Le ralentissement du Gulf Stream // The slowing down of the Gulf Stream

Regardez cette carte. Elle vient d’être réalisée par le Professeur Ed Hawkins de l’Université anglaise de Reading.

Les nuances de rouge et de bleu représentent les zones chaudes et froides à la surface de la Terre. En dessous du rouge foncé de l’Arctique, signe de son rapide réchauffement, il y a une grosse bulle bleue, comme une goutte froide au sud du Groenland, dans l’Atlantique Nord. On pourrait penser que cette bulle bleu foncé qui fait référence à une zone de refroidissement est un signe encourageant au moment où notre planète se réchauffe. Malheureusement, il n’en est rien, et c’est même le contraire; il s’agit d’un signal d’alerte qui confirme que notre système climatique fonctionne mal.

Cette zone de refroidissement est à mettre en relation avec le ralentissement du Gulf Stream, et plus généralement de la circulation méridienne de retournement atlantique – Atlantic Meridional Overturning. Circulation (AMOC) – système de courants océaniques dont dépend le système climatique mondial.

Quand on regarde la carte, il est clair que le plus importent réchauffement de la planète se produit dans l’Arctique où les températures augmentent à environ 3 fois plus vite que la moyenne mondiale. En raison de cette accélération du réchauffement, l’étendue de la glace de mer dans l’Arctique a été divisée par deux. La glace de mer ne contribue pas à l’élévation du niveau de la mer mais la réduction de son étendue favorise l’intensification du réchauffement climatique. On aboutit à une boucle de rétroaction car c’est l’accélération du réchauffement de l’Arctique qui fait fondre la glace du Groenland 6 fois plus vite que dans les années 1990. Cette fonte rapide des glaces du Groenland est à l’origine de la grosse bulle bleue sur la carte.

Voici comment les choses se passent:

Lorsque la glace du Groenland fond, l’eau douce se déverse dans les eaux salées de l’Atlantique Nord. L’eau salée est dense, lourde et s’enfonce dans les profondeurs de l’océan. L’eau douce, elle, est plus légère et ne s’enfonce donc pas aussi facilement. Ce phénomène déséquilibre le Gulf Stream. En effet, le Gulf Stream a besoin de l’eau froide, dense et salée pour s’enfoncer dans l’Atlantique Nord afin de stimuler la circulation méridienne de retournement et assurer son bon fonctionnement.

Le Gulf Stream transporte vers le pôle Nord environ 20% de la chaleur excédentaire recueillie à l’équateur. Toutefois, depuis 1950, le sourant a ralenti de 15% en raison du refroidissement de l’Atlantique Nord générée par la fonte des glaces. Le déplacement du Gulf Stream n’a jamais été aussi lent depuis au moins 1 600 ans, et les études montrent qu’il continuera probablement de s’affaiblir, avec un ralentissement qui pourrait atteindre 45% d’ici la fin du siècle.

Les recherches montrent que la goutte froide visible sur la carte dans l’Atlantique Nord contribue à provoquer des vagues de chaleur pendant l’été dans le nord de l’Europe, de fortes précipitations au Royaume-Uni, ainsi que des eaux particulièrement chaudes au large de la côte est des États-Unis. Ce phénomène explique le réchauffement de 3 à 4 fois la moyenne mondiale au cours des 30 dernières années des eaux au large de toute la côte est des États-Unis, ainsi que le réchauffement de toute la zone au large de la côte de la Nouvelle-Angleterre.

Le réchauffement des eaux au large de la côte nord-est des États-Unis, et plus particulièrement dans le Golfe du Maine, est une conséquence directe du ralentissement du Gulf Stream. Dans l’Atlantique Nord, cette eau qui s’enfonce dans les profondeurs à l’est du Groenland se dirige généralement en ondulant vers le sud-ouest dans le Golfe du Maine où elle est connue sous le nom de courant du Labrador. Ce courant apporte normalement de l’eau froide. Toutefois, à mesure que l’Atlantique Nord se refroidit et que l’enfoncement des eaux froides ralentit, le courant du Labrador perd de son énergie et envoie moins d’eau froide vers le sud.

