Fonte de l’Arctique et trafic maritime // Arctic melting and sea traffic

drapeau-francaisComme je l’ai écrit dans des notes précédentes, le réchauffement climatique actuel fait fondre la glace de l’Arctique en découvrant de nouvelles ressources énergétiques et en ouvrant de nouvelles routes maritimes. Voici un exemple qui illustre cette situation.
Un brise-glace russe à propulsion nucléaire – le Vaygach – vient d’effectuer le trajet le plus rapide sur la Route Maritime du Nord qui longe la côte russe de l’Arctique, entre la mer de Barents à l’ouest et le détroit de Béring à l’est.
Avec un temps record de sept jours et demi, on remarquera que le brise-glace a effectué le voyage de 4000 km plus d’un mois après la date qui marque généralement la fin de la navigation dans l’Arctique. En effet, selon les statistiques, les trois dernières saisons de navigation ont pris fin à la mi-novembre.
La performance du Vaygach montre que la couche de glace est relativement mince dans l’Arctique. Lors d’un forum international de l’Arctique à Saint-Pétersbourg début décembre, un diplomate russe a déclaré que la Route Maritime du Nord pourrait bientôt être opérationnelle toute l’année.
Cependant, cela ne signifie pas forcément que l’on se dirige vers un boom du trafic maritime dans l’Arctique. Alors que la flotte impressionnante de brise-glace russes permet au pays d’offrir plus d’escortes et d’assistance le long de son littoral arctique, elle n’a pas vraiment attiré davantage de trafic international. Cela peut être dû à la récente chute des prix du pétrole, ce qui signifie que la route maritime la plus courte présente moins d’intérêt pour le trafic international. Par ailleurs, la situation en Ukraine en 2014 a nui aux relations commerciales russes sur la Route Maritime du Nord. Cependant, il est un type de trafic qui a connu une hausse: le trafic local avec des étapes le long de la Route Maritime du Nord proprement dite.
A l’avenir, il est prévu que la banquise continuera à s’amincir, de sorte que la glace sera plus aisément éloignée des côtes par le vent. Avec un peu de chance – et les vents adéquats – la Route Maritime du Nord sera de nouveau ouverte au commerce dès le mois de juin.
Source: Arctic Newswire.

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drapeau-anglaisAs I put it in previous posts, the current global warming is melting Arctic ice, uncovering new energy resources and opening new maritime routes. Here is an example that illustrates this point.
A Russian nuclear-powered icebreaker – the Vaygach – has just completed the fastest transit of the Northern Sea Route that runs along Russia’s Arctic coast from the Barents Sea in the west to the Bering Strait in the east.
Along with setting the speed record of seven and a half days, the icebreaker has also completed the trip of 4,000 km more than a month after the shipping season usually ends in the Arctic. Indeed, according to statistics, the last three shipping seasons wrapped up in mid-November.
The Vaygach’s successful transit is an indication that the ice is pretty thin in the Arctic. At an international Arctic forum in St. Petersburg in early December, a Russia diplomat said the Northern Sea Route could soon be operational year-round.
However, this might not be the sign of an Arctic boom. While Russia’s unmatched fleet of icebreakers allows it to offer more escorts and assistance along its Arctic coastline, it hasn’t exactly attracted more international traffic. This may be due to the recent plunge in oil prices, which means the shorter route is just less attractive to international traffic. Besides, the incidents in Ukraine in 2014 damaged the business climate for Russian collaboration in the Northern Sea Route. However, one type of traffic has been on the rise: destinational traffic, or transits with a destination along the Northern Sea Route itself.
In the future, it is predicted that as the ice gets thinner, it will be more easily blown by the winds, so it can more easily move away from the coast. With any luck – and the right winds – the Northern Sea Route will be back open for business in June.
Source: Arctic Newswire.

