Nouvelles du Kilauea (Hawaii) // News of Kilauea (Hawaii)

L’éruption du Kilauea qui a débuté le 10 septembre 2023 se poursuit avec des coulées de lave sur le plancher du cratère de l’Halema’uma’u où on peut observer de petites fontaines peuvent. Leur hauteur a diminué mais elles atteignent toujours entre 10 à 15 mètres de hauteur. L’éruption se limite au cratère et aucune activité particulièree n’a été notée le long de la zone de rift est ou de la zone de rift sud-ouest du Kīlauea.
L’activité peut être observée en direct en cliquant sur ce lien :

https://youtu.be/tBh-ZhIB1Nk.

Le HVO a abaissé le niveau d’alerte du Kīlauea de Warning (Danger) à Watch (Vigilance) car l’activité éruptive et fissurale s s’est stabilisée,
Source : HVO.

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The eruption of Kilauea that began on September 10th, 2023 continues with lava effusing within Halema‘uma‘u crater where small fountains can be observed. Their heights have decreased but are still about 10-15 meters high. The eruption is confined to the crater and no unusual activity has been noted along Kīlauea’s East Rift Zone or Southwest Rift Zone.

The activity can be observed live at :

https://youtu.be/tBh-ZhIB1Nk.

HVO has lowered Kīlauea’s volcano alert level from WARNING to WATCH because the eruption and fissure activity have stabilized,

Source : HVO.

L’inclinométrie sur les volcans // Inclinometry on volcanoes

Le dernier Volcano Watch de l’Observatoire des Volcans Hawaiiens (HVO) est dédiée à la mesure des déformations et en particulier de l’inclinaison du sol – tilt en anglais – sur les volcans, avec le Kilauea comme référence.
La mesure des déformations subies par un volcan sous la pression du magma est un paramètre essentiel en matière de surveillance volcanique. Les instruments à la disposition du HVO incluent un certain nombre de méthodes satellitaires récentes, mais un instrument revêt une importance depuis très longtemps : l’inclinomètre, aussi appelé tiltmètre.
L’inclinaison du sol sur un volcan constitue la première donnée géodésique utilisée par le HVO et continue d’être très importante à la fois pour la surveillance et la recherche fondamentale sur le comportement des volcans.

 

Images de déformation de la zone sommitale du Kilauea (Source : HVO)

Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que les scientifiques ont commencé à se rendre compte que les éruptions volcaniques s’accompagnaient de changements topographiques.
En 1917, le Dr Thomas Jaggar a commencé à étudier les variations d’inclinaison des volcans hawaiiens. Dans un premier temps, il a observé les déviations des sismomètres Omori et Bosch-Omori du HVO. Plus tard, il a construit des « clinoscopes » spécialement conçus pour les volcans hawaiiens. Ces instruments donnaient une idée approximative de l’inclinaison sur une période d’une journée à une semaine.
Dans les années 1950, un scientifique du HVO a conçu un inclinomètre plus performant utilisant de l’eau. Cet appareil fournissait une mesure précise de l’inclinaison quotidienne ou même horaire. Les « inclinomètres à tube d’eau » ont permis aux scientifiques du HVO de suivre les mouvements du sommet du Kilauea au cours de plusieurs éruptions. Ils ont pu ainsi obtenir une mesure en continu de l’inflation et de la déflation du sol.
L’inclinomètre à tube d’eau se compose de trois « pots » d’eau reliés par des tubes de telle sorte que l’eau puisse circuler librement entre eux. Un pot est placé au centre et les deux autres sont placés à l’est et au nord du pot central. L’eau dans les tubes cherche toujours à être de niveau, mais lorsque le sol s’incline et déplace les pots vers le haut ou vers le bas, on a l’impression que le niveau d’eau descend ou monte. En lisant la profondeur de l’eau dans chaque pot, on peut déterminer l’inclinaison du sol depuis la dernière mesure.
Les données fournies par les inclinomètres à tube d’eau étaient particulièrement précieuses car elles pouvaient être récupérées régulièrement et constituer une série chronologique continue. Ce type de mesures en continu facilite l’analyse de l’activité volcanique, ce qui ne serait pas possibles si les données n’étaient collectées que lors des éruptions. En particulier, les inclinomètres à tube d’eau ont montré des cycles d’inflation rapide entre les éruptions, puis une déflation soudaine lorsque les éruptions vidaient les chambres magmatiques.

Tiltmètre à tube d’eau (Crédit photo : HVO)

Au début des années 1970, des inclinomètres électroniques ont commencé à être installés sur le Kilauea. Ces instruments sont insérés dans des forages d’environ 5 mètres de profondeur, afin d’être à l’abri des intempéries, et ils peuvent fournir des mesures d’inclinaison précises, jusqu’à une fraction de microradian chaque minute.