Le réchauffement des eaux de la région a un impact important sur la vie marine. Par exemple, les eaux au large du Rhode Island se sont réchauffées au-delà de la zone où vivent les homards, de sorte que la pêche a considérablement diminué. En revanche, avec le réchauffement des eaux, le Maine est devenue la zone idéale pour les homards, et les prises sont en nette hausse. De plus, les espèces qui vivent en eau froide comme la morue et les baleines franches (aussi appelées baleines noires) n’apprécient guère que les eaux au large de la Nouvelle-Angleterre se réchauffent. Par contre ; des espèces vivant en eau chaude comme le bar noir se développent vers le nord.

Ce n’est pas seulement la vie marine qui est touchée. Les énormes chutes de neige qui ont frappé la Nouvelle-Angleterre lors d’une vague de froid en 2015 ont probablement été aggravées par la chaleur inhabituelle de l’océan et l’humidité qu’il a apportée pendant l’hiver. Il est également probable que les ouragans deviendront plus violents en allant vers le nord où ils seront alimentés par des eaux plus chaudes dues à la fois aux effets directs du réchauffement climatique dans la région, mais aussi au ralentissement du Gulf Stream.

Une étude récente a révélé que d’ici la fin du siècle, le Gulf Stream pourrai atteindre un point de non retour conduisant à sa possible disparition. Les chercheurs anglais estiment toutefois qu’une disparition totale de ce courant semble peu probable à court terme.

Source: CBS News.

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Just look at the map above. It was recently presented by a professor from the English University of Reading. The shades of red and blue represent the amount of warming relative to other parts of the Earth. Below the dark red of the rapidly warming Arctic region, there’s a big blue bullseye to the south of Greenland, in the North Atlantic. The dark blue bullseye, indicating cooling temperatures, might seem like an encouraging development on a warming planet, but it is just the opposite; it is a warning sign that the climate system is malfunctioning.

The cold bubble is related to the slowdown in the Gulf Stream System, also known as the Atlantic Meridional Overturning Circulation, or AMOC, a vital system of ocean currents underpinning the global climate system.

Looking at the map, it is clear that the greatest warming on Earth is happening in the Arctic Circle area, where temperatures are rising at about 3 times the pace of the global average. Due to the rapid warming, Arctic sea ice extent has been sliced in half. The sea ice does not contribute to sea level rise, but less ice means amplified warming. It gives birth to a warming feedback loop which quickens the pace of global warming. It is this amplified warming of the Arctic which is causing Greenland’s ice to melt 6 times faster than it did in the 1990s. This rapid ice melt from Greenland is the cause of the big blue bullseye on the map.

Here is how it happens :

When ice melts from Greenland, fresh water is flushed into the salty waters of the North Atlantic. Saltwater is dense, heavy, and sinks. But fresh water is lighter and does not sink as readily. This is throwing the Gulf Stream System out of balance. That is because the Gulf Stream System relies on cold, dense, salty water to sink in the northern Atlantic to drive the circulation and to keep it flowing.

The Gulf Stream is responsible for transporting about 20% of the excess heat gathered at the Equator towards the North Pole. But since 1950, the Gulf Stream System has slowed down by 15% due to the freshening of the North Atlantic from ice-melt induced by human-caused climate change. The Gulf Stream is now moving at the slowest it has in at least 1,600 years, and research shows that the system will likely continue to weaken, perhaps slowing by 45% by the end of the century. Research shows that the cold blob in the North Atlantic helps drive summer heat waves in northern Europe, heavy precipitation events in the U.K.and very warm waters off the U.S. East Coast.

As a consequence of this phenomenon, the waters off the U.S. East Coast as a whole have warmed 3 to 4 times the global average over the last 30 years, and the region off the New England coast is warming faster than 99% of the rest of the ocean. The warming of the waters off the northeastern U.S. coast, and more specifically in the Gulf of Maine, are a direct consequence of the slowdown of the Gulf Stream System. In the North Atlantic, that sinking water east of Greenland typically winds its way southwestward into the Gulf of Maine, known as the Labrador Current. That normally brings with it cold water. But as the North Atlantic freshens and the sinking lessens, the Labrador Current is losing its vigour, pumping less cold water southward.

Most importantly, this regional warming has had a big impact on marine life in the region. For instance, the waters off Rhode Island have warmed beyond the comfort zone of lobsters and the fishery there has declined considerably. On the flip side, warming has put Maine in the sweet spot for lobsters, and catches there have surged. Furthermore, cold-water species like codfish and right whales have been faring poorly as the waters off New England have warmed, but warm-water species like black sea bass are expanding northward.