Northern Sea Route copie

Voies maritimes dans l’Arctique (Source: Arctic Council)

Vers la mort du permafrost? // Will the permafrost die?

drapeau-francaisLes scientifiques du laboratoire du pergélisol de l’Université de l’Alaska à Fairbanks ont déclaré lors d’une conférence de la réunion annuelle de l’American Geophysical Union à San Francisco que le permafrost de la région de North Slope en Alaska se réchauffe beaucoup plus rapidement que prévu.
Dans les années 1980, la température annuelle moyenne de la couche supérieure du pergélisol dans cette région de l’Alaska située le long de l’Océan Arctique était de -8°C. Cette année, elle est de -3°C et des mesures récentes ont même révélé qu’elle s’approchait de 0°C, donc du niveau de dégel. Trois décennies de mesures dans la région de North Slope montrent que la température du pergélisol évolue de pair avec la température de l’air.
L’ampleur du dégel dans les prochaines années et le degré d’affaissement des sols dépendront du niveau du changement climatique pendant le reste du 21ème siècle. Les dernières projections montrent qu’une réduction des émissions de dioxyde de carbone pourrait sauver le pergélisol de North Slope. En conséquence, si les émissions de CO2 continuent d’augmenter au rythme actuel, le réchauffement généralisé du pergélisol va également augmenter de façon spectaculaire. Si l’on prend en compte le scénario proposé par le Representative Concentration Pathway (scénario RCP 8.5), considéré comme le modèle de référence, le résultat sera que sur plus des deux tiers de la région de North Slope d’ici la fin du siècle, la température annuelle moyenne à deux mètres de profondeur sera d’environ 0°C. Selon ce même scénario, de vastes étendues de terre resteront décongelées tout au long de l’année, avec un type de sol connu sous le nom de talik. En conséquence, le sol s’affaissera à grande échelle, souvent de plusieurs mètres sur de vastes surfaces.
Toutefois, si l’on se réfère au scénario RCP 4.5 – une projection qui suppose une stabilisation des émissions de carbone vers le milieu du 21ème siècle et un niveau inférieur de réchauffement de la planète en 2100 – le pergélisol resterait relativement stable. Certes, il y aurait encore des affaissements du sol, mais ils ne dépasseraient guère une vingtaine de centimètres.
Le réchauffement provoqué par les émissions mondiales de CO2 n’est pas le seul facteur à l’origine de la fonte du permafrost de North Slope. Le développement des champs pétrolifères – en particulier les couches de gravier utilisées lors des extractions – contribuent à accélérer son réchauffement. Pour l’industrie pétrolière, le dégel du permafrost et les affaissements de terrain qu’il induit représentent de nouveaux défis. Les prévisions faites par les compagnies pétrolières reposent sur d’anciennes évaluations du pergélisol, avec un sol froid et solide, ce qui n’est plus le cas. A l’avenir, l’industrie pétrolière devra faire face à de nouveaux problèmes avec le réchauffement du sol. Il existe des solutions d’ingénierie pour y remédier, mais elles seront de plus en plus coûteuses.
Au cours de la première décennie du 21ème siècle, le pergélisol couvrait 99% des cinq unités du National Park Service du nord de Alaska. En 2050, une époque où les températures dans cette partie de l’Alaska devraient être plus chaudes de 2°C que maintenant, 89% des terres devraient avoir du permafrost sous la surface de leur sol. À la fin du siècle, seules 36% de terres auront du pergélisol.
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisScientists of the permafrost laboratory at the University of Alaska Fairbanks said at a conference of the American Geophysical Union annual meeting in San Francisco that North Slope permafrost in Alaska is warming far more rapidly than previously anticipated.
In the late 1980s, the mean annual temperature of the top layer of permafrost in that region of Alaska along the Arctic Ocean was -8°C. This year, it was -3°C, and has been even warmer and closer to the thaw level in some recent measurements. Three decades of records from the North Slope show that permafrost temperatures closely track air temperatures.
Just how much will thaw in the future, and how much ground will sink as a result of thaw, depends on the degree of climate change through the rest of the 21st century. New projections show that reductions in carbon dioxide could save North Slope permafrost. Should carbon emissions continue to rise at current rates, widespread warming of the permafrost will also increase dramatically. Under what is known as the Representative Concentration Pathway (RCP 8.5 scenario) – considered the reference model – the result will be that on more than two-thirds of the North Slope region by the end of the century, mean annual temperature at two meters’ depth will be about zero degrees Celsius. Under that scenario, large sections of land will be thawed throughout the year, a type of soil known as talik. Correspondingly, land over most of the area will slump, with large sections subsiding by several meters.
But under a scenario known as RCP 4.5 – a projection that assumes a leveling off of carbon emissions by about mid-century and a lower level of global warming through 2100 – the permafrost remains largely stable. There will be ground sinking across nearly all of the North Slope area under the RCP 4.5 scenario, but most of it will be no deeper than 20 centimeters.
The warming caused by global carbon emissions is not the only factor causing North Slope permafrost to warm and edge toward thaw. Oil field development – particularly gravel pads used for oil operators – exacerbates the warming of permafrost.
For the oil industry, the expected thaw and land slumping mean new challenges. Development to date was based on past permafrost conditions, with cold and solid ground. In the future, the industry will face problems as the ground warms. There are some engineering solutions to fix it, but these solutions will be more and more expensive
In the first decade of the 21st century, permafrost covered 99% of the five National Park Service units across northern Alaska. By 2050, a time when temperatures in that part of Alaska are expected to be 2 degrees Celsius warmer than now, 89% of the land is expected to have permafrost beneath the current active soil layer. By the end of the century, only 36% will have permafrost.
Source: Alaska Dispatch News.

