La triste fin des glaciers pyrénéens

Les glaciers pyrénéens – ou ce qu’il en reste – vont mal, très mal. Dans des notes intitulées « L’agonie des glaciers pyrénéens » ou « Point de non-retour pour les glaciers pyrénéens », j’ai expliqué qu’ils se dirigeaient vers une disparition certaine car ils ne sont pas en mesure de faire face aux assauts du réchauffement climatique.

Il reste près de 25 glaciers dans la chaîne pyrénéenne, contre 45 au début des années 2000. Les épisodes de très forte chaleur que nous venons de traverser ont encore accéléré leur déclin. Cela s’ajoute à un faible cumul de neige au cours de l’hiver.

Les glaciologues pensent que les glaciers pyrénéens auront disparu en 2050 mais, au train où vont les choses, cette prévision pourrait se révéler trop optimiste. Certains, déjà en mauvais état, pourraient disparaître plus tôt que les prévisions.

A la sortie de l’hiver dernier, les bilans des mesures d’accumulation de la neige n’étaient déjà pas brillants. Les mesures réalisées sur le glacier d’Ossoue au Vignemale ont montré la valeur la plus faible enregistrée après 2006 au cours des vingt dernières années. La même faiblesse d’accumulation de neige a été enregistrée sur le glacier de la Maladeta, côté espagnol. Or, on sait que la zone d(‘accumulation joue un rôle essentiel pour un glacier. C’est elle qui le fait vivre. L’accumulation s’équilibre avec la fonte du glacier, mais avec le réchauffement climatique, cet équilibre est rompu depuis longtemps sur les glaciers pyrénéens.

Et puis, il y a la hausse des températures en altitude. La fraîcheur d’autrefois, qui ralentissait le fonte, a disparu. En 2022, il n’y a pas eu de gelées en altitude dans les Pyrénées depuis le 27 mai. On se retrouve dans la situation de l’année 2018 où il n’y avait pas eu de gelées de fin mai-début juin jusqu’au 1er octobre. Une différence avec 2019, c’est qu’en 2022, le printemps a été très chaud. De plus, en 2018, il y avait eu beaucoup de neige, ce qui n’a pas été le cas l’hiver dernier.

Il fait très chaud en altitude et des records ont été égalés en 2022. Pendant plusieurs jours au-dessus de 1.500 m, la température a atteint 30°C, voire 33 ou 34°C.

Preuve de la disparition ultra rapide des glaciers pyrénéens, celui qui existait encore il y a une dizaine d’années sur le site remarquable de la brèche de Roland, à la frontière franco-espagnole, a complètement disparu.

Source: Météo France, presse locale.

La chaîne pyrénéenne vue depuis le Pic du Midi de Bigorre: les glaciers manquent cruellement à l’appel (Photo: C. Grandpey)

Le glacier du Vignemale en 2021

Glaciers : des chiffres qui donnent le tournis // Glaciers: figures that make you dizzy

