Le dégel du permafrost bouleverse l’Arctique (1ère partie)// Thawing permafrost disturbs Arctic (part one)

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’insiste sur l’impact du réchauffement climatique sur le pergélisol de l’Arctique dont le dégel bouleverse les paysages et la vie des habitants de cette partie du monde. Un article paru dans The Conversation développe tous ces aspects et résume bien la situation.

 

Terres recouvertes par le permafrost (Source: NASA)

Lors de mes voyages en Alaska, j’ai pu observer plusieurs éléments révélateurs du dégel du pergélisol. De nombreuses routes sont en mauvais état et certaines d’entre elles sont même gondolées. Certains bâtiments ont été construits sur pilotis pour permettre une meilleure circulation de l’air et ralentir le dégel du sol. Dans la nature, on voit parfois des « forêts ivres » car les racines des arbres ne sont plus maintenues par le sol gelé. Partout dans l’Arctique, de grands lacs, de plusieurs kilomètres carrés, ont également disparu en l’espace de quelques jours.

Photos: C. Grandpey

Photo: The Siberian Times

À mesure que les sols gelés se réchauffent, ils se déstabilisent, défaisant et révélant un tissu qui a façonné ces écosystèmes dynamiques au fil des millénaires. Sous la surface, lorsque le sol dégèle, les microbes commencent à se nourrir de matière organique qui a séjourné dans les sols gelés pendant des millénaires. Ces microbes libèrent du dioxyde de carbone et du méthane, de puissants gaz à effet de serre. Lorsque ces gaz s’échappent dans l’atmosphère, ils réchauffent encore plus le climat, créant une boucle de rétroaction.

La disparition de grands lacs, d’une superficie de plusieurs kilomètres carrés, est l’un des exemples les plus frappants de la transition subie ces dernières années par les paysages arctiques. Les lacs se vident latéralement à mesure que se développent des canaux de drainage plus larges et plus profonds, ou verticalement par l’intermédiaire de taliks, couches de sol dégelé durant toute l’année, qui se trouvent au milieu d’une zone de pergélisol, et qui favorisent l’évacuation de l’eau de ces lacs. On a maintenant la preuve que les eaux de surface dans les régions de pergélisol sont en train de se réduire. Le phénomène s’accentue avec les saisons estivales plus chaudes et plus longues. Les drainages de lacs les plus catastrophiques ont été observés au cours des cinq dernières années dans le nord-ouest de l’Alaska. La disparition des lacs dans toutes les zones de pergélisol est susceptible d’affecter les moyens de subsistance des communautés autochtones.

Le dégel et la disparition du pergélisol provoquent également des affaissements de pans de montagnes et des glissements de terrain à un rythme croissant dans l’Arctique russe et nord-américain, avec des glissements de sol, de plantes et de débris.
Une nouvelle étude réalisée dans le nord de la Sibérie a révélé que les surfaces terrestres ainsi déstabilisées ont augmenté de plus de 300 % au cours des deux dernières décennies. D’autres études sont arrivées à des conclusions similaires dans le nord et le nord-ouest du Canada.

Glissement de terrain dans le sol arctique (Crédit photo: CNRS)

Source : Adapté d’un article paru dans The Conversation et relayé par Yahoo Actualités.

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During my conference « Glaciers at risk », I insist on the impact of global warming on the permafrost in the Arctic whose thawing is upsetting the landscapes and the lives of people in that part of the world. An article released in The Conversation develops all these aspects and gives a good summary of the situation.

When I travelled in Alaska, I could observe several features revealing the thawing of the permafrost. Many roads are in bad repair and some of them are even undulating. Some buildings have been built on stilts to allow a better circulation of the air beneath them and slow down the thawing of the frozn ground. In nature, one sometimes sees ‘drunken forests’ as the roots of the trees are no longer mainteined by the frozen ground. Across the Arctic, massive lakes, several square miles in size, have also disappeared in the span of a few days.

As the frozen soils warm, the ground destabilizes, unraveling the fabric that has shaped these dynamic ecosystems over millennia. Under the surface, when the ground thaws, microbes begin feasting on organic matter in soils that have been frozen for millennia. These microbes release carbon dioxide and methane, potent greenhouse gases. As those gases escape into the atmosphere, they further warm the climate, creating a feedback loop.

The disappearance of large lakes, multiple square kilometers in size, is one of the most striking examples of recent patterns of northern landscape transitions. The lakes are draining laterally as wider and deeper drainage channels develop, or vertically through taliks, where unfrozen soil under the lake gradually deepens until the permafrost is penetrated and the water drains away. There is now overwhelming evidence indicating that surface water across permafrost regions is declining. The phenomenon increases with warmer and longer summer seasons. The highest rates of catastrophic lake drainage were observed over the past five years in northwestern Alaska. The disappearance of lakes across the permafrost extent is likely to affect the livelihoods of Indigenous communities.

The thaw and collapse of buried glacial ice is also causing hillsides to slump, with landslides at increasing rates across the Russian and North American Arctic, sending soil, plants and debris downslope.

