Fonte de la banquise arctique : point de non-retour pour la chaîne alimentaire // Melting Arctic sea ice : a tipping point for the food chain

Concentrations de CO2 : 431,92 ppm (9 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,46 ppb (février 2026)

D’après une nouvelle étude publiée le 28 mai 2026 dans la revue Communications Earth & Environment, l’océan Arctique a franchi un point de non-retour qui perturbe profondément la chaîne alimentaire, avec des conséquences potentiellement désastreuses pour la pêche commerciale et la capacité de l’océan à absorber le carbone.

Photo: C. Grandpey

Les scientifiques ont constaté que l’accélération de la fonte de la banquise arctique entraîne une réduction significative des nitrates, un nutriment essentiel à la base du réseau trophique marin et donc indispensable à d’importantes pêcheries de la région. La disparition de la glace permet à davantage de lumière d’atteindre la surface de l’eau, ce qui favorise la prolifération du phytoplancton. Lorsque le phytoplancton meurt, ses cellules chutent sur le plancher océanique où elles sont décomposées par des bactéries consommatrices de nitrates et d’oxygène.

Efflorescence phytoplanctonique en Antarctique (Source : NASA)

La nouvelle étude révèle que ces bactéries consomment plus de nitrates que l’écosystème arctique ne peut en supporter. Cette « dénitrification », est irréversible dans les conditions climatiques actuelles, car nous avons franchi un seuil critique où la quantité de lumière solaire atteignant l’océan est telle qu’elle stimule une surproductivité du phytoplancton. La baisse des concentrations de nitrates pourrait à terme avoir des conséquences néfastes pour le phytoplancton, car ces minuscules organismes ont besoin de nitrates pour la photosynthèse. Par conséquent, la transition vers un régime pauvre en nitrates pourrait accélérer le réchauffement climatique, car les nitrates jouent un rôle essentiel dans la pompe biologique océanique. Cette pompe absorbe le dioxyde de carbone de l’atmosphère par la photosynthèse et le stocke en profondeur lorsque le phytoplancton et les animaux qui s’en nourrissent meurent. En l’absence de nutriments comme les nitrates, ce mécanisme ne peut plus fonctionner efficacement.
Pour comprendre les changements écosystémiques dans l’Arctique, les chercheurs ont analysé des données recueillies pendant vingt ans dans le détroit de Fram, un passage entre le Groenland et le Svalbard, principal point de passage des eaux arctiques vers l’océan Atlantique. Ils ont constaté une forte baisse des concentrations de nitrates dans cette région après 2009, période qui a coïncidé avec une réduction spectaculaire de la banquise arctique et une évolution progressive des communautés phytoplanctoniques vers des espèces plus petites, capables de tolérer de faibles concentrations de nutriments.

Source : Wikipedia

Une évolution vers un phytoplancton de plus petite taille a déjà été observée dans certaines parties de l’Arctique, bien que ces modifications n’aient pas été associées jusqu’à présent à une diminution des concentrations de nitrates. Ceci est important car les phytoplanctons de petite taille sont généralement moins efficaces pour transférer l’énergie vers les niveaux trophiques supérieurs.
Le phytoplancton se situe à la base de la chaîne alimentaire marine ; par conséquent, les effets de la diminution des nitrates se répercuteront sur l’ensemble de l’écosystème arctique, affectant les espèces situées aux niveaux trophiques supérieurs. Cela pourrait également affecter la pêche dans les régions comme l’Atlantique Nord.
Pendant des années, les chercheurs ont pensé que la fonte des glaces dans l’Arctique aurait pour conséquence une augmentation du phytoplancton, car davantage d’organismes peuvent profiter de la lumière du soleil et se multiplier lorsque la banquise est réduite. Cependant, l’augmentation du phytoplancton observée depuis 2009 a suffisamment diminué les niveaux de nitrates pour limiter sa croissance future.
Alors que la prolifération du phytoplancton était autrefois limitée par la quantité de lumière solaire atteignant les eaux de surface, elle est désormais contrôlée par les niveaux de nitrates. Par conséquent, les nitrates doivent être considérés comme un facteur clé des changements futurs dans l’Arctique. La compréhension de cette évolution est importante, non seulement pour les communautés et les écosystèmes arctiques, mais aussi pour mieux appréhender l’évolution future du réchauffement climatique.

Source : Médias scientifiques américains via Yahoo News.

