Vulcano dans l’attente (Iles Eoliennes / Sicile) // Vulcano (Aeolian Islands / Sicily)

Les habitants de l’île éolienne de Vulcano attendent avec impatience le verdict d’une visioconférence qui doit avoir lieu le 20 décembre 2021 et à laquelle participeront des membres de l’INGV, de la Protection Civile, d’Arpa, d’Ispra, d’Asp et le maire de Lipari pour décider si la zone rouge et les contraintes qu’elle implique doit être prolongée ou si les insulaires pourront revenir dormir dans leurs maisons. L’ordonnance promulguée il y a un mois par le maire de Lipari expirera le 21 décembre.

Les dernières informations communiquées par l’INGV de Catane laissent entendre que la situation s’est légèrement améliorée, mais qu’il reste des zones sous la menace des gaz. La température des fumerolles diminue sur la lèvre du cratère et est stable sur sa face interne. Les émissions de CO2 à la base du cône de La Fossa et dans la zone de Vulcano Porto, mesurées automatiquement par le réseau Vulcanogas, montrent une baisse générale mais restent toujours à des valeurs élevées, à l’exception du site de Faraglione, où les valeurs habituelles sont enregistrées.
En revanche, les émissions de de CO2 dans la zone du cratère continuent de montrer des valeurs élevées, supérieures aux moyennes enregistrées au cours des 10 dernières années.

S’agissant de la géochimie des nappes phréatiques, les valeurs de température et de conductivité sont stables dans le puits du Camping Sicilia, tandis qu’une légère augmentation des valeurs est observée dans le puits Bambara et les valeurs de conductivité continuent de diminuer.

Ces derniers jours, les contrôles effectués par les techniciens de l’ARPA et d’Ispra avec de nouveaux instruments ont concerné essentiellement la zone rouge. Les résultats de ces mesures seront divulgués en réunion le 20 décembre par les scientifiques, puis par le maire qui les communiquera à la population.

Selon le journal La Sicilia, « il est probable qu’il y aura une autre prolongation d’un mois, mais il n’est pas exclu que la nouvelle ordonnance puisse affecter les personnes les plus vulnérables, tandis que d’autres pourraient rentrer chez elles. »

Source: La Sicilia.

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The inhabitants of the Aeolian island of Vulcano are impatiently awaiting the verdict of a videoconference due to take place on December 20th, 2021 and in which members of INGV, Civil Protection, Arpa, Ispra, d’Asp and the mayor of Lipari are to decide whether the red zone and the constraints it implies should be extended or whether the islanders will be allowed to return to their homes to sleep. The ordinance released a month ago by the mayor of Lipari will expire on December 21st.
The latest information from the INGV of Catania suggests that the situation has improved slightly, but that there are still areas under the threat of gas. The temperature of the fumaroles is decreasing on the crater rim and is stable on its internal face. CO2 emissions at the base of the La Fossa cone and in the Vulcano Porto area, automatically measured by the Vulcanogas network, show a general decrease but still remain at high values, with the exception of the Faraglione site, where background values are recorded.
In contrast, CO2 emissions in the crater area continue to show high values, higher than the averages recorded over the past 10 years.
Regarding the geochemistry of groundwater, the temperature and conductivity values are stable in the well of Camping Sicilia, while a slight increase in values is observed in the Bambara well and the conductivity values continue to decrease.
In recent days, the monitoring carried out by technicians from ARPA and Ispra with new instruments have mainly concerned the red zone. The results of these measurements will be disclosed at the meeting of December 20th by the scientists, then by the mayor who will communicate them to the population.
According to the newspaper La Sicilia, « it is likely that there will be another one month extension, but it is not excluded that the new ordinance could affect the most vulnerable people, while others could return home. »
Source: La Sicilia.

Cratère de La Fossa (Photo: C. Grandpey)

La situation à Vulcano (Iles Eoliennes) entre 1983 et 2003 (1ère partie)

En mai 2005, suite à plusieurs visites à caractère scientifique sur l’île de Vulcano, en particulier entre 1983 et 2003, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Il est intéressant de comparer ce que l’écrivais à l’époque avec la situation actuelle.

