Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

Après une longue pause dans son activité, il semble que l’Erta Ale (Ethiopie) ait à nouveau décidé de se donner en spectacle. En effet, un important débordement de lave, provenant vraisemblablement du cratère nord, s’est produit au niveau du sommet du volcan le 29 octobre 2024, avec la formation d’un lac de lave éphémère et une activité de spattering, comme on peut le voir sur cette vidéo :.

https://youtu.be/he4Nkiwrtxs

Source : The Watchers.

Vue du sommet de l’Erta Ale (Source: Wikipedia)

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Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, le Marapi (Sumatra occidental) est entré en éruption le 27 octobre 2024, avec des coulées pyroclastiques qui se sont propagées sur plusieurs kilomètres, recouvrant les localités voisines d’une épaisse couche de débris volcaniques. Il a également envoyé des colonnes de cendres jusqu’à 2 000 mètres de hauteur.

Le niveau d’alerte du Marapi est à 2 (Waspada) sur une échelle de 4 niveaux, depuis janvier 2024, avec un périmètre de sécurité de 3 kilomètres.

Épisode éruptif sur le Marapi (Crédit photo: médias indonésiens)

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Toujours en Indonésie, de fortes explosions dans le cratère Laki-laki du Lewotobi (Île de Florès), le 31 octobre 2024, ont généré des panaches de cendres jusqu’à 2,5 km au-dessus du niveau de la mer, avec des retombées sur les localités proches du volcan. Cette série d’épisodes éruptifs a commencé fin octobre 2024, avec des explosions régulières qui se produisaient 3 à 4 fois par jour. 59 084 personnes vivent dans un rayon de 10 km du Lewotobi, et 906 184 dans un rayon de 100 kilomètres, avec un possible impact de l’activité volcanique sur un grand nombre de personnes.
Le volcan montre une hausse de son activité depuis le 13 juin 2024, date à laquelle le niveau d’alerte a été relevé à 3 (Siaga).

Source : CVGHM.

Activité éruptive sur le Lewotobi le 31 octobre 2024 (Source: MAGMA Indonesia)

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Le complexe de dômes Caliente du Santiaguito(Guatemala) connaît en ce moment une hausse d’activité, avec de fréquentes explosions, de petites coulées pyroclastiques et des avalanches de blocs. Les épisodes éruptifs produisent des panaches de cendres atteignant 3,5 km d’altitude et s’étirant sur une trentaine de kilomètres. Une forte sismicité signale en outre une activité thermique intense, avec une incandescence observée depuis plusieurs kilomètres de distance.
L’INSIVUMEH et la CONRED ont émis des bulletins d’alerte, exhorté la population à appliquer les protocoles de sécurité et restreint l’accès au volcan dans un rayon de 5 km. De fortes pluies peuvent augmenter le risque de lahars. Les autorités aéronautiques ont également été alertées car les nuages ​​de cendres générés par les explosions atteignent jusqu’à 5 km d’altitude, ce qui présente un risque pour le trafic aérien.
Voici une vidéo montrant l’activité éruptive actuelle du Santiaguito :
https://twitter.com/i/status/1848357928044024191

 

Image extraite de la vidéo

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Il est très intéressant de regarder les graphiques illustrant l’inflation dans la région de Svartsengi (Islande). Ils montrent que les dernières éruptions sur la péninsule de Reykjanes ont suivi un scénario répétitif. Le magma s’accumule dans la même zone sous Svartsengi et l’inflation suit la même trajectoire avant les éruptions. On peut remarquer que l’espace temporel entre les éruptions s’allonge. On peut en conclure que des volumes de magma de plus en plus importants s’accumulent entre les événements. La dernière éruption s’est terminée le 6 septembre 2024. Elle a duré deux semaines et a été la troisième plus longue des six qui se sont produites le long de la chaîne de cratères de Sundhnúkagígar depuis décembre 2023.
Les volcanologues islandais pensent que la situation devrait rester calme jusqu’à la mi-novembre. Selon mes calculs personnels, une éruption pourrait se produire vers le 20 novembre. Mais j’ai peut-être tout faux… !