It is not just marine life that is impacted. The massive snowfalls that hit New England during a cold snap in 2015 were likely made bigger by the fact that the ocean was unusually warm that winter. It’s also likely that hurricanes will be able to maintain more intensity farther north as they feed off of warmer waters caused by both the direct impacts of climate heating in the area and the slowdown of the Gulf Stream System.

Although a recent study found that by the end of the century there is some chance the Gulf Stream System could hit a tipping point, eventually leading to collapse, the English researchers believe a full collapse of the system seems unlikely anytime soon.

Source : CBS News.

Image de la circulation thermohaline (Source : Wikipedia)

La hausse du niveau des océans de plus en plus préoccupante // Ocean rise is more and more a problem

L’élévation du niveau des océans est perçue comme l’une des conséquences les plus dangereuses du réchauffement climatique, avec le risque de rendre inhabitables des centaines de milliers de kilomètres de côtes et de déplacer plus de 100 millions de personnes dans le monde d’ici la fin du siècle.

L’ampleur de cette menace dépend de la hausse du niveau des océans au cours des prochaines décennies. Les estimations exactes de cette hausse restent aléatoires ; elles vont de 30 centimètres à plusieurs mètres. Cette différence est pourtant d’une importance cruciale car, selon les chiffres, elle implique le déplacement de dizaines de millions ou de centaines de millions de personnes.

Une nouvelle étude intitulée « L’élévation du niveau de la mer au 21ème siècle pourrait dépasser les projections du GIEC pour un avenir à fort réchauffement » a été publiée en décembre 2020. Elle explique que si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel, l’élévation du niveau de la mer dépassera probablement les estimations qui viennent d’être mentionnées.

Depuis la fin des années 1800, le niveau de la mer a augmenté en moyenne d’environ 25 centimètres dans le monde, mais cette hausse varie d’une région à l’autre. Le siècle dernier, le principal facteur responsable de l’élévation du niveau des océans a été leur dilatation thermique.

Aujourd’hui, la fonte des calottes glaciaires, principalement du Groenland et de l’Antarctique, prend une autre proportion. En effet, il y a suffisamment de glace au Groenland et en Antarctique pour provoquer une élévation du niveau de la mer de 63 mètres si cette glace fondait dans sa totalité. Aucun scientifique ne s’attend toutefois à un tel événement au cours de ce siècle, mais on sait qu’une fois que les calottes glaciaires ont atteint un certain niveau de réchauffement, elles deviennent moins stables et moins prévisibles, avec des points de basculement qui entrent en jeu.

Dans le dernier rapport du GIEC sur le changement climatique, les projections d’élévation moyenne du niveau de la mer d’ici la fin du siècle vont de 40 à 60 centimètres, par rapport au niveau moyen de 1986 à 2005. La nouvelle étude parie sur une hausse supérieure et affirme que les projections du GIEC sont probablement trop basses. Le graphique ci-dessous, basé sur le rapport du GIEC, montre les différents facteurs participant à l’élévation du niveau de la mer. Les projections vont jusqu’à la fin du siècle. La contribution de l’Antarctique est indiquée en bleu turquoise.

Un autre article, également publié en décembre dans la revue Nature arrive à une conclusion identique en se basant sur le Groenland. En se référant aux derniers modèles utilisés pour le prochain rapport du GIEC, les auteurs ont constaté que dans un scénario de fort réchauffement, le Groenland pourrait ajouter 7,5 centimètres à l’élévation du niveau de la mer d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ancien rapport du GIEC. Cette élévation supplémentaire du niveau de la mer serait due au réchauffement de 1 degré Celsius projeté par les nouveaux modèles climatiques de l’Arctique.

Ce qui préoccupe le plus les auteurs de la première étude, c’est le comportement non linéaire de l’élévation du niveau de la mer. Ces dernières années, la hausse du niveau des océans s’est accélérée. Dans les années 1990, les océans ont connu une hausse d’environ 2 millimètres par an. De 2000 à 2015, la moyenne était de 3,2 millimètres par an. Au cours des dernières années, le rythme s’est accéléré pour atteindre 4,8 millimètres par an. Au rythme actuel, on peut s’attendre à au moins 37 centimètres d’élévation du niveau de la mer d’ici 2100. En plus, comme cela a été le cas au cours des dernières décennies, le rythme d’élévation du niveau de la mer devrait continuer à s’accélérer pendant l’avenir prévisible. Il en ressort que 37 centimètres est une prévision probablement en dessous de la vérité.

