De la suie sur la glace du Groenland et les glaciers de l’Himalaya // Soot on Greenland’s ice and glaciers in the Himalayas

Pour la première fois, des scientifiques ont retrouvé de la suie provenant des feux de forêt au Canada jusque sur la calotte glaciaire du Groenland. Les particules sombres ont atterri sur la glace avec la faculté d’accélérer sa fonte de manière significative. C’est la première étude exhaustive d’un processus susceptible d’accélérer la fonte du Groenland dans les prochaines années et donc contribuer à la hausse du niveau des océans.
L’étude a révélé qu’un événement atmosphérique particulier, en l’occurrence une tempête de neige fin juillet et début août 2013 avait été le principal responsable de la retombée de suie à la surface du Groenland. Sans cette tempête pour les faire descendre de l’atmosphère à la surface de la Terre, les particules de suie auraient probablement survolé la calotte glaciaire à haute altitude sans jamais atterrir.
L’étude a été publiée dans la revue Geophysical Research Letters. 14 scientifiques d’origines diverses y ont contribué : États-Unis, France et Norvège, en particulier..
La suie, émise lors d’une combustion, est essentiellement composée de carbone noir qui affecte l’albédo ou réflectivité d’une surface. Plus la glace est blanche et plus elle réfléchit les rayons du soleil dans l’espace. A l’inverse, les mares d’eau et les particules noires réduisent la réflectivité de la couche de glace en lui permettant d’absorber plus de chaleur. L’eau est moins réfléchissante que la neige et, dans certains cas, le développement de la vie biologique dans les mares à la surface des calottes glaciaires contribue à cet assombrissement et accélère le processus de fonte.
L’étude, qui a examiné un seul événement en 2013, ne s’est pas attardée sur les conséquences qu’aurait une importante retombée de suie sur le Groenland en raison d’un plus grand nombre de feux de forêt. Il ne faudrait toutefois pas écarter une telle éventualité. La quantité de suie déposée lors de cet événement unique aurait été suffisante pour provoquer une augmentation de la fonte de la glace si elle n’avait pas été, par la suite, recouverte d’une nouvelle couche de neige pendant une autre tempête. L’étude a révélé que 57 pour cent de tout le carbone noir qui s’est déposé dans le nord-ouest du Groenland en 2013 provenait de cet événement unique de feux de forêts.

La conclusion de l’étude est que le risque d’intensification des feux de forêts, et donc de la fonte du Groenland, doit être pris au sérieux, même si la relation entre les deux phénomènes est à peine prouvé à ce stade. Le réchauffement de la température atmosphérique et de l’océan reste la principale cause de la fonte du Groenland, plus que les particules de carbone noir en provenance des feux de forêts.

Source: The Washington Post.

°°°°°°°°°°

Les glaciers du Groenland ne sont pas les seuls à recevoir la suie des feux de forêt. Les glaciers de l’Himalaya et du Plateau Tibétain fondent eux aussi plus rapidement à cause des nuages ​​de suie provenant des gaz d’échappement des véhicules diesel et des feux d’écobuage, essentiellement en Inde. On trouve des concentrations de carbone noir dans l’Himalaya, un univers censé être vierge et d’une grande pureté. Les glaciers de ces régions alimentent la plupart des principaux fleuves d’Asie. A court terme, le résultat d’une fonte importante est un fort risque d’inondation en aval.
L’Inde et la Chine produisent environ un tiers du carbone noir dans le monde, et les deux pays tardent à prendre des mesures. La réduction des émissions de carbone noir serait relativement peu coûteuse et aiderait à réduire sensiblement le réchauffement climatique. Le remplacement des anciennes cuisinières par des versions modernes qui émettent beaucoup moins de suie pourrait rapidement mettre fin au problème. Un contrôle de la circulation dans la région de l’Himalaya atténuerait les dommages causés par les émissions des moteurs diesel.
En fait, les gouvernements indien et chinois sont réticents à proposer des plans visant à réduire les émissions de carbone noir parce qu’ils veulent que l’attention reste concentrée sur les pays riches qui, selon eux, doivent tout d’abord réduire leurs émissions de dioxyde de carbone.
Source: The Guardian.

