Les éclairs volcaniques du Sakurajima (Japon) // Lightning of Sakurajima volcano (Japan)

drapeau-francaisDes chercheurs du département des Sciences de la Terre et de l’Environnement à l’Université de Munich ont développé des techniques pour observer et analyser les éclairs pendant les éruptions du Sakurajima. Ils ont récemment publié une étude dans Geophysical Research Letters intitulée «Observation multiparamétrique de la foudre volcanique sur le volcan Sakurajima au Japon ». Les chercheurs ont utilisé des caméras haute vitesse et des données magnétotelluriques afin de percevoir des processus éruptifs qui sont invisibles et trop rapides pour l’oeil humain. Alors qu’une caméra vidéo banale peut capturer des séquences d’images 30 fois par seconde, les caméras haute résolution et haute vitesse utilisées par les chercheurs capturent les images 100 fois plus rapidement.
Grâce à l’utilisation de ces caméras haute vitesse, les chercheurs ont appris que les éclairs se propagent en séries saccadées, un processus qui est également observé pendant les orages classiques. Cela correspond à la mise en court-circuit de régions chargées qui étaient séparées, soit à l’intérieur d’un nuage, soit entre le nuage et le sol.

Les éclairs détectés sur le Sakurajima sont généralement de petite taille et mesurent entre 9 et 180 mètres, c’est-à-dire deux ou fois moins que ceux qui apparaissent pendant les orages classiques.
La caméra haute vitesse permet de cartographier la répartition des éclairs au fil du temps, mais ces informations deviennent beaucoup plus intéressantes quand elles sont complétées par la surveillance magnétotelluriques (MT) qui détecte également les éclairs qui apparaissent dans la partie centrale plus opaque de la colonne éruptive.
Les observations MT échantillonnent simultanément les variations des champs électrique et magnétique depuis plusieurs kilomètres de distance et à l’incroyable fréquence de 65 000 fois par seconde. Les plus infimes fluctuations du champ magnétique sont enregistrées et ont révélé que les éclairs du Sakurajima véhiculent un courant pouvant atteindre 1000 ampères. En utilisant la technologie MT, les chercheurs peuvent aussi compter le nombre d’éclairs, déterminer le sens du courant pour chaque éclair et observer si la foudre reste concentrée dans le nuage de cendre ou si elle atteint le sol.
Si la compréhension scientifique de la foudre a atteint un bon niveau pendant les orages classiques, elle n’est encore qu’à l’état embryonnaire sur les volcans. Sur la base d’études cartographiques conduites en Alaska, on peut dire que la foudre volcanique se répartit en plusieurs catégories en fonction de son emplacement : foudre au niveau de la bouche éruptive, foudre à proximité de la bouche éruptive et foudre à l’intérieur du panache éruptif. La foudre au niveau du cratère du Sakurajima comprend des éclairs de plusieurs dizaines ou centaines de mètres de longueur à proximité de la bouche éruptive. A cet endroit, de petites particules de cendre sont projetées et sont préférentiellement chargées, c’est-à-dire que les plus grosses deviennent légèrement plus positives. Ensuite, comme le tri de la taille des particules s’effectue selon la résistance de l’air dans le nuage de cendre, elles deviennent physiquement séparées. Lorsque la cendre est projetée dans les airs, les particules de plus petite taille ont tendance à ralentir plus rapidement. C’est alors que se produit la séparation des charges, que ce soit par fracturation lorsque le matériau pyroclastique est violemment projeté pendant l’éruption; ou quand s’effectue un transfert de charge par frottement. Ce second mécanisme est semblable à l’électricité statique qui s’accumule lorsque l’on frotte une règle sur la manche d’un vêtement.
De nombreuses études ont montré que les colonnes éruptives se chargent statiquement à cause de la séparation des particules de cendre dans un panache. C’est un point important, parce que la présence de la foudre à proximité d’une bouche éruptive est directement liée à la quantité de matière fine produite par l’éruption. Ces découvertes laissent penser que nous pourrons bientôt utiliser la détection de la foudre pour mesurer la quantité de cendre émise lors des éruptions. La détection de la foudre offre la possibilité de quantifier les émissions de cendre pendant les intempéries et durant la nuit. Les détecteurs peuvent être installés à des dizaines de kilomètres d’une bouche éruptive et le nuage de cendre n’empêche pas les capteurs MT de « discerner » la foudre. Cette détection est essentielle car les nuages de cendre volcanique représentent l’un des principaux problèmes posés par les éruptions. Même diluées, les cendres ingérées par un moteur d’avion peuvent entraîner son arrêt et provoquer une catastrophe.
Compte tenu de l’impact économique des éruptions accompagnées de panaches de cendre, la prochaine génération de suivi des éruptions se concentrera sur la quantification des cendres et les détecteurs d’éclairs feront probablement partie des équipements prioritaires. Le Sakurajima aura largement contribué au développement de ces outils.
Source: Science en direct: http://www.livescience.com/

