Tungurahua (Equateur / Ecuador): Une éruption à court ou moyen terme? // An eruption in the short or medium term?

drapeau-francaisDans son dernier bulletin en date du 3 juin 2016, l’Institut de Géophysique (IG) indique que le Tungurahua connaît une activité relativement faible depuis sa dernière éruption qui a eu lieu entre le 25 février et le 15 mars 2016. En particulier, l’activité sismique et de dégazage restent à un niveau normal, à l’exception d’un petit essaim sismique avec des événements longue période (LP) enregistré entre le 1er et le 20 mai, probablement associé à des mouvements fluides. A côté de cela, les observations de déformation montrent un gonflement de l’édifice volcanique, signe d’une intrusion magmatique depuis la fin de la dernière éruption.
La période de calme actuelle pourrait donc être trompeuse et annoncer une activité plus intense à court terme. Au cours des 8 dernières années, le Tungurahua a connu à plusieurs reprises de telles périodes calmes suivies d’une réactivation de l’activité après avoir présenté des signes annonciateurs à court terme dans seulement 20% du temps. Sur la base de ces statistiques et de la période de repos (79 jours) que le volcan est en train de traverser, on estime qu’une réactivation du Tungurahua à moyen terme (semaines ou mois) est probable. Deux scénarios éruptifs sont possibles: 1) une réactivation progressive, de type strombolien, avec retombées de cendre; 2) une reprise rapide de type vulcanien, avec une haute colonne éruptive et des coulées pyroclastiques.

Le but du rapport de l’IG est d’avertir les autorités et la population sur la possibilité d’une éruption du Tungurahua à moyen terme afin que soient prises les mesures nécessaires pour faire face à une telle éventualité.

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drapeau-anglaisIn its latest bulletin (June 3rd, 2016), the Geophysics Institute (IG) indicates that Tungurahua has been experiencing a relatively low activity since its last eruption, which took place between 25 February and 15 March 2016. In particular, seismic and degassing activity remain at a normal level, with the exception of a small seismic swarm with long-period events (LP) registered between 1 and 20 May, probably associated with fluid movements. Beside that, the observations of deformation show an inflation of the volcanic edifice, indicating magma intrusion since the end of the last eruption.
The current period of calm could be deceptive and announce a short-term increased activity. Over the past 8 years, Tungurahua has repeatedly gone through such quiet periods followed by a reactivation of activity after presenting short-term signs in only 20% of cases. Based on these statistics and the rest period (79 days) that the volcano is going through, it is estimated that a reactivation of Tungurahua in tha medium term (weeks or months) is probable. Two eruptive scenarios are possible: 1) a gradual reactivation of Strombolian activity, with ashfall; 2) the rapid start of vulcanian-type activity with a high eruptive column and pyroclastic flows.
The purpose of the IG report is to warn authorities and the public about the possibility of an eruption at Tungurahua in the medium term so that necessary measures are taken to deal with such a situation.

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Déformation du Tungurahua entre le mois de février et la fin du mois de mai 2016. La zone grise symbolise la dernière éruption. (Source: IG)

La surveillance du Mauna Loa (Hawaii / Etats Unis)

drapeau-francaisLa surveillance du Mauna Loa a été renforcée ces temps derniers car plusieurs paramètres tendent à montrer que la chambre magmatique est en phase de remplissage, avec le risque d’une éruption à plus ou moins long terme.

