Toujours plus haut ! Toujours plus fort ! Toujours plus stupide !

Vous en avez ras-le-bol des vacances classiques, du surf et du parapente ? Vous voulez mettre la barre plus haut ? Vous voulez vraiment connaître les vacances de l’extrême ? J’ai un truc pour vous : le saut à l’élastique au-dessus d’un volcan actif !

Rendez-vous pour cela sur le site https://bungee.com/index.html.

Une société américaine propose un saut à l’élastique à 2847 mètres d’altitude, depuis un hélicoptère, au-dessus du Villarrica, l’un des volcans les plus actifs du Chili, avec un chaudron de lave qui bouillonne au fond de son cratère ! La société Bungee propose déjà des sauts depuis les plus hautes tours et ponts des États-Unis et double les vedettes de cinéma pour les cascades d’altitude.

Si vous avez de l’argent plein les poches, n’hésitez pas. Pour 15 958 dollars (14 139 euros) et quelques cents par personne, la société vous a concocté un séjour de six jours au Chili comprenant du rafting, des activités dans des sources chaudes, un hébergement 5 étoiles tout compris et, cerise sur le gâteau, un petit voyage panoramique en hélicoptère avec le « saut le plus dangereux du monde. » L’hélico de Bungee vous amènera à 213 mètres au-dessus du cratère du Villarrica accompagné par votre pilote, un moniteur de saut et un vidéaste qui immortalisera votre exploit qui se fera avec un élastique d’une centaine de mètres. Donc aucun risque de se faire brûler les moustaches par la lave. En plus du film, vous repartirez avec l’odeur du volcan en éruption ; c’est autre chose que celle du barbecue, non ?

Le descriptif du voyage se termine par deux questions essentielles :

1) Puis-je amener mon conjoint ou une autre personne de mon entourage ? Oui. Si ce n’est que pour le trajet en hélico, ils peuvent s’inscrire moyennant un supplément. S’ils veulent sauter eux aussi, vous aurez une ristourne de 1000 dollars (886 euros) sur votre séjour.
2) Puis-je mourir? Oui, c’est possible. Vous allez signer une décharge dégageant toute responsabilité de la société Bungee.

La prochaine expédition est prévue en mars 2020. A vos portefeuilles!

Voici une vidéo (en anglais) dans laquelle des amoureux de l’extrême décrivent leur expérience chilienne :

https://youtu.be/4ZT9ld2o-7U

Vue du Villarrica (Crédit photo: Wikipedia)

Le lac de lave du Mont Michael (Ile Saunders) // Mt Michael’s lava lake on Saunders Island

Dans une note publiée le 17 août 2019, j’indiquais qu’un nouveau lac de lave avait été détecté par des satellites dans le cratère du Mont Michael, un stratovolcan actif coiffé d’un glacier sur l’île Saunders, l’une des île Sandwich du Sud, un arc volcanique dans l’Atlantique sud. Le volcan se trouve à environ 2 500 km environ à l’est d’Ushuaia (Argentine) localité située à proximité de la pointe méridionale de l’Amérique du Sud.
Ce volcan insulaire se trouve à l’écart des voies maritimes et aériennes et il est souvent caché par de gros nuages. On aperçoit un panache de vapeur émanant du cratère sommital sur les images satellites et les rares images obtenues lors de survols effectués par le British Antarctic Survey. Ce panache est le signe d’une zone chaude au niveau du cratère, mais on ignore tout de l’activité de ce volcan.
Dans les anciens journaux de bord de navires, il est fait état de nuages de cendre en 1819 et une éruption a pu se produire vers la fin du 19ème et le début du 20ème siècle. Toutefois, les rapports d’activité du Mt Michael ont été très rares avant l’arrivée des satellites.
Dans les années 1990, l’image à la résolution grossière proposée par un satellite révélait une anomalie thermique susceptible d’être causée par un lac de lave temporaire, mais on n’en avait aucune certitude

Avec l’amélioration des satellites et la réduction de la taille des pixels sur les photos, on a obtenu une résolution d’image plus élevée et il est désormais possible de détecter de petites zones de forte chaleur, comme celles produites par les lacs de lave. Ainsi, grâce à la puissance des satellites et le nombre croissant d’observations, la présence d’un lac de lave sur le Mont Michael ne fait plus de doute.
Des chercheurs britanniques ont passé à la loupe plusieurs décennies d’images fournies par les satellites Landsat, Sentinel et ASTER. Elles confirment des températures persistantes supérieures à environ 1000°C, compatibles avec la présence de lave dans le cratère sommital du Mont Michael. De plus, la longévité des anomalies thermiques au cours des trois décennies d’observation laisse supposer que l’on a bien affaire à un lac de lave qui vient s’ajouter aux autres lacs de lave connus sur la Terre, même si très peu sont actifs en ce moment.
Le lac de lave au sommet du Mont Michael mesure environ 110 mètres de diamètre et couvre une superficie d’environ 10 000 mètres carrés. À titre de comparaison, le lac de lave dans Halema’uma’u avant sa disparition en mai 2018 avait un diamètre d’environ 300 mètres et couvrait un peu plus de 40 500 mètres carrés.
Source: USGS.