Pour rappel, en décembre 2021, les touristes n’ont pas le droit de débarquer sur l’île de Vulcano dont le niveau d’alerte a été relevé suite à des signes d’agitation du volcan. Les habitants autour du port ne sont pas autorisés à rester chez eux entre 11 heures du soir et 6 heures du matin à cause des émissions de CO2 qui pourraient menacer leur santé pendant leur sommeil. De plus, on enregistre une hausse de la température et des modifications de la composition chimique des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa.

Dans les années 1990, on pouvait accéder facilement et librement à la lèvre du cratère. Je mettais toutefois en garde les personnes asthmatiques qui pourraient être incommodées par les fumerolles. Si la lèvre du cratère était accessible à tous, la descente au fond était formellement déconseillée, Je précisais que l’absence de vent pouvait favoriser certains jours l’accumulation de gaz, en particulier de CO2. Au début des années 90, il m’est arrivé de trouver des cadavres de petits rongeurs qui n’avaient pas survécu à son inhalation. J’ajoutais qu’il serait très imprudent de vouloir bivouaquer au fond du cratère, tout comme il est déconseillé (et interdit par décret) de camper dans l’île car certains secteurs – le terrain de football en particulier – étaient déjà concernés par des émanations de CO2 à cette époque.

Au cours des années 1990-2000, le champ fumerollien a eu tendance à se déplacer vers le fond du cratère et à délaisser la lèvre ouest où il se trouvait initialement. La comparaison des photos ne laissait aucun doute sur cette évolution.

S’agissant des fumerolles, j’expliquais qu’il fallait être très prudent pour interpréter leur densité, que ce soit à Vulcano ou sur un autre volcan. Avant de tirer des conclusions, il faut contrôler le degré d’hygrométrie de l’air ambiant, tout en sachant qu’à certaines périodes de l’année (printemps et automne en particulier), on peut avoir de brusques variation d’humidité sur un laps de temps très bref. Ainsi, dans les années 90, on aurait pu être tenté d’associer le panache vu à distance (depuis Vulcanello par exemple) à un regain de chaleur du cratère, tant le panache était dense. Une mesure concomitante de la température des fumerolles ne montrait pas la moindre hausse. C’est à partir de cette époque que j’ai toujours noté le degré d’hygrométrie et l’heure de prise de vue au dos des photos de la Fossa.

S’agissant des gaz qui s’échappent des évents fumerolliens, leur composition est restée relativement stable au cours des années 1980-1990. Les analyses citées par Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe résume assez bien la situation :

CO2 : 92% ; SO2 : 4% ; N2 : 3% ; O2 : 0,3% ; H: 0,2% ; CO : 0,5%

Les prélèvements de gaz que j’ai réalisés dans les années 1990, et qui ont été analysés par le laboratoire du CNRS d’Orléans, ont confirmé les résultats obtenus quelques semaines auparavant par l’Institut des Fluides de Palerme et ne révélaient rien de vraiment inquiétant. Sans oublier la vapeur d’eau qui constitue environ 95% du volume total de la fumerolle.

Les températures ont beaucoup varié au travers des décennies, avec cependant des pics remarquables qui n’ont pas manqué d’inquiéter les scientifiques. Ainsi, le 27 Avril 1993, il a été relevé une température de 687°C dans le cratère de La Fossa et la rumeur disait même qu’une incandescence était visible dans les fractures qui déchirent l’intérieur du cratère. Comme souvent dans de telle situations où l’être humain s’inquiète devant un phénomène naturel, il s’agissait d’une fausse nouvelle et mes deux visites nocturnes n’ont rien révélé d’anormal. Il n’empêche qu’un tel phénomène demande la plus grande vigilance et une erreur de diagnostic pourrait s’avérer catastrophique à la veille de la saison touristique.

D’autre part, aucun événement sismique digne d’intérêt n’avait émaillé les tambours de l’Observatoire Géophysique de Lipari.

Aucun gonflement de l’édifice volcanique n’avait été détecté non plus.

