Le point sur les sargasses à la Martinique

Je viens de passer plusieurs jours à la Martinique et, entre mes conférences, je me suis rendu sur la côte atlantique de l’île pour me rendre compte de la situation concernant les sargasses. Au cours d’une première visite en mars 2018, j’avais été particulièrement impressionné par la gêne que ces algues causaient à la population.

Comme je l’ai expliqué à l’époque, les sargasses sont des algues brunes qui dérivent en nappes. Le nom « sargasse » vient de l’espagnol « sargazo » qui signifie « varech. »Elles tirent leur origine de la Mer des Sargasses. Ces énormes amas d’algues brunes sont transportés par les courants marins et certains bancs viennent échouer en Martinique. A noter que cette île – qui est également un département français – il serait bien que les autorités de la métropole ne l’oublient pas! – n’est pas la seule à être touchée. Ses voisines (Guadeloupe, Dominique, Saint Barth…) le sont aussi.

Tant que les sargasses sont dans l’eau ou lorsqu’elles sont sèches, elles ne présentent pas de danger particulier pour la santé. En revanche, c’est quand elles s’échouent sur les plages qu’elles peuvent devenir dangereuses car elles entrent en putréfaction et dégagent de l’hydrogène sulfuré (H2S) et de l’ammoniac (NH3). Comme je l’ai indiqué à l’issue de ma visite à la Martinique en mars 2018, ces gaz peuvent provoquer des maux de tête, des troubles olfactifs ou encore des irritations de la gorge et des yeux. Il est également fait état d’évanouissements. Les gaz émis par la décomposition des algues attaquent les peintures des maisons, sans oublier les matériels électroniques et informatiques.

Les touristes qui viennent à la Martinique ne doivent toutefois pas s’affoler car la situation est loin d’être aussi catastrophique qu’il y parait. D’une part, il existe des plages sans sargasses. D’autre part, les arrivages ne sont pas constants et varient d’un jour à l’autre.

Comme d’habitude, la métropole a été lente à réagir devant le problème des sargasses. Actuellement, les algues échouées sont collectées et ensuite transformées en compost. Lors de mon séjour à la mi août 2019, j’ai trouvé que la situation s’était améliorée au Vauclin, à la Pointe Faula en particulier, où elle était catastrophique en mars 2018. Certes, il y a encore des sargasses sur le littoral (voir les photos ci-dessous), mais l’odeur est moins pestilentielle A noter qu’une structure a été installée pour empêcher les sargasses d’envahir trop rapidement le littoral qui est un très agréable site de baignade.

Vues des sargasses à la Pointe Faula:

Structure destinée à freiner les invasions de sargasses:

Photos: C. Grandpey

Cérémonie d’adieu en Islande // Farewell ceremony in Iceland

Le 24 juillet 2019, j’ai écrit une note intitulée «Avis de décès», car elle annonçait la mort de l’Okjökull – également appelé Ok – un glacier islandais victime du réchauffement climatique. Il était prévu d’inaugurer la pose d’une plaque commémorative en lettres dorées, rédigée en islandais et en anglais, le 18 août 2019 sur le site de l’Okjokull, dans la partie ouest de l’île.
La cérémonie a effectivement eu lieu le 18 août, en présence de nombreuses personnes. La plaque a été apposée à l’emplacement du glacier. La Première Ministre islandaise était présente à la cérémonie. Elle a déclaré: « À Ok, les prévisions des scientifiques concernant les conséquences du réchauffement planétaire se sont matérialisées. Au train où vont les choses, d’autres glaciers disparaîtront dans les années et les décennies à venir. C’est pourquoi je considère ce moment comme un événement symbolique pour l’Islande, mais aussi pour le monde entier. »
Après la cérémonie, la plupart des invités se sont rendus à l’endroit où se trouvait le glacier. Il y a cinq ans, il a été décidé que Ok ne pouvait plus être qualifié de glacier. À son apogée, en 1900, il mesurait environ 15 kilomètres carrés avant de ne plus couvrir que 0,7 km2 en 2012 et de se réduire encore davantage depuis cette année-là. Les scientifiques soulignent que c’est est la conséquence de la crise climatique et que d’autres glaciers islandais sont en train de reculer rapidement.
Source: Iceland Monitor.

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On July 24th, 2019, I wrote a post entitled « Orbituary » because it announced the death of Okjökull – also called Ok – an Icelandic glacier killed by global warming. A commemorative plaque in gold letters written in Icelandic and English was expected to be inaugurated on August 18th, 2019 on the Okjokull site, in the western part of the island

The memorial service did take place on August 18th, attended by numerous people. The plaque was placed where the glacier used to be. The Icelandic Prime Minister was present at the ceremony. She declared: “At Ok, the predictions of scientists regarding the consequences of global warming have materialized. If the development continues, more glaciers will disappear in coming years and decades. This is why I regard this moment today as a symbolic event for Iceland and, in fact, the whole world.”