One new study in northern Siberia found that the disturbed land surfaces increased over 300% over the past two decades. Other studies reached similar conclusions in northern and northwestern Canada.

Source : Adapted from an article in The Conversation via Yahoo News.

Janvier toujours plus chaud et coup de chaleur au pôle Nord // January gets hotter and heat stroke at the North Pole

Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui relaie des données de l’Institut européen Copernicus, le mois de janvier 2025 a dépassé de 1,75°C le niveau préindustriel et de 0,79°C la moyenne pour janvier des températures entre 1991 et 2020. La température de l’air à la surface de la Terre a été de 13,23 °C, soit 0,79 °C de plus que la moyenne pour janvier sur la période 1991-2020. Janvier est aussi le 18ème mois consécutif à passer la barre des 1,5 °C de réchauffement par rapport au niveau préindustriel.

Ce record de température intervient malgré le développement des conditions La Niña dans le Pacifique tropical et leur effet de refroidissement supposé sur les températures mondiales pendant un certain temps. Ce n’est pas la première fois que cette situation se produit. La Niña était présente en 2022 et début 2023. Malgré cela, les températures globales sur Terre avaient continué de grimper.

El Niño (à gauche) génère une hausse de la température à la surface de l’eau dans le Pacifique oriental, autour de l’équateur, tandis que La Niña (à droite) est censée générer un phénomène inverse de refroidissement

En Europe, la température moyenne pour janvier 2025 était de 1,80 °C, soit 2,51 °C au-dessus de la moyenne entre 1991 et 2020. Il s’agit de la deuxième température moyenne la plus chaude pour ce mois, après janvier 2020, qui était de 2,64 °C au-dessus de la moyenne.

Outre l’Europe, les températures ont été plus élevées que la moyenne dans le nord-est et le nord-ouest du Canada, en Alaska et en Sibérie.

Dans le même temps, les températures au pôle Nord ont dépassé le point de congélation les 1er et 2 février 2025. L’Extrême-Arctique a atteint 20 degrés Celsius au-dessus de la moyenne. Les scientifiques craignent que ces températures ne fassent fondre davantage de glace de mer et n’accélèrent le réchauffement de l’Arctique. Les températures au pôle Nord ont dépassé 0° C le 2 février. Une balise arctique a enregistré une température absolue de 0,5 °C.
Cette température inhabituellement chaude au pôle Nord est liée à un système météorologique au-dessus de l’Islande. Un système de basse pression a dirigé un flux d’air chaud vers le pôle Nord, renforcé par les mers chaudes dans le nord-est de l’Atlantique.
Des températures chaudes ont déjà été enregistrées dans la région. La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) nous rappelle qu’une vague de chaleur hivernale en 2016 a poussé les températures au pôle Nord autour de 0°C le 24 décembre. Et en février 2018, une nouvelle vague de chaleur a fait passer le pôle Nord à plusieurs reprises au-dessus de 0°C, avec des températures culminant à 6°C). Ces différents événements se sont produits dans le contexte actuel de réchauffement climatique.

Source : médias internationaux.

La presse française a certes informé le public que janvier 2025 avait été le plus chaud de l’Histoire, mais sans trop s’étendre dessus. Les médias se sont montrés beaucoup plus discrets sur la montée en chaleur du pôle Nord. C’est vrai qu’à côté d’une motion de censure au parlement le climat ne pèse pas lourd. Vous l’avez compris : tout va bien.

Photo: C. Grandpey

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According to the World Meteorological Organization (WMO), which relays data from the European Copernicus Institute, January 2025 was 1.75°C above pre-industrial levels and 0.79°C above the average January temperature between 1991 and 2020. The air temperature at the Earth’s surface was 13.23°C, 0.79°C above the average January temperature between 1991 and 2020. January is also the 18th consecutive month to exceed the 1.5°C mark of warming compared to pre-industrial levels.
This temperature record comes despite the development of La Niña conditions in the tropical Pacific and their temporary cooling effect on global temperatures. This is not the first time this has happened. La Niña was present in 2022 and early 2023. Despite this, global temperatures on Earth continued to rise.
In Europe, the average temperature for January 2025 was 1.80 °C, 2.51 °C above the average between 1991 and 2020. This is the second warmest average temperature for that month, after January 2020, which was 2.64 °C above average.
In addition to Europe, temperatures were warmer than average in northeastern and northwestern Canada, Alaska and Siberia.

Meantime, temperatures in the North Pole soared above freezing on February 1st and 2nd, 2025, with the high Arctic reaching 20 degrees Celsius above average. Scientists are concerned that these temperatures will melt more sea ice and accelerate Arctic warming. Temperat ures at the North Pole overtook 0° C, the melting point of ice, on February 2nd.. An Arctic snow buoy logged an absolute temperature of 0.5 °C.

The unusually warm temperature at the North Pole was linked to a weather system over Iceland. A deep low-pressure system was directing a flow of warm air to the North Pole, strengthened by hot seas in the northeastern Atlantic.