Drunken-forest

Les « drunken forests », forêts ivres des hautes latitudes, sont les témoins de la fonte du permafrost. Les racines des arbres ne sont plus maintenues en place par le sol gelé.  (Photo: C. Grandpey)

L’Arctique en 2015 : Un gros sujet d’inquiétude // The Arctic in 2015 : A lot to worry about

drapeau-francaisSelon un rapport annuel publié cette semaine par le gouvernement et des scientifiques universitaires, les températures de l’air au-dessus de l’Arctique en 2015 sont les plus élevées jamais enregistrées depuis 1900. L’Arctic Report Card 2015, un projet parrainé par la National Oceanic and Atmospheric Administration et rédigé par 72 scientifiques de 11 nations, fait le point sur l’état de la météo, de la banquise, de la couverture neigeuse, ainsi que de la faune marine et terrestre dans l’Arctique et les terres subarctiques, et montre les changements subis par ces régions qui continuent à se réchauffer deux fois plus vite que le reste de notre planète. Le rapport arrive quelques jours après que les gouvernements de 196 pays aient conclu un accord à Paris pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. Ces gouvernements se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius et ont fixé un objectif plus ambitieux de 1,5 degré.

Voici quelques-unes des conclusions de l’Arctic Report Card:
Si la promesse de la COP 21 de limiter le réchauffement climatique à 2°C était tenue, cela n’arrêterait ou n’inverserait pas le changement climatique dans l’Arctique dans le court terme, a déclaré un co-auteur du rapport. « Même si le monde limite le réchauffement à 2 degrés, il faut s’attendre à un réchauffement de 4 ou 5 degrés pour les hivers 2040 – 2050 dans l’Arctique au vu du CO2 qui se trouve déjà dans l’atmosphère et que nous y introduirons dans les 20 prochaines années ». Cependant, selon ce même scientifique, si des mesures drastiques sont prises dès à présent pour réduire ces émissions de CO2, la prochaine génération aura probablement encore un été sans glace, mais on peut espérer que la suivante verra un début du retour de la banquise.
Pour l’instant, la banquise poursuit sa tendance à la disparition saisonnière. En février 2015, la banquise de l’Arctique a atteint son maximum annuel, mais c’est le niveau le plus faible enregistré depuis le début des observations satellitaires en 1979. La saison de fonte a commencé 15 jours plus tôt que la moyenne et occupe la deuxième place par sa précocité dans 38 années de données satellitaires. En février et mars, époque où le gel est à son maximum, 70% de la banquise étaient composée de glace nouvelle et fragile de l’année et seulement 3% étaient occupés par une glace pluriannuelle de plus de 4 ans. Il faut comparer ces chiffres à ceux de1985, époque où 20% de la glace était âgée de plus de 4 ans et seulement 35% était de la glace dans sa première année.
Au cours de l’année 2015, l’augmentation de la température de l’air de l’Arctique a été spectaculaire. Pour les terres situées au nord de 60 degrés de latitude, la température moyenne annuelle de l’air en surface a été de 1,3°C supérieure à la moyenne mesurée sur le long terme entre1981 et 2010, avec une élévation de 2,9°C depuis le début du 20ème siècle. Cela signifie que la température de l’air sur les terres du Nord circumpolaire en 2015 marque un record depuis le début des relevés précis.
Il existe un lien étroit entre la hausse des températures dans l’Arctique et les conditions climatiques dans les latitudes plus tempérées. Cela est particulièrement évident dans le Pacifique Nord, où l’air chaud qui a traversé l’Alaska entre novembre 2014 et juin 2015 a créé des conditions favorables au développement de violents incendies dans cet Etat.
La température des eaux de surface dans toutes les mers de l’Arctique est en hausse et le réchauffement le plus spectaculaire en 2015 a été observé dans la mer des Tchouktches en Alaska et dans l’est de la Baie de Baffin au large du Groenland où la températures de l’eau de surface a augmenté de 0,5°C par décennie depuis 1982.
La fonte de la neige continue à se produire plus tôt au printemps – une tendance observée précédemment – et le manteau neigeux en juin en Amérique du Nord et dans l’Arctique eurasien a été en 2015 le deuxième par sa faiblesse depuis le début des relevés satellitaires en 1967.
Une constatation assez surprenante a été mise en évidence dans le rapport : On observe une tendance au « brunissement » de la toundra avec la disparition des plantes dans l’Arctique. Jusqu’à récemment, la végétation des hautes latitudes fleurissait et se répandait à la surface du sol, mais ce processus est inversé. La verdeur de la toundra en 2014, l’année de mesure la plus récente, était inférieure à la moyenne établie sur 33 ans.
Source: NOAA Arctic Report Card 2015: http://www.arctic.noaa.gov/reportcard/exec_summary.html