Après la fin de l’éruption du Pu’uO’o en 2018, la nature de l’inclinaison du sommet du Kilauea a encore changé. Les inclinomètres électroniques ont commencé à enregistrer une forte tendance inflationniste, pas très différente des niveaux observés par les inclinomètres à tube d’eau dans les années 1950-1970. Des éruptions majeures, semblables à celles du Kilauea Iki ou du Mauna Ulu – qui ont entraîné d’importantes déflations au sommet – ne se sont pas produites récemment, mais la similitude des mesures actuelles avec celles des années 1950 et 1970 montre que le comportement du Kilauea aujourd’hui n’est pas très différent de celui d’avant l’éruption de 2018.
Cela signifie que les données collectées et les enseignements tirés du système d’alimentation du Kilauea sont toujours valables aujourd’hui. Les scientifiques peuvent toujours s’appuyer sur le comportement passé du Kilauea pour faire des prévisions sur le comportement futur de ce volcan, et émettre de nouvelles hypothèses sur ce qui a pu se produire dans le passé.
Par exemple, en examinant les données du passé, les scientifiques ont conclu que la situation actuelle au sud de la caldeira du Kilauea est probablement due à l’accumulation de magma dans un réservoir de la caldeira sud en 2015 et 2021.
Le dernier Volcano Watch ne s’y attarde pas, mais aujourd’hui l’interférométrie radar satellitaire (InSAR) fournit une image instantanée de la déformation d’un volcan depuis l’air et l’espace.. L’InSAR utilise des images radar du sol fournies par des avions ou des satellites pour établir des cartes de déformation du sol.
Source : USGS/HVO.

 

Image InSAR du Kilauea en mars 2011 (Source : HVO)

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The latest Volcano Watch by the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) is dedicated to the measurement of tilt on volcanoes, especialli Kilauea.

Measuring how a volcano deforms in response to moving magma is an essential parameters of volcano monitoring. The Observatory’s instrumentation includes a number of newer, satellite-based methods but another important instrument has been around a lot longer: the tiltmeter.

Tilt data was the first geodetic data collected by HVO and continues to be very important both for monitoring and basic research in volcano behaviour.

In the early 20th century, scientists were only beginning to recognize that volcanic eruptions were accompanied by topographic changes.

In 1917, Dr. Thomas Jaggar began tracking tilt changes at Hawaiian volcanoes. At first, he looked at the deflections of the HVO’s Omori and Bosch-Omori seismometers. Later, he constructed specially designed “clinoscopes.” These provided a rough idea of the amount of tilt over the span of a day to a week.

In the 1950s, an HVO scientist designed an improved tiltmeter using water. This apparatus provided a precise tilt measurement to track daily or even hourly tilt. The “water tube tiltmeters” allowed HVO scientists to track the movement of Kilauea’s summit through several eruptions, providing a continuous record of inflation and deflation.

The water tube tiltmeter consists of three “pots” of water connected by tubes such that the water can freely flow between them. One pot is placed in the center, and the other two are placed east and north of the center pot. The water in the tubes will always seek to be level, but when the ground tilts and moves the pots up or down, it will look like the water level is moving down or up. By reading the depth of the water in each pot, one can work out how much the ground has tilted since the last reading.

Water tube tilt data was especially valuable because it could be collected regularly to form a continuous time series. This kind of continuous record facilitates discoveries that wouldn’t be possible if data was only collected during eruptions. In particular, the water tube tiltmeters showed cycles of steep inflationary tilt between eruptions and then sudden deflation as eruptions drained magma chambers.

In the early 1970s, electronic tiltmeters began to be installed around Kilauea. These instruments are installed in boreholes about 5 meters) deep, so that they might be protected from the weather, and can provide tilt measurements down to a fraction of a microradian every minute.

After the end of the Pu’uO’o eruption in 2018, the character of tilt at Kilauea’s summit changed again. Electronic tiltmeters began to record steep inflationary tilt, not too different from the rates observed by the water tube tiltmeter in the 1950s–1970s. Major eruptions, similar to Kilauea Iki or Mauna Ulu – which resulted in large summit deflations – have not occurred recently, but the similarity of the current records to those from the 1950s-1970s is another sign that Kilauea is not too different now from how it was before the 2018 eruption.

This means that the data collected, and the lessons learned about Kilauea’s plumbing system, are still applicable today. Scientists can still use Kilauea’s past behaviour to make forecasts about future behaviour and test out new ideas for what may have happened in the past.

For example, by looking back at past records, scientists have concluded that the current situation south of Kilauea’s caldera is likely due to magma accumulation in a South Caldera reservoir, which occurred in 2015 and 2021.

The latest Volcano Watch does not mention it, but today Interferometric Aperture Radar (InSAR) provides a snapshot of volcano deformation from air and space. InSAR uses radar images of the ground that are collected by airplanes or orbiting satellites to make maps of ground deformation.

Source : USGS / HVO.

Nouvelle éruption du Kilauea (Hawaii) // New eruption of Kilauea (Hawaii)

Comme on pouvait s’y attendre avec la sismicité et l’inflation du sol de ces derniers jours, une nouvelle éruption a commencé dans le cratère de l’Halema’umau du Kilauea vers 15h15 le 10 septembre 2023.
L’éruption se produit au niveau d’une fissure le long de la bordure orientale du cratère de l’Halema’uma’u. Les premières heures des éruptions sont généralement dynamiques. Les images de la webcam montrent des fissures générant des coulées de lave sur le plancher du cratère. L’activité est confinée à l’intérieur de l’Halemaʻumaʻu.
Des images en direct de l’éruption peuvent être vues à cette adresse :
https://youtu.be/tBh-ZhIB1Nk

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As could be predicted with the seismicity and ground inflation in the past days, a new eruption started at Kilauea’s Halema’umau Crater at about 3:15 pm on September 10th, 2023.