En septembre 2015, l’Observatoire des Volcans d’Hawaii (HVO) a fait passer le niveau d’alerte de « Normal » à « Vigilance » en raison d’un accroissement de l’activité sous la caldeira sommitale et le long de la SouthWest Rift Zone (SWRZ), zone de fractures sur le versant SO du volcan. Cela signifie que un ou plusieurs paramètres de surveillance ont enregistré une activité au-dessus de la normale. En même temps qu’une hausse de l’activité sismique, les capteurs GPS et l’interférométrie radar à bord des satellites (InSAR) ont enregistré un gonflement du sol, ce qui indiquait que le magma se déplaçait à faible profondeur sous le volcan.
Depuis la mi-2014, lorsque l’activité du Mauna Loa a commencé à augmenter, on a observé une évolution dans l’emplacement de la sismicité et la déformation de l’édifice. Ainsi, la sismicité a montré un déclin au niveau de la caldeira sommitale et une hausse parallèle dans la partie supérieure de la SWRZ. De son côté, l’inflation sous la caldeira a ralenti de manière significative, en même temps qu’elle reprenait dans la SWRZ.
Le Kilauea et le Mauna Loa ont montré aux scientifiques du HVO qu’il est important d’utiliser tous les moyens essentiels de surveillance mis à leur disposition (géophysiques, géologiques, géochimiques) pour comprendre les processus qui se déroulent en profondeur et qui font évoluer l’activité volcanique.
À cette fin, le réseau sismique du HVO a été considérablement élargi et renforcé pour faire face aux conditions hostiles en haute altitude sur le Mauna Loa. Les capteurs GPS et autres systèmes satellitaires donnent en permanence des informations sur la déformation de la surface du sol. De plus, des caméras infrarouge (thermiques) récemment installées contrôlent elles aussi 24 heures sur 24 les moindres variations de la surface du sol.
Un autre paramètre clé actuellement en amélioration est la géochimie des gaz. Au cours des deux prochains mois, le HVO prévoit de mettre en place un site supplémentaire de surveillance continue des gaz sur la SWRZ, non loin du site où l’on observe actuellement une hausse de l’activité sismique et un épisode d’inflation du volcan.
En ce qui concerne la géochimie des gaz, il y a une coopération étroite avec l’Observatoire du Mauna Loa (MLO) situé sur le flanc nord du volcan à 3380 mètres d’altitude. Il y a quelques années, les scientifiques du MLO ont remarqué que, en plus du suivi du CO2 atmosphérique, ils étaient, sous certaines conditions de vent, capables de mesurer les émissions de CO2 du volcan.
La population de la Grande Ile d’Hawaii est en hausse constante et de plus en plus de gens et d’infrastructures sont donc potentiellement exposés à des éruptions du Mauna Loa. Une localité comme Ocean View serait aux premières loges si une éruption se déclenchait dans la SWRZ avec, en prime, un risque de coupure de la Highway 11 par les coulées de lave. Une amélioration des connaissances et une meilleure surveillance du Mauna Loa permettront d’atteindre un meilleur niveau de sécurité en cas d’éruption.
Source: USGS / HVO.

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drapeau-anglaisMauna Loa is under closer control as several parameters tend to show that the magma chamber is refilling, with the risk of an eruption in the shorter or longer term.

In September 2015, the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) raised the alert level from “normal” to “advisory” because of increased activity beneath the summit caldera and upper Southwest Rift Zone (SWRZ). This means that one or more monitoring parameters are recording activity significantly above background levels. At the same time that earthquake rates increased, GPS instruments and satellite radar systems (InSAR) recorded ground swelling, which indicated that magma was moving into shallow levels beneath the volcano.

Since mid-2014, when Mauna Loa activity first began to increase, not only have the rates of earthquake and surface deformation waxed and waned, but the locations of earthquakes and inflation have shifted as well. Far fewer earthquakes have been occurring beneath the summit caldera, while rates of earthquakes in the upper SWRZ have increased. Concurrently, inflation beneath the caldera has slowed significantly, but picked up in the upper SWRZ.

One of the many valuable lessons that Kilauea and Mauna Loa have taught HVO scientists is that it is important to use all available volcano monitoring “keys” (geophysical, geological, and geochemical) to help unlock the subsurface processes that cause changing activity.

For that purpose, HVO’s seismic network has been considerably expanded and made more robust to survive the harsh high altitude Mauna Loa environment. Continuously-recording GPS instruments and other satellite-based systems produce frequent measurements of ground surface movement. Besdes, newly-installed visible and infrared (thermal) webcams track surface changes around the clock.

Another key currently under enhancement is gas geochemistry. Over the next couple of months HVO expects to add another continuous gas monitoring site on Mauna Loa’s SWRZ, not far from where the earthquakes and inflation are currently concentrated.

