Sismicité dans la région de l’Askja (Islande) : Pas d’éruption en vue // Seismicity in the Askja area (Iceland) : No sign of an eruption

Un essaim sismique a été enregistré au cours des derniers jours à proximité de la caldeira de l’Askja, à une profondeur d’environ 5 kilomètres. L’essaim comprenait plus de 300 événements avec des magnitudes maximales de M 3,4 et M 3,2. Les géologues locaux indiquent que la sismicité a une origine tectonique et qu’il n’y a aucun signe de mouvement de magma dans la partie superficielle de la croûte. La dernière éruption de l’Askja a eu lieu en 1961, avec un VEI 2.

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 A seismic swarm has been recorded near the Askja caldera, at a depth of about 5 kilometres during the past few days. The swarm included more that 300 events with maximum magnitudes of M 3.4 and M 3.2. Local geologists indicate that the seismicity has a tectonic origin and there are no signs of magma movement in the shallow part of the crust. The last eruption of Askja took place in 1961, with a VEI 2.

Vue de la caldeira de l’Askja, avec l’Öskjuvatn et le Viti (Photo: C. Grandpey)

Volcanisme et tectonique dans la Mer Tyrrhénienne // Volcanism and tectonics in the Tyrrhenian Sea

L’article paru sur le site Live Science le 27 septembre 2019 n’est pas vraiment une surprise, car on sait depuis pas mal de temps que des activités tectoniques et volcaniques se sont déjà produites au fond de la mer Tyrrhénienne, au large des côtes siciliennes.
Le fond de la mer Tyrrhénienne près du sud-ouest de l’Italie, est parsemé de cheminées hydrothermales et de volcans sous-marins aux sommets plats datant d’environ 780 000 ans. Le volcanisme dans la région n’est pas vraiment surprenant puisque des volcans actifs comme le Vésuve et l’Etna se trouvent à une courte distance. Cependant, ce complexe est très particulier car il a été édifié par un système de failles très particulier.
La Méditerranée occidentale est très active d’un point de vue sismique suite à la collision entre les plaques tectoniques africaine, eurasienne et anatolienne. La situation est rendue encore plus complexe par un petit morceau de croûte, la microplaque Adriatico-Ionienne, qui s’est détachée de la plaque africaine il y a plus de 65 millions d’années. Elle est maintenant poussée sous la plaque eurasienne dans un processus de subduction.
Comme je l’ai écrit dans une note précédente, les scientifiques ont découvert une série d’arcs volcaniques sous-marins créés par cette situation tectonique ; ces arcs commencent près de la côte sarde et deviennent de plus en plus jeunes en allant vers le sud et l’est. Ces arcs ont l’aspect d’une flèche qui pointe toujours plus vers l’est.

Au large de la Calabre, les chercheurs ont découvert une région de coulées de lave, de volcans et de cheminées hydrothermales d’une superficie de 2 000 kilomètres carrés. Les bouches qui percent les fonds marins permettent l’évacuation de minéraux à haute température et la formation de structures semblables à des cheminées. Ils ont baptisé cette nouvelle zone Complexe Intrusif Volcanique Diamante-Enotrio-Ovidio, par référence à trois volcans sous-marins au sommet plat qui dominent le fond de la mer.
Des fractures ont permis au magma de remonter à la surface au niveau du Complexe Diamonte-Enotrio-Ovidio, créant ainsi un paysage sous-marin fait de coulées de lave et de volcans. Ces derniers sont maintenant des plateaux car ils dépassaient de la surface lorsque le niveau de la mer était plus bas. Ils se sont ensuite érodés pour prendre leur forme actuelle, avec le sommet plat. Le Complexe volcanique est inactif, mais il y a de petites intrusions de lave dans certaines parties du plancher marin. Les chercheurs pensent que la région pourrait redevenir active dans le futur, et un volcanisme actif se poursuit dans la partie orientale de la Mer Tyrrhénienne. Les chercheurs travaillent à l’élaboration d’une carte des risques volcaniques du Complexe afin de mieux comprendre s’il pourrait mettre en danger les zones habitées qui se trouvent à proximité. Ils étudient également la possibilité d’utiliser le Complexe pour produire de l’énergie géothermique.
Adapté d’un article publié sur le site Web Live Science.

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The article released on September 27th, 2019 in Live Science does not really come as a surprise as we have known for quite a long time that tectonic and volcanic activity once occurred on the seafloor off the coasts of Sicily.

The bottom of the Tyrrhenian Sea, near southwestern Italy, is dotted with geothermal chimneys and flat-topped seamounts which are about 780,000 years old. Volcanism in the region is not really a surprise as active volcanoes like Mount Vesuvius and Mount Etna are standing at a short distance. However, this complex is unusual because it was created by a rare kind of fault system.

The western Mediterranean is seismically restless because of the collision between the African, Eurasian and Anatolian tectonic plates. The situation is made all the more complex by a small chunk of crust – the Adriatic-Ionian microplate, which broke off from the African Plate more than 65 million years ago. It is now being pushed under the larger Eurasian Plate in a subduction process.