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According to a new study published May 28 2026 in the journal Communications Earth & Environment, the Arctic Ocean has crossed a tipping point that is wreaking havoc on the region’s food chain, with potentially dire consequences for commercial fishing and the ocean’s capacity to soak up carbon.

Scientists found that vast areas of melting sea ice in the Arctic are leading to a significant reduction in nitrate, a key nutrient that forms the base of the marine food web and thus underpins important regional fisheries. As the ice disappears, more light hits the water’s surface, promoting the growth of phytoplankton. When phytoplankton die, their cells sink to the seafloor and are decomposed by nitrate- and oxygen-consuming bacteria. The new study found that the bacteria are consuming more nitrate than the Arctic ecosystem can withstand. This effect, known as « denitrification, » is irreversible under current climate conditions because we have passed a threshold where so much sunlight reaches the ocean that it’s supercharging phytoplankton’s productivity.

Dropping nitrate levels may eventually come back to bite phytoplankton, because these tiny organisms need nitrate to carry out photosynthesis. As a result, the transition to a low-nitrate regime could accelerate global warming, as nitrate plays an essential role in the ocean’s biological pump, which takes carbon dioxide from the atmosphere via photosynthesis and locks it away at depth when phytoplankton and the animals that eat it die. With nutrients such as nitrate in limited supply this mechanism cannot work effectively.

To understand ecosystem changes in the Arctic, the researchers analyzed two decades of data from the Fram Strait, a passage between Greenland and Svalbard that is the main gateway through which Arctic waters flow into the Atlantic Ocean. They found a sharp decline in nitrate levels in this region after 2009, which coincided with a dramatic reduction in Arctic sea ice and a gradual shift in phytoplankton communities toward smaller species that can cope with low nutrient levels.

Shifts towards smaller phytoplankton have already been observed in parts of the Arctic, although these changes have not previously been linked to nitrate losses. This matters because smaller phytoplankton are generally less efficient at transferring energy up the food web.

Phytoplankton sit at the very bottom of the marine food chain, so the impacts of nitrate depletion will ripple through the Arctic ecosystem, impacting species at the highest levels. This could also affect fisheries in regions that depend on Arctic nutrient exports, such as the North Atlantic.

For years, researchers thought the long-term impact of sea ice loss in the Arctic would be an increase in phytoplankton, because more organisms can bathe in sunlight and multiply when the sea ice extent is small. However, the increase in phytoplankton since 2009 has depleted nitrate levels enough to limit future phytoplankton growth.

Whereas phytoplankton proliferation used to be limited by how much sunlight reached surface waters, it is now controlled by nitrate levels. Therefore, nitrate must be considered as a key driver of future changes in the Arctic. As nitrate is the nutrient that limits Arctic productivity, understanding these changes is therefore important not only for Arctic communities and ecosystems, but also for improving projections of future global warming.

Source : U.S. Scientific news media via Yahoo News.

Antarctique : séismes océaniques profonds et prolifération du phytoplancton // Antarctica : deep ocean earthquakes and phytoplankton bloom

Des scientifiques de l’Université Stanford (Californie) ont analysé des données satellitaires sur la prolifération du phytoplancton et des données sismiques à l’échelle de la planète. Ils ont découvert que lorsque les fonds marins proches de l’Antarctique subissent des séismes plus intenses durant l’hiver, les efflorescences  – ou blooms – phytoplanctoniques estivales deviennent nettement plus denses et étendues dans l’océan Austral. Ces efflorescences couvrent une vaste zone et jouent un rôle essentiel dans l’absorption du dioxyde de carbone atmosphérique.

Efflorescence phytoplanctonique en Antarctique (Source : NASA)

L’étude, publiée en décembre 2025 dans Nature Geoscience, démontre que l’activité sismique en profondeur peut influencer la productivité de la vie en surface. Elle montre également que les processus physiques au sein de la croûte terrestre peuvent avoir un impact sur la régulation climatique. L’océan Austral, qui entoure l’Antarctique, absorbe près de la moitié du carbone océanique dans le monde. Tout facteur affectant son activité biologique est donc susceptible de modifier le stockage global du carbone et l’équilibre climatique.
L’océan Austral abrite l’un des écosystèmes les plus productifs, mais aussi les moins étudiés, de la planète. Dans certains secteurs, d’importantes efflorescences phytoplanctoniques apparaissent chaque été, mais leur ampleur varie considérablement d’une année à l’autre. En 2014, des scientifiques ont observé une importante prolifération d’algues au-dessus de la dorsale antarctique australienne et ont entrepris d’étudier les causes de ces fluctuations.