Étant donné que la Terre s’est déjà réchauffée de plus d’un degré Celsius depuis la fin des années 1800, nous savons qu’une élévation substantielle du niveau de la mer est déjà en train de se produire, que nous arrêtions ou non le réchauffement climatique. Les scientifiques ne savent pas combien de temps cette hausse prendra, ni à quelle vitesse elle se produira. Toutefois, en extrapolant, les glaciologues expliquent que lorsque nous sommes sortis de la dernière période glaciaire, le niveau de la mer a augmenté à une vitesse pouvant atteindre 37 cm par siècle. Le fait qu’il y ait beaucoup moins de glace sur Terre aujourd’hui qu’il y a 20 000 ans signifie que l’élévation du niveau de la mer par degré Celsius serait probablement moins importante maintenant. Malgré tout, même avec un rythme d’élévation qui serait la moitié du maximum historique, on assisterait à une catastrophe sur notre  planète où vivent des milliards de personnes qui dépendent de la stabilité du niveau des océans.

Source: CBS News.

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Sea-level rise is known to be among the most dangerous consequences of global warming, with the risk of making hundreds of thousands of square kilometres of coastline uninhabitable and potentially displacing over 100 million people worldwide by the end of the century.

The magnitude of this threat depends on how much the oceans will rise in the coming decades. However, exact estimates remain elusive, ranging from 30 centimetres to several metres above current levels. That disparity is of crucial importance because it ranges between tens of millions of people and hundreds of millions forced from their homes

A new study entitled « Twenty-first century sea-level rise could exceed IPCC projections for strong-warming futures » and published in December 2020 warns that if global warming continues at the current pace, sea-level rise will probably surpass these projections.

Since the late 1800s, sea level has risen an average of about 25 centimetres globally, but the amount varies from region to region. Last century the largest contributor to the rise of the oceans was their thermal expansion. But now the melting of ice sheets, mainly from Greenland and Antarctica, constitutes a greater proportion, and that fraction will only grow.

Indeed, there is enough ice locked up in Greenland and Antarctica to cause a sea-level rise of 63 metres if it happens to melt. No scientist is expecting such an event this century, but after a certain level of warming, ice sheets become less stable and less predictable, with potential tipping points coming into play.

In the most recent IPCC report on climate change, the median sea-level rise projections by the end of the century range from 40 to 60 centimetres, as compared to the average sea level from 1986-2005. The new study bets on upper estimate, saying it is likely too low.

The graphic below, based on the IPCC report, shows the various contributors to sea-level rise. It is projected out to the end of the century. Antarctica’s contribution is shown in turquoise blue.

Another paper, also published in December in the journal Nature makes a similar case, focused on the evidence from Greenland. Employing the latest models used to inform the next IPCC report, the authors found that in a high-warming scenario Greenland may contribute an extra 7.5 centimetres to sea-level rise by the end of the century, when compared to the former version of models used by the IPCC. This extra sea-level rise is due to an additional 1 degree Celsius of warming projected by the new climate models in the Arctic.

A big concern of the authors of the first study for our future is the non-linear behaviour of sea-level rise. In recent years the pace of sea-level rise has been accelerating. In the 1990s the oceans rose at about 2 millimetres per year. From 2000 to 2015 the average was 3.2 millimetres per year. But over the past few years the pace has quickened to 4.8 millimetres per year. At the current pace, we can expect at least 37 more centimetres of sea-level rise by the year 2100. But, as has been the case for the past few decades, the pace of sea-level rise is expected to continue to increase for the foreseeable future. So,37 centimetres is extremely unlikely.

Considering that Earth has already warmed more than 1 degree Celsius since the late 1800s, we know that substantial sea-level rise is already baked in, regardless of whether we stop global warming. Scientists just don’t know exactly how long it will take to see the rise or how fast it will occur. But using proxy records, glaciologists can see that as we emerged from the last Ice Age, sea level rose at remarkable rates, as fast as 37 cm per century at times. The fact that there is a lot less ice on Earth today than there was 20,000 years ago means the amount of sea-level rise per degree would likely be less now, and the maximum pace may be tempered as well. But even a pace that is half the historical maximum would still be catastrophic to an Earth with billions of people who depend on stability.