La conclusion logique était donc qu’il ne fallait pas affoler la population. Ce fut une bonne décision puisque la seule hausse de température fut sans conséquence et le thermomètre perdit rapidement des degrés dans les semaines et les mois qui suivirent.

Photos : C. Grandpey

Le Stromboli et Vulcano inquiètent la presse italienne // Stromboli and Vulcano worry the Italian press

Hier soir, la presse sicilienne titrait: « Que se passe-t-il dans les Iles Eoliennes? » J’aurais envie de répondre: rien de très grave. C’est vrai que le Stromboli et la Fossa de Vulcano montrent ensemble des signes d’activité, mais ce n’est pas la première fois que se produit une telle situation.

A Stromboli, on observe ces jours-ci un débordement de lave dans la partie nord de la terrasse cratèrique tandis que l’activité strombolienne continue sans variation particulière. Cette situation se reflète dans le trémor qui conserve une certaine stabilité à un niveau moyen. La coulée de lave arrive à mi pente de la Sciara del Fuoco. Des blocs se détachent de son front et roulent jusque dans la mer.

De son côté, la Fossa di Vulcano inquiète les scientifiques et les autorités locales à cause des émissions de gaz, essentiellement de CO. Par précaution, les habitants du secteur autour du port doivent quitter leurs maisons entre 23 heures et 6 heures . En effet, les lits se trouvant à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol, la présence de CO2 pourrait devenir dangereuse pendant le sommeil. On a signalé la mort de chats sur l’île. Dans les années 1990, Haroun Tazieff m’avait dit qu’il était fréquent de trouver des cadavres de petits animaux au niveau du cratère. L’accès aux bains de boue et à la plage de Levante est également interdit.. Le maire de Lipari a demandé à l’ARPA d’effectuer des mesures précises des gaz avec avec des équipements sophistiqués pour vérifier à quels endroits se situe les émissions dans la zone rouge.

Comme je l’ai indiqué précédemment, la situation actuelle à Vulcano me rappelle celle que j’ai connue et pour laquelle j’ai effectué des mesures dans les années 1990. Je ne serais pas surpris que cette année encore, la situation redevienne progressivement normale sans qu’une éruption se produise. La dernière ayant eu lieu en 1890, une surveillance étroite du volcan doit toutefois être assurée.

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Last night, the Sicilian press headlined: « What’s going on in the Aeolian Islands? » I would like to answer: nothing very serious. It is true that Stromboli and Fossa di Vulcano together show signs of unrest, but this is not the first time that such a situation has occurred.

At Stromboli, there is currently a lava overflow in the northern part of the crater terrace while Strombolian activity continues without any significant fluctuation. This situation is reflected in the tremor which keeps a certain stability at a medium level. The lava flow travels down mid-slope on the Sciara del Fuoco. Blocks detach from its front and roll into the sea.

For its part, the Fossa di Vulcano worries scientists and local authorities because of gas emissions, mainly CO. As a precaution, residents of the area around the port must leave their homes between 11 p.m. and 6 a.m. Indeed, the beds being a few tens of centimeters above the ground, the presence of CO2 could become dangerous during sleep. Cat deaths have been reported on the island. In the 1990s, Haroun Tazieff told me that it was common to find the corpses of small animals at the crater. Access to the mud baths and the Levante beach is also prohibited. The mayor of Lipari has asked ARPA to carry out accurate gas measurements with sophisticated equipment to check where the emissions are. in the red zone.
As I put it previously, the current situation iat Vulcano reminds me of the one I experienced and for which I carried out measurements in the 1990s. I would not be surprised if again this year the situation gradually returned to normal. without an eruption occurring. The last one took place in 1890, so close monitoring of the volcano should be performed.