Dorsale Pacifique-Antarctique (Source : USGS)

En analysant des images satellites remontant à 1997, les chercheurs ont constaté que cette même prolifération se répétait chaque année au même endroit, mais qu’elle s’étendait parfois sur une superficie de la taille de la Californie et d’autres fois sur une surface aussi réduite que celle du Delaware. La température de surface, la couverture de glace de mer et l’ensoleillement ne permettaient pas d’expliquer cette variabilité.
L’équipe scientifique a émis l’hypothèse que des facteurs géologiques pourraient en être la cause. Les chercheurs ont pensé que l’activité sismique le long de la dorsale pouvait modifier le comportement des sources hydrothermales qui émettent une eau riche en minéraux. Ces sources libèrent du fer, un nutriment essentiel à la croissance du phytoplancton. Lors de séismes, les secousses peuvent ouvrir de nouvelles fractures ou débloquer des conduits à l’intérieur des sources, libérant ainsi de plus grandes quantités de fer dans les eaux environnantes.

Source hydrothermale en Antarctique (Crédit photo: PloS Biology – Oxford University)

Les chercheurs ont comparé les données sismiques avec les schémas de prolifération et ont constaté une forte corrélation. Lorsque des séismes de magnitude M5,0 ou plus se produisent dans les mois précédant l’été, les proliférations sont beaucoup plus intenses. Cette étude révèle que les événements tectoniques en eaux profondes peuvent moduler directement l’activité biologique en surface.
Les sources hydrothermales situées le long de la dorsale libèrent de l’eau chaude chargée de fer et d’autres métaux dissous. Dans l’océan Austral, où le fer est rare, cet apport peut déterminer la prolifération du phytoplancton. La proportion de fer est déterminante ; même une faible augmentation de sa concentration peut déclencher d’importantes efflorescences.
La nouvelle étude montre que les séismes augmentent non seulement la libération de fer, mais influencent également sa dispersion. À l’aide de modèles informatiques, les scientifiques ont suivi le trajet des panaches hydrothermaux le long des courants océaniques. Ils ont découvert que lorsque les eaux de surface transportent le fer plus en aval, celui-ci se dilue et devient moins efficace pour stimuler les efflorescences de phytoplancton. Les zones proches des sources hydrothermales restent plus riches, tandis que celles qui sont plus éloignées présentent une productivité plus faible.
Le résultat le plus surprenant de cette étude est sans doute la vitesse du transport du fer depuis le fond marin vers la surface. Les sources hydrothermales étudiées se situent à environ 1 800 mètres sous la surface de l’océan, et pourtant, leur influence sur les efflorescences de surface a été observée en quelques semaines ou quelques mois. Traditionnellement, les scientifiques pensaient que le fer hydrothermal mettait une décennie, voire plus, à atteindre la surface. La remontée rapide observée ici remet en question cette hypothèse et suggère qu’un processus physique inconnu pourrait être à l’origine de cette remontée plus rapide que prévu des eaux riches en métaux.
Pour mieux comprendre ce processus, des chercheurs ont recueilli de nouvelles données lors d’une expédition en décembre 2024. Les premiers résultats de cette mission devraient permettre de comprendre la rapidité de cette remontée des émissions hydrothermales et de déterminer si un transport aussi rapide se produit ailleurs dans les océans du globe.
Cette découverte dépasse le cadre de la biologie pour s’inscrire dans celui de la climatologie. Les efflorescences phytoplanctoniques absorbent d’immenses quantités de dioxyde de carbone atmosphérique par photosynthèse. Lorsque ces organismes microscopiques meurent, une partie de leur carbone s’enfonce dans les profondeurs océaniques et y reste stockée pendant des siècles. Cette « pompe biologique » naturelle contribue à la régulation du climat de la planète.
Comme l’océan Austral représente près de la moitié de l’absorption totale de carbone par les océans, tout facteur influençant sa productivité revêt une importance mondiale. Les séismes qui stimulent temporairement l’activité hydrothermale pourraient favoriser la séquestration du carbone en fertilisant le phytoplancton. À l’inverse, des périodes de faible sismicité pourraient l’atténuer.