 

Source: Met Office

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L’activité de surface a augmenté sur le Copahue (Chili-Argentine) au cours de la deuxième quinzaine d’octobre 2024. Les signaux de tremor se sont légèrement intensifiés le 15 octobre. Les émissions de SO2 ont également augmenté le 15 octobre. À partir du 16 octobre, l’intensification épisodique d’une anomalie thermique dans le cratère El Agrio a été identifiée dans les données satellitaires. Les émissions de gaz et de vapeur atteignaient au maximum 300 m au-dessus du cratère, avec la présence de cendres à partir du 17 octobre. Le 19 octobre, des panaches de gaz et de cendres ont provoqué des retombées de cendres dans une zone s’étendant à 2,9 km au SE de la bouche éruptive. L’activité a commencé à diminuer le 24 octobre. Le SERNAGEOMIN a précisé qu’une nouvelle hausse d’activité pourrait se produire et a relevé le niveau d’alerte au Jaune (niveau 2 sur une échelle à quatre couleurs).
Source : SERNAGEOMIN.

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Le Taal (Philippines) a continué à montrer des signes d’activité du 22 au 29 octobre 2024. Deux événements phréatiques ont été enregistrés le 22 octobre. Des remontées de fluides chauds dans le lac ont été observées pendant cette période tandis que des panaches de vapeur et de gaz s’élevaient à 1,5 km au-dessus du cratère. Des épisodes de tremor de quatre minutes ont été enregistrés les 24 et 27 octobre. Le niveau d’alerte reste à 1. Il est rappelé au public que l’ensemble de Volcano Island est une zone de danger permanent (PDZ). Le cratère principal (Main Crater) et les zones le long de la fissure Daang Kastila restent interdits d’accès.

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Toujours aux Philippines, l’activité éruptive se poursuit sur le Kanlaon. Des séismes sont enregistrés quotidiennement. Les émissions de SO2 continuent d’être élevées. Un bulletin spécial publié le 28 octobre indiquait qu’elles s’élevaient en moyenne à 10 074 tonnes/jour, soit le cinquième niveau le plus élevé jamais enregistré sur le volcan. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 0 à 5) et le public est prié de rester en dehors de la zone de danger permanent d’un rayon de 4 km. Il est conseillé aux pilotes de ne pas voler à proximité du volcan.
Source : PHIVOLCS.

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Au Kamchatka, la couleur de l’alerte aérienne reste Orange pour l’Ebeko, le Karymsky et le Sheveluch. Elle est maintenue au Jaune pour le Bezymianny.
Source : KVERT.

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about volcanic activity in the world:

After a long pause in its activity, it looks as if Erta Ale (Ethiopia) is again giving a show. Indeed, a significant lava overflow, presumably from the North Pit Crater, occurred at the volcano’s summit vent on October 29th, 2024, resulting in the formation of a temporary lava lake and high lava spattering as can be seen on this video :.

https://youtu.be/he4Nkiwrtxs

Source : The Watchers.

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As I put it in a previous post, Mount Marapi (West Sumatra) erupted on October 27th, 2024. It unleashed pyroclastic flows that spread for several kilometers, covering nearby villages and towns with thick volcanic debris. It also sent ash columns as high as 2,000 meters.

Mt Marapi has stayed at level 2, on a scale of 4 levels, since January 2024, with a 3-kilometer safety perimeter around the volcano.

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Still in Indonesia, intense explosions at Lewotobi‘s Laki-laki Crater (Flores Island), on October 31st, 2024 generated ash plumes up to 2.5 km above sea level, impacting nearby communities. This series of eruptions began in late October 2024, with regular explosions occurring 3 to 4 times per day. About 59 084 people live within a 10-km radius from Lewotobi, and up to 906 184 within 100 kilometers, with the potential impact of volcanic activity on a large number of people.

The volcano has shown an increase in activity since June 13th, 2024, when the alert level was raised to 3 (Siaga).

Source : CVGHM.

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The Santiaguito Caliente dome complex (Guatemala) is experiencing increased eruptive activity, with frequent explosions, short pyroclastic flows and lava block detachment. The eruptive episodes produce ash plumes reaching 3.5 km a.s.l. and drifting as far as 30 km. Elevated seismicity and strong avalanches further signal intense thermal activity, with visible incandescence observed several kilometers away.

