Les icebergs, un danger pour la circulation maritime dans l’Atlantique Nord // Icebergs, a danger to navigation in the North Atlantic

L’US Coast Guard International Ice Patrol (USCG), patrouille de la Garde côtière américaine chargée de la surveillance de la glace en mer, fait actuellement état d’une augmentation considérable du nombre d’icebergs en train de dériver dans couloirs de navigation transatlantiques. Le 4 avril 2017, 455 icebergs avaient dérivé ou ont été aperçus au sud du 48°N dans ces couloirs de navigation. En moyenne, 83 icebergs dérivent au sud de cette latitude vers la fin du mois de mars si l’on se réfère aux données recueillies entre 1900 et 2016. Le nombre d’icebergs recensé actuellement n’est habituellement observé que fin mai ou début juin. En plus de ce danger, trois autres icebergs ont été découverts en dehors des limites de la zone que la Garde côtière conseille aux marins d’éviter. C’est donc une quatrième saison d’affilée avec des conditions de glace extrêmes qui est prévue avec plus de 600 icebergs dans les couloirs de navigation.
Selon le USGS Navigation Center, on rencontre des icebergs dans de nombreuses régions du monde, mais la partie occidentale de l’Atlantique Nord est peut-être la plus connue car c’est dans cette région qu’un iceberg a percuté et fait couler le Titanic en 1912. C’est le seul endroit de la planète où une grande population d’iceberg coupe les principales voies de navigations transocéaniques.
La plupart des icebergs qui pénètrent dans les voies de navigation de l’Atlantique Nord proviennent des glaciers qui arrivent dans la mer sur la côte ouest du Groenland. Une fois qu’un iceberg se détache de l’un de ces glaciers, il effectue un voyage de 1 à 3 ans pour arriver dans la région surveillée par la Patrouille de la garde côtière. En moyenne, près de 500 icebergs pénètrent dans les voies de navigation chaque année. Cependant, le nombre varie d’une année à l’autre. En 1984, 2202 icebergs sont entrés dans les voies de navigation. En revanche, pendant deux ans (1966 et 2006), aucun iceberg n’a atteint cette zone.
Les chercheurs ont longtemps essayé de comprendre et d’expliquer la variation d’année en année du nombre d’icebergs entrant dans les voies de navigation de l’Atlantique Nord. Il est probable que la fluctuation du nombre d’icebergs produits par les glaciers du Groenland joue un rôle dans la variabilité, mais ce n’est peut-être pas le facteur dominant. Les conditions océanographiques et météorologiques que les icebergs rencontrent pendant leur trajet d’un à trois ans depuis le front de vêlage des glaciers jouent probablement un rôle plus important.
Il semble y avoir un lien entre le nombre d’icebergs observé par la garde côtière et l’Oscillation Nord-Atlantique (ONA), le modèle dominant de la variabilité atmosphérique hivernale dans l’Atlantique Nord. Il fluctue entre les phases négative et positive. Les conditions associées à la phase négative de l’ONA sont défavorables au mouvement des icebergs vers les voies de navigation. Les caractéristiques de cette phase comprennent les vents persistants qui soufflent sur terre le long de la côte du Labrador durant l’hiver. Cela apporte de l’air maritime relativement chaud au Labrador. Le manque de glace de mer qui en résulte expose les icebergs à la détérioration induite par les vagues, et le vent terrestre les entraîne vers les eaux peu profondes près de la côte où ils peuvent s’échouer ou se faire piéger dans les baies. La phase positive de l’ONA, quant à elle, se caractérise par des vents forts et persistants du nord-ouest le long de la côte du Labrador pendant l’hiver. Ces vents apportent de l’air froid et une couverture de glace de mer étendue qui protège les icebergs pendant la dernière partie de leur voyage vers le sud.
Source: US Coast Guard & The Watchers.

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US Coast Guard (USCG)’s International Ice Patrol currently reports a drastic increase in icebergs drifting in the transatlantic ship lanes. As of April 4th 2017, 455 icebergs have drifted or been sighted south of 48°N in the transatlantic shipping lanes. On average, 83 icebergs drift south of this latitude by the end of March based on data collected between 1900 and 2016. The number of icebergs currently seen is usually not seen until late May or early June. Adding to the danger, three icebergs were discovered outside the boundaries of the area the Coast Guard had advised mariners to avoid. A fourth consecutive « extreme ice season » is predicted with more than 600 icebergs in the shipping lanes.

