L’agonie des glaciers pyrénéens (suite)

2050 est également la date retenue par les climatologues locaux et les bénévoles de l’association Moraine pour la disparition définitive de la plupart des glaciers pyrénéens. De plus petite taille que leurs homologues alpins, ils sont encore plus exposés au réchauffement climatique. Dans une note rédigée le 20 août 2020, j’expliquais qu’ils avaient atteint le point de non retour, à l’image de l’Aneto ou de l’Oulette, ce dernier au pied du Vignemale, entre 2300 et 2400 mètres d’altitude.

Tous les ans, les bénévoles de l’association Moraine mesurent l’évolution des glaciers des Pyrénées. Ils expliquent qu’ils ont encore reculé en moyenne de 8,10 m en 2020. Ces bénévoles en sont à leur 18ème campagne de mesures. Tous les ans au mois de mai ils grimpent sur la montagne pour sonder le manteau de glace accumulé durant l’hiver. Ils reviennent sur le terrain tous les mois durant l’été afin de mesurer la fonte et livrer ensuite leurs dernières données aux climatologues.

Selon l’association, « chaque année, ce sont 3,6 ha de glace qui disparaissent. » En 2002, les glaciers pyrénéens couvraient 140 ha. Leur surface globale est désormais de 79 ha, soit 45 % de moins.

Il faut toutefois noter que les glaciers de la partie occidentale de la chaîne pyrénéenne ont mieux résisté que dans sa partie centrale ou orientale. Cela s’explique probablement par l’influence océanique qui assure un réservoir d’humidité entraînant davantage de précipitations. C’est ce qui se passe, à plus grande échelle, pour les glaciers du Mont Shasta en Californie.

Source : Association Moraine.

Glacier du Vignemale pendant l’été 2020 (Photo aimablement envoyée par un visiteur de mon blog)

Point de non-retour pour les glaciers pyrénéens

Le 29 septembre 2018, au retour d’un séjour dans les Pyrénées, j’expliquais que la situation climatique et glaciaire était préoccupante, voire catastrophique. Depuis le sommet du Pic du Midi de Bigorre, les traces de neige ou de glace étaient quasiment inexistantes sur l’ensemble du massif. Cette triste constatation n’est guère surprenante. En effet, entre 1959 et 2010, les températures ont augmenté dans les Pyrénées de 1,2°C. Les climatologues de Météo France pensent qu’elles pourraient augmenter de 4°C à l’horizon 2050 et de 7°C à la fin du 21ème siècle !

Le compte Twitter Météo Pyrénées compare, en images, le recul perpétuel des glaciers dans les Pyrénées, en particulier depuis une trentaine d’années. Vous trouverez l’ensemble des images sur le site actu.fr.

Les climatologues de la région publient des photos comparatives des glaciers, photographiés en juillet et août, à des dizaines d’années d’écart. Ces photos parlent plus que les longs discours. Certains glaciers qui s’étendaient sur plusieurs hectares de montagne  il y a un siècle comme ceux du Taillon, au dessus de Gavarnie (Haute-Pyrénées), ou du Seil de la Baque vers Luchon (Haute-Garonne) sont, en effet, se sont réduits comme peau de chagrin…

Le 18 septembre 2017, j’ai publié une note à propos du glacier d’Aneto sur lequel s’attardent également les climatologues pyrénéens. Au début du mois d’août 2020, sur les 30 à 40 mètres de glace encore présents sur l’Aneto, on pouvait encore mesurer 1,10 à 1,30 mètre de neige hivernale. Avec les fortes chaleurs enregistrées depuis le début du mois d’août, cette neige est en train de fondre rapidement et le glacier va être de nouveau à vif. C’est tous les ans la même chose : les étés passent et il n’y a plus suffisamment d’accumulation de neige pour empêcher les glaciers d’être à vif.