Warm temperatures have been recorded in the region before. The National Oceanic and Atmospheric Administration reminds us that a winter heatwave in 2016 pushed North Pole temperatures to around 0°C en December 24th. And in February 2018, another heatwave caused the North Pole to pass 0°C multiple times, with temperatures peaking at 6° C). These different events occurred in the cirrent context of global warming.

Source : international news media.

You got it : everything is fine.

Martin Fourcade retire sa candidature à la présidence des Jeux d’hiver 2030

Le sextuple champion olympique Martin Fourcade a retiré sa candidature à la présidence des Jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises, en raison de « désaccords ». L’écologie semble clairement être au cœur de sa décision. Dans une lettre, il précise : « ces Jeux doivent être en phase avec leur époque, pleinement conscients des enjeux écologiques et ancrés dans la réalité économique de notre pays »

La décision de Martin Fourcade n’est pas vraiment une surprise. Il y a 3 ans, lors des JO d’hiver de Chine, il s’était élevé contre l’utilisation à 100% de neige artificielle. On lui avait alors fait vertement remarquer que l’écologie n’était pas un sujet d’actualité.

La décision de la France d’accepter l’organisation des Jeux d’Hiver 2030 a soulevé de nombreuses critiques. Avec l’accélération actuelle du réchauffement climatique, il n’est pas du tout certain que la neige naturelle sera au rendez-vous, au moins sur les sites de moyenne altitude.

Il est utile de rappeler le discours de Michel Barnier, alors Premier Ministre, en octobre 2024 dans le Rhône : «  La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. »

De toute évidence, la vision écologiste des Jeux de Martin Fourcade n’est pas partagée par tous. Il aurait souhaité envisager les JO d’hiver 2030 en tenant pleinement compte de la crise écologique mondiale mais aussi des réalités économiques de la France. L’équilibre financier du projet nécessiterait en effet le soutien des pouvoirs publics.

Ce n’est pas la première fois qu’un skieur français s’élève contre des décisions qui vont à l’encontre de l’environnement. En novembre 2023, Alexis Pinturault avait critiqué le massacre du glacier Theodul en Suisse. Les pelleteuses étaient à l’œuvre sur le glacier pour préparer les pistes de la Coupe du monde de ski les 11 et 12 novembre 2023.
Les écologistes ont critiqué les organisateurs pour avoir saccagé le glacier avec les pelleteuses. En 2022, la même compétition avait été annulée faute de neige. En 2023, une pétition a été lancée, appelant la fédération de ski à donner l’exemple en matière de climat.
Alexis Pinturault, le skieur français triple champion du monde, s’est dit consterné et a déclaré : «Notre sport est l’un des plus touchés par le réchauffement climatique et, au lieu de changer notre système, de nous adapter, nous faisons le contraire. Cette compétition, à ce moment de l’année, n’a pas de sens. Cela choque tout le monde. » Ce n’est pas la première fois que Pinturault proteste contre la politique menée par la Fédération Internationale de Ski.

Éboulement en Savoie : pas forcément de lien avec le réchauffement climatique

Le week-end du 1er au 2 février 2025 a été très compliqué sur la RN 90 en Savoie suite à un éboulement qui a paralysé la circulation routière vers les stations de ski de la Tarentaise, et poussé des centaines de naufragés de la route à s’arrêter dans les hébergements d’urgence.

Certains ont tout de suite établi un lien entre la chute des trois blocs, d’un volume total de 50 mètres cubes, depuis le sommet de la falaise, à 200 mètres de haut, avec le réchauffement climatique. Il faut toutefois se montrer prudent avant de tirer des conclusions hâtives.

Le réchauffement climatique a des conséquences en montagne. Il est souvent responsables des effondrements en haute altitude, au-dessus de 2000 m. En effet, la hausse actuelle des températures entraîne un dégel du permafrost de roche, le ciment naturel qui assure la stabilité des parois. Avec sa disparition, la montagne s’effondre. Les projections climatiques les plus pessimistes préviennent que le permafrost risque de disparaitre totalement sous les 4 300 mètres d’ici la fin du siècle.

Dans le cas de la RN 90, on ne se trouve pas en haute altitude et le dégel du permafrost n’est donc pas responsable. Les causes de l’effondrement sont différentes. Chaque hiver en basse et moyenne altitude, la roche subit gel et dégel successifs, ce qui la fragilise et cause des éboulements. Il s’agit d’un phénomène classique bien connu qui se produit depuis des lustres. Toutefois, il faut ajouter qu’avec le réchauffement climatique, les montagnes sont soumises à des coups de chaud de plus en plus fréquents qui dilatent la roche en été, phénomène auquel s’ajoutent des pluies plus intenses qui les fragilisent. C’est pourquoi on assiste à des éboulements de plus en plus fréquents.

L’éboulement qui vient de se produire sur la RN 90 est à rapprocher de celui qui a eu lieu dans la vallée de la Maurienne, à hauteur de la Praz, en août 2024. 10 000 mètres cubes de roche se sont décrochés d’une falaise. Selon les géologues, ce sont les fortes pluies qui se sont abattues sur la région avant l’événement qui en seraient la cause.