2022 ne sera vraiment pas une bonne année pour les glaciers. Ils fondent partout dans le monde et les Alpes ne font pas exception. Cependant, le réchauffement climatique est plus sévère en Europe qui doit faire face à des vagues de chaleur plus intenses que d’autres parties du monde. En conséquence, les glaciers d’Italie, de France, de Suisse, d’Autriche fondent à une allure vertigineuse.
Les glaciers comptent parmi les meilleurs indicateurs du réchauffement climatique, avec des signes de recul qui remontent à un siècle en certains endroits. Les scientifiques ont pu suivre leur évolution à l’aide de photographies anciennes qu’ils ont pu comparer à celles obtenues aujourd’hui avec des méthodes plus modernes.
Les vagues de chaleur qui frappent l’Europe en 2022 et font fondre les glaciers accélèrent leur fréquence trois à quatre fois plus rapidement que dans d’autres parties de l’hémisphère nord. Une étude menée par des chercheurs du Potsdam Institute for Climate Impact Research (Allemagne), publiée en juillet 2022, montre que les vagues de chaleur doivent leur fréquence et leur intensité aux changements subis par le jet-stream au cours des dernières décennies. Les auteurs de l’étude ajoutent que les modèles climatiques actuels sous-estiment la vitesse du réchauffement climatique en Europe. On peut lire que « si les modèles ne représentent pas avec précision la variabilité du jet- stream, cela peut entraîner une sous-estimation significative des tendances futures des vagues de chaleur en Europe occidentale ».
En Suisse, environ la moitié de la surface de glace a disparu au cours des 90 dernières années. Dans les Alpes italiennes, environ un tiers de tous les glaciers ont disparu depuis les années 1960. Une grande partie de cette perte est récente et s’accélère. Un inventaire de tous les glaciers des Alpes publié en 2019 a révélé une diminution de leur superficie d’environ 15 % depuis 2003. La vitesse de perte au cours des 10 dernières années est d’environ 2 % par an, mais l’année 2022 sera probablement très mauvaise. année pour la fonte de la glace. Avec peu de neige au cours de l’hiver passé et la chaleur intense de l’été, les glaciers accusent le coup.
Les auteurs de l’étude mentionnée ci-dessus expliquent également que même si le monde parvient à atteindre ses objectifs climatiques, à savoir les promesses faites dans le cadre de l’Accord de Paris, et réussit à réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle, on aboutira à une perte glaciaire d’environ 60 % d’ici 2100. Par contre, si le monde continue à utiliser des combustibles fossiles comme à l’heure actuelle, et si les émissions polluantes continuent d’augmenter, cela conduira à un paysage où les glaciers auront pratiquement disparu.
La fonte des glaciers alpins aura des effets de grande ampleur. Il y a des dangers pour les randonneurs et les alpinistes, comme lors de l’effondrement du glacier de la Marmolada en Italie. Il y a aussi de graves conséquences pour le tourisme, l’hydroélectricité et l’agriculture. Les glaciers jouent un rôle énorme dans l’industrie du ski, en particulier le ski d’été. Le recul des glaciers pourrait menacer toute cette industrie.
Une étude de 2018 a révélé que dans une région italienne, 20 % de l’eau utilisée pour la production hydroélectrique était l’eau de fonte des glaciers. L’agriculture sera un autre gros problème si les glaciers disparaissent. La sécheresse de 2022 en Italie a conduit le gouvernement à déclarer l’état d’urgence dans la vallée du Pô. Les glaciers ne peuvent pas résoudre ce problème, mais ils peuvent contribuer à apporter des solutions.
Comme je l’ai expliqué dans plusieurs notes, le recul rapide des glaciers conduit à des idées innovantes pour essayer de les sauver.Certaines régions essayent de les protéger avec une couverture blanche, comme sur les glaciers de Presena en italie, du Rhône en Suisse, ou encore la Mer de Glace en France. Couvrir les glaciers avec une bâche blanche renvoie la lumière du soleil vers l’atmosphère, empêche l’évaporation et la fonte. Une étude qui a testé cette initiative dans le nord de l’Italie a révélé que la fonte d’un glacier bâché était réduite jusqu’à 69% par rapport à un glacier non couvert.
Malheureusement, bien que bâcher un glacier soit réalisable pour les stations de ski essayant de préserver de petites parcelles de glacier, cela est impossible à grande échelle. Selon une étude de 2021, seulement 0,02 % de la superficie des glaciers suisses était couverte, et bien que les couvertures aient pu empêcher jusqu’à 350 000 mètres cubes de perte de glace par an entre 2005 et 2019, cela a coûté jusqu’à 8 francs suisses par mètre cube (un franc suisse équivaut environ à un dollar). La Suisse à elle seule perd environ un milliard de mètres cubes de glace chaque année, et il semble impensable de dépenser chaque année plusieurs milliards pour protéger les glaciers avec cette technique. Outre le prix, les difficultés logistiques liées à la couverture d’immenses étendues de glacier avec du tissu – ou de la neige artificielle – sont probablement trop difficiles à surmonter. Bref, si on veut protéger durablement les glaciers, la seule solution est de réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre.
Source : GRID..

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2022 will definitely not be a good year for the glaciers. They are melting everywhere around the world and the Alps are no exception. However, global warming is more severe in Europe which is facing more intense heat waves than other parts of the world. As a consequence, the glaciers in Italy, Switzerland, Austria and elsewhere in Europe are melting faster than ever.

Glaciers have long provided one of the best indicators of a warming climate, with signs of retreat dating back a century in some places. Scientists have been able to track changes using old photographs and comparing them with those obtained today with more modern methods.

