L’Islande lutte contre le CO2 // Iceland is fighting against CO2

Alors que la France aura bien du mal à tenir ses engagements climatiques, l’Islande est en train de prendre la tête des pays qui font des efforts pour réduire leurs émissions de CO2, l’un des principaux gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement de notre planète.

Dans des articles publiés le 15 novembre 2017 et le 23 juin 2019, j’expliquais que l’Islande pourrait être le bon endroit pour stocker dans le sol l’excès de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère. C’est actuellement l’objectif du projet CarbFix qui vise à capter ce gaz et à l’enfouir dans le substrat rocheux de nature basaltique.

Un article publié ces derniers jours sur le site Iceland Review nous apprend qu’une nouvelle technologie destinée à la production d’aluminium offre l’espoir d’éliminer les émissions de CO2 de la production. La société Arctus Metals, en coopération avec le Centre d’Innovation Islandais, a réussi à produire de l’aluminium avec ce nouveau procédé qui émet de l’oxygène au lieu du CO2.
L’élément clé de cette technologie est l’utilisation de plusieurs anodes verticales en alliage métallique inerte et de cathodes en céramique, au lieu d’électrodes en carbone. Cette innovation pourrait éliminer les émissions de CO2 des fonderies d’aluminium en Islande et dans d’autres pays.
Les trois fonderies d’aluminium islandaises produisent plus de 800 000 tonnes d’aluminium par an et émettent plus de 1,6 million de tonnes de CO2 dans le même temps. Si toutes les fonderies d’aluminium islandaises adoptaient cette nouvelle technologie, les émissions de CO2 seraient réduites de 30%, ce qui permettrait au pays de remplir les obligations internationales du pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre.
En utilisant la nouvelle technologie mise au point par Arctus Metals, une fonderie d’aluminium de la taille de celle du groupe Rio Tinto à Straumsvík dans le sud-ouest de l’Islande produirait autant d’oxygène qu’une forêt de 500 kilomètres carrés.

Un accord de coopération a été signé avec la société allemande Trimet Aluminium, l’un des plus grands producteurs mondiaux d’aluminium, qui poursuivra le processus de développement et prévoit d’adapter la production de ses quatre fonderies à cette nouvelle technologie.
Source : Iceland Review.

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While France will find it difficult to meet its climate commintents, Iceland is currently leading the world in its efforts to reduce the emissions of CO2, one of the main greenhouse gases that contribute to global warming.

In posts released on 15 November 2017 and 23 June 2019, I explained that this country could be the right place to store in the ground the excess of carbon dioxide (CO2) in the atmosphere. It is the goal of the CarbFix project which intends to capture that gas and stick it back into basalt bedrock.

A recent article on the website Iceland Review explains that a new Icelandic technology intended for aluminum production offers hopes of eliminating CO2 emissions from the production. The company Arctus Metals, in cooperation with Innovation Center Iceland, has successfully produced aluminum with this new process which emits oxygen instead of creating CO2.

The main part of the innovation consists of using multiple, vertical inert metal-alloy anodes and ceramic cathodes, instead of using electrodes made of carbon. This innovation could potentially eliminate CO2 emissions from aluminum smelters in Iceland and elsewhere.

Iceland’s three aluminum smelters produce more than 800,000 tons of aluminum a year and emit more than 1.6 million tons of CO2 a year. Their emissions make up 30 percent of Iceland’s total CO2 emissions.

If all our aluminum smelters adopted this new technology, Iceland’s CO2 emissions would be reduced by 30 percent, enabling us to fulfill the country’s international obligations and more.

Using the new Arctus Metals method, an aluminum smelter the size of Rio Tinto’s in Straumsvík in Southwest Iceland would produce as much oxygen as a forest covering 500 square kilometers.

A cooperation agreement has been signed with the German company Trimet Aluminum, one of the world’s largest producers of aluminum, which will continue the development process and is planning to eventually convert production in their four smelters to this method.

Source: Iceland Review.

Fonderie du groupe Rio Tinto de Straumsvík, dans le sud-ouest de l’Islande (Crédit photo: Iceland Review).

Nuages de particules et sargasses envahissent la Caraïbe

Il était annoncé par différentes agences météorologiques de la planète et il est arrivé. Connu sous l’appellation Saharan Air Layer (SAL), un épais nuage de particules fines en provenance du Sahara s’est étiré sur plus de 8 000 kilomètres au-dessus de l’Atlantique avant d’envelopper de son voile toute la Caraïbe. Il a atteint Porto Rico le 22 juin, avec une visibilité de seulement 5 km, et le continent nord-américain le 26 juin. On estime à environ 1500 mètres l’épaisseur du nuage.

Ce n’est pas la première fois que le phénomène est observé. La population locale explique qu’il se produit depuis trois décennies, mais cette année, c’est probablement le nuage le plus dense de tous les temps. Inutile de dire qu’à la Martinique la Montagne Pelée est invisible et on distingue à peine le rocher de Diamant au sud de l’île.

Le problème, c’est que ces nuages, composés de sable à l’origine, se nourrissent aussi de poussières en suspension venant d’Europe après avoir traversé la Méditerranée. En conséquence, les particules contiennent également des produits polluants qui provoquent des troubles respiratoires et toutes sortes de gênes, même chez les personnes ne souffrant pas forcément de tels problèmes. Le niveau de qualité de l’air à la Martinique n’a jamais été aussi bas.