INSIVUMEH and CONRED have issued warnings, urged surrounding municipalities to implement safety protocols, and restricted access within a 5 km radius from the volcano. Heavy rains may increase the risk of lahars. Local aviation authorities have also been alerted, as ash clouds from explosions reach up to 5 km, posing hazards to air traffic.

Here is a video showing the current activity at Santiaguito :

https://twitter.com/i/status/1848357928044024191

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Looking at the graphs illustrating inflation in the Svartsengi area (Iceland) is very interesting. Il shows that the latest eruptions on the Reykjanes Peninsula followed a repeat scenario. Magma accumulates in the same area under Svartsengi and inflation behaves in the same way before the eruptions. One can notice that the time space between eruptions is getting longer. One my conclude that magma volumes are increasingly accumulating between events. The last eruption ended on September 6th, 2024. It lasted for two weeks and was the third longest of the six that have occurred in the Sundhnúkagígar crater row since December 2023.

Icelandic volcanologists say the situation is likely to be quiet until the middle of November. According to my personal calculations, an eruption might occur arounr November 20th. But I may be completely wrong… !

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Shallow activity at Copahue (Chile-Argentina) increased during the second half of October 2024. Tremor signals slightly intensified on 15 October. SO2 emissions also increased on 15 October. Beginning on 16 October episodic intensifications of a thermal anomaly in El Agrio Crater were identified in satellite data. Gas-and-steam emissions rose no higher than 300 m above the crater rim and contained ash starting on 17 October. Gas-and-ash plumes on 19 October deposited ash in an area extending 2.9 km SE of the vent. Activity brgan to decrease on October 24th. SERNAGEOMIN noted that an increase could occur again and raised the Alert Level to Yellow (level 2 on a four-color scale).

Source : SERNAGEOMIN.

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Unrest at Taal (Philippines) continued during 22-29 October 2024. Two phreatic events were recorded on 22 October. Hot fluids upwelling in the lake were observed during that period and steam-and-gas plumes rose 1.5 km above the crater rim. Four-minute-long tremor episodes were recorded on 24 and 27 October. The Alert Level remains at 1. The public is reminded that the entire Taal Volcano Island is a Permanent Danger Zone (PDZ). The Main Crater and areas along the Daang Kastila fissure remain prohibited.

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Still in the Philippines, unrest continues at Kanlaon. Daily volcanic earthquakes are recorded. SO2 emissions continue to be high. A special notice issued on 28 October noted that they averaged 10,074 tonnes/day, the fifth highest ever recorded at the volcano. The Alert Level remains at 2 (on a scale of 0-5) and the public is asked to remain outside the 4-km-radius Permanent Danger Zone. Pilots are advised not to fly close to the volcano.

Source : PHIVOLCS.

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In Kamchatka, the aviation color code remains Orange for Ebeko, Karymsky and Sheveluch. It id kept at Yellow for Bezymianny.

Source : KVERT.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Opérations de secours dans des tunnels de lave à la Réunion

Le vendredi 4 octobre 2024, la Préfecture de la Réunion avait organisé un exercice dans le tunnel de lave 2007, dont l’objectif était de mettre en pratique la coordination des services de secours dans le cadre du « plan ORSEC interventions en site souterrain ». Placés sous la direction du sous-préfet de Saint-Pierre, les services ont eu à sécuriser et évacuer deux victimes ayant chuté après s’être aventurées non-accompagnées par un professionnel dans le tunnel.

Une soixantaine de personnes appartenant aux différents organismes de sécurité (SDIS, gendarmerie, etc) ont pris part à l’exercice, avec le concours de la police municipale de Saint-Philippe.

L’exercice a permis de tester les modes opératoires inter-services, la communication entre personnels de secours, ainsi que les manœuvres de brancardage sur ce type de terrain accidenté.

Le lundi 28 octobre, rebelote, mais cette fois ci pour de bon ! Pompiers et spéléologues ont été mobilisés pour porter secours à une femme blessée au genou (déboitement de la rotule) dans le tunnel de la coulée de 2004 lors d’une excursion avec un groupe encadré par un guide professionnel qui a donné l’alerte.