Le compte Météo Pyrénées a également posté deux photos prises à un mois d’intervalle, en juillet puis août 2020, sous le glacier du Seil de la Baque dans le Luchonnais. Le recul des glaciers pyrénéens a été spectaculaire au cours des six dernières années. C’est le cas du glacier de l’Oulette situé au pied du Vignemale, entre 2300 et 2400 mètres d’altitude ; son recul est impressionnant entre 2008 et 2019. À ce rythme, il risque de disparaître dès les prochaines années. Pareil pour le glacier du Seil de la Baque dans le Luchonnais. Il n’y a quasiment plus rien par rapport à ce que l’on pouvait y trouver il y a 20 ans.

Les climatologues de  Météo Pyrénées constatent que 17 glaciers ont été rayés de la carte entre 2000 et 2016 et le phénomène va malheureusement se poursuivre inexorablement car rien n’est fait pour ralentir le réchauffement climatique. On se dirige vers la disparition totale, à très court terme, de tous les glaciers pyrénéens, en tout cas bien avant 2050 qui était la date avancée par les climatologues jusqu’à ces dernières années. Les températures en haute montagne sont un indicateur sans appel. Le 17 septembre 2018, j’expliquais sur ce blog que cela faisait 91 jours le 15 septembre qu’il n’y avait pas eu de gel au Pic du Midi de Bigorre, à 2877 mètres d’altitude. La dernière journée de gelée – avec – 1,6°C – datait du 14 juin.

Comme ceux du Groenland, les glaciers des Pyrénées ont bel et bien atteint le point de non retour !

Cirque de Gavarnie et brèche de Roland vus depuis le Pic du Midi (Photo : C. Grandpey)

Glacier d’Aneto en 1986 et 2009 (Source : Swisseduc)

La glace fond et l’Arctique va devoir s’adapter // The ice s melting and the Arctic will have to adapt

Comme je l’ai écrit récemment, la glace fond à un rythme incroyable dans l’Arctique et le Groenland a atteint le point de non-retour. La situation est préoccupante pour les populations qui vivent dans la région. Les scientifiques du British Antarctic Survey (BAS) viennent de les informer que dans 15 ans à peine, la glace de mer arctique pourrait avoir disparu pendant l’été.

On peut lire dans l’étude du BAS, publiée début août 2020 dans la revue Nature Climate Change: «Nous aurons de moins en moins de temps pour nous y préparer,  mais aussi moins de temps pour agir, si nous voulons faire quelque chose».
La nouvelle étude est la dernière d’une série qui prévoit la disparition à très court terme de la glace de mer dans l’Arctique. La surface couverte par cette glace à la surface de l’Océan Arctique a diminué d’environ 13% par décennie depuis 1979. Les 13 années avec la plus faible étendue de glace se situent toutes au cours des 13 derniers étés, et l’été 2020 portera inévitablement le n° 14.
L’estimation de 2035 faite par le BAS se base sur ce que l’on sait des climats du passé. Les scientifiques au fil des ans ont rassemblé des données à partir de traces chimiques laissées dans la glace, les roches et les sédiments. La nouvelle étude porte plus spécifiquement sur le dernier Interglaciaire, il y a 130 000 ans. Cette période était de 4 degrés Celsius plus chaude que l’ère préindustrielle. Elle offre un aperçu très probable des conditions que l’Homme est en train de créer pour l’avenir. Le réchauffement actuel est déjà d’environ 1°C et l’Arctique se réchauffe plus de deux fois plus vite que le reste de la planète.
L’étude du BAS rejoint le débat au cœur du monde scientifique sur la vitesse du réchauffement climatique. Les derniers modèles climatiques montrent que le réchauffement se produira beaucoup, beaucoup plus rapidement qu’on ne le pensait auparavant. Certains chercheurs laissent toutefois ouverte la possibilité (peu probable) que la glace puisse rester présente  plus longtemps, mais la grande majorité de la communauté scientifique ne partage pas cet optimisme. Ainsi, des climatologues de l’Université de Caroline du Nord et de la NOAA ont utilisé début 2020 un modèle différent, mais qui arrive à l’année 2035 pour un été arctique dépourvu de glace. Par «dépourvu de glace», les scientifiques désignent une étendue de moins d’un million de kilomètres carrés. La superficie la plus faible jamais atteinte a été de 3,4 millions de km² en 2012. Les scientifiques expliquent que des événements inattendus comme une éruption volcanique majeure pourraient modifier cette prévision.
Quelle que soit l’année où la glace de mer disparaîtra, les scientifiques du BAS expliquent que les entreprises, les autorités locales et les habitants de l’Arctique doivent se préparer dès maintenant aux changements en géopolitique régionale, transports et disponibilité en denrées alimentaires.
Source: British Antarctic Survey.