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drapeau-anglaisResearchers from the Department of Earth and Environmental Sciences at the University of Munich have been developing techniques to observe Sakurajima’s eruption lightning events. They recently published a study in Geophysical Research Letters entitled “Multiparametric observation of volcanic lightning: Sakurajima volcano, Japan”. In this study, the researchers use high-speed cameras and magnetotelluric data to perceive the eruptive processes that are invisible and too fast for a human observer to track. While a commonplace video camera might capture image sequences 30 times each second, the high-resolution, high-speed cameras that the researchers use capture images 100 times more rapidly.

With the use of high-speed cameras, researchers have learned that lightning sparks propagate in a series of jerky advances that correspond to the short circuiting of charged regions that have been separated either within a cloud, or between the cloud and ground.

The sparks that are detected during volcanic lightning episodes at Sakurajima are generally small and measure between 9 and 180 metres, namely one or two orders of magnitude shorter than the lightning that appears during electrical storms.

The high-speed camera maps the distribution of sparks over time, but this information becomes much more valuable when it is complemented by magnetotelluric (MT) monitoring, which also detects sparks occurring within the opaque, center portion of the eruption column.

MT observations sample both electric- and magnetic-field variations from many kilometres away and at an incredible 65,000 times per second. Tiny magnetic-field fluctuations are well-recorded, and have revealed that Sakurajima volcano lightning carries up to 1,000 amperes of current. Using the MT technique, the researchers can also count flashes, determine the direction of current flow for each flash and assess whether the lightning remains within the ash cloud or reaches the ground.

Although scientists’ understanding of thunderstorm lightning is mature, they are only starting to build an understanding of volcano lightning. Based upon volcano lightning « mapping » studies conducted in Alaska, volcano lightning may be broadly grouped into categories that are described as « vent discharges, » « near-vent lightning » or « plume lightning » depending upon where they are located within an eruption column.

The vent discharges at Sakurajima include sparks tens- to hundreds-of-meters long that occur near the mouth of the volcano. Here, small particles of ash erupt and are preferentially charged — that is, the larger particles becoming slightly more positive. And then, as particle sizes are sorted by air resistance within the ash cloud, they become physically separated. When the ash explodes upward, the smaller-size particles tend to slow down more quickly. This is when charge separation may occur, either due to fractocharging when the pyroclastic material is violently ripped apart during eruption; or due to tribocharging, which is charge transfer through rubbing. This second mechanism is akin to the familiar static electricity that builds up when you rub a ruler on your arm.

A wealth of volcano research has shown that eruption columns become statically charged due to ash separating in a plume. This is important, because near-vent volcanic lightning is directly related to how much fine material is erupted. These discoveries suggest that soon we might be able to use lightning detection as a measure of how much ash is ejected during eruptions. Lightning detection offers a means to potentially quantify ash discharges during inclement weather and at nighttime. Detectors can be located at safe distances, tens of kilometres from the vent, and the cloud does not impede the ability of MT sensors to « see » lightning. Such detections are critical, as volcanic ash clouds are one of the principal hazards posed by eruptions. Even dilute amounts of ash that are ingested by a jet turbine can incapacitate the engine, causing it to fail catastrophically.

