Nouveau parc naturel des glaciers au Chili // New glacier natural park in Chile

Le président chilien Sebastián Piñera a annoncé le 5 mars 2022 la création d’un nouveau Parc naturel dans la région de Santiago, qui permettra de protéger 368 glaciers. Cette nouvelle zone protégée, située à 60 km de Santiago, couvre 75 000 hectares et permettra de protéger 46% des surfaces glacées de la région.

Avec le Parc naturel des Glaciers, le Chili va pouvoir protéger les glaciers qui contiennent une part estimée à 56% de l’eau emmagasinée dans la région où vivent plus de 7 des 18 millions de Chiliens.

En vertu du label “Parc national”, les glaciers protégés ne pourront être “ni altérés ni touchés ».

Plus de 7 millions de personnes vivent dans la région de Santiago, frappée comme le reste du pays par une sécheresse chronique. 2021 a marqué la 13ème année consécutive de sécheresse et a été la 4ème année la plus chaude depuis1950.

Le Chili abrite 80% des glaciers d’Amérique latine et fait partie des dix pays possédant la plus grande masse glaciaire au monde, avec notamment le Canada, les États-Unis, la Chine et la Russie

Source : Presse internationale.

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Chilean President Sebastián Piñera announced on March 5th, 2022 the creation of a new Natural Park in the Santiago region, which will protect 368 glaciers. This new protected area, located 60 km from Santiago, covers 75,000 hectares and will protect 46% of the region’s frozen surfaces.
With the Glaciers Natural Park, Chile will be able to protect the glaciers which contain an estimated 56% of the water stored in the region where more than 7 of the 18 million Chileans live.
Under the “National Park” label, the protected glaciers cannot be “neither altered nor touched”.
More than 7 million people live in the Santiago region, hit like the rest of the country by chronic drought. 2021 marked the 13th consecutive year of drought and was the 4th hottest year since 1950.
Chile is home to 80% of Latin America’s glaciers and is one of the ten countries with the largest glacier mass in the world, including Canada, the United States, China and Russia.
Source: International news media.

Cerro El Plomo, l’un des volcans à proximité de Santiago (Crédit photo : Wikipedia)

L’agonie de la Mer de Glace (France) [suite]

Après un premier chapitre consacré à la hausse des températures dans le monde, ma conférence « Glaciers en péril, les conséquences du réchauffement climatique » débute par la situation dans les Alpes et en particulier la Mer de Glace. J’ai visité le glacier pour la première fois à l’âge de 8 ans. Dans les années 1950-1960, il n’y avait pas besoin d’un télécabine et plus de 400 marches pour atteindre la grotte percée dans le glacier. On y accédait pratiquement de plain pied.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique a eu raison de la Mer de Glace. Les repères annuels qui ponctuent la descente par l’escalier métallique montrent avec quelle vitesse le glacier a fondu. On peut presque affirmer qu’à l’instar de l’Okjökull en Islande il est à l’agonie, voire mort.

Un article paru sur le site de la radio France Info nous montre une autre conséquence de l’effet du réchauffement climatique sur la Mer de Glace. Au cœur du glacier, la centrale hydroélectrique est, elle aussi, rattrapée par la hausse des températures et EDF a engagé une course contre la montre pour trouver un nouveau point de captage.

Grégoire Lecalot, journaliste à France Info, explique que l’on accède à la centrale par une galerie de deux kilomètres de long, creusée dans la montagne. Au bout de cette galerie, il faut escalader un escalier de fer particulièrement pentu. On arrive enfin au niveau des trois prises d’eaux qui montrent parfaitement la course engagée entre EDF et la fonte du glacier. Un technicien de l’exploitation explique qu’il y a 10 ans, le glacier et la prise d’eau pour capturer l’eau étaient beaucoup plus bas. Compte tenu du réchauffement climatique, il a fallu creuser une nouvelle galerie d’environ un kilomètre pour aller chercher l’eau plus haut. Les températures n’ayant pas cessé de grimper et le glacier n’ayant pas cessé de fondre, il faut de nouveau aller chercher l’eau différemment.

Ces nouveaux travaux vont coûter 3 millions d’euros, à ajouter aux 25 millions qu’il avait fallu consacrer à la recherche de l’actuel point de captage de l’eau. Ce dernier, similaire à une cascade, débouche sur une salle souterraine. Des ouvriers y travaillent au renforcement des parois. Il faut faire vite car la salle n’est accessible que trois mois par an. Au centre, un bassin recueille l’eau du torrent glaciaire. Le plafond de la salle est constitué de la glace du glacier de la Mer de Glace. Pour le moment, son épaisseur est de plusieurs dizaines de mètres, mais il va continuer de fondre a raison de 40 à 50 mètres par an.