Following the ceremony, most of the guests hiked up to the place where the glacier used to be. Five years ago, it was declared that Ok no longer qualified as a glacier. At its largest, in 1900, it measured about 15 square kilometres, but had diminished to 0.7 km2 in 2012, and has become even smaller since then. Scientists point out that this is the result of the climate crisis and that other Icelandic glaciers are fast retreating.

Source : Iceland Monitor.

Vue du Glacier Ok, ou ce qu’il en reste (Crédit photo: Iceland Monitor)

La fonte du Glacier Blanc (Hautes-Alpes) [suite]

Dans une note publiée le 27 octobre 2017, j’attirais l’attention sur la fonte rapide du Glacier Blanc, dans les Hautes-Alpes. C’est le glacier le plus méridional de France. Il commence à se former à 4015 mètres d’altitude et descend jusqu’à 2350 mètres. En 2017, j’avais pu l’observer et le photographier depuis le célèbre Pré de Madame Carle, point de départ de nombreuses excursions dans le massif des Ecrins.

Un article paru dans la revue Sciences et Avenir en juillet 2019 confirme la fonte ultra rapide de ce glacier – il recule d’environ 25 mètres chaque année – et attire l’attention sur ses conséquences. Les dernières estimations des climatologues révèlent qu’il devrait perdre 90% de sa masse d’ici à 2050 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Même si l’Accord de Paris était respecté, avec une hausse maximale de la température à 2°C, on estime que 71% de la masse glaciaire aurait disparu d’ici là.

Le glacier est surveillé attentivement par les glaciologues grenoblois qui utilisent les images obtenues lors de survols ainsi que les données satellitaires, sans oublier les visites sur le terrain à la fin de l’hiver et au terme de l’été.

Ces différentes observations montrent que le Glacier Blanc avait repris du volume dans les années 1920, puis de nouveau entre les années 1960 et 1980, avant de reculer de manière spectaculaire par la suite.

Les conséquences de cette fonte sont visibles sur le terrain où des espèces végétales ont commencé à prendre la place de la glace. Le changement de paysage ne sera malheureusement pas la seule conséquence de la fonte du Glacier Blanc. Il ne faudrait pas oublier qu’il est un important contributeur au remplissage du barrage de Serre-Ponçon qui permet de produire de l’hydroélectricité et d’arroser les terres de Provence en période de sécheresse. Il est fort à parier que dans un bref avenir, on ne pourra plus compter sur ce réservoir d’eau vital pour toute une région. Par sa situation, le Glacier Blanc n’est pas trop menacé par les éboulements ou les glissements de terrain. Lors de ma visite au Pré de Madame Carle en 2017, je regardais le chaos minéral qui entoure le site et je me disais que les alpinistes devraient se méfier de la fonte du permafrost de roche en haute altitude. Le phénomène génère des chutes de roches, comme cela s’est déjà produit à plusieurs reprises dans le massif du Mont Blanc.

Source : Sciences et Avenir.

Photos: C. Grandpey

Les canicules ont fait fondre les glaciers suisses // The heatwaves have melted the Swiss glaciers

En juin et juillet 2019, de fortes vagues de chaleur ont affecté une grande partie de l’Europe. Cette chaleur extrême s’est ensuite déplacée vers le nord, où elle s’est attaquée à la calotte glaciaire du Groenland. Il n’y a pas qu’en Arctique que le changement climatique a provoqué des dégâts. En Europe, les glaciers alpins ont également souffert, que ce soit en France, en Italie, en Autriche ou en Suisse.

Les glaciers suisses en particulier ont enregistré des taux de fonte exceptionnellement élevés au cours des dernières vagues de chaleur de la fin juin et de la fin juillet. Le bilan de la fonte est bien résumé dans le rapport du réseau suisse de surveillance des glaciers (GLAMOS). Selon ce réseau, les glaciers du pays ont perdu environ 800 millions de tonnes de glace au cours de ces deux dernières canicules, ce qui est exceptionnel pour une période de 14 jours. L’estimation préliminaire repose sur une analyse précoce des mesures effectuées sur certains sites, combinée à un modèle qui les met à l’échelle pour estimer les pertes de glace totales dans l’ensemble. Une analyse plus détaillée suivra à la fin de l’été pour estimer les pertes cumulatives de la saison et les comparer aux étés précédents. Malgré tout,  les données actuelles montrent que les pertes de cette année ont été extrêmement rapides. Pourtant, les chutes de neige sur les Alpes ont été abondantes et même supérieures à la moyenne au cours du dernier hiver. Les glaciers ont donc commencé l’été avec une épaisse couche de neige. Les scientifiques espéraient qu’ils termineraient la saison sur une meilleure note que ces dernières années, mais avec la première vague de chaleur, la neige a commencé à fondre rapidement. La deuxième vague a vraiment porté l’estocade. Les glaciologues indiquent qu’avec les deux vagues de chaleur, les courbes ont très rapidement décliné et nous sommes maintenant à la moyenne des dix dernières années, voire un peu en dessous.