Les observations de terrain ont également révélé un impact écologique direct. La prolifération récurrente de phytoplancton sur la dorsale favorise la croissance de bancs de krill et d’autres petits crustacés qui nourrissent à leur tour les manchots, les phoques et les baleines.

Source: Wikipedia

Des chercheurs ont même observé des baleines à bosse en train de fréquenter la zone de prolifération lors des pics de productivité. Bien que ces liens soient fondés sur l’observation plutôt que sur des mesures directes, ils illustrent l’interconnexion étroite entre les écosystèmes profonds de la Terre et les écosystèmes marins.
Source : The Watchers ; Deep ocean earthquakes drive Southern Ocean’s massive phytoplankton blooms, study finds – Stanford DOERR – December 17, 2025.

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Scientists from Stanford University (California) have analyzed satellite records of phytoplankton growth and global earthquake data. They discovered that when the seafloor near Antarctica experienced stronger shaking during the winter months, summer phytoplankton blooms became significantly denser and more extensive across the Southern Ocean. These blooms cover a huge area and play a key role in removing carbon dioxide from the atmosphere. The study, published in December 2025 in Nature Geoscience, provides the first direct evidence that seismic activity deep in the ocean can influence the productivity of life at the surface. It also shows that physical processes in Earth’s crust may have an unexpected impact on climate regulation. The Southern Ocean, which encircles Antarctica, absorbs nearly half of all the carbon taken up by the world’s oceans. Any factor that affects its biological activity could alter global carbon storage and climate balance.

The Southern Ocean is home to one of the planet’s most productive but least understood ecosystems. In certain regions, dense blooms of phytoplankton appear every summer, yet their size varies greatly from year to year. In 2014, scientists observed a large bloom over the Australian Antarctic Ridge and began investigating what caused these fluctuations.

By reviewing satellite images dating back to 1997, researchers noticed that the same bloom recurred annually in the same location but sometimes expanded to the size of California and other times shrank to the size of Delaware. Surface temperature, sea ice cover, and sunlight levels could not explain this variability.

The scientific team hypothesized that changes below the surface were to blame. Seismic activity along the ridge might alter the behavior of hydrothermal vents that emit mineral-rich water. These vents release iron, a nutrient critical for phytoplankton growth. When earthquakes occur, shaking can open new fractures or unblock channels within the vents, releasing larger quantities of iron into surrounding waters.

The researchers compared seismic records with bloom patterns and found a strong correlation. When magnitude M5.0 or larger earthquakes struck in the months before summer, blooms were far more intense. This revealed that tectonic events in the deep ocean can directly modulate the amount of biological activity at the surface.

Hydrothermal vents along the ridge release heated water loaded with iron and other dissolved metals. In the Southern Ocean, where iron is scarce, this supply can determine how much phytoplankton grows. Iron acts as a limiting nutrient, meaning that even small increases can trigger large blooms.

The new study found that earthquakes not only boost iron release but also influence how that iron spreads. Using computer models, scientists traced how vent plumes travel through ocean currents. They discovered that when surface waters carry the iron farther downstream, it becomes diluted and less effective in stimulating local blooms. Areas closer to the vents remain richer, while distant regions see weaker productivity.

Perhaps the most surprising result of the research was the apparent speed of iron transport from the seafloor to the surface. The hydrothermal vents studied lie about 1 800 m below the ocean surface, yet their influence on surface blooms was seen within weeks to months.

Traditionally, scientists believed that hydrothermal iron would take a decade or more to reach surface waters, traveling thousands of kilometers through deep ocean circulation. The rapid ascent observed here challenges that view and suggests an unknown physical process may be driving the metal-rich water upward more quickly than expected.

To better understand this process, researchers collected new data during an expedition in December 2024. Early results from that mission are expected to shed light on how hydrothermal emissions rise so fast and whether similar rapid transport occurs elsewhere in the world’s oceans.

The discovery extends beyond biology and into climate science. Phytoplankton blooms absorb vast amounts of atmospheric carbon dioxide through photosynthesis. When these microscopic organisms die, some of their carbon sinks into the deep ocean, effectively locking it away for centuries. This natural “biological pump” helps regulate the global climate.

Because the Southern Ocean accounts for nearly half of all oceanic carbon uptake, any factor that influences its productivity is globally significant. Earthquakes that temporarily boost hydrothermal activity could enhance carbon sequestration by fertilizing phytoplankton. Conversely, periods of lower seismicity might reduce it.

