvertes ces dernières années et examinés par des scientifiques, plus des dizaines de minuscules autres cratères repérés par satellite.
La formation des deux derniers cratères s’est accompagnée une explosion suivie de flammes, ce qui confirme la libération de poches de méthane sous la surface de la Péninsule de Yamal.
Selon les villageois, l’explosion s’est produite sur une colline, ce qui confirme la théorie scientifique selon laquelle les cratères se forment principalement par l’explosion de pingos, monticules en forme de dôme au-dessus d’un noyau de glace.
On pense que les cratères se forment lorsque le méthane du sous-sol, piégé par le permafrost pendant des milliers d’années, est libéré en raison du réchauffement climatique dans cette région de l’Arctique et explose à l’intérieur des pingos. Les scientifiques disent que plusieurs milliers de pingos, dont beaucoup avec du gaz à l’intérieur, sont susceptibles d’exploser et de former des cratères géants dans cette région.
On a recensé au moins dix explosions de pingos en Sibérie ces dernières années, avec la formation de profonds cratères. Le plus grand présente une profondeur de 35 mètres et un diamètre de 40 mètres.
Source: The Siberian Times

Vous trouverez plusieurs articles sur ce sujet dans les pages de ce blog rédigées le 22 avril et le 15 juin 2017.

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Two new craters have appeared in Siberia on the Yamal peninsula this year, with the latest exploding on June 28th. First pictures of the large craters can be seen in the Siberian Times (see link below). They add to four other big holes found in recent years and examined by experts, plus dozens of tiny ones spotted by satellite.

The formation of both craters involved an explosion followed by fire, obvious signs of the eruption of methane gas pockets under the Yamal surface.

According to local villagers, the explosion occurred on a hill, which is consistent with the scientific theory that the craters as mainly formed by exploding pingos, dome-shaped mounds over a core of ice.

The craters are believed to form when underground methane gas, trapped by permafrost for thousands of years, is released due to the warming climate in this Arctic region and erupts inside pingo mounds. Scientists say several thousand pingos, many filled with gas,  could ‘explode’ forming giant craters in this region.

At least ten pingos are known to have exploded in Siberia in recent years forming large craters, of which four have been closely examined by scientists. The largest one is 35 metres deep and 40 metres in diametert.

Source : The Siberian Times 

You will find several posts about this topic on pages of this blog written on April 22nd and June 15th 2017.

Cratère d’explosion en Sibérie (Crédit photo: The Siberian Times)