———————————–

For the first time, scientists have tracked soot from Canadian wildfires all the way to the Greenland ice sheet where the dark particles landed on the ice and had the potential to significantly enhance its melting. It’s the first comprehensive documentation of a process that could hasten Greenland’s melting in the future and, together with it, contribute to increasing sea level rise.

The study found that a specific atmospheric event, a snowstorm in late July and early August of 2013, was the critical factor in delivering the soot to the surface of Greenland. Without that storm to bring them down from the atmosphere to the surface, the soot particles could have travelled over the ice sheet at a high altitude and never landed.

The paper was published in Geophysical Research Letters. It had 14 scientific contributors from institutions in the U.S., France, and Norway.

Soot, which emerges from combustion and is largely comprised of a substance called black carbon, influences albedo, or reflectivity. Whiter ice reflects more solar rays back to space. On the contrary, pools of water and dark particles reduce the reflectivity of the ice sheet, allowing it to absorb more heat. Water is less reflective than pure snow, and in some cases the growth of biological life in ponds atop the ice sheets also causes darkening, which speeds the melting process.

The study, which only examined a single event, was not able to document a trend towards an increased deposition of soot atop Greenland due to a larger number of wildfires. But it certainly hints at the possibility that such a trend could occur. The amount of soot deposited in this single event would have been enough to cause an increase in melting, if not for the fact that it was subsequently buried by another snowstorm. The study found that 57 percent of all of the black carbon that fell in northwest Greenland in 2013 occurred in this single event.

That means the risk that worsening fires could enhance the melting of Greenland is definitely worth taking seriously, if hardly proven at this point. Warming atmospheric and ocean temperatures remain the chief driver of the melting of Greenland, rather than the distant transport of melt-enhancing particles from fires.

Source: The Washington Post.

°°°°°°°°°°

Greenland’s glaciers are not the only ones to be covered with soot from wildfires. Glaciers in the Himalayas and the Tibetan plateau are melting faster because of the effects of clouds of soot from diesel fumes and wood fires. Concentrations of black carbon are found n the Himalayas in what are supposed to be pristine, untouched environments. Glaciers in these regions feed most of the major rivers in Asia. The short-term result of substantial melting is severe flooding downstream.

India and China produce about a third of the world’s black carbon, and both countries have been slow to act. Decreasing black carbon emissions should be a relatively cheap way to significantly curb global warming. Replacing primitive cooking stoves with modern versions that emit far less soot could quickly end the problem. Controlling traffic in the Himalayan region should help ease the harm done by emissions from diesel engines.

Experts say that both New Delhi and Beijing have been reluctant to come forward with plans on black carbon because they do not want attention diverted from richer nations’ responsibility to cut carbon dioxide emissions.

Source: The Guardian.

Photo: C. Grandpey

 

Glaciers alpins en juillet 2017 : (3) Le Glacier d’Argentière

Le Glacier d’Argentière fait partie de ceux qui sont le plus facilement accessibles. Il suffit d’emprunter le téléphérique des Grands Montets, près du village d’Argentière et de descendre à la station du Lognan. De là, un bon chemin conduit à un premier point de vue sur le font du glacier. Les plus courageux pourront emprunter un second sentier plus raide qui conduit à un autre point de vue sur le glacier.

Comme les Bossons et la Mer de Glace, le Glacier d’Argentière est en sérieuse perte de vitesse.  Il suffit de voir les photos et gravures du début du 20ème siècle pour s’en rendre compte. Dans les années 1920, il arrivait jusqu’au temple d’Argentière, à 1 250 mètres d’altitude. Depuis quelques années, la langue terminale du glacier, qui s’étend encore jusque vers 1 600 mètres d’altitude, s’est séparée du reste du glacier vers l’altitude de 1 900 mètres. La aussi, les marques laissées sur la roche ne laissent pas le moindre doute sur le retrait rapide du glacier. Malgré tout, au vu des clichés que j’ai réalisés, le front du Glacier d’Argentière semble montrer une certaine stabilité entre 2015 et 2017. A noter que la cascade a disparu.

