La fonte des glaciers en Autriche

La fonte des glaciers alpins est particulièrement importante cette année avec la multiplication des vagues de chaleur. Aucun pays n’est épargné, France, Italie, Autriche. Le site web de la chaîne ARTE a consacré un article à la fonte du glacier autrichien Jamtal (massif de la Silvretta) dont la fonte est tellement rapide qu’elle entrave la récupération de données précieuses par les glaciologues.

Les glaciers sont des capsules temporelles uniques qui permettent de remonter à des milliers d’années. Les glaciologues prélèvent régulièrement des carottes de glace pour obtenir des données précieuses. Ils peuvent ensuite les dater en procédant à des mesures de Carbone 14 sur des débris végétaux restés emprisonnés à travers le temps. L’analyse des différentes couches permet de comprendre le climat du passé et de créer des modèles pour l’avenir.

Avec l’accélération du réchauffement climatique et la fonte ultra rapide des glaciers, cette tâche devient de plus en plus complexe. En effet, la fonte, indicatrice du changement climatique, s’est accélérée ces 20 dernières années. Sur les 220.000 glaciers de la planète, ceux des Alpes – leur nombre est estimé à 4000 – ont particulièrement rétréci et la plupart sont voués à s’évaporer. Au train où vont les choses, le Jamtal ne sera plus un glacier dans cinq ans. Au cours de l’été 2022, les glaciologues ont même dû avancer de quelques jours une opération de forage à 14 mètres de profondeur, à cause des températures exceptionnellement élevées.

En temps normal, la neige protège le glacier du soleil pendant l’été, mais la faible quantité tombée l’hiver dernier avait déjà disparu début juillet. Le glacier est donc entièrement exposé au soleil pendant deux mois. La situation est vraiment problématique pour les chercheurs qui pronostiquent une perte d’épaisseur de sept mètres de glace cette année, contre un mètre habituellement. C’est l’analyse de 300 ans de changement climatique qui part en vapeur.

Les vagues de chaleur rendent les terrains instables, comme au glacier de la Marmolada en Italie, où un effondrement en juillet 2022 a tué onze personnes. La fonte des glaciers est en passe de poser des problèmes au niveau économique et humain. Ils attirent les touristes, alimentent en été les grandes rivières et contribuent au réseau hydraulique. En Autriche, le club alpin d’un village propose une randonnée intitulée « Goodbye, glacier! » pour tenter de susciter une prise de conscience autour du réchauffement climatique et son impact sur la montagne. Ce sera l’occasion de faire découvrir aux touristes de nouveaux chemins de randonnées, plus accessibles.

Source: ARTE.

Vue du Jamtal (Crédit photo: Wikipedia)

La fonte des glaciers dans les Alpes du Sud (France)

On peut voir sur le site web du Huffington Post une superbe photo aérienne du massif du sud des Alpes, culminant à 4 102 mètres à la Barre des Ecrins. L’image est particulièrement révélatrice de l’impact,du réchauffement climatique sur les glaciers et sur la neige.

Le massif des Écrins, avec son Glacier Blanc et les quatre sommets du Mont Pelvoux, a perdu la quasi-totalité de son manteau neigeux et glaciaire. Les records de chaleur enregistrés au cours de l’été 2022, même en altitude, n’ont fait qu’aggraver la situation. Seules quelques neiges éternelles sur les faces nord des plus hauts sommets ou les lacs pro-glaciaires du glacier de l’Arsine, au premier plan de la photo, contrastent avec l’ensemble grisâtre du massif. Le sable qui avait été transporté par le vent depuis le Sahara, apparaît également sur la photo.

Des images comparatives entre 1895, 1983 et 2022, publiés dans le journal Le Monde fin juillet témoignent de l’impact du réchauffement climatique sur le Glacier-Blanc, situé sur la face nord de la Barre des Écrins. Il a reculé de 1 kilomètre depuis 35 ans, à raison de 60 mètres par an.

Les glaciologues ajoutent que la fonte des glaciers s’est accélérée au cours des sept dernières années. Dans ces conditions, on s’attend à un bilan de masse historiquement déficitaire pour le Glacier Blanc, au moins équivalent au record de fonte de 2003, voire pire. On observe des chutes de blocs de glace quotidiennes ou encore un tarissement de l’eau qui approvisionne le Refuge du Glacier Blanc depuis les névés.

A côté du Glacier Blanc, un constat identique est établi au niveau des langues glaciaires d’Ailefroide, de la Momie, des Violettes et du Pelvoux. La moitié des 120 glaciers recensés sur le massif en 1950 ont disparu. La perte de glace risque atteindre 90 à 95 % dans les Écrins à l’horizon 2100..