——————————————

As I put it before, ice is melting at an incredible in the Arctic and Greenland has reached the point of no return. The situation is worrying for the populations living in the region. British Antarctic Survey scientists have just informed them that in just 15 years Arctic summer sea-ice could disappear.

One can read in the study, published early in August 2020 in the journal Nature Climate Change: « We will have less and less time to get ready for it, or less time to act upon it if we want to do something about it. »

The new research is the latest in a steady stream that has moved up the predicted timeframe for the ice-free Arctic milestone. The amount of sea-ice floating atop the Arctic Ocean at summer’s end has fallen about 13% per decade since 1979. The 13 years with the smallest ice extents on record have all happened over the previous 13 years, and the summer 2020 will inevitably be No.14.

The 2035 estimate made by the British Antarctic Survey (BAS) is based on what is known about past climates. Scientists over the years have assembled evidence about previous eras from chemical traces in ice, rocks, and sediment. The new Arctic study looks specifically at the Last Interglacial, a period 130,000 years ago. That period was 4 degrees Celsius hotter than than the pre-industrial era, a plausible preview of conditions humans are creating for the future. Current warming on average is already around 1°C, and the Arctic is warming more than twice as fast as the rest of the planet.

The research joins a debate about the pace of global heating that has drawn in climate scientists this year. Some newly updated models now suggest that warming will occur much, much faster than previously thought. There remains disagreement among scientists over modelling results that show accelerated warming. Some of them leave open the (unlikely) possibility that ice may stick around longer, but the great majority of the scientific community is pessimistic. Researchers from North Carolina State University and NOAA earlier this year used a different model to arrive at a similar 2035 target for the ice-free Arctic summer. By « ice-free, » scientists mean an extent of less than 1 million square-kilometres. The lowest it has reached is 3.4 million km² in 2012. Scientists explain that unexpected events like a major volcanic eruption could alter the timeline.

Whichever summer is the first to lose its sea ice, BAS scientists warn that businesses, governments, and people living in the Arctic need to prepare now for changes in regional geopolitics, transportation, and food availability.

Source : British Antarctic Survey.

Cette image fera bientôt partie des souvenirs (Photo : C. Grandpey)

Nouvel avis de décès

A l’image des Islandais qui ont inauguré le 18 août 2019 une plaque commémorative à la mémoire du défunt glacier Okjokull, les élus écologistes régionaux ont déposé le 23 octobre une plaque « à la mémoire du glacier Arriel » qui a définitivement fondu dans les Pyrénées béarnaises, victime du réchauffement climatique

Le glacier d’Arriel, à proximité du lac d’Arrémoulit, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, connaît donc le même sort que celui de 50% des glaciers pyrénéens ces dernières années. Ils disparaîtront probablement tous d’ici 2040. On peut lire sur la plaque : « Cette plaque atteste que nous savons ce qu’il se passe et que nous savons ce qu’il faut faire. Vous seul-e-s saurez si nous l’avons fait »

La disparition d’un glacier, même de petite taille dans les Pyrénées ou sur les autres massif, n’est pas anodine. Les élus présents à la cérémonie ont rappelé que « les glaciers forment des réserves d’eau douce capitales, tant pour les activités humaines que pour les écosystèmes de l’ensemble du Sud-Ouest : agriculture, tourisme, production hydroélectrique… »

D’après un constat de l’association pyrénéenne de glaciologie Moraine, qui étudie l’évolution des glaciers pyrénéens depuis vingt ans, ces derniers pourraient complètement disparaître d’ici à 2050. On comptait 90 glaciers dans les Pyrénées en 1850, contre 23 aujourd’hui.

Source : Synthèse de la presse régionale.

Situé à la base de la face Nord du Pic d’Arriel, le glacier s’était considérablement réduit et se distinguait à peine ces dernières années (Crédit photo : Wikipedia)