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In a post released on August 17th, 2019, I indicated that a new lava lake had been detected by satellites in the crater of Mount Michael, an active and exceedingly remote glacier-clad stratovolcano on Saunders Island in the South Sandwich Islands, a volcanic arc in the South Atlantic Ocean. The volcano is about 2,500 kilometres roughly east of Ushuaia, Argentina, near the southern tip of South America.

This island volcano is well-off the path of mariners and aircraft and is often obscured by heavy clouds. A vapour plume emanating from the crater at its summit is commonly visible in satellite images and rare fly-overs by the British Antarctic Survey. This plume and a generally hot area coincident with its summit crater have long suggested high heat flow at the summit, but little is known about the full extent of the volcano’s activity.

Looking back in history at ship logs, ash clouds were reported in 1819, and a lava eruption may have occurred near the end of the 19th and beginning of the 20th centuries. Overall, due to the island’s location, records of activity until the age of satellites are scant.

In the 1990s, a coarse-resolution satellite thermal anomaly further indicated a source of high heat that could have been a temporary lava lake, but it was not conclusive.

As satellites have become more sophisticated and the pixel size smaller – resulting in higher image resolution – finding small areas of high heat flux like a lava lake has become easier. And so, using the power of satellites and the increasing number of observations, the question of a lava lake at Mount Michael appears to be resolved.

British researchers looked at decades worth of imagery of this volcano from three different satellites: Landsat, Sentinel and ASTER. They were able to confirm persistent temperatures greater than about 1000°C, consistent with a pool of lava at the surface within the summit crater. They further argue that the longevity of satellite thermal anomalies and plumes over the three decades of observation suggests a long-lived lava lake. With this confirmation, it adds to the inventory of known persistent lava lakes on Earth, although very few are active at the moment.

The Mount Michael summit lava lake is about 110 metres wide covering an area of about 10,000 square metres. As a comparison, the lava lake within Halema‘uma‘u prior to its draining in May of 2018 was about 300 metres across covering just over 40,500 square metres.

Source: USGS.

Image de l’île Saunders et du lac de lave dans le cratère du Mont Michael fournie par le satellite Landsat 8 le 31 janvier 2018. La carte en encart montre la situation géographique de l’île Saunders. (Source: British Antarctic Survey)

Landsat 8 satellite image of Saunders Island and the lava lake within the crater of Mount Michael (image acquired on January 31st, 2018). Inset map shows the location of Saunders Island. (Source: British Antarctic Survey)

Halema’uma’u (Hawaii): Eau de pluie ou eau de source? // The water in Halema’uma’u (Hawaii): Rainwater or groundwater?

La mare d’eau au fond du nouveau cratère de Halema’uma’u soulève un certain nombre de questions. Les deux plus fréquentes sont: d’où vient l’eau et quelles pourraient être ses conséquences?
Les deux sources les plus probables sont l’eau de pluie et l’eau souterraine, autrement dit la présence d’une nappe phréatique. Selon les scientifiques du HVO, les deux hypothèses sont à prendre en compte, avec une préférence pour les eaux d’origine souterraine.
La nappe phréatique dans la zone sommitale du Kilauea se situe à une altitude d’environ 590 mètres, telle qu’elle a été mesurée dans un puits de forage creusé en 1973 à environ 800 mètres au sud de Halema’uma’u. La hauteur du plancher d’Halema’uma’u est d’environ 512 mètres, soit 70 mètres en dessous de la nappe phréatique qui se trouve à proximité.
Avant l’effondrement du sommet du Kilauea en 2018, les données géophysiques laissaient supposer que la nappe phréatique à proximité de Halema’uma’uu était à peu près à la même altitude que dans le forage, mais elle s’est probablement modifiée lors de l’effondrement du cratère. La nappe phréatique est probablement en train de se rétablir et, au fur et  à mesure qu’elle monte, l’eau s’infiltre dans des zones basses au niveau du plancher du cratère.
En ce moment, la surface de la mare d’eau dans le cratère s’élève lentement et régulièrement, ce qui correspond probablement à une hausse de la nappe phréatique. Le niveau de l’eau dans le cratère augmenterait par à-coups s’il dépendait des fortes pluies sur le Kilauea. Or, l’Halema’suma n’a pas reçu de fortes pluies depuis la première observation de l’eau dans le cratère le 25 juillet 2019. Il serait intéressant de prélever un échantillon de cette eau et de la dater à l’aide de moyens isotopiques; l’eau de pluie aurait l’âge actuel, tandis que les eaux souterraines seraient plus vieilles.
En ce qui concerne la profondeur de la mare, elle ne dépasse pas quelques mètres. Il se pourrait que ce ne soit que le sommet de la zone saturée en eau, qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Cette profondeur n’est toutefois pas infinie car elle est forcément freinée par la chaleur résiduelle du magma dans le conduit d’alimentation. Malgré tout, à mesure que le conduit refroidit, une plus grande quantité d’eau peut s’accumuler et contribuer à augmenter le volume en surface.

