L’Odyssée, Polyphème et l’Etna // The Odyssey, Polyphemus and Mt Etna

Tous ceux qui ont lu – en version intégrale ou abrégée – L’Odyssée, poème épique grec attribué à Homère, connaissent forcément Polyphème, le Cyclope gigantesque à l’œil unique au milieu du front qui se nourrissait de chair humaine. Il demeurait dans une caverne, non loin de l’Etna, et faisait paître ses moutons sur la montagne.

Lorsque Ulysse et ses compagnons pénétrèrent dans la grotte où résidait Polyphème, ce dernier saisit deux hommes et les dévora en faisant craquer les os des malheureux entre ses formidables mâchoires. Le lendemain matin, il mangea deux autres prisonniers et, le soir, deux autres encore. C’est alors qu’il but le vin que lui présentait Ulysse et que, sous l’effet de l’ivresse, il s’endormit. Aussitôt, Ulysse fit rougir au feu l’extrémité pointue d’un énorme pieu qu’il planta dans l’oeil du Cyclope. Pour sortir de la caverne, Ulysse et ses compagnons s’accrochèrent solidement sous le ventre des moutons de Polyphème et purent s’enfuir malgré la vigilance de ce dernier. Ulysse et ses compagnons lancèrent des injures à l’adresse de Polyphème, qui, dans sa rage, jeta d’énormes rocs contre leur navire. La légende raconte que ces blocs volumineux projetés par le Cyclope ont pris la forme des faraglioni que l’on peut voir à quelques encablures d’Aci Trezza, petite bourgade sicilienne située sur la côte de la Mer Ionienne.

A l’époque lointaine où j’étais lycéen, je n’ai, bien sûr, pas établi de lien entre Polyphème et l’Etna. Par contre, à l’issue de mes nombreuses ascensions du volcan sicilien, j’ai relu L’Odyssée et je suis aujourd’hui persuadé que Polyphème, c’est l’Etna ! Comme je l’explique dans mon diaporama L’Etna, de glace et de feu, « c’est au chevet du volcan sicilien que j’ai compris que le Cyclope avec son œil unique n’était autre que l’Etna, et l’allégorie choisie par Homère prend toute sa force devant les explosions et les coulées ».

Il y a quelques semaine, à l’occasion du Salon du Livre de Paris, j’ai eu le privilège de demander l’avis du philosophe historien – et Académicien – Michel Serres qui m’a expliqué que dans l’Antiquité les volcans n’avaient pas de nom et c’étaient donc au travers de personnages que les auteurs de récits les faisaient apparaître. Il est très intéressant de lire un passage de Le Gaucher boiteux dans lequel Michel Serres consacre quelques lignes à ce sujet : «  [Les anciens Grecs] jasaient volontiers d’inquiétants personnages dont l’ombre peuplait ce que nous appelons le mythologie….Parmi [les Cyclopes], celui qui s’appelait Polyphème devait, selon son nom, parler à plusieurs voix. Qui ne voit là le cratère circulaire, au sommet d’une montagne, qui n’entend là la chambre dite magmatique, interne et souterraine, ainsi que les tonnerres dont les grondements préparent et accompagnent l’éruption ? »

De la même façon, quand le sirocco se lève sur les bien nommées Iles Eoliennes et agite fortement la Mer Tyrrhénienne, je pense au passage de L’Odyssée dans lequel Ulysse navigue avec l’outre dont lui a fait présent Eole et que son équipage, jaloux, délie et laisse échapper des vents contraires qui le ramènent en Eolie. Lorsque le bateau arrive à Stromboli, j’imagine « l’infranchissable muraille » censée protéger le royaume d’Eole….