Dans les Alpes européennes, d’autres régions ont également été touchées par les vagues de chaleur cet été. À environ 80 kilomètres au nord du Mont-Blanc, un grand étang d’eau liquide s’est formé à très haute altitude. La photo a été largement partagée par les médias du monde entier. Dix jours plus tôt, avant la première canicule, la même zone était complètement gelée.

Tous les glaciologues s’accordent pour dire que tous les glaciers alpins se retirent depuis au moins le milieu du 19ème siècle, mais le recul s’est accéléré au cours des dernières décennies. Les changements les plus impressionnants ont été observés sur les plus grands glaciers suisses, comme l’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, qui a reculé de près de 3 km depuis 1870.

Le modèle mis en place par le GLAMOS ne se limite pas aux glaciers suisses. Les scientifiques ont observé des reculs glaciaires à travers l’Europe, notamment en France, en Autriche et en Italie. Une étude récente publiée début 2019 dans la revue The Cryosphere estime qu’en 2100, environ un tiers du volume total des glaciers des Alpes européennes pourrait être perdu, même si les pays parviennent à atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Dans un scénario où les émissions de gaz à effet de serre se maintiendraient à leurs niveaux actuels, plus de 90% de la glace pourrait disparaître. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, d’autres études ont également fait des projections très négatives pour les glaciers dans d’autres parties du monde, comme l’Hindu Kush et l’Himalaya.

Source : Science.

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In June and July 2019, very severe heat waves affected much of Europe. This extreme heat then moved north, where it attacked the Greenland icecap. It was not only in the Arctic that climate change caused a lot of damage. In Europe, alpine glaciers have also suffered, whether in France, Italy, Austria or Switzerland.
Swiss glaciers in particular have experienced unusually high melt rates during the last heat waves in late June and late July. This melting is well summarized in the report of the Swiss Glacier Monitoring Network (GLAMOS). According to this network, the country’s glaciers have lost about 800 million tons of ice during the last two heat waves, which is exceptional for a period of 14 days.The preliminary estimate is based on an early analysis of on-site measurements at certain sites, combined with a model that scales up the measurements to estimate total ice losses throughout the country. A more detailed analysis will follow at the end of the summer, which will estimate the season’s cumulative losses and compare them to previous summers. Nevertheless, current data show that this year’s losses have been extremely rapid. However, snowfall on the Alps was plentiful and even above average over the last winter. The glaciers began the summer with a thick layer of snow. Scientists hoped they would end the season on a better note than in recent years, but with the first heat wave, the snow began to melt quickly. The second wave really brought the thrust. Glaciologists say that with both heat waves, the curves have declined very rapidly and we are now at the average of the last ten years, or even a little below.
In the European Alps, other regions have also been affected by heat waves this summer. About 80 kilometers north of Mont Blanc, a large pond of liquid water has formed at very high altitude. The photo has been widely shared by the media around the world. Ten days earlier, before the first heat wave, the same area was completely frozen.
All glaciologists agree that all alpine glaciers have been retreating since at least the mid-19th century, but the decline has accelerated in recent decades. The most impressive changes have been observed on the largest Swiss glaciers, such as Aletsch, the largest glacier in the Alps, which has decreased by almost 3 km since 1870.
The model put in place by GLAMOS is not limited to Swiss glaciers. Scientists have observed glacial retreats across Europe, particularly in France, Austria and Italy. A recent study published in early 2019 in The Cryosphere estimates that by 2100, about one-third of the total volume of glaciers in the European Alps could be lost, even if countries manage to achieve the climate goals of the Paris Agreement. In a scenario in which greenhouse gas emissions remain at current levels, more than 90% of the ice could disappear. As I have put it many times, other studies have also made very negative projections for glaciers in other parts of the world, such as Hindu Kush and Himalayas.
Source: Science.

Lac de fonte glaciaire au pied de la Dent du Géant (Crédit photo: Bryan Mestre)

Vue du glacier Aletsch; on remarquera les traces laissées par la perte de glace sur le flanc de la montagne (Photo: C. Grandpey)

Le glacier du Rhône subit, lui aussi, les assauts des vagues de chaleur (Photo: C. Grandpey)