According to the USGS Navigation Center, icebergs are found in many parts of the world’s oceans, but perhaps the best-known location is the western North Atlantic Ocean, which is where the RMS Titanic struck an iceberg and sank in 1912. This is the only place where a large iceberg population intersects major transoceanic shipping lanes.

Most of the icebergs that enter the North Atlantic shipping lanes come from the tidewater glaciers of the west coast of Greenland. Once an iceberg is calved from one of these glaciers it completes a 1-3 year journey to arrive in the area that the International Ice Patrol (IIP) monitors. Nearly 500 icebergs enter the shipping lanes in an average year. However, the year-to-year variation is wide. In 1984, 2202 icebergs entered the shipping lanes.  On the other hand, during two years (1966 and 2006) no icebergs reached the shipping lanes.

Researchers have struggled for many decades trying to explain the year-to-year variation in the number of icebergs entering the North Atlantic shipping lanes. It is likely that fluctuation in the number of icebergs produced by the Greenland glaciers plays a role in the variability, but it might not be the dominant factor. The oceanographic and meteorological conditions icebergs encounter during their one to three year journey from the glacier’s calving front to the shipping lanes probably play larger roles.

There seems to be a link between IIP’s iceberg counts and the North Atlantic Oscillation (NAO), the dominant pattern of winter atmospheric variability in the North Atlantic. It fluctuates between negative and positive phases. Conditions associated with the negative phase of the NAO are unfavorable to the movement of icebergs toward the shipping lanes. The characteristic features of this phase include persistent onshore winds along the Labrador coast during the winter. This brings relatively warm maritime air to Labrador. The resulting lack of sea ice exposes icebergs to wave-induced deterioration, and the onshore wind moves them toward the shallower waters near the coast, where they can run aground or become trapped in bays.  The positive NAO phase, on the other hand, is characterized by strong and persistent northwest winds along the Labrador coast during the winter.  These winds bring cold air and extensive sea ice cover, which protects the icebergs during the last part of their journey south.

Source : US Coast Guard & The Watchers.

Répartition des icebergs dans l’Atlantique Nord le 5 avril 2017 (Source: U.S. Coast Guard’s International Ice Patrol).

Icebergs au Groenland (Photo: C. Grandpey)

Kilauea (Hawaii) : La lance à incendie est de retour ! // The firehose is back !

drapeau-francaisLorsqu’une partie de la falaise s’est effondrée sur le site de Kamokuna la semaine dernière, la spectaculaire entrée de la lave dans l’océan a momentanément disparu. Mais, de nouvelles vidéos montrant les excursions en bateau ce week-end ont révélé que le spectacle avait recommencé. Les touristes peuvent voir à nouveau la « lance à incendie », une cascade de lave d’environ deux mètres de large, baptisée «firehose», car la lave est projetée violemment dans la mer, comme l’eau à l’extrémité d’une lance à incendie.
https://youtu.be/F6JnibL8E0s

Cette arrivée de la lave dans l’océan est un spectacle fantastique, mais il inquiète les scientifiques de l’USGS qui mettent en garde contre les dangers qui restent bien présents après l’effondrement de la falaise.

Comme je l’ai écrit précédemment, les gardes-côtes américains ont commencé à verbaliser les tour-opérateurs qui conduisent des touristes devant l’entrée de lave de Kamokuna sans posséder de licence officielle. Ils font également respecter la distance d’approche de 300 mètres mise en place pour des raisons de sécurité.

Malgré le danger, une vidéo montre un Hawaiien de souche en train de nager tout près de l’endroit où la lave se déverse dans la mer. Le nageur se fait ballotter par les vagues comme un vulgaire morceau de bois.

Https://youtu.be/AnVl1vf-nrE

Janet Babb, la scientifique en charge du HVO a déclaré: «Il y a de la vapeur à très haute température contenant de l’acide chlorhydrique à cause de l’interaction avec l’eau de mer, ainsi que des éclats de verre volcanique. C’est quelque chose à éviter. » C’est le moins que l’on puisse dire !
Source: Presse hawaiienne.

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drapeau-anglaisWhen a portion of cliff collapsed at the Kamokuna site last week, the dramatic lava entry momentarily disappeared. But, new footage captured during boat tours this weekend reveals the phenomenon has started up again. Tourists can see again the lava stream, 1-2 metres wide, dubbed a ‘firehose’, because it shoots lava outward from the source like water from a hose.

https://youtu.be/F6JnibL8E0s

The dramatic stream of lava pouring into the water is quite a sight, but the attention the it is getting from tourists is concerning officials. USGS officials warned after the cliff collapse that many dangers remained.