Voici quelques photos montrant le Glacier d’Argentière en septembre 2015, année où j’avais eu l’occasion de le survoler…

…et en juillet 2017:

Photos: C. Grandpey

Glaciers alpins en juillet 2017 : (2) La Mer de Glace

Comme le Glacier des Bossons, j’ai découvert la Mer de Glace en août 1956 en compagnie de mes parents. Le petit garçon que j’étais à cette époque était impressionné par la masse imposante du glacier que l’on atteignait pratiquement en sortant du train à crémaillère du Montenvers. Il suffisait d’emprunter un sentier de quelques centaines de mètres pour atteindre l’ouverture de la grotte qui était déjà taillée dans la glace à cette époque. Je me souviens parfaitement de la passerelle en planches qui enjambait une profonde crevasse à la belle couleur bleue.

Aujourd’hui, la Mer de Glace est à marée basse, très basse. Le glacier n’avance plus et sa surface s’abaisse année après année. Il a fallu construire un téléphérique puis un escalier de plusieurs niveaux pour atteindre la grotte que l’on s’efforce de préserver car sa seule présence représente  une manne financière non négligeable. Des bâches blanches ont été étalées pour freiner la fonte de la glace autour de l’entrée.

Tout au long de l’escalier en fer, des repères rappellent le niveau de la glace au cours des décennies et des années passées. Un ouvrier qui s’évertuait à évacuer la glace de fonte près de la glace m’a confié qu’il faudrait probablement ajouter un niveau de marches pour atteindre la Mer de Glace en 2018. Il suffit de jeter un coup d’oeil à l’encaissant du glacier pour se rendre compte de la chute rapide de son niveau. Les marques sur la roche ne trompent pas. L’absence de crevasses confirme que le glacier n’avance plus. Je ne suis guère optimiste. Arrivera un moment où l’accès à la grotte deviendra quasiment impossible. Il faudra se contenter de la vue depuis la superbe terrasse panoramique où le blanc de la glace est de plus en plus remplacé par la couleur marron des matériaux descendus des flancs de la montagne…

Voici quelques photos montrant la Mer de Glace en 1956 :

En 1982 :

En 2017:

Photos: G. & C. Grandpey

 

La mafia napolitaine met le feu au Vésuve // The Neapolitan mafia sets Mt Vesuvius on fire