Given the economic impact of ashy eruptions, the next generation of eruption monitoring will focus on ash quantification and will likely use lightning ash detectors as a primary instrument. Sakurajima is facilitating the development of this tool.

Source : Live Science : http://www.livescience.com/

Rinjani_1994

Production d’éclairs sur le Rinjani (Indonésie) en 1994

(Crédit photo: Wikipedia)

Sakurajima (Japon)

drapeau francaisAprès plusieurs semaines de calme relatif, on observe une augmentation de l’activité du Sakurajima. Cette fois, c’est le cratère Minamidake qui se manifeste, prenant le relais du Showa qui était le plus actif ces derniers temps. L’intensité des explosions s’est accrue le 24 mars dernier, avec des panaches de cendre qui sont montés jusqu’à 3 et 3,6 km de hauteur.
Le cratère Minamidake a déjà connu un épisode éruptif le 8 mai 2014 avec un événement de faible intensité qui a généré un panache de cendre d’environ 400 mètres au-dessus du cratère. D’autres explosions ont été observées dans ce même cratère le 30 août 2015 et entre le 14 et le 21 septembre de cette même année.
Après cela, le Minamidake s’est calmé jusqu’au 20 février 2016, lorsque l’activité a recommencé à augmenter, avec une première explosion importante le 4 mars et un panache de cendre de 1,6 km de hauteur. Le 8 mars, une nouvelle explosion a généré un panache de cendre de 1,9 km.

Source: Global Volcanism Network.
Voici une vidéo montrant un épisode éruptif dans la matinée du 26 mars 2016:
https://youtu.be/pgbK62TMCso

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drapeau anglaisAfter several weeks of relative quietness, increased activity has again been observed at Sakurajima volcano. This time, activity is centered at Minamidake crater, instead of the usual Showa crater. The intensity of the explosions picked up on March 24th. Ash plumes were observed rising up to 3 and 3.6 km.

Minamidake crater already erupted on May 8th, 2014. It was a very small eruption that produced an ash plume rising some 400 metres above the crater. More explosions at Minamidake were again observed on August 30th and between September 14th and 21st, 2015.

After that, Minamidake was calm until February 20th, 2016, when activity at the crater started increasing, with the first significant explosion on March 4th. Ash plume generated by that eruption rose to 1.6 km. On March 8th, an explosion at Minamidake generated an ash plume that rose up to 1.9 km.

Source: Global Volcanism Network.

Here is a video showing an eruptive episode in the morning of March 26th 2016:

https://youtu.be/pgbK62TMCso

Sakurajima-blog

Crédit photo: Wikipedia

Quelques nouvelles volcaniques // A few volcanic pieces of news

drapeau-francaisDans son rapport pour la période du 10 au 16 février 2016, le Global Volcanism Network de la Smithsonian Institution mentionne quatre volcans qui ont été particulièrement actifs :
Des explosions sont encore observées sur le Sakurajima (Japon) avec des émissions de cendre jusqu’à 2 km d’altitude. Le niveau d’alerte reste à 3, sur une échelle de 5 niveaux.
Les panaches de cendre du Semeru (Indonésie) atteignent généralement des altitudes de 7-8 km. Un effondrement du dôme le 13 février a généré des coulées pyroclastiques qui ont dévalé les flancs S et SE sur 4 ou 5 km.
Les émissions de gaz et de vapeur du Soputan (Indonésie) montent jusqu’à environ 200 mètres au-dessus du cratère. La sismicité est dominée par des signaux indiquant des avalanches et des émissions de gaz. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1-4). Il est demandé aux habitants et aux touristes de ne pas approcher les cratères à moins de 6,5 km.
Les explosions du Zhupanovsky (Kamchatka) continuent, avec des panaches de cendre jusqu’à 7 km d’altitude. Une forte explosion le 13 février a généré un panache de cendre qui est monté jusqu’à 10 km d’altitude. L’alerte aérienne a été portée à la couleur Rouge, avant d’être ramenée à l’Orange.