Ce nuage de particules fines est à mettre en relation avec un autre phénomène naturel : la prolifération des bancs de sargasses qui a fait l’objet de plusieurs notes sur ce blog. Ces radeaux constitués d’algues brunes s’échouent sur les littoraux des îles situées entre Barbade et Guadeloupe. En se décomposant sur le rivage, les sargasses émettent de l’hydrogène sulfuré (H2S) qui pose des problèmes sanitaires à la population locale.

Les scientifiques s’accordent pour dire que les nuages de particules et les bancs de sargasses sont provoqués par les activités humaines. Les particules fines contenues dans la brume de sable contiennent des nutriments issus de l’agriculture intensive. Ces nutriments tombent dans la mer et deviennent une denrée précieuse pour les sargasses. Elles se reproduisent alors à grande vitesse et envahissent l’archipel caraïbe.

Source : Presse locale.

Vue satellitaire du nuage de particules

Sargasses à la Martinique (Photo : C. Grandpey)

La côte atlantique française sous la menace de l’océan (suite, mais pas fin)

Au mois de février 2020, la tempête Ciara a balayé les côtes françaises et rappelé à certaines communes leur vulnérabilité face aux assauts des vagues de l’Océan Atlantique. Ainsi, sur l’île de Noirmoutier, les dunes ont souffert et se sont effondrées par endroits. Avec des rafales de vent jusqu’à 80-90 km/h et des pointes à 100 km/h pour les îles, certains dégâts étaient à prévoir. (Voir mes notes de février et mars 2020 à ce sujet)

Lors d’une visite sur l’île de Noirmoutier ces derniers jours, j’ai pu observer les traces des dégâts causés par la mer. Le village de La Guérinière en est un parfait exemple. Il suffit de se rendre sur le Boulevard de l’Océan où les anciens ouvrages, auparavant sous la dune, ont été mis à découvert par les vagues de la tempête Ciara. Sur la plage de la Cantine, le perré a été abîmé ; il s’agit d’un revêtement en pierres sèches ou en maçonnerie, destiné à renforcer un remblai, les rives d’un fleuve, les parois d’un canal, ou dans ce cas-ci une dune. A La Guérinière, des sacs de sable ont été déposés au niveau des brèches dans le rempart.

Des travaux ont été entrepris, avec installation d’enrochements, afin de contenir l’érosion littorale, mais il ne faut pas se faire l’illusion : le problème réapparaîtra à chaque tempête. Les rochers déversés à la hâte ne seront qu’un pansement provisoire et la mer aura tôt fait de les déstabiliser. Elle a envoyé sur certaines plages de la côte atlantique les solides blockhaus construits par les Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les rochers de Noirmoutier ne pèseront pas lourd face aux assauts des vagues ! Arrivera le jour – dans un avenir très proche au train où vont les choses – où les vagues atteindront les habitations. En observant les photos ci-dessous, je me dis que celles construites à quelques dizaines de mètres du littoral ne vont pas tarder à être menacées.

Photos : C. Grandpey

Réchauffement climatique : on bâche les glaciers !

Grâce aux glaciers, le marché de la toile blanche doit bien se porter en ce moment. Plusieurs stations de montagne utilisent cette toile blanche pour freiner la fonte de leurs glaciers. C’est le cas de la Mer de Glace en France et du Glacier du Rhône en Suisse où de grandes bâches ont été installées pour protéger les grottes creusées dans la glace et empêcher qu’elles disparaissent avant la fin des étés.

En Italie, près de 100.000 mètres carrés de toile ont été installés sur le glacier de Presena, à cheval entre le Trentin Haut-Adige et la Lombardie. Situé à une altitude comprise entre 2700 et  3000 m. au sud du Passo Tonale, il est connu pour être l’un des quelques glaciers sur lesquels on pratique le ski d’été. Sa protection est donc essentielle, voire vitale, pour le tourisme et l’économie locale.
L’opération de bâchage du glacier de Presena a lieu chaque année depuis 2008 ; des milliers de mètres carrés de toile sont déployés et posés sur la neige. A l’image de ses homologues alpins, la fonte du glacier de Presena est impressionnante. Depuis 1993, il a perdu plus du tiers de son volume.

La toile est une bâche géotextile qui favorise l’albédo en réfléchissant la lumière, tout en maintenant en dessous une température inférieure à la température ambiante, et qui donc aide à la préservation de la neige.

Le projet a débuté en 2008, avec près de 30.000 mètres carrés de toile. En 2020, la surface couverte atteint 100.000 mètres carrés. Des ouvriers déroulent de longues bandes de bâche blanche qui donnent à ce flanc de montagne emballé des allures de cadeau géant. Il faut coudre les bandes méthodiquement pour éviter qu’elles ne glissent au bas de la pente ou qu’elles se disjoignent sous l’effet du temps. Chacune de ces bandes mesure 70 mètres de long sur 5 mètres de large, pour un coût de fabrication de 400 euros. Il faut près de six semaines pour les installer à la fin du printemps, et autant à l’automne pour les enlever.

Source : BFMTV.

Glacier de Presena en 2013, avec sa couverture géotextile (Source : Wikipedia)

Bâche sur l’entrée de la Mer de Glace (Photo : C. Grandpey)

Bâche sur le Glacier du Rhône (Photo : C. Grandpey)