En regardant la photo ci-dessous, on a l’impression que le Vésuve est entré en éruption. D’épais panaches de fumée s’élèvent de ses flancs avant de recouvrir Naples et se propager à l’est jusqu’à la mer Adriatique.
Ces nuages impressionnants sur la montagne ne sont pas provoqués par une catastrophe naturelle; il s’agit d’une catastrophe d’origine humaine. Des dizaines d’incendies font rage sur le Vésuve depuis plusieurs jours. Le 11 juillet, plusieurs de ces feux se sont regroupés pour créer une catastrophe majeure en avançant sur les décharges de produits toxiques gérées par la Camorra, la mafia napolitaine.
La zone autour du Vésuve a été baptisée « la terre des feux » par la population, par référence aux incinérateurs clandestins construits par la Camorra qui y brûle des déchets toxiques depuis des années. L’ensemble de la zone est un danger pour la santé ; on y observe un nombre de cancers plus élevé que dans les autres régions d’Italie. En février 2017, huit enfants âgés de 7 mois à 11 ans sont morts d’un cancer au cours d’une période de seulement 20 jours. La mère d’une jeune victime a pris la tête d’une manifestation de protestation pour tenter d’empêcher la Camorra d’utiliser la région comme décharge illégale. L’année dernière, un médecin a fait du porte-à-porte pour mener une enquête sur le nombre de cancers dans la « terre des feux ». 80 pour cent des personnes interrogées avaient au moins un membre de leur famille atteint d’un cancer.
Les opérations clandestines de la Camorra comprennent l’enfouissement et la combustion de déchets toxiques que les installations médicales et les usines doivent éliminer. Au cours de la dernière décennie, plus de 400 entreprises ont été poursuivies parce qu’elles vendaient leurs déchets dangereux à la mafia au lieu de s’en débarrasser de manière écologique et légale. Les déchets sont souvent déversés dans des décharges improvisées sur le Vésuve. Lorsqu’elles sont trop pleines, les déchets sont brûlés.
Le service des Eaux et Forêts a déclaré que certains des incendies hors de contrôle sur le Vésuve ont été allumés intentionnellement, probablement pour se débarrasser des déchets toxiques ou pour protester contre l’interdiction prononcée par les autorités locales contre des sites de construction illégaux. Il m’a été dit que la Camorra utilise une technique bien particulière pour allumer les incendies: ses membres atteignent en voiture la fin des routes en cul-de-sac sur les pentes du volcan. Ensuite, ils utilisent des chats sur lesquels ils déversent de l’essence et mettent le feu au carburant sur les animaux. Les chats avec les flammes sur le dos s’enfuient très rapidement et atteignent souvent des zones inaccessibles où les feux sont allumés. D’autres feux peuvent avoir été allumés par des mégots qui enflamment la végétation rendue sèche par la vague de chaleur actuelle. Au cours des derniers jours, beaucoup de ces incendies se sont connectés les uns aux autres, créant une situation incontrôlable pour les pompiers. Le plus grand incendie présente une longueur de 2 kilomètres. Jusqu’à présent, des centaines d’habitants ont été évacués de leurs maisons ; des hôtels et des restaurants ont été fermés. C’est un coup dur pour le tourisme en Campanie.
Source: Médias italiens.

——————————————

Looking at the photo below, you get the impression Mt Vesuvius is erupting again. Thick plumes of smoke are billowing from its flanks, causing a cloud of smoke to settle over Naples and spread east with the wind as far as the Adriatic Sea.

Fortunately, the smoke on the mountain is not caused by a natural disaster; it is a human one. Dozens of fires have been raging on Vesuvius for days. On July 11th, several joined together to create a major disaster as they tear through the Camorra crime syndicate’s toxic-dump wasteland.

The area around Vesuvius is already called “the land of fires”, named for the illegal incinerators built by the Camorra in which they have been burning toxic waste for years. The whole area is a health hazard with incidences of cancer higher than anywhere else in Italy. In February 2017, eight children between the ages of 7 months and 11 years old died from cancer in a period of just 20 days. At the time of the deaths, one of the mothers of a young victim led locals in a protest to try to stop the Camorra from using the territory for illegal dumping. Last year, a local doctor went door-to-door to conduct a survey of the prevalence of cancer within the land of fires. 80 percent of the people he interviewed had at least one cancer patient in their family.

The Camorra’s racket includes burying and burning toxic waste that medical facilities and factories need to get rid of. Over the last decade, more than 400 companies have been investigated in the area for selling their dangerous trash to the crime group rather than getting rid of it in an environmentally friendly and legal way. The waste is often discarded in makeshift dumps on Vesuvius which, when they get too full, are burned.

Italy’s Forestry Corps says some of the fires burning out of control on Vesuvius were intentionally set, likely to get rid of the toxic trash or to protest local authorities’ recent sequester of illegal construction sites. I have been told that the camorra uses a special technique to ignite the fires : They drive to the end of the roads that go up the volcano. Then, they use cats on which the pour petrol and set fire to the fuel. The cats with the flames on their backs run away very quickly and often reach inaccessible areas where the fires are ignited. Other fires may have been the result of discarded cigarettes that ignited tinder that has become dry during the current heatwave. Over the last few days, many of these fires have connected, creating an out-of-control situation for firefighters. The largest fire is 2 kilometers long. So far hundreds of residents have been evacuated from their homes, and hotels and restaurants have been closed.

Source : Italian news media.

  Crédit photo : Terremoti Italia