As I put it in a previous post, scientists discovered a series of undersea volcanic arcs created by this tectonic situation, starting near the Sardinian coast, with increasingly younger arcs southward and eastward. These arcs were like an arrow pointing ever farther eastward.

Off the coast of Calabria, the researchers found a 2,000-square-kilemetre region of lava flows, volcanic mountains and hydrothermal chimneys. Vents in the seafloor allow hot minerals to spew out and form chimney-like structures. They called the new area the Diamante-Enotrio-Ovidio Volcanic Intrusive Complex, after three flat-topped seamounts that dominate the seafloor.

Fractures are allowed magma to rise to the surface at the Diamonte-Enotrio-Ovidio Complex, creating an undersea landscape of lava flows and mountainous volcanoes. These volcanic seamounts are now plateaus because they protruded from the ocean when the sea level was lower, and they eroded into their present, flat-topped shape. The volcanic complex is inactive, but there are small intrusions of lava in some parts of the seafloor. The researchers think the area could become active in the future, and active volcanism is ongoing on the eastern side of the Tyrrhenian Sea. The researchers are working to build a volcanic risk map of the Complex to better understand if it could endanger human life or property.  They are also investigating the possibility of tapping the Complex to produce geothermal energy.

Adapted from an article published on the Live Science website.

Mer Tyrrhénienne (Source: Google Maps)

Volcanisme et tectonique sur l’Etna // Volcanism and tectonics on Mt Etna

Une étude intitulée “Time and space scattered volcanism of Mt. Etna driven by strike-slip tectonics” publiée le 20 août 2019 dans les Scientific Reports nous explique l’ascension du magma à l’intérieur de l’Etna.

Le travail, effectué par des scientifiques de l’INGV et de l’Institut National d’Océanographie et de Géophysique Expérimentale (OGS) a permis de déterminer les conditions qui permettent au magma de remonter vers la surface.
L’Etna se trouve dans une zone de failles transformantes. Grâce aux données sismiques, gravimétriques et magnétiques les chercheurs ont pu obtenir des images permettant de »voir » les secteurs où se situent les failles et comment elles sont organisées. Il y a au moins 500 000 ans, l’activité tectonique dans une vaste zone de failles de la partie sud du volcan (entre Acireale et les environs d’Adrano) a entraîné la formation de zones « d’ouverture »de la croûte terrestre qui ont été les voies préférentielles choisies par le magma pour sortir par des fissures éruptives disséminées le long de la ligne de faille. Ces fissures, identifiées entre Aci Trezza et Adrano, ont caractérisé les premières phases d’activité de l’Etna.
La déformation continue le long de la même zone de faille et même plus au nord, ainsi que leur interaction mutuelle, « ont entraîné la migration des zones d’éruption du magma et la fermeture soudaine de conduits éruptifs précédemment actifs ». C’est ce qui explique le processus de migration du volcanisme du versant sud (actif d’au moins 500 000 à environ 200 000 ans) vers la région de la Valle del Bove (entre 100 000 et 70 000 ans) et vers les centres éruptifs actuels (d’il y a 60 000 ans à aujourd’hui). La déformation induite par les failles sur le substrat sur lequel repose le volcan a également influencé le glissement du flanc E de l’Etna, qui se caractérise par une forte sismicité, comme en témoigne le séisme de décembre 2018.

Vous trouverez l’intégralité de l’étude (en anglais ) à cette adresse :

 https://www.nature.com/articles/s41598-019-48550-1

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 A study entitled « Time and space scattered volcanism of Mt. Etna driven by strike-slip tectonics » published August 20th, 2019 in the Scientific Reports explains the ascent of magma inside Mt Etna.
The work, carried out by scientists from INGV and the National Institute of Oceanography and Experimental Geophysics (OGS) has determined the conditions that allow magma to reach the surface.
Mt Etna is in a zone of strike-slip faults. Thanks to the seismic, gravimetric and magnetic data, the researchers were able to obtain images allowing to « see » the areas where the faults are located and how they are organized. At least 500,000 years ago, tectonic activity in a large fault zone in the southern part of the volcano (between Acireale and the Adrano area) resulted in the formation of « open » areas in the Earth’s crust which were the preferred pathways chosen by magma to exit through eruptive fissures scattered along the fault line. These fissures, identified between Aci Trezza and Adrano, characterized the first phases of activity of Mt Etna.
The continuous deformation along the same fault zone and even further north, as well as their mutual interaction, « have resulted in the migration of magma eruptive zones and the sudden closure of previously active eruptive ducts ». This accounts for the migration process of the southern slope volcanism (active from at least 500 000 to about 200 000 years ago) to the Valle del Bove region (between 100 000 and 70 000 years) and to the current eruptive centres (from 60,000 years ago to today). The deformation induced by the faults on the substrate on which the volcano rests has also influenced the sliding of the eastern flank of Mt Etna, which is characterized by a high seismicity, as evidenced by the earthquake of December 2018.
You will find the entire study at:
https://www.nature.com/articles/s41598-019-48550-1

Schémas illustrant l’évolution du volcanisme de l’Etna dans l’espace et dans le temps, en relation avec les systèmes de failles (Source : Scientific Reports)

Mayotte (Archipel des Comores): Ça secoue toujours ! // Mayotte (Comoro Islands): Seismicity is still high !