Field observations also revealed a direct ecological impact. The recurring bloom on the ridge supports swarms of krill and other small crustaceans, which in turn feed penguins, seals, and whales. Researchers even documented humpback whales visiting the bloom region during peak productivity. While these links are based on observation rather than direct measurement, they illustrate how tightly the deep Earth and marine ecosystems are connected.

Source : The Watchers ; Deep ocean earthquakes drive Southern Ocean’s massive phytoplankton blooms, study finds – Stanford DOERR – December 17, 2025.

Kilauea (Hawaï) : L’éruption de 2018 a déclenché la plus grande prolifération de phytoplancton du Pacifique // Kilauea (Hawaii) : The 2018 eruption triggered the biggest Pacific phytoplankton bloom

En mai 2018, le Kīlauea (Hawaï) est entré en éruption*, avec un panache de cendres de près de 8 km de hauteur. Cette éruption, parmi les plus importantes depuis plus de 200 ans, a émis environ 50 kilotonnes de dioxyde de soufre et 77 kilotonnes de dioxyde de carbone par jour.

Crédit photo: USGS

Soufflant de l’est, les alizés ont transporté les cendres vers l’ouest et les ont déposées dans le gyre subtropical du Pacifique Nord, pauvre en nutriments, à environ 2 000 km du volcan. [NDLR : Un gyre océanique (gyre : du grec « rotation ») est un gigantesque tourbillon d’eau océanique formé d’un ensemble de courants marins. Ces vortex sont provoqués par la force de Coriolis. Le gyre subtropical du Pacifique nord est situé entre l’équateur et la latitude 50° N et occupe une surface d’environ 3,4 millions de km². Son courant suit le sens des aiguilles d’une montre. ]
Une étude menée par des scientifiques de l’Université d’Hawaï à Mānoa, de l’Universiti Malaya et de l’Université océanique nationale de Taïwan, publiée en mars 2025 dans le Journal of Geophysical Research: Oceans, fournit des informations sur cet événement qui a déclenché une très importante prolifération de phytoplancton.
Des observations satellitaires ont révélé une importante prolifération de phytoplancton en juin 2018, sur une surface de 1,5 million de km². Cette prolifération, identifiée par les changements de couleur de l’océan, a culminé en juillet et s’est poursuivie jusqu’au début août. À titre de comparaison, la superficie de la prolifération avait environ 5 fois la taille de la Malaisie ou cinquante fois celle de Taïwan.

Les cendres du Kilauea (image du haut) se sont déposées dans la zone où la prolifération de phytoplancton a eu lieu (image du bas) [Source : Université d’Hawaï à Mānoa]

Les cendres ont apporté des nutriments essentiels, notamment du fer et du phosphate, qui ont stimulé la croissance du phytoplancton. Les microbes fixateurs d’azote, capables de survivre sans sources externes d’azote, ont été les principaux responsables de la prolifération. Les eaux pauvres en nutriments du gyre subtropical du Pacifique Nord, combinées à l’apport de cendres, ont créé des conditions favorables à l’événement.
Les facteurs atmosphériques, notamment les précipitations, ont favorisé le dépôt de cendres dans l’océan. Les précipitations locales et les régimes de vent ont influencé la répartition des cendres, contribuant à l’apparition de la prolifération de phytoplancton, à environ 5° au nord de la zone où les cendres s’étaient déposées.
Les conditions océaniques ont également contribué au maintien de la prolifération qui a eu une influence significative sur le cycle du carbone océanique. Les estimations satellitaires ont indiqué qu’elle a produit 1,91 Tg de carbone net, dont 0,34 Tg exporté de la zone euphotique vers des eaux plus profondes. Cette exportation a éliminé près de la moitié du dioxyde de carbone initialement émis par l’éruption, le séquestrant dans l’océan. [NDLR :1 téragramme (Tg) = 1012 grammes ou 106 tonnes.]

Les précédentes éruptions du Kīlauea n’avaient pas provoqué d’efflorescences phytoplanctoniques en haute mer, malgré une activité volcanique régulière au cours des 40 dernières années. Des recherches ont montré que la lave de l’éruption de 2018 a réchauffé les eaux profondes riches en nutriments près de la Grande Île d’Hawaï, déclenchant également un panache phytoplanctonique à proximité. Le transport de cendres sur de longues distances a caractérisé l’événement de 2018.