As far as volcanic gas geochemistry is concerned, there is a close cooperation with scientists from the Mauna Loa Observatory (MLO), located on the volcano’s north flank at 3380 metres a.s.l. Some years ago, MLO scientists noted that, in addition to being able to track the steady rise in background atmospheric CO2, they were, under certain wind conditions, able to measure CO2 emissions from the volcano.

As Hawaii Island’s population grows, more people and infrastructure are potentially in harm’s way now than during past eruptions of Mauna Loa. Ocean View would be in danger if an eruption occurred in the SWRZ and Highway 11 might bec ut by the lava flows. Increased knowledge, plus advancements in the volcano monitoring, can help communities be safer during future eruptions.

Source: USGS / HVO.

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Vue de la caldeira sommitale du Mauna Loa (Photo: C. Grandpey)

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Sismicité hebdomadaire du Mauna Loa (2010 – septembre 2015) et variations de la caldeira sommitale (Source: USGS)

Yellowstone (Etats Unis): Aucun risque d’éruption à court terme ! // No risk of a short-term eruption !

drapeau-francaisIl y a quelques jours (le 6 mai 2016), le tabloïd britannique Daily Express a publié un de ces articles dont le seul but est d’attirer plus de lecteurs, mais qui n’ont aucune valeur scientifique
On pouvait lire qu’ « après la série de séismes enregistrés à travers le monde, il y a de plus en plus de craintes que le volcan du Wyoming (autrement dit Yellowstone) soit sur le point d’entrer en éruption, ce qui pourrait rendre les deux tiers des Etats-Unis immédiatement inhabitables car les volumineuses émissions de cendre dans l’atmosphère bloqueraient la lumière du soleil et affecteraient directement la vie sous ce nuage de cendre. Les chasseurs d’OVNI ont mis de l’huile sur le feu en prétendant avoir vu un vaisseau spatial extraterrestre en train de planer au-dessus du volcan de Yellowstone, dans le but de le surveiller avant une puissante éruption à très court terme. »
Heureusement, cette information est totalement infondée et le dernier rapport de l’Observatoire Volcanique de Yellowstone pour le mois d’avril est loin d’être alarmant. Voici les principaux éléments du rapport:
Au cours du mois d’avril 2016, 53 séismes ont été détectés dans le parc national de Yellowstone. L’événement le plus significatif était un micro séisme de magnitude M 2.0 le 23 avril, à 6,5 km au nord du Norris Geyser Basin. En avril 2016, la sismicité a inclus un petit essaim de 11 événements le 17 avril. La secousse la plus forte, d’une magnitude de M 1,5, a eu lieu le 17 avril à 13 km à l’est de West Thumb.
En ce qui concerne la déformation du sol, un petit soulèvement du sol (environ 1 cm) a été enregistré dans la partie nord de la caldeira de Yellowstone. L’inflation semble avoir commencé au début de l’année 2016 et son évolution est semblable à  ce qui avait été observé en 2013-2014. La plupart des stations GPS à l’intérieur de la caldeira enregistrent un léger affaissement, à raison d’environ 1,5 cm par an. Globalement, la déformation actuelle à Yellowstone reste dans la norme historique.

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drapeau-anglaisA few days ago (on May 6th 2016), the British Daily Express released one of these articles whose only goal is to attract more readers and which are a nonsense from a scientific point of view

One could read that “following a spate of seismic activity around the globe, fears have been mounting the volcano in Wyoming (i.e.Yellowstone) could be about to blow which could leave two-thirds of the USA immediately uninhabitable as the large spew of ash into the atmosphere would block out sunlight and directly affecting life beneath it. UFO hunters have now added more fuel to the fire by claiming to have spotted alien spacecraft hovering over the Yellowstone volcano, claiming they are monitoring it before its imminent massive eruption.”