L’avenir de la Mer de Glace s’annonce très sombre. Dans sa conclusion, Grégoire Lecalot explique que « si le réchauffement climatique se poursuit au même rythme, les générations futures ne verront plus de la Mer de Glace qu’un lac et un torrent de montagne. La centrale électrique sera peut-être toujours là mais elle captera l’eau au débouché du torrent, à l’air libre, comme de nombreuses autres. Les huit kilomètres de galeries creusées au cœur du massif du mont Blanc ne raconteront alors plus qu’une vieille histoire. »

Vous pourrez lire le reportage dans son intégralité à cette adresse :

https://www.francetvinfo.fr/economie/energie/reportage-au-coeur-de-la-centrale-hydroelectrique-de-la-mer-de-glace-rattrapee-par-le-rechauffement-climatique_4975395.html

Voici la Mer de Glace en août 1956 :

La voici en septembre 2020 :

Le réchauffement climatique en Suisse // Global warming in Switzerland

Un internaute, visiteur assidu de mon blog, m’a transmis des observations très intéressantes effectuées par les météorologues suisses à propos du dérèglement climatique. Jusqu’en 2021, ils ont utilisé la moyenne des différents paramètres de la période 1981-2010, y compris pour les stations du Valais.

Toutefois, depuis 2022, les Suisses prennent en compte comme référence les données de la période 1991-2020. Cette évolution est nécessaire au vu de la rapidité du réchauffement climatique depuis la fin des années 1980, en particulier dans les latitudes tempérées où nous vivons, et surtout dans les latitudes boréales. On remarquera qu’en 2019 et 2020, mis à part deux mois, toutes les moyennes mensuelles de température se sont situées au-dessus de la norme 1981-2020.

S’agissant des 6 stations de référence du Valais, la moyenne des températures sur 30 ans a augmenté de près de 0,5°C entre la période 1981-2010 et 1991-2020. C’est considérable pour une seule décennie, si on réalise que le réchauffement moyen de 2°C en Suisse s’étend sur 130 ans. Cette situation peut s’expliquer par l’accélération du réchauffement à la fin des années 1980.

Le remplacement de la norme décennale 1981-2021 par 2011-2020 a une conséquence importante au niveau des températures. Ainsi, la décennie 2011-2020 a été la plus chaude jamais relevée depuis le début des mesures en Suisse. A noter toutefois que l’augmentation des températures ne se fait pas selon un schéma régulier. Le réchauffement est plus significatif en avril et juin (+0,8°c) qu’en septembre et octobre, par exemple.

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A frequent visitor to my blog has sent me some very interesting observations made by Swiss meteorologists. Until 2021, they used the average of the various parameters for the period 1981-2010, including the Valais stations.
However, since 2022, the Swiss have taken into account the data for the period 1991-2020 as a reference. This evolution is necessary in view of the rapidity of global warming since the end of the 1980s, in particular in temperate latitudes where we live, and in boreal latitudes. It should be noted that in 2019 and 2020, apart from two months, all the monthly temperature averages were above the 1981-2020 standard.
With regard to the 6 reference stations in Valais, the average temperature over 30 years has increased by almost 0.5°C between the period 1981-2010 and 1991-2020. This is considerable for a single decade, if we realize that the average warming of 2°C in Switzerland extends over 130 years. This situation can be explained by the acceleration of warming at the end of the 1980s.
The replacement of the ten-year standard 1981-2021 by 2011-2020 has an important consequence in terms of temperatures. Thus, the decade 2011-2020 was the coldest ever recorded since the start of measurements in Switzerland. However, the increase in temperature does not follow a regular pattern. The warming is more significant in April and June (+0.8°C) than in September and October, for example.

Graphique montrant le réchauffement de la température moyenne, mensuelle et annuelle, pour les stations du Valais (plaine en bleu, montagne en orange) [Source: MétéoSuisse]

Dans le Valais, les glaciers d’Aletsch et du Rhône fondent à vue d’oeil sous les coups de boutoir du réchauffement climatique (Photos: C. Grandpey)

Un atlas mondial pour estimer le volume d’eau des glaciers // A world atlas to estimate glacier water volumes

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises sur ce blog, l’évolution des glaciers de montagne est un enjeu majeur : ils servent dans de nombreux pays de réservoir d’eau potable, ont un impact économique, via le tourisme notamment, et participent à la montée du niveau des mers. Dans les pays comme le Pérou, le long de la Cordillère des Andes, ils jouent un rôle essentiel pour l’approvisionnement en eau potable, pour la production d’électricité et pour l’irrigation des cultures. Sans les glaciers, la vie deviendra impossible dans les campagnes et les populations rurales devront migrer vers les villes, Lima en particulier, dont l’alimentation en eau dépend, elle aussi des glaciers andins.