Source: CBS News.

Accélération du niveau des océans au cours des dernières décennies (Source : John Englander)

Le pergélisol

Avec le réchauffement climatique, je fais souvent référence à la fonte du pergélisol – en anglais permafrost – et à ses conséquences pour la planète. Voici quelques informations sur ce sol gelé qui risque de donner naissance à bien des problèmes dans les prochaines années.

Qu’est-ce que le pergélisol ?

Le pergélisol désigne la partie du sol gelée en permanence au moins pendant deux ans, et de ce fait, imperméable. Il existe dans les hautes latitudes mais aussi dans les hautes altitudes où je le désigne sous l’appellation ‘permafrost de roche’. Le gel assure la stabilité des parois rocheuses et empêche leur effondrement.

Le pergélisol couvre officiellement 23,9% de la surface terrestre soit 22 790 000 km2 ou un quart des terres émergées de l’hémisphère Nord. Il occupe 90 % du Groenland, 80 % de l’Alaska, 50 % du Canada et de la Russie, plus particulièrement la Sibérie. Il est généralement permanent au-delà du 60ème degré de latitude, tandis que le pergélisol alpin est plus sporadique.

 Source : NASA

Structure du pergélisol :

Le pergélisol est constitué thermiquement de trois couches : la première dite « active » dégèle en été et peut atteindre jusqu’à deux ou trois mètres d’épaisseur ; la seconde, soumise à des fluctuations saisonnières mais constamment sous le point de congélation, constitue la partie du pergélisol stricto sensu et s’étend jusqu’à une profondeur de 10 à 15 mètres ; la troisième peut atteindre plusieurs centaines de mètres, voire dépasser le millier de mètres ; elle ne connaît pas de variation saisonnière de température et est constamment congelée. La température s’y élève en allant vers le bas sous l’influence des flux géothermique et atteint 0 °C à la limite basse du pergélisol.

 (Source : Geological Socoety London)

 Hausse des températures et effets sur le pergélisol :

Dans sa partie la plus méridionale, le pergélisol atteint une température proche de zéro en été et il pourrait rapidement dégeler. Les climatologues canadiens pensent que sa limite sud pourrait remonter de 500 km vers le nord en un siècle. Un peu plus vers le nord, seule la «couche active» gagnera de l’épaisseur en été, induisant une pousse de la végétation mais aussi des mouvements de terrain déterminant des phénomènes de « forêts ivres » où les racines des arbres ne sont plus maintenues par le gel. On observera des modifications hydrologiques et hydrographiques. Les tourbières boréales seront transformées en zones humides gorgées d’eau qui feront le bonheur des moustiques.

 Tourbière humide suite au dégel du permafrost en Alaska

(Photo : C. Grandpey)

C’est bien sûr la zone active, la plus superficielle qui est la plus sous la menace du réchauffement climatique. Elle varie selon l’altitude et la latitude, mais aussi dans l’espace et dans le temps au rythme des glaciations et réchauffements, parfois brutalement dès que l’enneigement recule et laisse apparaître un sol foncé qui capte la chaleur que l’albédo des glaces et neige renvoyaient vers le ciel. Cette zone est aujourd’hui généralement profonde de quelques centimètres à quelques décimètres. Dans les zones nordiques les constructions reposent aujourd’hui sur des pieux enfoncés à plusieurs mètres de profondeur, et il est recommandé de conserver un vide sous les maisons.

Exemple d’immeuble construit sur pilotis à cause du permafrost en Yakoutie

(Crédit photo: Wikipedia)

Effets du dégel du pergélisol sur les sols :

Dans les Alpes, le pergélisol se retrouve au-dessus de 2 500 mètres sur les ubacs, autrement dit sur les versants à l’ombre, par opposition aux adrets qui désignent les versants au soleil. Un dégel de ces zones de haute montagne peut provoquer des éboulements importants.

L’Office fédéral suisse de l’environnement a publié une carte et une liste actualisée des zones habitées particulièrement menacées. Les dangers d’éboulements existent surtout pour les localités – comme Zermatt – qui se situent au fond des vallées. Les effondrements peuvent être d’autant plus meurtriers que les dépôts de matériaux laissés par les effondrements peuvent être remobilisés par les fortes pluies et provoquer de très dangereuses laves torrentielles. Les villages suisses de Bondo et Chamoson ont été victimes de ce phénomène.