Fortunately, this piece of news is totally unfounded and the Yellowstone Volcano Observatory’s latest report for the month of April is by no means alarming. Here are the main parts of the report:

During April 2016, 53 earthquakes were located in the Yellowstone National Park. The largest event was a micro earthquake of magnitude M 2.0 on April 23rd and was located 6.5 km north of Norris Geyser Basin.  April 2016 seismicity included a small earthquake swarm of 11 earthquakes occurring on April 17th. The largest event, with a magnitude of M 1.5, occurred on April 17th 13 km east of West Thumb.
As far as ground deformation is concerned, a small amount of ground uplift (about 1 cm) has been recorded to the north of the Yellowstone Caldera. The uplift appears to have started early in 2016 and the apparent pattern is similar to that observed in 2013/2014. Most of the GPS stations within the caldera record slight subsidence, at a rate of about 1.5 cm/year. Current deformation patterns at Yellowstone remain within historical norms.

Norris-Geyser-Basin

West Thumb blog

Vue des champs hydrothermaux de Norris et West Thumb.

(Photos: C. Grandpey

La déformation de l’Etna // Mount Etna’s deformation

drapeau francaisL’INGV a mis en ligne une animation qui montre la déformation de l’Etna entre février 2015 et février 2016. Les mesures ont été effectuées à l’aide des techniques interférométriques utilisant des données TOPSAR (Terrain Observation with Progressive Scans SAR) acquises par le satellite Sentinel-1A. Ce satellite, conçu par l’Agence Spatiale Européenne (ESA), est équipé d’un capteur SAR en bande C, et est capable de mesurer les déformations du sol avec une précision subcentimétrique.
Les données satellitaires ont été traitées en utilisant l’approche SBAS (Small Baseline Subset), qui permet l’analyse temporelle des déformations en utilisant l’ensemble des données d’images radar obtenues par le capteur dans la gamme choisie. Ce processus permet d’obtenir les vitesses moyennes de déformation en ligne de vue, ainsi que la série temporelle de déformations estimée à partir de chaque pixel de l’image.
Au cours de la période couverte par les observations, on remarque (A) l’inflation (en bleu) de l’ensemble de l’édifice volcanique jusqu’en novembre 2015 (avant les violents épisodes paroxystiques de décembre 2015); (B) la déflation qui a accompagné l’activité éruptive et a presque complètement effacé l’inflation précédente; (C), la poussée exercée sur versant nord-est du volcan (en rouge), pendant et après la séquence éruptive; (D), le mouvement de l’ensemble du versant oriental, avec une grande déformation de toute la partie à l’est des Timpe; (E) la propagation vers le sud de la déformation du flanc est, avec l’activation de la faille de San Gregorio-Acitrezza dans la seconde moitié de Janvier 2016. Les lignes noires représentent les failles répertoriées.

Vous verrez l’animation en cliquant sur ce lien :

http://www.ct.ingv.it/images/Sentinel/Sentinel_asce_2015_2016_low.GIF

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drapeau anglaisINGV has posted an animation that shows the deformation undergone by Mount Etna between February 2015 and February 2016. The measurements were performed with the help of interferometric techniques using TOPSAR data (Land Observation with Progressive Scans SAR) acquired by Sentinel-1A satellite. The satellite, developed by the European Space Agency (ESA), is equipped with a SAR sensor in C-band and is capable of measuring ground deformation with sub-centimeter accuracy.
The satellite data were processed using the SBAS approach (Small Baseline Subset), which allows the temporal deformation analysis using all radar image data obtained by the sensor in the selected range. This process allows to obtain the average speeds of deformation in line of sight, and the estimated time series of deformations from each pixel of the image.
During the period covered by the observations, we note (A) inflation (in blue) of the entire volcanic edifice until November 2015 (before the violent paroxysmal episodes in December 2015); (B) the deflation that accompanied the eruptive activity and almost completely erased the previous inflation; (C), the thrust on the northeastern slope of the volcano (in red), during and after the eruptive sequence; (D), the movement of the entire eastern slope, with a large deformation of the whole part of east Timpe; (E) spread to the southern flank of the deformation, with the activation of the San Gregorio-Acitrezza fault in the second half of January 2016. The black lines represent the listed faults.

You will see the animation by clicking on this link:

http://www.ct.ingv.it/images/Sentinel/Sentinel_asce_2015_2016_low.GIF

Etna deformation

Source: INGV / ESA