Le Stromboli le 25 novembre 2021 (capture écran webcam)

Quelques détails supplémentaires sur les restrictions à Vulcano (Iles Eoliennes) // Some additional details about the restrictions at Vulcano (Aeolian Islands)

Comme je l’ai indiqué précédemment, de nouvelles mesures ont été mises en place pour des raisons de sécurité à Vulcano, suite à l’intensification des émissions gazeuses, en particulier de CO2. Le président de la région Sicile a indiqué que la situation « évoluait rapidement », au point qu’il a décrété l’état d’urgence sur l’île. Les émissions de dioxyde de carbone, qui ont commencé l’été dernier d’abord du sommet du volcan, puis sur certaines terres au niveau de la mer, ont atteint des limites de sécurité avec des concentrations qui atteignent 480 tonnes par jour alors que la norme est de 80 tonnes. A partir du 22 novembre 2021, les 250 habitants de la zone portuaire, soit environ la moitié de la population de l’ensemble de l’île, ne pourront pas dormir chez eux. Ils devront quitter leur domicile entre 23heures et 6 heures du matin. Ils pourront ensuite vaquer normalement à leurs occupations. Cette décision est assez logique car le CO2 est un gaz lourd et des personnes allongées à quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol pour dormir peuvent être mises en danger par ce gaz inodore et mortel. Des chats ont péri sur l’île après avoir inhalé du CO2.

C’est pourquoi le maire de Lipari – dont dépend administrativement Vulcano – a publié, après avoir consulté les scientifiques sur place, une ordonnance décrétant de nouvelles restrictions pour une durée d’un mois. A l’issue de cette période, les nouvelles analyses effectuées sur l’île indiqueront si de nouvelles mesures doivent être prises.
Avec la nouvelle ordonnance, les touristes ne pourront plus débarquer sur l’île. Seuls les navetteurs seront acceptés. Comme indiqué plus haut, les habitants de la zone portuaire ne pourront pas dormir chez eux Les frais d’hébergement, en hôtel par exemple, seront pris en charge par la commune de Lipari.
Le maire a en revanche démenti la décision d’évacuer l’île à court terme, mais a annoncé que les analyses des gaz dans les airs et dans le sol seront intensifiés dans toutes les zones de l’île. De nouveaux équipements seront installés par l’INGV. En attendant, il a été décidé de maintenir la garde médicale ouverte 24 heures sur 24.

L’alerte volcanique reste à la couleur Jaune à Vulcano. C’est le niveau «Vigilance», mais la Protection Civile a demandé qu’il soit porté à « Orange », c’est-à-dire « alerte précoce » .
Source : Presse italienne.

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As I indicated previously, new measures have been taken for safety reasons at Vulcano, following the intensification of gaseous emissions, in particular CO2. The president of the Sicily region indicated that the situation « was evolving rapidly », to the point that he declared a state of emergency on the island. Carbon dioxide emissions, which started last summer first from the top of the volcano and then in some areas at sea level, have reached safety limits with concentrations reaching 480 tons per day whereas the standard is 80 tons. From November 22, 2021, the 250 inhabitants of the port area, or about half of the population of the entire island, will not be allowed to sleep at home. They will have to leave their home between 11 p.m. and 6 a.m. They can then go about their business normally. This decision is quite logical because CO2 is a heavy gas and people lying a few tens of centimeters above the ground to sleep can be endangered by this odorless and deadly gas. Cats have perished on the island after inhaling CO2.
This is why the mayor of Lipari – on which Vulcano depends administratively – published, after consulting the scientists, an ordinance decreeing new restrictions for a period of one month. At the end of this period, new analyzes carried out on the island will indicate whether new measures need to be taken.
With the new ordinance, tourists will no longer be allowed to disembark on the island. Only commuters will be accepted. As indicated above, the inhabitants of the port area will not be allowed to sleep at home. Accommodation costs, in hotels for example, will be covered by the municipality of Lipari.
The mayor, however, denied the decision to evacuate the island in the short term, but announced that analyzes of gases in the air and in the ground will be intensified in all areas of the island. New equipment will be installed by INGV. In the meantime, it has been decided to keep the medical guard open 24 hours a day.
The volcanic alert remains Yellow in Vulcano. It is the “Watch” level, but Civil Protection has requested that it be increased to “Orange”, or “early warning”.
Source: Italian news media.

Photo: C. Grandpey