Afin de mieux connaître les réserves en eau représentées par les glaciers, des scientifiques de l’Institut des Géosciences de l’Environnement de Grenoble et du Dartmouth College (USA) ont réalisé un atlas mondial mesurant la vitesse d’écoulement et l’épaisseur de plus de 200 000 glaciers. Ils ont aussi publié un article dans la revue Nature Geoscience.

Malgré leur taille réduite (727 000 km²) face à celle cumulée des deux grandes calottes de l’Antarctique (14 millions de km²) et du Groenland (1,7 millions de km²), la fonte des glaciers de montagne a contribué à 30% de l’élévation du niveau des mers depuis les années 1960.

Même si l’impact des glaciers n’est pas décisif, leur évolution est primordiale au niveau local et leur devenir est une source de préoccupation grandissante pour les zones de montagne et les régions en aval.

Jusqu’à présent, on n’avait qu’une idée très limitée du volume de glace stocké dans les glaciers. Ceci vient notamment du fait que les glaciers sont répartis sous toutes les latitudes, dans des régions souvent difficiles d’accès. Travailler directement sur le terrain est donc très complexe. En conséquence, les mesures d’ épaisseur de la glace n’existent actuellement que sur à peine plus d’1% des glaciers à la surface de la Terre.

À cause de ce manque de données, les scientifiques ont développé des méthodes indirectes pour estimer les quantités de glace sur Terre. Ces méthodes ont d’abord été basées sur l’aire des glaciers, obtenue à partir de photos aériennes ou d’images satellites.

À partir des années 2000, des méthodes basées sur la pente en surface du glacier ont vu le jour, Au-delà de la pente, la vitesse à laquelle s’écoule le glacier constitue une information encore plus pertinente pour estimer la distribution des épaisseurs de glace. En effet, les glaciers s’écoulent sous l’effet de leur propre poids. Par conséquent, cartographier la vitesse à laquelle s’écoule le glacier est essentiel pour mieux estimer la distribution de l’épaisseur de glace et donc le volume des glaciers.

Cependant, les observations sur le terrain de ces vitesses d’écoulement sont, elles aussi, très limitées, mais les innombrables clichés fournis par les satellites ont ouvert de nouvelles perspectives pour mesurer l’écoulement de tous les glaciers de la Terre.

Pour quantifier la vitesse d’écoulement de l’ensemble des glaciers du monde, les chercheurs ont utilisé plus de 800 000 images satellites acquises entre 2017 et 2018 par les satellites Landsat-8 de la NASA et les satellites Sentinel-1 et Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne (ESA). Cette nouvelle génération de satellites constitue une révolution pour l’observation des glaciers, avec des images de l’ensemble des terres émergées acquises à des intervalles de temps réguliers (de 5 à 16 jours).

Plusieurs millions d’heures de calculs sur les serveurs de l’Université Grenoble Alpes ont été nécessaires pour permettre d’assembler un atlas unique de l’écoulement de plus de 200,000 glaciers autour de la Terre.

L’un des principaux apports de cet atlas est la couverture d’une très grande diversité de glaciers, allant de petits glaciers Andins jusqu’à des calottes de l’Arctique canadien ou des champs de glace en Patagonie qui couvrent plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ces cartographies permettent ainsi de mieux connaître la manière dont s’écoulent les glaciers. Elles illustrent aussi la grande variété de comportements, avec des glaciers qui s’écoulent à quelques dizaines de mètres par an (comme certains glaciers des Alpes), et d’autres dont la vitesse d’écoulement atteint plusieurs kilomètres en une seule année (comme certains glaciers de Patagonie).

Par ailleurs, cet atlas exhaustif des vitesses d’écoulement glaciaire a permis de redessiner la cartographie de la distribution des épaisseurs de glace et donc du volume des glaciers. En effet, en combinant les informations sur la vitesse d’écoulement en surface des glaciers avec celle de la pente de surface, dans un modèle numérique simulant la manière avec laquelle la glace glisse et se déforme, les chercheurs ont proposé une nouvelle représentation de la géométrie des glaciers.

En de multiples régions, les résultats de ce travail viennent apporter des estimations significativement différentes des précédentes, avec des conséquences importantes sur la disponibilité en eau potable pour la consommation, mais aussi pour l’agriculture ou la production hydro-électrique. Ainsi, dans les Andes que je mentionnais au début de cette note, les nouvelles estimations sont plus alarmantes que précédemment, avec des stocks d’eau glaciaire près d’un quart plus faibles, augmentant ainsi la pression sur les ressources en eau dans ces régions.

