Glaciers alpins en juillet 2017 : (1) Le Glacier des Bossons

Je viens d’effectuer une petite virée dans les Alpes françaises et suisses, histoire de voir l’évolution des glaciers et l’étendue de la catastrophe glaciaire. Certains prétendent qu’elle est normale et fait partie d’un cycle climatique, vu que notre planète a traversé des périodes chaudes et d’autres froides. C’est peut-être vrai, mais l’accélération de la fonte des glaciers est tellement rapide que d’autres facteurs entrent probablement en jeu. Il serait grand temps d’arrêter de faire la politique de l’autruche et de refuser de voir la vérité.

Ma première étape se situait à Chamonix (Haute-Savoie) où j’avais séjourné pour la dernière fois en septembre 2015. Mon point de référence glaciaire dans la vallée est le Glacier des Bossons que j’ai découvert en 1956, époque où sa masse blanche surplombait la vallée. Aujourd’hui, il semble avoir pris peur et recule à toute vitesse vers le haut de la montagne. Le phénomène apparaît surtout dans les clichés que j’ai pris depuis les années 1980.

Depuis ma dernière visite en 2015, le glacier n’a pas trop reculé. La perte de glace est toutefois visible sur le flanc oriental où le rocher est de plus en plus apparent. Je ne suis pas monté au Chalet ni à la Jonction (qui n’existe plus depuis longtemps avec le Taconnaz), mais vu de profil, j’ai l’impression que le glacier a tendance à s’amincir. La morphologie du bombement frontal m’inquiète car j’ai l’impression que cette masse ne va pas tarder à se détacher de l’amont, comme cela s’est produit au mois de juin 2015. Il faudra suivre cette situation très attentivement. La faible quantité de neige tombée l’hiver dernier et la chaleur précoce au printemps ne sont guère favorables au maintien de la glace…

Voici quelques photos montrant le Glacier des Bossons en août 1956, en septembre 2015 et en juillet 2017 :

Plateforme glaciaire Larsen C (Antarctique) : Rupture imminente ? // Larsen C Ice Shelf (Antarctica): Imminent breakup ?

La fracture qui s’est ouverte il y a plusieurs semaines dans la plate-forme glaciaire Larsen C dans le nord-ouest de l’Antarctique s’est accélérée à un rythme record, et il semble bien qu’un iceberg de la taille du Delaware s’apprête à prendre le large. (Voir mes notes précédentes sur ce sujet: 24 janvier et 3 juin 2017).
Les scientifiques du projet MIDAS s’appuient sur des observations satellitaires pour étudier l’évolution de la fracture qui mesure 450 mètres de large par endroit. Dans une mise à jour diffusée le 28 juin 2017, les scientifiques ont écrit que « … la vitesse de progression de la fracture de la plate-forme Larsen C est trois fois plus grande qu’avant, avec plus de dix mètres par jour entre le 24 et le 27 juin. » C’est la plus grande vitesse de progression jamais enregistrée. Il est difficile de dire quand l’iceberg se séparera de la plateforme, car il y est encore attaché, même s’il approche du point de rupture. Il se peut que ce soit l’affaire de quelques heures, quelques jours ou quelques semaines.
Pour effectuer leurs observations, les scientifiques utilisent le satellite Sentinel-1, un projet de l’Agence Spatiale Européenne. Ce satellite peut détecter d’infimes variations dans les mouvements du sol et est utilisé pour étudier la fonte des glaciers ainsi que les séismes et autres phénomènes géologiques. (Voir les photos satellites ci-dessous).
Une étude publiée en 2015 a montré que, une fois l’iceberg libéré, la plate-forme glaciaire Larsen C perdra de sa stabilité. En effet, de telles plateformes de glace retiennent les glaciers terrestres qui se trouvent derrière elles. Lorsqu’elles s’érodent ou se rompent, elles permettent aux glaciers d’avancer dans la mer. En avançant dans la mer, la glace va fondre beaucoup plus rapidement et contribuera à l’élévation du niveau de la mer, avec les menaces que cela représente pour les villes côtières à travers le monde.
Source: Médias américains.

————————————

The crack across the Larsen C Ice Shelf in northwest Antarctica has surged forward at record rates, bringing the ice shelf closer to cleaving off an iceberg roughly the size of Delaware. (see my previous posts about this topic: 24 January and 3 June 2017).