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drapeau anglaisIn its report for the period between February 10th and 16th, the Smithsonian Institution’s Global Volcanism Program mentions four volcanoes that have been quite active.
Explosions are still observed on Sakurajima (Japan) with ash emissions up to 2 km a.s.l. The alert level remains at 3, on a 5-level scale.
Ash plumes from Semeru (Indonesia) usually rise to altitudes of 7-8 km. A lava-dome collapse on February 13th generated pyroclastic flows that travelled 4-5 km down the S and SE flanks.
White plumes from Soputan (Indonesia) rise as high as 200 metres above the crater. Seismicity is dominated by signals indicating avalanches and emissions. The alert level remains at 3 (on a scale of 1-4). Residents and tourists are advised not to approach the craters within a radius of 6.5 km.
Explosions at Zhupanovsky (Kamchatka) continue, generating ash plumes up to 7 km a.s.l. A larger explosion on February 13th generated an ash plume that rose up to10 km a.s.l. The aviation colour code was then raised to Red and later lowered to Orange.

Quand la presse se déchaîne… // When the press gets mad…

drapeau-francaisComme je l’ai indiqué en temps utile, le Sakurajima a connu une séquence éruptive spectaculaire le 5 février, avec un panache de cendre zébré d’éclairs et des retombées de matériaux pyroclastiques sur le sommet du cratère Showa qui a été le siège de l’événement.
La presse s’est emparée de l’éruption avec des titres plus impressionnants les uns que les autres. En fait, elle n’a duré que quelques dizaines de secondes comme l’a montré la vidéo largement diffusée sur Internet. Le niveau d’alerte du volcan a été élevé de 2 à 3, mais l’événement a été qualifié de «modérément fort» par les volcanologues japonais.
On a beaucoup lu sur le fait que le volcan se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la centrale nucléaire de Sendai (voir carte ci-dessous). En fait, une éruption comme celle du 5 février ne présente pas de risque réel pour la centrale. Il faut tout de même savoir que le Sakurajima est capable de beaucoup mieux faire, comme ce fut le cas en janvier 1914. L’éruption a alors tué plusieurs dizaines de personnes et provoqué des évacuations. Le volcan a cessé d’être une île car les matériaux émis on comblé le bras de mer qui le séparait du reste de Kyushu.
D’agissant des centrales nucléaires, je suis beaucoup plus inquiet en constatant que le Japon est un pays régulièrement soumis à de puissants séismes et qui comptait 54 réacteurs nucléaires au moment de la catastrophe de Fukushima !

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drapeau anglaisAs I indicated in due time, Sakurajima went through a dramatic eruptive sequence on February 5th, with an ash plume streaked with lightning and incandescent pyroclastic material that fell on the top of the Showa crater that was the seat of the event.
The press told about the eruption with impressive headlines. In fact, it lasted only a few tens of seconds as shown on the video released on the Internet. The volcanic alert level was raised from 2 to 3 but the event was said to be « moderately strong » by Japanese volcanologists.
A lot has been said about the fact that the volcano is a few dozen kilometres from the nuclear plant in Sendai (see map below). In fact, an eruption like that of February 5th presents no real risk to the plant. Sakurajima is capable of much better, as was the case in January 1914. By that time, the eruption killed dozens of people and caused evacuations. The volcano ceased to be an island because the materials it ejected filled the sea that separated it from the rest of Kyushu.
As far as nuclear power plants are concerned, I am much more concerned when seeing that Japan is a country regularly shaken by strong earthquakes, with 54 nuclear reactors on the eve of the Fukushima disaster!

Sendai 2