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drapeau-anglaisAir temperatures over the Arctic landscape were higher over the past year than at any other time since 1900, according to an annual report released Tuesday by government and academic scientists. The 2015 Arctic Report Card, a project sponsored by the National Oceanic and Atmospheric Administration and authored by 72 scientists from 11 nations, details the state of weather, sea ice, snow cover and marine and wildlife habitat in the Arctic and subarctic, and how those have changed as the region continues to warm at about twice the global pace. The report comes days after governments of 196 nations reached an agreement in Paris to curb carbon dioxide emissions. The governments committed to limit global warming to 2 degrees Celsius and set a more ambitious goal of achieving a 1.5-degree limit.
Here are some of the conclusions of the report:
Accomplishing the 2°C promise of the Paris conference would not arrest or reverse Arctic climate change in the short term, said a co-author of the Arctic Report Card. “If the globe goes to 2-degree warming, we’re looking at a 4- or 5-degree warming for the winter in the Arctic by 2040, 2050. That’s based upon the CO2 that we’ve already put into the atmosphere and will be putting in for the next 20 years.” However, provided actions are taken now to curb emissions, the next generation may see an ice-free summer but, hopefully, their descendants will see a return of more sea ice later in the century.
For now, sea ice is continuing its trend toward seasonal disappearance. In February, Arctic sea ice extent hit its annual maximum; the lowest maximum since satellite records began in 1979. The melt season began 15 days earlier than average and was the second-earliest start in the 38-year satellite record. In February and March, the time of peak freeze, 70 percent was new and fragile first-year ice and only 3 percent was thick multiyear ice more than 4 years old. That compares to the situation in 1985, when 20 percent of the ice was more than 4 years old and only 35 percent was first-year ice.
Over the past year, the increase in Arctic air temperature was dramatic. For lands north of 60 degrees latitude, average annual surface air temperatures were 1.3°C warmer than the long-term average measured from 1981 to 2010, and 2.9°C warmer since the beginning of the 20th century. That means air temperatures over land in the circumpolar north were higher during the course of the past year than at any other time since detailed records first began being kept.
There are strong connections between the usual warmth in the Arctic and conditions in more temperate latitudes. That was particularly evident in the North Pacific, where warm air flowed across Alaska from November 2014 to June 2015, creating conditions that contributed to the state’s second-biggest wildfire season on record.
Sea-surface temperatures in all seas of the Arctic Ocean are increasing, and the most dramatic warming over the past year was found in the Chukchi Sea off Alaska and eastern Baffin Bay off Greenland, where surface water temperatures have risen 0.5°C per decade since 1982.
Spring snowmelt continues to occur earlier, a trend previously observed, and June snowpack in the North American and Eurasian Arctic was the second lowest in a satellite record that goes back to 1967.
One puzzling finding highlighted in the report is a trend to tundra “browning” – the disappearance of plants in the Arctic. Until recently, high-latitude vegetation was blooming and spreading, but that process has reversed. Tundra greenness in 2014, the most recent year of measurement, was below the 33-year average.
Source : NOAA Arctic Report Card : http://www.arctic.noaa.gov/reportcard/exec_summary.html

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Photo: C. Grandpey