La disparition des glaciers et des névés met à jour des crevasses et des fissures qui représentent un réel danger pour les alpinistes.  Plusieurs sont morts au cours des dernières semaines. Ce sera le sujet de la note de demain.

Triste, triste…

Source: Huffington Post.

 

Crédit photo : Davide Asnicar, Université de Padoue

 

Vue comparative des Alpes du Sud en juillet 2018 et août 2022 (Satellite Sentinel / Copernicus)

Vues du Glacier Blanc depuis le Pré de Madame Carle en 2020 (Photos: C. Grandpey)

Tazieff avait raison !

C’est souvent une bonne chose de rafraîchir la mémoire. En 1979, donc quelques années après le début officiel du réchauffement climatique, Haroun Tazieff se trouvait sur un plateau de télévision en compagnie de l’explorateur océanographique Jacques-Yves Cousteau et du glaciologue Claude Lorius.

https://youtu.be/tPjHLRYZiHM

En réécoutant ce document, on se rend compte que Tazieff était un visionnaire et ses propos cadrent parfaitement avec l’actualité d’aujourd’hui. Alors que Cousteau qualifiait le réchauffement climatique de « baratin », Tazieff tentait déjà d’alerter la population sur les conséquences du phénomène à l’échelle de la planète. Selon lui, « on ne protège pas nos forêts pour faire des profits colossaux. Si au lieu de détruire les forêts françaises, on les protégeait et on en augmentait la surface, il n’y aurait pas de danger avec le gaz carbonique et au contraire il y aurait de plus en plus d’oxygène.” Aujourd’hui, son discours semble plus que jamais d’actualité. “La pollution industrielle dégage des quantités de produits chimiques de toute nature, dont une énorme quantité de gaz carbonique. […] Il pourrait y avoir un effet de serre général, un réchauffement de 2 ou 3°C de la température de l’atmosphère d’où fusion d’une énorme quantité de glace polaire, aussi bien au sud qu’au nord et de glace de montagne. Et il pourrait y avoir une montée des eaux qui pourrait amener à la noyade de toutes les côtes. »

En 1979, le glaciologue Claude Lorius critiquait les propos de Tazieff sur l’Antarctique en affirmant qu’une hausse de température de 2 ou 3°C n’aurait pas une incidence catastrophique sur la glace de ce continent car elle existe depuis une dizaine de millions d’années. On se rend compte aujourd’hui que le glaciologue avait parlé un peu vite…

Pyrénées : glaciers en péril, marmottes en souffrance

Un cliché pris le 6 août 2020 et visible sur le site Météo Pyrénées montre que le glacier des Gourgs Blancs – dans le Luchonnais – a totalement disparu de la chaîne pyrénéenne, victime des dernières fortes chaleurs liées au réchauffement climatique. D’autres sont en passe de subir le même sort.

C’est un guide de montagne qui a pris le cliché. Le site est difficilement accessible, donc on ne peut pas dire si la disparition du glacier a eu lieu en 2022 ou en 2021, mais les faits sont là : il n’y a plus de glacier des Gourgs Blancs.

Comme ce glacier, de nombreux sites des Pyrénées sont directement touchés par le réchauffement climatique. J’ai récemment mentionné le glacier des Oulettes qui est en grande souffrance, lui aussi. Dans le Luchonnais, on surveille aussi le glacier du Seil de la Baque, dont il ne reste plus grand chose, alors que c’était l’un des plus grands du massif pyrénéen au 19ème siècle.

D’une manière générale, tous les glaciers sont en train de disparaître. Pas de pluie et des températures en hausse; tout est réuni pour que les glaciers fondent…

En haut le glacier des Gourgs Blancs au début du 20ème siècle. En bas une photo prise le 6 août 2022 (Source: Météo Pyrénées)

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Il n’y a pas que les glaciers qui souffrent de la chaleur dans les Pyrénées. La faune éprouve, elle aussi, des difficultés à s’adapter à la hausse rapide des températures. Les naturalistes ont en particulier remarqué que la population de marmottes commence à se réduire en raison du réchauffement climatique.

Dans la vallée d’Ossau, une équipe de naturalistes procède chaque année à un décompte et a constaté l’effet du changement climatique sur ces rongeurs. Un scientifique explique qu’en 2022, sur quinze terriers étudiés, seuls trois ont eu une reproduction effective, ce qui est assez faible.

Depuis 2016 le taux de reproduction des marmottes est en baisse dans les Pyrénées. D’une manière plus globale, on constate une tendance à la baisse des espèces de haute altitude, avec un impact inévitable sur toute la biodiversité.

Sur cinq espèces suivies dans la vallée d’Ossau, toutes sont déjà impactées par le réchauffement climatique. Selon les biologistes, dans les prochaines années la montagne va changer, des espèces vont apparaître, d’autres vont disparaître, là où certaines s’adapteront.

Photo: C. Grandpey