Au-delà d’un nouvel inventaire du volume des glaciers, cette étude est cruciale pour mieux simuler leur évolution future et, en particulier, identifier quels sont les secteurs où les glaciers vont disparaître et ceux où ils devraient persister.

Source: The Conversation.

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As I have indicated several times on this blog, the evolution of mountain glaciers is a major issue: in many countries: they serve as reservoirs of drinking water, have an economic impact through tourism and participate in sea level rise. In countries like Peru, along the Andes, they play an essential role in the supply of drinking water, the production of electricity and the irrigation of crops. Without glaciers, life will become impossible in the countryside and rural populations will have to migrate to cities, Lima in particular, whose water supply also depends on Andean glaciers.
In order to better understand the water reserves represented by glaciers, scientists from the Institute of Environmental Geosciences in Grenoble and Dartmouth College (USA) have produced a world atlas measuring the flow speeds and thicknesses of more of 200,000 glaciers. They also published an article in the journal Nature Geoscience.
Despite their reduced size (727,000 km²) compared to that of the two large ice caps of Antarctica (14 million km²) and Greenland (1.7 million km²), the melting of mountain glaciers has contributed 30% sea level rise since the 1960s.
Even if the impact of glaciers is not decisive, their evolution is essential at the local level and their future is a source of growing concern for mountain areas and downslope regions.
Until now, we had only a very limited idea of the volumes of ice stored in glaciers. This is due in particular to the fact that glaciers are distributed at all latitudes, in regions that are often difficult to access. Working directly in the field is therefore very complex. As a result, ice thickness measurements currently exist on just over 1% of glaciers on the Earth’s surface.
Because of this lack of data, scientists have developed indirect methods to estimate the amounts of ice on Earth. These methods were first based on the area of glaciers, obtained from aerial photos or satellite images.
From the 2000s, methods based on the surface slope of the glacier have emerged. Beyond the slope, the speed at which the glacier is flowing provides even more relevant information for estimating the distribution of the thickness of glacier. ice. Indeed, glaciers flow under the effect of their own weight. Therefore, mapping the speed at which the glacier is flowing is essential to better estimate the distribution of ice thickness and therefore the volume of glaciers.
However, field observations of these flow velocities are also very limited, but the countless images provided by satellites have opened up new possibilities for measuring the flow of all the Earth’s glaciers.
To quantify the flow velocity of all of the world’s glaciers, the researchers used more than 800,000 satellite images acquired between 2017 and 2018 by NASA’s Landsat-8 satellites and the Sentinel-1 and Sentinel-2 satellites of the European Space Agency (ESA). This new generation of satellites constitutes a revolution for the observation of glaciers, with images of all emerged land acquired at regular time intervals (from 5 to 16 days).
Several million hours of calculations on the servers of the University of Grenoble Alpes were needed to assemble a unique atlas of the flow of more than 200,000 glaciers around the Earth.
One of the main contributions of this atlas is the coverage of a very great diversity of glaciers, ranging from small Andean glaciers to ice caps in the Canadian Arctic or ice fields in Patagonia which cover several thousand square kilometers. . These maps thus make it possible to better understand the way in which glaciers flow. They also illustrate the wide variety of behaviours, with glaciers flowing at a few tens of meters per year (like some glaciers in the Alps), and others whose flow speeds reach several kilometers in a single year (like some Patagonian glaciers).
In addition, this exhaustive atlas of ice flow velocities has made it possible to re-estimate the mapping of the distribution of ice thickness and therefore the volume of glaciers. Indeed, by combining information on the surface flow velocity of glaciers with that of the surface slope, in a digital model simulating the way in which the ice slides and deforms, the researchers have proposed a new representation of the glacier geometry.

In many regions, the results of this work provide estimates that are significantly different from previous ones, with major consequences on the availability of drinking water for consumption, but also for agriculture or hydroelectric production. Thus, in the Andes that I mentioned at the beginning of this post, the new estimates are more alarming than previously, with glacial water stocks almost a quarter lower, thus increasing the pressure on water resources in these regions. .
Beyond a new inventory of the volume of glaciers, this study is crucial to better simulate the future evolution of glaciers and, in particular, to identify the regions where the glaciers will disappear and those where they are likely to persist.
Source: The Conversation.

La fonte des glaciers alpins, comme ici le glacier Aletsch en Suisse, risque de poser des problèmes d’alimentation en eau dans les vallées (Photo: C. Grandpey)