Le volume de la masse d’eau aura forcément une influence sur les risques potentiels. Une simple mare n’aura aucune incidence sur la prochaine éruption sommitale. En revanche, si le magma devait entrer en contact avec plusieurs dizaines de mètres d’eau, un scénario explosif plus important pourrait être observé, comme cela s’est déjà produit dans le passé.
Source: USGS / HVO.

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The pond of water at the bottom of Halema‘uma‘u’s new crater is raising many questions. The two most frequent are, where is the water coming from and what is its importance?

Two potential sources of the water are recent rainfall and groundwater. According to HVO scientists, either remains a possibility. Circumstantial evidence, however, favours groundwater.

The local water table, below which rocks are saturated with water, is at an elevation of about 590 metres, as measured in a deep hole drilled in 1973 about 800 metres south of Halema‘uma‘u. The elevation of the floor of Halema‘uma‘u is about 512 metres, 70 metres lower than the nearby water table.

Before the 2018 collapse of Kilauea’s summit, geophysical data suggested that the water table near Halema‘uma‘u was at about the same elevation as in the drill hole, but it was apparently drawn down during the collapse. The water table is likely recovering now, and as it rises, water inundates low areas such as the crater floor.

So far, the surface of the pond is rising slowly and steadily, consistent with a rising water table. Normally, the pond level would rise in jumps during downpours if rain was directly responsible for feeding it. However, Halema‘uma‘u has experienced no heavy rain since the pond was first observed on July 25th, 2019. It would be best to sample the water and date it using isotopic means; rain would have today’s age, groundwater an older age.

As far as the water’s depth is concerned, it is no more than a couple of metres. But the visible pond could be just the top of the saturated zone, which could conceivably be several tens of metres. There is probably a bottom to the standing water, because heat in the magma conduit below the floor of Halema‘uma‘u would boil away water at some depth. But as the conduit cools, the floor of standing water could move downward, deepening the water body from below as well as at the surface.

The total thickness of the water body impacts potential hazards. A mere puddle would scarcely affect the next summit eruption. But, if rising magma had to penetrate several tens of metres of water, an explosive scenario that has played out in the past could repeat.

Source: USGS / HVO.

Crédit photo: USGS / HVO

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Nouvelle éruption en vue ? // New eruption in the short term ?

Si l’on en croit le Journal de l’Ile de la Réunion (JIR) et la directrice de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), une nouvelle éruption serait en préparation. Dès la fin de celle qui s’est achevée – après des hésitations – le 15 août dernier, une reprise de l’inflation a été observée par les scientifiques (voir document ci-dessous), signe de la mise en pression du réservoir magmatique superficiel. En plus de cette inflation, on observe une concentration élevée en CO2 dans le sol. A côté de cela, la sismicité est faible ces jours-ci sur le Piton mais, comme le fait remarquer Aline Peltier, elle peut reprendre très vite. Lors de l’éruption du mois d’août, la sismicité a repris « deux ou trois jours » avant le phénomène éruptif. Au vu de ces paramètres, il est clair que le magma accumulé n’est pas complètement ressorti lors des derniers réveils du volcan.

Personnellement, au risque de décevoir certains de mes amis réunionnais, je mise sur une nouvelle séquence éruptive brève et de faible intensité, comme les derniers événements. S’il reste effectivement du magma sous l’édifice volcanique, l’inflation et la sismicité montrent que la pression dans les conduits n’est pas très forte. Comme je le faisais remarquer précédemment, la lave est sortie à des altitudes de plus en plus basse au cours des dernières semaines. Attendons la suite des événements. Tant que les éruptions resteront concentrées dans l’Enclos, la prévision éruptive restera ludique. En revanche, s’il prend envie à la lave de déborder hors Enclos, cette prévision prendra une autre dimension car des habitations seront menacées!

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According to the Journal de l’Ile (JIR) and the director of the Volcanological Observatory of Piton de la Fournaise (OVPF), a new eruption is likely to occur very soon. At the end of the one that ended – after hesitating – on August 15th, a resumption of inflation was observed by scientists (see document below), a sign of pressurization in the shallow magma reservoir. In addition to this inflation, there is a high concentration of CO2 in the soil. However, seismicity is low these days on the Piton but, as Aline Peltier points out, it can resume very quickly. During the August eruption, seismicity resumed « two or three days » before the eruptive phenomenon. Given these parameters, it is clear that the accumulated magma did not completely come out during the last eruptive episodes.
Personally, at the risk of disappointing some of my friends in Reunion, I would bet a new eruptive sequence, brief and with a low intensity, as the latest events. If there is indeed magma under the volcanic edifice, inflation and seismicity show that the pressure in the conduits is not very strong. As I pointed out earlier, lava has been erupting at increasingly lower altitudes in recent weeks. Let’s wait for the next events. As long as the eruptions remain concentrated inside the Enclos, eruptive prediction will be a game. On the other hand, if lava  happens to spill out of the Enclos, this prediction will take another dimension because houses will be threatened!

Source: OVPF