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All those who have read – partially or completely – The Odyssey, the Greek epic poem attributed to Homer, necessarily know Polyphemus, the giant Cyclops with one eye in the forehead who fed on human flesh. He lived in a cave not far from Mount Etna, and was grazing sheep on the mountain.
When Odysseus (also known by the Latin name Ulysses) and his companions entered the cave where Polyphemus lived, the latter seized two men and devoured them, cracking the bones of the unfortunate with its formidable jaws. The next morning, he ate two other prisoners and in the evening two more. Then he drank the wine Odysseus offered him and, as a result of the intoxication, he fell asleep. Immediately, Odysseus put into a fire the pointed end of a huge pile which he then planted in the eye of the Cyclops. To get out of the cave, Odysseus and his companions clung firmly under the belly of Polyphemus’ sheep and were able to escape despite the vigilance of the giant. Odysseus and his companions hurled insults at Polyphemus who, in his rage, threw enormous rocks against their ship. Legend has it that these large blocks thrown by the Cyclops took the form of the faraglioni that can be seen not far from Aci Trezza, a small Sicilian town on the coast of the Ionian Sea.
When I was in high school (a long time ago!), I did not establish the link between Polyphemus and Mount Etna. Later, after my many ascents of the Sicilian volcano, I reread The Odyssey and I am now convinced that Polyphemus is Mount Etna! As I explain in my slideshow “Etna, ice and fire”, while I was making observations on the Sicilian volcano I understood that the Cyclops with his one eye was none other than Etna, and the allegory chosen by Homer takes all his might while looking at the explosions and lava flows.
A few weeks ago, at the Salon du Livre of Paris, I had the privilege of asking the opinion of Michel Serres, a historian philosopher, who explained me that for the Ancients volcanoes had no names and it was therefore through characters that they  were appearing. It is very interesting to read an excerpt from Le Gaucher boiteux in which Michel Serres has written some lines about the topic : «  [Les anciens Grecs] jasaient volontiers d’inquiétants personnages dont l’ombre peuplait ce que nous appelons le mythologie….Parmi [les Cyclopes], celui qui s’appelait Polyphème devait, selon son nom, parler à plusieurs voix. Qui ne voit là le cratère circulaire, au sommet d’une montagne, qui n’entend là la chambre dite magmatique, interne et souterraine, ainsi que les tonnerres dont les grondements préparent et accompagnent l’éruption ? »

Similarly, when the sirocco is blowing on the aptly named Aeolian Islands, I think of the passage of the Odyssey in which Odysseus sails with the bag offered to him by Aeolus. His crew, out of jealousy, opened the bag and let loose the winds that carried the men back to Eolie. When the boat arrives at Stromboli, I imagine the « impenetrable wall » meant to protect Aeolus’ kingdom ….

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Représentation de Polyphème (Photo: C. Grandpey)

Aci Trezza

Aci Trezza et les faraglioni (Crédit photo: Wikipedia)

Etna (Sicile / Italie)

drapeau-francaisLe tremor continue à grimper et l’activité sismique reste soutenue. Comme je l’ai indiqué précédemment, le siège de cette activité est le Cratère NE au-dessus duquel on peut voir ce soir une belle lueur rouge. Il est fort probable qu’une activité strombolienne soit en cours au fond de la bouche. Affaire à suivre.

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drapeau-anglaisThe tremor is still increasing and seismic activity is quite high. As I put it previously, the seat of this activity is the NE Crater. The webcams show some glow tonight above the vent. It is quite likely that some strombolian activity is taking place deep inside the crater. To be continued.

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Vue du cratère NE via la webcam RadioStudio7

Les frémissements du Mt Hood, du Mont St Helens et de l’Etna // The tremblings of Mt Hood, Mt St Helens and Mt Etna

drapeau-francaisUn essaim sismique a été enregistré sous le Mont Hood (Oregon), près de Government Camp, là où se rencontrent les routes 26 et 35. Les secousses ont commencé dimanche soir et se sont poursuivies jusqu’à lundi. Le premier événement a été détecté dimanche soir avec une magnitude de M 1,1 à une profondeur de 4,3 kilomètres. Des dizaines de petits séismes ont été enregistrés dans la soirée de dimanche, lundi matin et lundi après-midi, avec des magnitudes inférieures à M 1,9 et à une profondeur de 4,9 kilomètres ou moins.
Les sismologues indiquent que cette sismicité n’a pas de quoi inquiéter et ne correspond pas à une activité volcanique. Les séismes se produisent assez fréquemment dans la région et pourraient être provoqués par des mouvements de fluides géothermiques.
Les petits séismes du Mount Hood diffèrent de ceux observés récemment sur le Mont St. Helens (Washington) où ils sont liés au processus de gonflement dû au remplissage des chambres magmatiques superficielles sous le volcan.
Sources: Portland Tribune et USGS.

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Vue du versant méridional du mont Hood (Photo: C. Grandpey)

Une augmentation du tremor et de l’activité sismique est observée sur l’Etna (Sicile) depuis quelques heures. Les dernières informations indiquent que le Crater NE est le coupable. Il est trop tôt pour dire si cette nouvelle sismicité est provoquée une libération d’énergie ou si elle annonce quelque chose de plus sérieux. Les prochains jours vont probablement nous donner la réponse.