The heat waves pounding Europe this summer and melting the glaciers are accelerating in frequency three to four times more rapidly than in other parts of the northern hemisphere. A study by researchers from the Potsdam Institute for Climate Impact Research in Germany, published in July 2022, shows that the heat waves owe their frequency and strength to atmospheric changes to jet streams over the last several decades. The study’s authors have noted that current climate models underestimate the speed of European warming. One can read that“if models do not accurately represent the variability of the jet stream this could result in a significant underestimation of future heatwave trends over western Europe.”

In Switzerland, about half of glacial ice has been lost over the last 90 years. In the Italian Alps, about one-third of all glaciers have disappeared since the 1960s. Much of this is recent, and accelerating. An inventory of all the glaciers of the Alps published in 2019 found a decrease in area of about 15 percent since 2003. The rate of loss over the last 10 years or so is about 2 percent annually, but 2022 is destined to be a particularly bad year for melting ice. With little snow during the past winter and the continuing intense summer heat, the glaciers are not faring well.

The authors of the study also explain that even if the world manages to meet its climate targets, namely the promises made under the Paris agreement, and succeeds in cutting emissions toward zero by midcentury, glacial losses will total to about 60 percent by 2100. If the world fails and instead continues to use fossil fuel largely unabated and emissions keep rising, that will lead to a virtually ice-free landscape.

The melting of alpine glaciers will have meaningful and wide-ranging effects. There are dangers like those in the wake of the collapse at Marmolada in Italy, but there are also severe implications for tourism, hydropower and agriculture. Glaciers play a huge role in the skiing industry, with popular resorts relying on them for significant ski surfaces. The glaciers’ retreat could threaten the entire industry.

A 2018 study revealed that in one Italian region, 20 percent of the water used for hydropower production came from the runoff from glaciers. Agriculture will be another big problem if glaciers disappear. The 2022 drought in Italy has led the government to declare a state of emergency in the northern region of the Po River valley. Glaciers cannot solve this problem, but they could help.

As I explained in several posts, the glaciers’ rapid retreat has led to some innovative ideas on how they might be saved. One way is to protect them with a white blanket, like on the Presena ans Rhone glaciers, or else the Mer de Glace in France. Covering glaciers with a white tarpaulin reflects sunlight away from the ice, preventing evaporation and melt. A study, testing the idea in northern Italy, found that glacial melt was reduced by up to 69 percent compared with an uncovered glacier.

Unfortunately, while it may be useful for ski resorts or other places trying to preserve small patches of glacier, this is impossible at a large scale. Only 0.02 percent of Switzerland’s glacier area was covered, according to a 2021 study, and while the blankets may have prevented as much as 350,000 cubic meters of ice loss annually between 2005 and 2019, it came at a price of up to 8 Swiss francs per cubic meter (about the same in dollars). Switzerland alone loses around one billion cubic meters of glacial ice each year, and an annual price tag in the billions is probably out of the question. Aside from the price, the logistical difficulties of covering huge swathes of terrain with fabric – or artificial snow – are likely too much to overcome. In short, if we want to protect the glaciers for good in the long term, the only solution is to strongly reduce the emissions of greenhouse gases.

Source: GRID.

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Le glacier du Rhône a travers les âges:

1908 :

Carte postale

1981

 

Photo : C. Grandpey

2018

Photo : C. Grandpey

 

 

Réchauffement climatique : faut-il interdire l’accès aux glaciers et à la haute montagne ?

Suite à l’effondrement du glacier de la Marmolada (11 morts) et à la canicule qui s’est abattue sur la France, la montagne fond comme neige au soleil, les glaciers reculent de plus belle et les chutes de rochers menacent les alpinistes. Dans le sillage de ce cortège d’événements, certains se demandent si l’accès à la haute montagne devrait être interdit.

De toute évidence, nous n’en sommes pas encore là. Pour la population alpine, la montagne est symbole de liberté et doit le rester, mais pour combien de temps? Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, les courses en haute montagne ont perdu de leur charme à cause du danger potentiel et certaines d’entre elles, décrites par Gaston Rebuffat dans les années 1950, ne sont plus envisageables.