Le groupe se trouvait à 150 mètres environ de l’entrée de la cavité. Le tunnel, comportant quelques passages à franchir en position courbée ou à plat ventre, présentait certaines difficultés d’accès pour les secours.

Aussi, après évaluation de la situation par le centre 15, le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et le groupement de gendarmerie, il a été convenu de déclencher le « plan ORSEC en milieu souterrain ». Dix pompiers spécialement formés, ainsi que de dix civils du Spéléo secours français sont intervenus.

L’opération était délicate, car il fallait brancarder la victime depuis l’intérieur du tunnel réputé être le plus beau de La Réunion. C’est un milieu géologique fragile, comportant des stalactites volcaniques et autres plafonds chocolatés qu’il convient d’essayer de préserver au maximum. La délicate intervention a duré près de cinq heures, durant lesquelles les secouristes se sont relayés pour porter le brancard. La victime a été finalement extraite du tunnel, puis évacuée vers un centre hospitalier.

Il faut espérer que ce sauvetage dans un tunnel, réalisé avec succès, ne freinera pas le Préfet actuel dans ses efforts pour ouvrir les sites volcaniques aux visiteurs. Il montre que des groupes accompagnés par des guides professionnels qualifiés peuvent parfaitement se rendre sur le terrain volcanique, même en période éruptive, sous réserve que les mesures de sécurité adéquates soient mises en œuvre.

Photos: C. Grandpey

Mystère autour de l’histoire volcanique de l’île de Pâques // Mystery around Easter Island’s volcanic history

Le 30 septembre 2024, j’ai publié une note expliquant qu’aucun effondrement de population n’avait eu lieu dans le passé sur l’île de Pâques. De nouveaux articles parus dans la presse scientifique ces derniers jours nous apprennent que les plus anciennes laves de l’île de Pâques se sont formées il y a environ 2,5 millions d’années dans la partie supérieure d’une plaque océanique à peine plus ancienne que les volcans eux-mêmes. C’était, du moins, la théorie généralement acceptée jusqu’à présent.
En 2019, une équipe de géologues cubains et colombiens s’est rendue sur l’île de Pâques pour dater avec précision l’île qui héberge plusieurs volcans éteints. Pour ce faire, ils ont eu recours à la datation des minéraux de zircon qui permettent d’évaluer l’âge des chambres magmatiques. Lorsque le magma refroidit, ces minéraux se cristallisent. Ils contiennent un peu d’uranium, qui se transforme en plomb par désintégration radioactive.
Dans la mesure où on connaît le temps mis par ce processus, on peut mesurer depuis combien de temps ces minéraux se sont formés. L’équipe scientifique a donc recherché ces minéraux et en a trouvé des centaines. Leur analyse a surpris les chercheurs car non seulement leur âge n’est pas de 2,5 millions d’années (l’âge supposé de l’île de Pâques), mais leur origine remonte bien plus loin dans le temps, jusqu’à 165 millions d’années. De plus, l’analyse chimique des zircons montre que leur composition est plus ou moins la même dans tous les cas.
Les volcans de Rapa Nui – l’autre nom de l’île de Pâques – n’ont pas pu être actifs pendant 165 millions d’années, car la plaque située en dessous d’eux n’était pas aussi ancienne. La seule explication est que les minéraux anciens proviennent de la source du volcanisme de l’île, dans le manteau terrestre sous la plaque, bien avant la formation des volcans actuels.