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Etna NE

L’activité sismique sur l’Etna (Source: INGV)

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drapeau-anglaisA seismic swarm has been recorded beneath Mount Hood (Oregon), near Government Camp, near to where highways 26 and 35 meet. The quakes began on Sunday night and continued through Monday. The first event was detected on Sunday evening and had a magnitude of M 1.1 at a depth of 4.3 kilometres. Dozens of small quakes followed through Sunday night, Monday morning and into Monday afternoon, all of which were less than M 1.9 and at a depth of 4.9 kilometres or less.

Local seismologists indicate that the quakes as no cause for concern and do not suggest volcanic unrest. They happen quite frequently in the area and could be triggered by the movements of geothermal fluids.

Mount Hood’s tiny quakes differ from those recently observed at Mount St. Helens (Washington) where they are linked to the re-inflating process of the magma chambers in the shallower parts of the volcano.

Sources : Portland Tribune and USGS.

An increase in the tremor and in seismic activity has been observed on Mount Etna (Sicily) in the past hours. The latest information indicates that the NE Crater is the culprit. It is too early to say whether this new seismicity refers to some release of energy or if it announces something more serious. The coming days will probably give us the answer.

Histoire de lahars // About lahars

drapeau-francaisLes chaînes de télévision ont récemment diffusé les images impressionnantes d’une coulée de boue et de pierres sur les flancs du Mont Granier (Isère), suite aux fortes pluies qui se sont abattues sur la région. Les géologues ont baptisé le phénomène « lave torrentielle », mélange très visqueux d’eau, de boue et de débris rocheux. La coulée de quelque 15 000 mètres cubes a coupé une route départementale en quatre endroits et la préfecture a interdit toutes les activités sur l’ensemble du massif. Toutefois, selon les autorités, il n’y a aucun risque pour la population et les habitations. A noter que des éboulements sont toujours observés sur le Mont Granier qui reste sous surveillance.

Cette coulée de boue n’est pas sans rappeler les lahars, mot indonésien qui fait référence à un phénomène semblable en terrain volcanique, quand les fortes pluies mobilisent les dépôts de cendre. Ces lahars sont souvent observés dans des pays comme les Philippines et l’Indonésie au moment des pluies intenses de la mousson. On en a également observé – de taille beaucoup plus modeste – en Auvergne ces dernières années sur les flancs du Sancy au-dessus du Mont Dore et dans la Vallées de Chaudefour, suite à de fortes précipitations.

Voici une vidéo de la coulée sur le flanc du Mont Granier :

http://www.francetvinfo.fr/meteo/inondations/isere-des-laves-torrentielles-sur-les-flancs-du-mont-granier_1450823.html

Voici une autre vidéo montrant un lahar  sur le Semeru (Indonésie) :

https://www.youtube.com/watch?v=bt05FIIZPgM

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drapeau-anglaisFrenchTV channels have recently released the impressive images of a mudslide on the slopes of Mount Granier (Isère), following heavy rains that have battered the region. Geologists have dubbed the phenomenon « debris flow », a highly viscous mixture of water, mud and rock debris. The flow, with a voulume estimated at about 15 000 cubic meters, cut a road in four places and the prefecture prohibited all activities on the whole massif. However, according to the authorities, there is no risk to the population and the houses. More landslides are still observed on Mount Granier which remains under surveillance.
This mudslide reminded me of the lahars, an Indonesian word that refers to a similar phenomenon in volcanic terrain, when heavy rains mobilize ash deposits. These lahars are often observed in countries like the Philippines and Indonesia during intense monsoon rains. We also observed them – at a smaller scale – in the French Auvergne in recent years, on the slopes of Mount Sancy above Le Mont Dore and in the Valley of Chaudefour, following heavy rainfall.

Here is a video of the debris flow on the slopes of Mont Granier:
http://www.francetvinfo.fr/meteo/inondations/isere-des-laves-torrentielles-sur-les-flancs-du-mont-granier_1450823.html
Here is another video showing a lahar on Semeru volcano  (Indonesia):
https://www.youtube.com/watch?v=bt05FIIZPgM

Nevado

Les lahars peuvent être destructeurs, comme celui généré par l’éruption  du Nevado del Ruiz (Colombie) en  1985. Il a balayé la ville d’Armero, tuant 26 000 personnes. (Crédit photo: Wikipedia).