La course la plus populaire est sans aucun doute l’ascension du Mont Blanc. Il suffit de voir le nombre de personnes qui, telles des fourmis processionnaires, se lancent à l’assaut du sommet. Cette ascension est, elle aussi, menacée. Des éboulements se produisent de plus en plus fréquemment dans le Couloir du Goûter qui était déjà baptisé « couloir de la mort » quand je l’ai parcouru dans les années 1980. Aujourd’hui, cette appellation est tellement justifiée que le 13 juillet 2022, les compagnies de guides de Chamonix et St Gervais ont décidé de ne plus accompagner l’ascension du toit de l’Europe, temporairement et à titre préventif. Il est vrai qu’un record de température (10,4°C) a été enregistré fin juin juste sous le sommet. Sur cette vidéo, vous aurez un aperçu des chutes de blocs dans le Couloir du Goûter:

https://twitter.com/i/status/1547912931068628992

Malgré l’absence de guides et les mises en garde des autorités de Haute -Savoie, l’ascension du Mont Blanc n’est pas interdite et il y a toujours des volontaires pour jouer à la roulette russe. Cela incite le maire de Saint-Gervais à envisager la fermeture du refuge du Goûter situé à 3.850 m d’altitude, comme il l’ a déjà fait en juillet 2015, face à des risques de drame comparables sur cette voie. Il regrette de voir des alpinistes urbains désireux de « faire le Mont Blanc » à tout prix, quelles que soient les conditions de sécurité. Le premier magistrat a toujours à l’esprit le 22 juin 2022, quand un alpiniste de 73 ans a perdu la vie dans ce même Couloir du Goûter, victime d’un autre éboulement.

La cause de telles chutes de blocs est facile à comprendre. Sous l’effet de la chaleur, le permafrost qui assure la cohésion et la stabilité des parois dégèle et déclenche des effondrements. La situation est encore plus grave en 2022 car la précocité de la canicule qui n’a jamais été aussi flagrante. Les glaciologues font remarquer que glaciers alpins étaient moins endommagés à la fin du mois d’août 2021 qu’au début du mois de juillet 2022.

Dans ce contexte extrême, l’éventualité d’une interdiction d’accès aux glaciers et à la haute montagne a refait surface. Elle est redoutée, mais la plupart des acteurs pensent qu’une telle décision serait une aberration. Les statistiques montrent qu’il n’y a pas d’explosion d’accidents de montagne en France en 2022; il n’y adonc pas de véritable raison d’interdire la haute montagne. Si l’approche du Mont Blanc est fortement déconseillées par les guides, il y a encore de nombreux autres itinéraires à effectuer. Soit dit en passant, les guides n’apprécient pas particulièrement l’ascension du Mont-Blanc dans sa formule actuelle, avec des processions d’alpinistes. Les compagnies de guides cherchent à vendre une expérience de haute montagne davantage que l’ascension spécifique d’un sommet.

De toute façon, réchauffement climatique ou pas, il y a toujours un risque en montagne. On sait qu’il coûterait moins cher à l’Etat de fermer la haute montagne que de surveiller certaines portions. C’est pour cela que l’on craint à Chamonix une interdiction totale de l’alpinisme, au nom du sacro-saint principe de précaution. Les guides essayent de dialoguer au maximum avec les pouvoirs publics pour éviter d’en arriver à des arrêtés préfectoraux interdisant l’accès généralisé aux glaciers.

Le 9 février 1999, une avalanche a tué 12 personnes dans le hameau de Montroc à Chamonix. Suite à ce drame, le préfet de Haute-Savoie a pris un arrêté pour interdire la pratique du ski hors piste, de la randonnée à raquettes et de l’alpinisme hors des domaines aménagés. Vingt-trois ans plus tard, seules les 250 à 300 ascensions par jour du Mont-Blanc par la voie du Goûter sont pour l’instant menacées, avec une fin de haute saison estivale avancée d’un gros mois par rapport à 2021.

Le maire de Saint-Gervais tient à relativiser la perte économique et touristique entraînée par la situation actuelle et en particulier la décision des guides d’abandonner l’accompagnement sur le Mont Blanc. Il estime qu’il y a entre 50.000 et 100.000 visiteurs quotidiens l’été dans la vallée de Chamonix. Pour faire face aux nouvelles conditions imposées par le réchauffement climatique, il propose de repenser le calendrier estival de l’alpinisme, au sortir de la saison 2022. Selon lui, il va falloir s’adapter à la nature et l’idéal serait de démarrer la saison vers mi-mai, avant d’effectuer une pause en juillet-août et de reprendre en septembre. Le problème, c’est qu’il existe un vrai divorce entre le business du Mont-Blanc et les besoins réels de la montagne d’ouvrir plus tôt. En effet, la compagnie du Mont-Blanc – qui gère les remontées mécaniques – ne souhaite pas décaler sa saison de la sorte… Les négociations promettent d’être rudes!