The scientists from Project MIDAS are using satellite observations to determine the progress that the rift is making. In some places, the fissure is 450 metres wide. In a June 28th update, the scientists report: « …The soon-to-be-iceberg part of [the] Larsen C Ice Shelf has tripled in speed to more than ten metres per day between June 24th and 27th 2017. » This is the highest speed ever recorded on this ice shelf. Predicting the exact date that the iceberg will cleave off from the Antarctic continent is tricky. One can’t tell when calving will occur; it could be hours, days or weeks.

The satellite scientists are depending on to detect changes in the progression of the fissure is Sentinel-1, a project of the European Space Agency. This satellite is able to detect subtle changes in ground movements and is used for both studying melting glaciers and ice shelves as well as earthquakes and other geological phenomena. See satellite photos here below.

A study published in 2015 showed that the Larsen C Ice Shelf without the huge chunk of ice about to break away will be much less stable than it has been. Indeed, such floating sections of ice serve as doorstops for the land-based glaciers behind them, and when the ice shelves erode or break apart, they can cause the land ice to flow into the sea. As it flows into the sea, it will melt much more quickly, raising sea levels and threatening coastal cities worldwide.

Source : American news media.

Images satellitaires montrant la vitesse de progression de la fracture (Source : ESA)

 

Andes, la fin des glaciers?

Pour ceux qui peuvent recevoir le chaîne de télévision USHUAIA TV, je recommande fortement le documentaire « Andes, la fin des glaciers ? » qui montre leur recul et, dans certains cas, leur disparition qui sera une catastrophe pour les populations. Depuis 1976, date charnière dans le réchauffement climatique, les glaciers andins ont perdu 43% de leur surface. Plus de glaciers, cela signifie plus d’eau potable dans les maisons, plus d’eau pour l’irrigation des cultures et plus d’énergie hydroélectrique avec, au final, la migration des habitants des montagnes. Lima, la capitale du Pérou et sa démographie débordante est, elle aussi, menacée car elle dépend en grande partie des glaciers pour son alimentation en eau. Le documentaire se termine avec le pèlerinage Qoyllur Riti, sur le glacier Qolqe Punku au Pérou. Il n’y a pas si longtemps, les pèlerins redescendaient dans la vallée avec des blocs de glace sur leurs épaules. Aujourd’hui, ils se rendent compte que leur glacier est malade et ils ont abandonné cette tradition.

Il y aura des rediffusions mentionnées sur le lien ci-dessous.

http://www.ushuaiatv.fr/programmes/plan%C3%A8te-glace-andes-la-fin-des-glaciers-49783

Voir également ma note du 19 juin 2016 sur la fonte des glaciers du Pérou:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/06/19/la-fonte-des-glaciers-menace-le-perou-peru-under-the-threat-of-its-melting-glaciers/

Vue du Glacier Pastoruri au Pérou. (Crédit photo: Wikipedia)

 

Risque d’explosion de ‘pingos’ au fond de l’Océan Arctique // ‘Pingos’ might explode at the bottom of the Arctic Ocean.