Cependant, cette hypothèse a posé à l’équipe scientifique une autre énigme. Les volcans comme ceux de l’île de Pâques sont des « volcans de point chaud » qui sont fréquents dans l’océan Pacifique ; Hawaï en est un bon exemple. Ils sont formés par des panaches mantelliques qui s’élèvent lentement des profondeurs de la Terre. En s’approchant de la base de la plaque tectonique, les roches du panache et du manteau environnant fondent et donnent naissance à des volcans. Les scientifiques savent depuis les années 1960 que le panache mantellique reste en place très longtemps quand la plaque se déplace au-dessus de lui. Au fur et à mesure que la plaque se déplace, le panache mantellique produit un nouveau volcan. Là encore, l’archipel hawaïen illustre parfaitement ce processus. Cela explique les alignements de volcans sous-marins éteints dans l’océan Pacifique, avec un ou plusieurs volcans actifs à l’extrémité de la chaîne. Les chercheurs se sont demandé si cela signifiait que le panache mantellique sous l’île de Pâques était actif depuis 165 millions d’années.
Pour répondre à cette question, ils avaient besoin de preuves issues de la géologie de la Ceinture de Feu du Pacifique où les plaques océaniques plongent dans le manteau terrestre. Ils se sont alors heurtés à une nouvelle difficulté. En effet, en s’enfonçant, les plaques datant d’il y a 165 millions d’années ont depuis longtemps disparu dans les zones de subduction. S’agissant de l’île de Pâques, il semble que le plateau qui existait à l’époque de la formation de l’île ait disparu sous la Péninsule Antarctique il y a environ 110 millions d’années. La chaîne de montagnes, dont les traces sont encore bien visibles à Rapa Nui, pourrait être le résultat de la subduction d’un plateau volcanique qui s’est formé il y a 165 millions d’années. En conséquence, cela montre que le panache mantellique de l’île de Pâques a pu avoir été actif pendant cette période. Cela permettrait de résoudre le mystère géologique de l’île : les anciens minéraux de zircon seraient des vestiges de magmas antérieurs qui ont été ramenés à la surface de la terre, en même temps que des magmas plus jeunes, lors d’éruptions volcaniques.
Un autre problème se pose. La théorie classique du tapis roulant (pour expliquer le mouvement des plaques tectoniques) est difficile à concilier avec l’observation selon laquelle les panaches mantelliques restent en place alors que tout ce qui les entoure continue de bouger. Un scientifique de l’Université d’Utrecht (Pays Bas) a déclaré : «Les panaches mantelliques montent si vite qu’ils ne sont pas affectés par le manteau qui se déplace avec les plaques, et de nouveaux matériaux de panache arrivent constamment sous la plaque pour former de nouveaux volcans.» Dans ce cas, les anciens fragments du panache, avec les anciens zircons, ont probablement été emportés par ces courants mantelliques, loin de l’emplacement de l’île de Pâques, et ne peuvent donc pas se trouver maintenant à la surface. Le scientifique d’ajouter : «Nous en tirons la conclusion que ces minéraux anciens n’ont pu être préservés que si le manteau entourant le panache est resté aussi immobile que le panache proprement dit.» La découverte des minéraux anciens sur l’île de Pâques tend donc à montrer que le manteau terrestre se déplace probablement plus lentement qu’on ne l’a toujours supposé.
Source : Synthèse de plusieurs articles parus dans la presse scientifique.

 

Illustration de la tectonique et du comportement du panache mantellique sur l’île de Pâques (Source : Université d’Utrecht)

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On September 30th, 2024, I wrote a post explaining that no population collapse had occurred in the past on Easter Island. New articles released in the scientific press explain us today that Easter Island’s oldest lava deposits formed some 2.5 million years ago on top of an oceanic plate not much older than the volcanoes themselves.

In 2019, a team of Cuban and Colombian geologists travelled to Easter Island to accurately date the island which harbours several extinct volcanoes. To do so, they resorted to the dating of dating zircon minerals. When magma cools, these minerals crystallize. They contain a bit of uranium, which turns into lead through radioactive decay.

As we know the time it takes this process to happen, we can measure how long ago those minerals formed. The scientific team team thus looked for those minerals and found hundreds of them. They came as a surprise because not only they were not 2.5 million years old as expected (this was the supposed age of Easter Island), but from much further back in time, up to 165 million years ago.

Chemical analysis of the zircons showed that their composition was more or less the same in all cases.

The volcanoes of Rapa Nui – the other name for Easter Island – cannot have been active for 165 million years, because the plate below them is not even that old. The only explanation then is that the ancient minerals originated at the source of volcanism, in the Earth’s mantle beneath the plate, long before the formation of today’s volcanoes. However, that theory presented the team with another conundrum.