Source : Journal of Geophysical Research : Oceans – 15 mars 2025, relayé par le site web The Watchers.

*[NDLR : L’éruption de 2018 fut très spectaculaire, mais frustrante pour les volcanophiles. Jugée trop dangereuse par les scientifiques, son accès a été interdit. La plateforme d’observation promise par les autorités n’a jamais existé.]

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Dernière minute : Le HVO vient de m’envoyer un message indiquant que l’activité annonciatrice de l’Episode 24 a débuté dans l’Halemaʻumaʻu le matin du 3 juin 2025. Un dégazage important de SO2, une lueur nocturne et une activité de spattering dans la bouche nord indiquent que le magma est proche de la surface. L’Episode 24 devrait commencer aujourd’hui ou demain.

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In May 2018, Kīlauea volcano (Hawaii) erupted, releasing a plume of ash nearly 8 km high. The eruption, among the largest in over 200 years, emitted about 50 kilotons of sulfur dioxide and 77 kilotons of carbon dioxide per day. The easterly trade winds transported the ash westward, depositing it into the nutrient-poor North Pacific Subtropical Gyre, approximately 2 000 km from the volcano. [Editor’s note: An ocean gyre (from the Greek « rotation ») is a gigantic whirlpool of ocean water formed by a set of ocean currents. These vortices are caused by the Coriolis force. The North Pacific Subtropical Gyre is located between the equator and latitude 50° N and occupies an area of ​​approximately 3.4 million km². Its current follows a clockwise direction.]

A study by scientists from the University of Hawaiʻi at Mānoa, Universiti Malaya, and National Taiwan Ocean University, published in March 2025 in the Journal of Geophysical Research: Oceans, gives information about the event which triggered a massive phytoplankton bloom.

Satellite observations revealed a large phytoplankton bloom in June 2018, covering 1.5 million km2. The bloom, identified by changes in ocean color, peaked in July and continued until early August. As a comparison, researchers reported that the bloom’s area was approximately five times that of Malaysia or 50 times that of Taiwan.

The ash provided essential nutrients, particularly iron and phosphate, which stimulated phytoplankton growth. Nitrogen-fixing microbes, capable of surviving without external nitrogen sources, were primarily responsible for the bloom. The nutrient-poor waters of the North Pacific Subtropical Gyre, combined with the ash input, created favorable conditions for the event.

Atmospheric factors, including precipitation, aided the deposition of ash into the ocean. Local rainfall and wind patterns influenced ash distribution, contributing to the bloom’s occurrence about 5° north of the deposition site.

Oceanic conditions also contributed to the bloom’s maintenance. The bloom significantly influenced the ocean’s carbon cycle. Satellite estimates indicated it produced 1.91 Tg of net carbon, with 0.34 Tg exported from the euphotic zone to deeper waters. This export removed nearly half of the carbon dioxide initially emitted by the eruption, sequestering it in the ocean.

Prior eruptions of Kīlauea had not been connected to open ocean phytoplankton blooms, despite regular volcanic activity over the past 40 years. However, previous research found that lava from the 2018 eruption warmed nutrient-rich deep waters near Hawaiʻi Island, initiating a local phytoplankton plume. The long-distance transport of ash distinguished the 2018 event.

Source : Journal of Geophysical Research: Oceans – March 15, 2025, relayed by the website The Watchers.

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Breaking news : HVO has just sent me a message indicating that Episode 24 precursory activity started within Halemaʻumaʻu during the morning of June 3 2025. Vigorous SO2 degassing, nighttime glow, and intermittent lava spattering in the north vent indicate that magma is close to the surface. Episode 24 is likely to begin today or tomorrow.

Le phytoplancton de l’éruption du Kilauea (Hawaii) // Phytoplankton of the Kilauea eruption (Hawaii)

Le 3 mai 2018, le volcan Kilauea entrait en éruption à Hawaii. Pendant plusieurs mois, jusqu’au 6 août, le volcan a vomi d’énormes quantités de lave qui ont fini leur course dans l’Océan Pacifique après avoir détruit des centaines de maisons sur leur passage.