As I put it before, the U.S. Coast Guard is cracking down on unlicensed tour boat operators who visit the lava ocean entry by sea and on other boats that do not respect the 300-metre.restriction set up for safety reasons.

Despite the danger, a Hawaiian native was captured on film swimming next to a lava zone. The swimmer was seen being tossed around  by  waves like piece of drift wood.

https://youtu.be/AnVl1vf-nrE

Janet Babb, the scientist in charge of HVO said: “It’s super-heated steam laced with hydrochloric acid from the interaction with the seawater and  has shards of volcanic glass. It’s something to be avoided.” It is the least we can say!

Source: Hawaiian newspapers.

hawaii-kamokuna-janvier-2017

Source: HVO.

Kilauea (Hawaii): Bulletin spécial du HVO // HVO’s special bulletin

drapeau-francaisLe HVO vient de publier un bulletin spécial sur la sécurité sur le site de Kamokuna. Il confirme ma dernière note du 2 février 2017 à propos du Kilauea.
Voici le texte intégral du bulletin :
« La coulée de lave 61g du Kilauea est toujours active et entre dans l’océan à Kamokuna sur la côte sud. Des observations récentes de l’entrée de la lave dans l’océan indiquent une instabilité croissante de la falaise qui entoure cette entrée. La possibilité d’effondrement de la falaise représenterait un danger extrême pour toute personne qui se trouverait dans la zone protégée (et délimitée par une corde et des balises) sur terre, mais aussi pour les bateaux qui se trouveraient près de l’entrée de la lave dans l’océan.
Le 25 janvier, les géologues du HVO ont observé une longue fracture parallèle à la falaise, à une dizaine de mètres derrière le point de sortie de la lave. L’inspection au sol de cette fracture par les géologues du HVO le 28 janvier a montré qu’elle était large de 30 cm. Quatre jours plus tard, le 1er février, cette même fracture s’était élargie et atteignait environ 70 cm (voir photos ci-dessous). La partie de la fracture côté mer semblait très instable, peut-être à cause des explosions provoquées par le contact de la lave avec l’eau de mer. De plus, le sol tremblait jusqu’à plusieurs centaines de mètres.
Ces observations montrent que cette partie de la falaise est très instable et peut s’écrouler dans l’océan sans prévenir. L’effondrement soudain dans l’océan d’une paroi de falaise d’environ 28 mètres de hauteur et de 150 mètres de longueur générera une puissante vague qui se dirigera rapidement vers le large. L’événement projettera sur la zone proche des blocs de roche à haute température et des fragments de lave incandescents. »

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9 heures: L’effondrement de la falaise a finalement eu lieu vers 13h55 (heure locale). Une caméra du HVO, installée pour surveiller l’évolution de la fracture, a pu enregistrer l’événement (voir ci-dessous). Selon le HVO, toute la partie de la falaise côté mer s’est effondrée, à l’exception d’une petite section à l’extrémité est de la fracture. Ce bloc, d’une trentaine de mètres de longueur et 5 mètres de largeur, reste très instable et peut s’effondrer à tout moment. Comme prévu, l’effondrement a généré une vague qui s’est dirigée vers le large. Après l’effondrement, la lave n’était plus visible, mais elle continue probablement à entrer dans la mer si l’on en juge par le panache de vapeur et les explosions sur le site.

En cliquant sur ce lien, vous pourrez assister à l’effondrement de la falaise:

https://www.facebook.com/Lavakai/videos

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drapeau-anglaisHVO has just released a special bulletin about safety on the Kamokuna site which confirms my last post of February 2nd 2017 about Kilauea Volcano

The message reads as follows.

“Kilauea Volcano’s episode 61g lava flow is still active and entering the ocean at Kamokuna on the volcano’s south coast. Recent observations of the ocean entry indicate growing instability of the adjacent sea cliff. Potential collapse of the cliff poses an extreme danger to anyone in the closed area on land, as well as to boats near the ocean entry.
On January 25th, HVO geologists noted an extensive crack running parallel to the sea cliff about 5 – 10 metres behind the stream of lava at the Kamokuna ocean entry. Ground inspection of this crack by HVO geologists on January 28th showed 30 cm of separation across the crack. Four days later, on February 1st, this crack had widened to about 70 cm (see photos below). The seaward block bounded by this crack looked quite unstable, possibly in response to explosions below the ocean entry as hot lava mixed with cool ocean water. In addition, ground shaking could be felt up to several hundred metres away.
These observations show that this portion of the sea cliff is highly unstable and could collapse into the ocean with no warning. Sudden collapse into the ocean of a slab of sea cliff about 28 metres high and about 150 metres or more in length would create a significant wave that would travel rapidly out to sea. It would also shower the immediate area with blocks of hot rock and fragments of molten lava.”