Volcanoes like those on Easter Island are ‘hotspot volcanoes’ which are common in the Pacific Ocean; Hawaii is a good example. They form from large mantle plumes that slowly rise from the Earth’s depths. When they get close to the base of the Earth’s plates, the rocks of the plume as well as from the surrounding mantle melt and form volcanoes. Scientists have known since the 1960s that mantle plumes stay in place for a very long time while the Earth’s plates move over them. Every time the plate shifts a bit, the mantle plume produces a new volcano. One again, the Hawaiian archipelago perfectly illustrates the process. It explains the rows of extinct underwater volcanoes in the Pacific Ocean, with one or a few active ones at the end. The researchers wondrered whether that meant that the mantle plume under Easter Island had been active for 165 million years.

To answer that question, they needed evidence from the geology of the ‘Ring of Fire’ where oceanic plates subduct into the Earth’s mantle. They encountered a new difficulty because the plates from 165 million years ago have long since disappeared in the subduction zones. It appears that the plateau that existed at the time of the formation of Easter Island must have disappeared under the Antarctic Peninsula some 110 million years ago. The mountain range, whose traces are still clearly visible at Rapa Nui could well be the effect of subduction of a volcanic plateau that formed 165 million years ago. As a consequence, it shows that the Easter Island mantle plume could very well have been active for that long. This would solve the geological mystery of Easter Island: the ancient zircon minerals would be remnants of earlier magmas that were brought to the surface from deep inside the earth, along with younger magmas in volcanic eruptions.

But then another problem presents itself. The classical ‘conveyor belt theory’ is already difficult to reconcile with the observation that mantle plumes stay in place while everything around them continues to move.

One researcher said : “People explained this by saying that plumes rise so fast that they are not affected by a mantle that was moving with the plates. And that new plume material is constantly being supplied under the plate to form new volcanoes.” But in that case, old bits of the plume, with the old zircons, should have been carried off by those mantle currents, away from the location of Easter Island, and could not now be there at the surface. “From that, we draw the conclusion that those ancient minerals could have been preserved only if the mantle surrounding the plume is basically as stationary as the plume itself.” The discovery of the ancient minerals on Easter Island therefore suggests that the Earth’s mantle moves much slower than has always been assumed.

Source : Summary of several articles in the scientific press.

Conséquences du réchauffement climatique dans la région du Taal (Philippines) // Consequences of global warming in the Taal area (Philippines)

Jusqu’à présent, aux Philippines, la région autour du Taal était surtout sous la menace des éruptions. Aujourd’hui, les habitants redoutent les typhons et les glissements de terrain liés au réchauffement climatique.
Au bord du lac Taal, les 40 000 habitants de Talisay n’avaient jamais connu de glissement de terrain, mais le 24 octobre 2024, un déluge de pluie, de boue, de rochers et d’arbres déracinés a dévalé une colline aux pentes abruptes et enseveli une douzaine de maisons.
Talisay, à environ 70 kilomètres au sud de Manille, a été l’une des nombreuses localités ravagées par la tempête tropicale Trami. C’est le plus meurtrier des 11 typhons qui ont frappé les Philippines cette année. La tempête s’est ensuite dirigée vers le Vietnam après avoir traversé la mer de Chine méridionale, et laissé derrière elle au moins 126 morts et disparus. Plus de 5,7 millions de personnes se trouvaient sur la trajectoire du typhon dans les provinces du nord et du centre.