The eruption is occurring at a fissure along the eastern margin of Halemaʻumaʻu Crater. The opening phases of eruptions are usually dynamic. Webcam imagery shows fissures generating lava flows on the surface of the crater floor. The activity is confined to Halemaʻumaʻu.

Live images of the eruption can be seen at this address :

https://youtu.be/tBh-ZhIB1Nk

Désinformation sur le nouveau site de la Mer de Glace ?

A Chamonix, la Mer de Glace fond inexorablement et le spectacle offert par le glacier depuis la terrasse du Montenvers donne envie de pleurer. Je me suis rendu sur le site pour la dernière fois en septembre 2017 et les images des webcams montrent que la situation continue de se dégrader. Conscientes que la Mer de Glace allait attirer de moins en moins de touristes, la ville de Chamonix et la Compagnie du Mont Blanc ont décidé de construire de nouvelles infrastructures.

Dans une note publiée le 11 juillet 2022, j’expliquais qu’en 2025, télécabine et escalier d’accès au glacier auront disparu. La nouvelle société gestionnaire du site prévoyait quatre années de travaux de grande ampleur, débutés au printemps 2022, d’un coût de 53 million d’euros. L’autre attraction du Montenvers en 2025 devait être le Glaciorium, un centre d’interprétation du climat et des glaciers. Le bâtiment va proposer sur 800 m² une expérience immersive autour des glaciers, de leur histoire et des mutations climatiques. Le projet est censé contribuer à la prise de conscience de la fragilité des espaces naturels et de la nécessité de les préserver.

Au vu d’un article paru sur le site Reporterre le 29 août 2023, le Glaciorium est déjà ouvert au public. L’un des visiteur, docteur en Sciences de l’environnement, s’étonne du manque d’importance accordé au réchauffement climatique pour expliquer la fonte et le recul inexorables de la Mer de Glace. En outre, le scientifique a relevé « plusieurs approximations géologiques » à l’intérieur du Glaciorium. Ainsi, on peut lire sur un panneau : « Si les conditions climatiques restent défavorables (plus de fonte ou/et moins de neige) durant les deux siècles à venir, la Mer de glace reculera de quatre à cinq kilomètres, elle se rapprochera de son état minimum d’avant la dernière glaciation il y a 125 000 ans. » Or, les études scientifiques ont montré que la rapidité de la fonte est bien supérieure à celle mentionnée sur le panneau : dans un scénario optimiste de réchauffement climatique, le recul serait de 7,2 kilomètres dans moins de 80 ans. Dans un scenario plus pessimiste avec poursuite des émissions de gaz à effet de serre, la totalité de la Mer de glace aurait disparu d’ici 70 ans.

De plus, à l’intérieur du Glaciorium, il n’est jamais fait état du rôle des glaciers dans la préservation des conditions bioclimatiques (fonction de stabilisation climatique ; effet albédo ; stockage d’eau, en sachant que l’eau de fonte assure 70 % de l’eau douce dans le monde).

Plus grave, le seul panneau expliquant la fonte de la Mer de Glace fait totalement abstraction des activités humaines. Ainsi, on peut lire : « En observant le climat de ces 400 000 dernières années, où alternent périodes glaciaires et interglaciaires, les climatologues prévoient une prochaine glaciation dans 30 à 40 000 ans. Ces périodes froides et chaudes sont le résultat de l’énergie solaire reçue par la Terre. Leur intensité et durée sont rythmées par la combinaison de trois paramètres astronomiques : inclinaison de l’axe de la Terre, précession des équinoxes et variation de l’orbite de la Terre. » Quid de la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique et la fonte des glaciers ? En plus de cette omission très surprenante des activités humaines, il est utile de préciser qu’aujourd’hui les climatologues ne prévoient pas de prochaine glaciation.

Au final, selon le scientifique, une visite du Glaciorium ne permet pas de sensibiliser les touristes au réchauffement climatique de nature anthropique, ni à toutes ses incidences sur la vie dans notre société .

N’ayant pas visité le nouveau Glaciorium, je me garderai de tout commentaire. Malgré tout, ce que raconte le scientifique ne me surprend guère. Au même titre que l’Aiguille du Midi, la Mer de Glace est une importante source de revenus pour la ville de Chamonix. La fonte des glaciers et le dégel du permafrost avec leurs conséquences sur le tourisme sont déjà suffisamment dommageables sans qu’on ajoute une deuxième couche d’inquiétude avec le réchauffement climatique. Cela risquerait de faire fuir les clients. La réalité climatique ne triche pas ; elle arrivera suffisamment vite pour corriger les défauts d’information….

Photo: G. Grandpey

Photos: C. Grandpey

Vue d’artiste du nouveau site du Montenvers (Source: Compagnie du Mont Blanc)