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9:00: The cliff finally collapsed at about 12:55 pm. An HVO video camera set up to monitor the crack movement captured the moment of collapse. According to HVO, the entire section of the sea cliff collapsed, except for a small block of rock at the eastern end of the crack; this piece of the sea cliff, estimated to be 30 metres long and 5 metres wide, remains highly unstable and could collapse with no warning. During the collapse, rocks hitting the ocean generated a wave that propagated outward from the coast. After the collapse, no lava was visible, but is apparently still flowing into the sea based on the continuing steam plume and explosions of spatter.

By clicking on this link, you will see the collapse of the cliff:

https://www.facebook.com/Lavakai/videos

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Evolution de la fracture entre le 28 janvier et le 1er février 2017.

Source: USGS / HVO.

Bulusan & Mayon (Philippines) : Risque élevé de lahars // High lahar hazard

drapeau-francaisLe PHILVOCS conseille à la population de ne pas pénétrer dans la zone de danger permanent (PDZ) de quatre kilomètres – étendue à 6 km sur le versant sud – autour du Bulusan. En effet, l’épaisse couche de cendre déposée par l’éruption de novembre pourrait se trouver remobilisée et provoquer des lahars en cas de forte pluies pendant la mousson.
Le dernier bulletin de l’Institut rappelle également aux habitants vivant dans les vallées et le long des rivières, en particulier dans les secteurs du sud-est, sud-ouest et nord-ouest du volcan, d’être vigilants car il y a un risque élevé de coulées de boue en cas de pluies abondantes et prolongées.
Le Bulusan reste en alerte volcanique de niveau un, ce qui signifie que des processus hydrothermaux sont en cours sous le volcan et ils peuvent déclencher des éruptions phréatiques. Les pilotes d’aéronefs doivent éviter de voler à proximité du sommet du volcan car la cendre émise pendant une éruption phréatique peut représenter un danger pour les moteurs.

Le PHILVOCS n’a pas pu réaliser de bonnes observations du Mayon ces derniers jours en raison de la couverture nuageuse apportée par les pluies de la mousson. Cependant, aucun lahar n’a, pour le moment, été détecté sur les pentes du volcan.
Le Mayon reste en alerte de niveau 1. Il est conseillé de ne pas entrer dans le PDZ de six kilomètres en raison des fortes pluies qui peuvent se produire sur la volcan. Malgré cette mise en garde, certains agriculteurs et cueilleurs d’orchidées continuent à travailler à l’intérieur de la zone de danger. Ainsi va la vie sur les volcans des Philippines …

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drapeau-anglaisPhilvocs advises residents not to enter Bulusan’s four-kilometer radius PDZ and its six-km extended danger zone on the southern slopes. Indeed, the thick ash layer deposited during the November eruption could be mobilized into lahar in case of heavy downpour due to the prevailing monsoon rains in the province.

The Institute’s latest bulletin also reminds people living within valleys and along rivers especially on the southeastern, southwestern and northwestern sectors of the volcano, to be vigilant against sediment-laden stream flows and lahars in case of heavy and prolonged rainfall.

Bulusan Volcano remains at alert level one, which means that hydrothermal processes are underway beneath the volcano that may lead to steam-driven or phreatic eruptions. Pilots should avoid flying close to the volcano’s summit as ash from any sudden phreatic eruption can be hazardous to aircraft.

Philvocs had difficulty making physical observations of Mayon in the past days due to thick clouds brought by the monsoon rains. However, no lahar movement has yet been detected along Mayon’s slopes.

Mayon volcano remains under alert level one. The public should not enter the six-kilometer PDZ due to the occasional heavy downpour over Mayon. Despite the warning, some farmers and orchid pickers continue to be spotted inside the danger zone. So goes life on the Philippine volcanoes…

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Le Mayon: Un superbe cône, mais un volcan très dangereux.

(Crédit photo: Wikipedia)