La fonte de la glace du pergélisol est également susceptible de créer des mouvements importants des sols. Cela risque de poser des problèmes à certaines infrastructures comme les oléoducs posés sans fondations sur ces sols. Des travaux de consolidation sont ainsi régulièrement effectués sur les installations gazières de la péninsule de Yamal en Sibérie.

Conséquences d’une lave torrentielle à Chamoson (Photo : C. Grandpey)

Le pergélisol : une bombe à retardement :

Le pergélisol arctique, qui renferme 1500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, soit environ deux fois plus que dans l’atmosphère, est considéré comme une bombe à retardement. Selon les indices publiés en 2019 dans la revue Nature, le pergélisol canadien fond avec une intensité qui n’était attendue dans certaines régions que vers 2090 ; à l’échelle mondiale sa vitesse de fonte implique un risque « imminent » d’emballement.

Le dégel du pergélisol permet aux bactéries de se développer, et avec la fonte du pergélisol les déchets organiques deviennent accessibles aux microbes qui produisent du CO2 et du méthane. Ainsi, il pourrait émettre à l’avenir environ 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. On assiste à une boucle de rétroaction car les gaz à effet de serre accélèrent le réchauffement de la planète et le réchauffement de la planète augmente la fonte du pergélisol.

Dégel du pergélisol : la peur des virus :

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, le dégel du pergélisol est susceptible de libérer des virus, connus ou inconnus. En 2014, des scientifiques ont découvert dans le pergélisol deux virus géants, inoffensifs pour l’Homme, qu’ils ont réussi à réactiver. Cela prouve que si on est capable de ressusciter des virus âgés de 30 000 ans, il n’y a aucune raison pour que certains virus beaucoup plus embêtants pour les êtres vivants ne survivent pas également plus de 30 000 ans. En 2016, en Sibérie, un cadavre décongelé de renne a déclenché une épidémie d’anthrax qui a tué un enfant et décimé de nombreux troupeaux de rennes. Pour l’instant, la résurgence des virus se fait de manière locale, mais elle pourrait se répandre à l’ensemble de la planète. On vient de voir la catastrophe humaine, économique et sociale générée par le coronavirus.

Les rennes sont particulièrement exposés aux virus, mais aussi aux moustiques (Photo : C. Grandpey)

Le dégel du pergélisol et l’exploitation minière :

Des régions de Sibérie, auparavant désertiques et accessibles, recèlent d’importants gisements de gaz et de pétrole, ainsi que des métaux précieux comme l’or ou les diamants. Leur exploitation est en passe de devenir possible avec le réchauffement climatique. Des mines à ciel ouvert, d’une taille de 3 à 4 kilomètres de diamètre et jusqu’à un kilomètre de profondeur, ont été ouvertes pour exploiter ces gisements en retirant le pergélisol. Les bactériologistes mettent en garde sur ces exploitations à ciel ouvert où aucune précaution bactériologique n’est prise.

  Mine de diamant de Mirny en Sibérie (Crédit photo : Wikipedia)

 

Climat: Ça va vraiment mal ! // Climate: Things are really in a bad way !