 Les glaciers alpins seront-ils un jour interdits ? (Photo: C. Grandpey)

Les guides de Chamonix tirent la sonnette d’alarme

Au mois de septembre 2021, huit membres de la Compagnie des guides de Chamonix se sont rendus à l’Assemblée nationale où ils ont présenté à la commission Montagne un livret sur les conséquences du réchauffement climatique sur la vie en montagne. Le fascicule est intitulé Les guides de montagne et le changement climatique, une histoire d’adaptation. Le texte a pour but de documenter les conséquences du réchauffement sur les milieux naturels montagnards et sur les activités humaines. Il a été conçu par le Syndicat national des guides de montagne et des chercheurs du Centre de recherche sur les écosystèmes d’altitude (Crea), du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’université de Grenoble. Les guides expliquent qu’ils ont un rôle de sentinelles et ils veulent rappeler que les glaciers ne sont pas que sportifs et décoratifs mais également des châteaux d’eau qui changent très vite sous l’effet du réchauffement climatique.

À travers une approche historique de la vallée de Chamonix, le livret illustre l’accélération du changement climatique et ses conséquences sur les milieux et les métiers de la montagne. Dans le massif du Mont-Blanc, la Mer de Glace a perdu 200 mètres d’épaisseur depuis le siècle dernier, avec une très nette dégradation ces dix dernières années. Dans les Alpes du Nord, l’augmentation des températures est deux fois plus rapide que dans les plaines. Selon Météo France, en 2050, les stations situées à plus de 1 500 mètres d’altitude connaîtront des journées à plus de 25 °C.

Le réchauffement climatique observé dans les montagnes est en effet plus important que dans les zones de basse altitude. Cela est dû à l’albédo, qui varie selon la couleur des surfaces réfléchissantes. En montagne, les zones blanches couvertes de neige renvoient davantage le rayonnement solaire que les roches qui sont plus sombres. À cause de l’augmentation des températures, le manteau neigeux diminue progressivement, laissant de moins en moins de zones claires réfléchissantes. Le sol à nu absorbe alors davantage la chaleur, réchauffant ainsi le climat ambiant.

Selon Météo France, la quasi-totalité des domaines skiables des Alpes ne seront vraisemblablement plus opérationnels en 2100, même en prenant en compte l’enneigement artificiel. En 2022, on vient d’assister à la fermetures successive au ski d’été des glaciers de Tignes, Val d’Isère et des Deux-Alpes. Dès le début de l’été, les conditions ne sont plus réunies pour aller en montagne pour des courses de neige. En effet, le dégel du permafrost de roche rend la pratique de la montagne plus dangereuse causant des éboulis ou des décrochements de plaques rocheuses. Ainsi, la voie normale de la Tour Ronde (3793 m d’altitude) sur l’arête frontière entre la France et l’Italie devient très tôt dans l’été une zone de rochers instables.

Le livret mentionne également la nécessité pour les guides de changer de paradigme, c’est-à-dire de ne plus viser à tout prix l’ascension de certains sommets. Concrètement, 64% des accompagnateurs mettent déjà en place des actions pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre via le covoiturage, la réduction des déplacements et la sensibilisation des clients.

Les guides indiquent par ailleurs que les transformations des écosystèmes montagnards sont « trop rapides pour le vivant. » Afin de s’adapter au réchauffement climatique, les espèces migrent plus haut en altitude pour trouver des conditions climatiques favorables. Elles peuvent également s’acclimater en évoluant génétiquement, mais cette adaptation, lente, n’est pas assez rapide face au réchauffement. C’est par exemple le cas du lagopède alpin (Lagopus muta helveticus), qui monte d’année en année et qui ne pourra le faire indéfiniment. De plus, les paysages changent également et verdissent (voir ma note du 18 juin 2022) ce qui n’est pas sans conséquences sur les activités de montagnes, avec modification des itinéraires et les points de vue historiques.

Source: Reporterre.

La Mer de Glace en 1956 et en 2022. Le glacier est le symbole de la catastrophe climatique en montagne (Photo: C. Grandpey)