Image satellite de Trami sur les Philippines

Le glissement de terrain est une nouvelle source d’inquiétude à Talisay et vient rappeler la dure réalité aux Philippines, pays considéré comme l’un des plus exposés aux catastrophes naturelles extrêmes avec le réchauffement climatique. Situé entre l’océan Pacifique et la mer de Chine méridionale, l’archipel philippin est la porte d’entrée d’une vingtaine de typhons et tempêtes qui s’abattent sur ses 7 600 îles chaque année, certains avec une force dévastatrice. Le pays, qui compte plus de 110 millions d’habitants, se trouve également sur la Ceinture de Feu du Pacifique où se produisent de nombreuses éruptions et la plupart des séismes dans le monde.
Des conditions météorologiques de plus en plus destructrices imputées au réchauffement climatique viennent s’ajouter aux difficultés économique qui ont forcé les gens à vivre et à travailler dans des zones auparavant interdites car jugées trop dangereuses. Une telle situation expose aux catastrophes de plus en plus de communautés à travers l’Asie du Sud-Est. C’est ainsi que des villages ont surgi sur des flancs de montagnes sujets aux glissements de terrain, sur des pentes de volcans actifs, sur des lignes de faille sismiques, ou encore sur des côtes souvent inondées par des raz-de-marée.
Lors d’une récente conférence aux Philippines, le sous-secrétaire général des Nations Unies a averti que les catastrophes, notamment celles causées par des tempêtes de plus en plus féroces, menacent davantage de personnes. Elles risquent d’entraver le progrès économique de la région si les autorités n’investissent pas davantage dans la prévention des catastrophes.
Talisay se trouve au nord du Taal, l’un des 24 volcans les plus actifs du pays. Des milliers de gens pauvres sont venus à Talisay au fil des décennies et de nouveaux villages sont apparus à l’intérieur des terres, loin du lac, en direction d’une colline de forme allongée, de 32 kilomètres de long et d’une hauteur moyenne de 600 mètres. Cette colline n’avait jamais posé de risque majeur jusqu’à présent. La principale préoccupation a toujours été le Taal, qui entre en éruption de façon intermittente depuis les années 1500. En 2020, l’une d’elles a déplacé des centaines de milliers de personnes et envoyé des nuages de cendres jusqu’à Manille, obligeant la fermeture de l’aéroport international.

Carte de la région du Taal avec Talisay au nord du lac

Aujourd’hui, avec les précipitations plus intenses provoquées par les nouvelles conditions météorologiques, la zone proche de la colline n’est plus sûre.
Source : The Manila Bulletin.

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Up to now in the Philippines, the area around Taal Volcano was under the threat of eruptions. Today, people fear the typhoons and the landslides linked to global warming.

In the lakeside town of Talisay, the 40,000 inhabitants had never experienced landslides in their lifetime, but on October 24th, 2024, an avalanche of rainwater, mud, boulders and toppled trees cascaded down a steep ridge and buried about a dozen houses.

Talisay, about 70 kilometers south of Manila, was one of several towns ravaged by Tropical Storm Trami, the deadliest of 11 typhoons to hit the Philippines this year. The storm veered toward Vietnam across the South China Sea after leaving at least 126 people dead and missing. More than 5.7 million people stood in the storm’s path in northern and central provinces.

https://youtu.be/PxcxEvN5JXw

Such a landslide is a new cause of worry in Talisay and the latest reality check in the Philippines, long regarded as one of the world’s most disaster-prone countries, in the era of global warming extremes. Located between the Pacific Ocean and the South China Sea, the Philippine archipelago is regarded as the doorway for about 20 typhoons and storms that barrel through its 7,600 islands each year, some with devastating force. The nation of more than 110 million people also lies in the Pacific “Ring of Fire,” where many volcanic eruptions and most of the world’s earthquakes occur.

A deadly mix of increasingly destructive weather blamed on global warming and economic desperation that has forced people to live and work in previously off-limits disaster zones has exposed to disasters many communities across Southeast Asia. Villages have sprouted in landslide-prone mountainsides, on active volcano slopes, on earthquake fault lines and coast lines often inundated by tidal surges.

A United Nations Assistant Secretary-General warned during a recent conference in the Philippines that disasters, including those caused by increasingly ferocious storms, were threatening more people and could derail the region’s economic progress if governments don’t invest more in disaster prevention.

Talisay lies north of Taal, one of the country’s 24 most-active volcanoes. Thousands of poor settlers have descended on Talisay over the decades and new villages had expanded inland away from the lake toward a 32-kilometer long ridge with an average height of 600 meters. The ridge had never posed any major risks up to now. The key worry has always been the volcano, which has been erupting on and off since the 1500s. In 2020, Taal’s eruption displaced hundreds of thousands and sent clouds of ash all the way to Manila, shutting the main international airport.

Today, with the heavier rains triggered by the new weather conditions, the area close to the ridge is no longer safe.

Source : The Manila Bulletin.