Comme je l’ai écrit précédemment, sur les 139 années d’archives de la NASA, juin 2019 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré. Ce dernier mois a aussi révélé une réalité encore plus inquiétante à propos du réchauffement climatique.
Le premier semestre de 2019, de janvier à juin, a été le deuxième semestre le plus chaud de l’histoire. Entre janvier et juin 2019, les températures ont été supérieures de 1,4 degrés Celsius à la moyenne de la fin du 19ème siècle. De plus, les semestres de janvier à juin pendant les cinq dernières années ont été les plus chauds jamais enregistrés. Les chiffres de la NASA montrent qu’à ce stade, la hausse inexorable des températures mondiales devient tout à fait prévisible. Il est clair que cette hausse ne peut pas être expliquée sans prendre en compte l’impact profond sur la planète de la combustion des combustibles fossiles et l’augmentation résultante des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, qui avaient déjà atteint leur niveau le plus élevé depuis au moins 800 000 ans, atteignent maintenant des niveaux encore jamais observés..
Les conséquences de ce réchauffement de l’atmosphère sont bien visibles et de plus en plus fréquentes. En voici quelques exemples:
– La hausse des températures a multiplié par deux le nombre de terres ravagées par les incendies de forêt aux États-Unis au cours des 30 dernières années, notamment en Californie.
– Le Groenland, qui abrite la deuxième plus grande calotte glaciaire de la planète, fond à une vitesse sans précédent.
– Les 12 derniers mois ont été les 12 mois les plus humides de l’histoire des États-Unis, ce qui a provoqué de nombreuses inondations dans le pays. C’est facile à comprendre: pour chaque degré de réchauffement de 1 degré Celsius, l’air peut absorber 7% d’eau en plus.
– L’Arctique est en feu. Rien qu’en juin, les incendies de forêt en Alaska et en Sibérie ont émis 50 mégatonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit l’équivalent des émissions annuelles totales de la Suède. C’est plus que ce qui a été libéré par les incendies dans l’Arctique pendant tous les mois de juin réunis de 2010 à 2018.
– La température des océans augmente régulièrement.
– Depuis 1961, les glaciers terrestres ont perdu 9 000 milliards de tonnes de glace.
– La durée et la fréquence des vagues de chaleur augmentent.
– Les records de maxima de températures journalières dépassent les records de minima.
Dans l’ensemble, l’atmosphère connaît une hausse très rapide de sa température, mêle si cette tendance au réchauffement présente des hauts et des bas. Cela est dû aux influences climatiques naturelles, en particulier à des événements tels qu’El Niño qui peut favoriser une hausse supplémentaire des températures. .
Au train où vont les choses, 2019 sera certainement l’une des années les plus chaudes de l’histoire. Cela confirme une autre tendance tout aussi inquiétante. Dix-huit des 19 années les plus chaudes jamais enregistrées ont eu lieu depuis 2001. De plus, les cinq années les plus chaudes ont été enregistrées au cours des cinq dernières années.
Source: NASA.

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As I put it before, in 139 years of NASA’s record-keeping, June 2019 was the warmest June ever recorded. But June 2019 also revealed a deeper warming reality.

The first half of 2019, January through June, finished up as the second warmest half-year on record. January through June 2019 temperatures were 1.4 degrees Celsius above average temperatures in the late 1800s. On top of that, each of the last five January through Junes are now the five warmest such spans on record. Only 2016 started off hotter than 2019. NASA’s figures show that at this point, the inexorable increase in global temperatures is entirely predictable. It simply cannot be explained without taking into account the profound impact on the planet of the burning of fossil fuels and the resulting increase in atmospheric greenhouse gas concentrations. Atmospheric carbon dioxide concentrations, already at their highest levels in at least 800,000 years, are now accelerating at rates that are unprecedented in both the historic and geologic record.

The well-predicted consequences of this heating of the atmosphere are now unfolding. Here are some, of many, examples:

– High temperatures have doubled the amount of land burned by wildfires in the U.S. over the last 30 years, notably in California.

– Greenland, home to the second largest ice sheet on Earth, is melting at unprecedented rates.

– The last 12 months have been the wettest 12 months in U.S. history, leading to widespread flooding around the nation. This easy to understand: For every 1 degree Celsius of warming, the air can hold 7 percent more water.

– The Arctic is on fire. In June 2019, the wildfires in Alaska and Siberia have released 50 megatons of CO2 in the atmosphere, which is the equivalent of the total annual emissions of Sweden. It is more than what has been emitted by all the wildfires in the Arctic during all the months of June between 2010 and 2018.

– Ocean temperatures are constantly going up.

– Since 1961, Earth’s glaciers lost 9 trillion tons of ice.

– Heat waves are increasing in duration and frequency.

– Daily high record temperatures are dominating daily low records.

Overall, the atmosphere is experiencing an accelerated upward temperature climb, though there are some ups and downs within the greater warming trend. This is due to natural climatic influences, particularly from events like El Niño, which can give global temperatures an added kick.

2019 will almost certainly end up being one of the hottest years on record. This is in line with another stark trend. Eighteen of the 19 warmest years on record have occurred since 2001. Moreover, the five hottest years have occurred in each of the last five years.

Source: NASA.

Evolution des températures du mois de juin depuis 1880 (Source : NASA)