Dans une note rédigée le 11 mai 2017, j’expliquais que les scientifiques russes mettent en garde contre la menace d’explosions de méthane, aussi soudaines que spectaculaires, qui créent des cratères géants dans le nord de la Sibérie. Ils utilisent des satellites pour surveiller des monticules faits de glace et de terre – connus sous le nom de pingos – qui pourraient exploser dans un avenir très proche. Selon les scientifiques de l’Institut Trofimuk de géologie et de géophysique pétrolière de Novossibirsk, le risque est particulièrement élevé dans la Péninsule de Yamal, là où se trouvent les plus grandes réserves de gaz naturel du monde.
Dans une étude récemment publiée dans la revue Proceedings de l’Académie Nationale des Sciences, des scientifiques indiquent que nous devrons faire face à une nouvelle menace au moins aussi dangereuse que les explosions de méthane en Sibérie. Ils font référence à de gros dômes de glace contenant du méthane au fond de l’Océan Arctique et qui montrent des signes d’explosion à court terme. S’ils explosaient, ces dômes libéreraient d’énormes quantités de méthane, un gaz qui est presque 36 fois plus nocif que le dioxyde de carbone comme gaz à effet de serre. Cela signifie que si un dôme de méthane explosait, il pourrait libérer une quantité énorme de méthane non seulement dans les eaux de l’océan, mais aussi dans l’atmosphère. Le plus grave, c’est qu’il ne s’agit pas d’un seul dôme ; en effet, un nombre relativement important a été recensé sous l’Océan Arctique. Un article paru dans le Siberian Times précisait que les scientifiques ont découvert jusqu’à 7 000 pingos  susceptibles de provoquer des explosions de méthane dans les régions arctiques de la Sibérie
L’origine de ces dômes remonte à plus de 20 000 ans, lorsque la mer de Barents hébergeait de nombreux glaciers qui maintenaient les gisements de gaz sous le plancher de l’océan. Lorsque les températures ont commencé à augmenter il y a 15 000 à 17 000 ans, les énormes glaciers ont commencé à fondre en libérant les dépôts de gaz qu’ils protégeaient et en leur permettant de traverser la couche de glace. La force du gaz était si forte qu’elle a poussé le fond marin, ce qui a donné naissance à ces grands dômes – ou pingos – sous-marins qui renferment des hydrates de méthane.
Après l’Age de Glace, la glace qui recouvrait encore la mer de Barents est devenue si mince que la forte pression du gaz a finalement provoqué l’explosion des pingos, libérant de grandes quantités de méthane dans l’océan et l’atmosphère environnante, et ouvrant de profonds cratères au fond de l’océan..
Ces événements se sont produits il y a près de 12 000 ans et il y a de fortes chances pour que nous assistions à leur répétition. À l’heure actuelle, les pingos se trouvent à une vingtaine de mètres de profondeur. La basse température et la haute pression de l’eau qui les surmonte permettent de leur assurer une certaine stabilité. Pourtant, du méthane s’échappe en permanence de ces dômes. Si la température de l’eau se modifie, même légèrement, elle pourrait facilement déstabiliser les hydrates de méthane en provoquant des explosions.
Compte tenu du réchauffement rapide de l’Arctique, le risque d’explosion des pingos sous-marins est bien réel. Comme personne n’est capable de prédire quel type de dégâts de telles explosions peuvent causer, il faudra vraiment se montrer très vigilant
Source: Wall Street Pit.

—————————————–

In a note written on May 11th 2017, I explained that Russian scientists are warning of the threat of sudden and dramatic methane explosions creating new giant craters in northern Siberia. They are using satellites to monitor ice and soil humps – known as a pingos – which they fear can soon erupt. According to scientists from the Trofimuk Institute of Petroleum Geology and Geophysics in Novosibirsk, at special risk is the Yamal Peninsula, the location of the world’s largest natural gas reserves.

In a research recently published in the journal Proceedings of the National Academy of Sciences, scientists are saying that we have to deal with an additional kind of threat that could be just as dangerous as the methane explosions in Siberia. They are referring to massive frozen domes of methane in the Arctic Ocean that are showing signs of an imminent blowout. Should they explode, these domes would release huge quantities of methane which is nearly 36 times more toxic than carbon dioxide as a greenhouse gas. This means that if a methane dome explodes, it can potentially release an enormous amount of methane not just into our sea waters but possibly to our atmosphere as well. And we are not just talking about a single dome here, because there are a number of them under the Arctic Ocean. An article in the Siberian Times informed us that scientists have discovered as many as 7,000 gas-filled ‘bubbles’ expected to explode in Actic regions of Siberia

The origin of these domes dates back to more than 20 millennia ago when the Barents Sea was home to a number of huge glaciers which helped keep gas deposits buried under the ocean floor. However, when global temperatures started rising around 15 – 17 millennia ago, the huge glaciers started to melt, freeing up the gas deposits and allowing them to break through the ice barrier. The force of the gas was so strong that it pushed up the nearby sea floor, giving rise to those massive underwater domes made of methane hydrates.

After the ice age ended the remaining ice sheet covering the Barents Sea became so thin that the strong pressure from below eventually caused the pingos to explode, releasing vast amounts of methane into the ocean and the surrounding atmosphere, leaving deep craters on the sea floor as remnants of the explosions.

All of that happened nearly 12,000 years ago and now, it seems we are about to witness a recurrence.

Right now, the domes are located about 20 metres deep. The low temperature and high pressure of the water above it keeps them stable. Yet methane is continually seeping from these domes, and if the temperature of the water changes even slightly, it could easily destabilize the methane hydrates, and then the explosions would likely follow.

Considering how the Arctic has been experiencing record-breaking high temperatures, the possibility that we will be able to observe the domes as they change and eventually explode is not too far off. And because there is not anybody yet who can predict what kind of damage such explosion can do, it is going to be something to really watch out for.

Source : Wall Street Pit.

Exemple de pingo et de cratère d’explosion en Sibérie. Un phénomène analogue pourrait se produire à court terme dans l’Océan Arctique. (Crédit photo: Wikipedia / The Siberian Times).