Dans des notes diffusées le 4 juillet et le 4 décembre 2018, j’indiquais que les habitants de Mayotte (250 000 habitants) étaient très inquiets à cause d’une hausse de la sismicité sur leur île. Un de mes amis m’indiquait que sa fille, médecin dans un hôpital de l’île, était inquiète quand elle ressentait les secousses, que ce soit à l’hôpital ou à son domicile. À l’hôpital, elle recevait la visite de patients souffrant de crises d’angoisse.

La situation ne s’esy pas améliorée ces dernières semaines. Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) vient d’enregistrer 99 séismes de magnitude supérieure à M 3,5 au cours des quinze derniers jours, soit en moyenne cinq par jour, avec une activité allant crescendo sur la période. En deux semaines, l’île a subi un total de 228 séismes et l’activité de faible magnitude (inférieure à M 3,5) est importante avec plusieurs séismes par heure.
Depuis le 10 mai 2018, on a enregistré à Mayotte plus de 1330 séismes de magnitude supérieure à M 3,5 dont l’épicentre se situe à une quarantaine de kilomètres à l’est de Mamoudzou, le chef-lieu de l’île.

Depuis le 11 novembre dernier, le BRGM note « un changement de typologie de certains séismes, » phénomène qui a provoqué la curiosité de la communauté scientifique mondiale. Pour le moment, on ne sait pas interpréter l’origine de ces signaux atypiques car « le système de mesures n’est pas suffisamment dimensionné et fin ». Si l’origine volcanique du phénomène – avec une composante tectonique – est désormais avérée, ces signaux atypiques qui proviennent d’un événement se déroulant à 3.500 mètres de profondeur en mer, sont en train d’être étudiés. Comme je l’ai fait remarquer à plusieurs reprises, nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les profondeurs de nos océans. Dans le cas présent, on manque d’informations sur la zone couvrant Mayotte, les Comores et Madagascar. Le BRGM prévoit d’installer des sismomètres terrestres et marins d’ici janvier 2019 et une campagne marine de cinq semaines devrait couvrir la zone en 2020. En attendant, la terre continue à trembler et la population à s’inquiéter.

Source : D’après un article paru sur le site web de la radio France Info.

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S’agissant de la sismicité, il semble que l’essaim observé dans la région de l’Herðubreið en Islande soit en train de toucher à sa fin. Au total, on a enregistré 170-180 événements avec des magnitudes entre M 0,5 et M 1,8 pour la plupart. Un séisme avait une magnitude de M 2,7.

Source : Met Office islandais.

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In posts released on July 4th and December 4th, 2018, I indicated that the inhabitants of Mayotte (pop. 250,000) were very worried because of an increase in seismicity on their island. A friend of mine had told me that his daughter, a doctor in a hospital on the island, was worried when she felt the tremors, whether in the hospital or at home. At the hospital, she was visited by patients suffering from anxiety.
The situation has not improved in recent weeks. The Bureau of Geological and Mining Research (BRGM) has recorded 99 earthquakes with a magnitude greater than M 3.5 during the last fifteen days, which means an average of five events per day, with activity increasing over the period. In two weeks, the island has been rocked by a total of 228 earthquakes and low magnitude activity (less than M 3.5) is significant with several earthquakes per hour.
Since May 10th, 2018, Mayotte has recorded more than 1330 earthquakes with a magnitude greater than M 3.5 whose epicentre was located about forty kilometres east of Mamoudzou, the capital of the island.
Since November 11th, the BRGM has noted « a change in the typology of certain earthquakes, » a phenomenon that has triggered the curiosity of the world scientific community. For the moment, researchers do not know how to interpret the origin of these atypical signals because « the measurement system is not sufficiently wide and accurate and fine ». If the volcanic origin of the phenomenon – with a tectonic component – is now proven, these atypical signals that come from an event taking place at a depth of 3,500 metres at sea, are being studied. As I have pointed out many times, we know the surface of Mars better than the depths of our oceans. As far as Mayotte is concerned, there is a lack of information on the area covering Mayotte, the Comoros and Madagascar. The BRGM plans to install ground and marine seismometers by January 2019 and a five-week marine campaign is expected to monitor the area in 2020. Meanwhile, the earth continues to tremble and the population to worry.
Source: Adapted from an article published on the website of the radio France Info.

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Still about seismicity, it looks as if the seismic swarm that was observed in the Herðubreið area (Iceland) is coming to an end. The total number of earthquakes has been 170-180, most of them with magnitudes of M 0.5 to M 1.8. One earthquake measured M 2.7.

Source: Icelandic met Office

Contexte tectonique de la région (Source: BRGM)

Sismicité à Mayotte et dans toute la région (Source: BRGM)