Le contact entre la lave et l’eau de mer a provoqué une importante prolifération de phytoplancton. Un banc de 150 km de long est apparu le long de la côte sud de la Grande Ile. Les scientifiques ont recueilli des échantillons et ont découvert qu’ils contenaient des taux très élevés de nitrate, d’acide silicique, de fer et de phosphate susceptible de fertiliser le phytoplancton, ainsi que du fer, du manganèse et du cobalt.
Trois jours après la première entrée de la lave dans l’océan, des images satellites ont montré au large de la Grande Ile d’Hawaï une nappe d’eau de couleur verdâtre, riche en chlorophylle-a, le pigment qui donne leur couleur aux plantes et aux algues. Une fois que la lave a cessé de couler dans l’océan, la nappe d’eau verte s’est dissipée en une semaine.
Alors que la prolifération d’algues était à son maximum, les scientifiques ont analysé l’eau de mer afin de déterminer pourquoi le phytoplancton avait soudainement prospéré. Les résultats de leur travail ont été publiés dans la revue Science.

Les concentrations d’acide silicique et de métaux traces étaient semblables à celles rencontrées dans la lave basaltique du Kilauea. L’équipe scientifique a découvert que le nitrate était le principal moteur de la prolifération du phytoplancton, mais sa source restait un mystère. La lave elle-même ne contient presque pas d’azote pour permettre aux microbes de l’océan de se transformer en nitrate.
Selon toute probabilité, le nutriment qui a favorisé la prolifération du phytoplancton provenait des profondeurs de l’océan. Le long de l’île, le littoral est très pentu, ce qui a permis à la lave de l’éruption d’atteindre rapidement les eaux profondes qui contiennent des nitrates en abondance, contrairement aux eaux de surface.
Ce mécanisme au cours duquel la lave à haute température permet à des  panaches d’éléments nutritifs en provenance d’eaux profondes d’atteindre la surface, est peut-être plus fréquent qu’on le pense. Par extrapolation, on peut raisonnablement penser que les volcans sous-marins sont en mesure de générer des proliférations de phytoplancton brèves mais intenses.

Il est bon de noter que l’on observe régulièrement de telles remontées d’eau profonde – également appelées upwellings – sur toute la côte californienne. Les bancs de kelp et les créatures marines qui peuplent ces écosystèmes dépendent essentiellement des courants qui font remonter les nutriments fertilisants des eaux profondes vers la surface. C’est probablement ce même processus que l’on a observé à Hawaii pendant l’éruption du Kilauea, mais il est intervenu plus rapidement.

Source : Médias américains.

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On May 3rd, 2018, Kilauea erupted in Hawaii. For several months, until August 6th, the volcano emitted huge quantities of lava that ended up in the Pacific Ocean after destroying hundreds of houses in their path.
The contact between lava and sea water caused a significant proliferation of phytoplankton. A 150 km long bench appeared along the southern coast of the Big Island. Scientists collected samples and found that they contained very high levels of nitrate, silicic acid, iron and phosphate that could fertilize phytoplankton, as well as iron, manganese and cobalt.
Three days after the first lava entry into the ocean, satellite images showed a large greenish area off Hawaii Big Island, rich in chlorophyll-a, the pigment that gives the green colour to plants and algae. Once the lava stopped flowing into the ocean, the green water dissipated in a week.
While algal blooms were at their peak, scientists analyzed the seawater to determine why phytoplankton had suddenly thrived. The results of their work were published in the journal Science.
The concentrations of silicic acid and trace metals were similar to those found in Kilauea basalt lava. The scientific team discovered that nitrate was the main driver of phytoplankton proliferation, but its source remained a mystery. The lava itself contains almost no nitrogen to allow the microbes in the ocean to turn into nitrate.
In all likelihood, the nutrient that promoted phytoplankton proliferation came from the depths of the ocean. Along the island, the coastline is very steep, allowing the erupted lava to quickly reach the deep waters that contain nitrates in abundance, unlike surface water.
This mechanism, in which high-temperature lava allows nutrient plumes from deep water to reach the surface, may be more common than is thought. By extrapolation, it is reasonable to assume that submarine volcanoes are capable of generating brief but intense phytoplankton blooms.
It is worth noting that such deepwater upwellings are regularly observed throughout the California coast. The kelp beds and marine creatures that inhabit these ecosystems are essentially dependent on currents that move fertilizing nutrients from deep water to the surface. This is probably the same process that was observed in Hawaii during the eruption of Kilauea, but it intervened more quickly.
Source: US media.

Photo: C. Grandpey