Islande : le Met Office espère toujours une éruption… // The Met Office is still hoping for an eruption

Le Met Office islandais (IMO)est contraint d’admettre que la probabilité d’une éruption à Svartsengi est en train de s’éloigner. Les derniers résultats de modélisation géodésique montrent que l’alimentation magmatique du dike qui s’est formé le 10 novembre 2023, a probablement cessé. Le Met Office ajoute que même si l’accumulation de magma se poursuit sous le secteur de Svartsengi, le risque d’une éruption à brève échéance a considérablement diminué.
Comme je l’ai écrit précédemment, il faut rester vigilant car un nouvel afflux de magma dans le dike changerait la donne. L’IMO explique que « l’activité à Svartsengi n’est pas encore terminée et un nouveau chapitre pourrait avoir commencé avec la forte probabilité d’une nouvelle propagation du magma et, par la suite, la forte probabilité d’une éruption. » Il est important d’utiliser le conditionnel car nous ne savons pas ce qui se passe en profondeur sous la zone de Svartsengi.
Poursuivant ses prévisions risquées, l’IMO déclare : « En observant le schéma global d’accumulation à répétition du magma, on peut estimer que la prochaine propagation de magma depuis Svartsengi pourrait se produire à une échelle plus petite que celle observée le 10 novembre…Elle pourrait persister pendant plusieurs heures ou jours avec un risque accru d’éruption dû à l’activité sismique et à la déformation du sol pendant cette période. Là encore, le conditionnel est indispensable car nous ne savons pas ce qui se passe sous nos pieds…
La sismicité est actuellement faible sur la péninsule de Reykjanes. La plupart des événements se concentrent dans la partie centrale du dike, à une profondeur de 3 à 4 km.
Les résultats de la modélisation indiquent que le volume de magma accumulé jusqu’à présent sous Svartsengi est inférieur à celui d’avant l’intrusion magmatique du 10 novembre.
Source  : IMO

Lors d’une récente réunion du conseil municipal de Grindavík, il a été convenu de différer les réparations des fractures qui se sont ouvertes dans la ville. Il a été suggéré de les préserver et en faire un mémorial des catastrophes naturelles.
Dans le même temps, les travaux de colmatage des fractures qui ont coupé les routes et endommagé des conduites d’eau sont en cours, mais il a été décidé de reporter les réparations des fractures qui se trouvent hors des sentiers battus et celles qui ne présentent aucun risque.
Source : Iceland Monitor.

La sismicité est faible en ce moment sur la péninsule de Reykjanes et le risque d’une éruption semble s’éloigner, même s’il faut rester vigilant.

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The Icelandic Meteorological Office (IMO) is at last admitting a decreased likelihood of an eruption at Svartsengi.The latest geodetic modeling results suggest that magma inflow to the dike, which formed on November 10th,2023 has likely ceased. The Office adds that although magma accumulation continues beneath Svartsengi, the immediate eruption risk along the dike has significantly reduced.

As I put it before, one should remain vigilant as a new influx of magma to the dike would change the situation. The IMO explains that « the ongoing activity at Svartsengi, is not yet over and a new chapter may have begun with an increased chance of a new magma propagation and, subsequently, increased likelihood of an eruption. » The importznt word is MAY as we do not know what is happening in depth beneath the Svartsengi area.

Going on with its risky prediction, the IMO says : “When looking at the overall pattern with repeated magma accumulation, it can be estimated that the next magma propagation from Svartsengi might be on a smaller scale than the one previously formed on November 10th… It could persist for several hours or days with an increased risk due to seismic activity and deformation during that period.” Here again, COULD and MIGHT are the ilmportant words as we do not know…

Seismicity is currently low on the Reykjanes Peninsula. Most events are concentrated along the middle of the dike at a depth of 3 – 4 km.

Modeling results indicate that the volume of magma currently accumulated under Svartsengi is less than that before the November 10th dike intrusion.

Source : IMO

At a recent meeting of the town council of Grindavík, it was agreed to postpone repairs of certain faults in the town. There are ideas to preserve them and make them a memorial to the natural disasters in the town.

In the meantime, work to close the cracks that have severed roads and cracks with water pipes is ongoing but it was decided to postpone repairs of cracks that are off the beaten path and those that do not pose any risk.

Source : Iceland Monitor.

Prévision éruptive : où en est-on ?

L’actualité volcanique a été particulièrement riche ces dernières semaines, avec quatre éruptions quasi simultanées sur la péninsule de Reykjanes en Islande, sur l’Etna  en Sicile, sur le Piton de la Fournaise à la Réunion et sur La Soufrière de St Vincent. Comment les scientifiques ont-ils appréhendé ces éruptions qui, pour le moment, n’ont fait aucune victime ? Il est vrai que trois d’entre elles sont effusives, avec un risque relativement faible pour la population. Il faut garder à l’esprit que la prévision éruptive ne revêt réellement de l’importance lorsque des populations sont menacées et qu’il s’agit de définir une stratégie pour les protéger.

Après beaucoup de questions et de tergiversations parmi les scientifiques islandais pour savoir si la sismicité enregistrée sur la péninsule de Reykjanes était due à la présence d’un dyke, et ensuite si le dyke allait donner naissance à une éruption, la lave a enfin percé la surface à 18h45 (heure locale) le 19 mars 2021. La zone de l’éruption, la Geldingadalur se situait loin des zones habitées et il a été relativement facile pour les autorités islandaises de gérer cet événement.

Un très grand nombre d’Islandais sont venus assister au spectacle. Plusieurs sentiers d’accès ont été mis en place au fur et à mesure de l’évolution des coulées de lave. Au bout de quelques jours, les scientifiques ont eu la surprise de voir de nouvelles bouches apparaître le long de la fracture éruptive, mais leur activité ne posait pas le moindre problème. Seuls les gaz auraient pu incommoder les personnes présentes, Il leur a été conseillé de veiller à avoir le vent dans le dos pour éviter tout désagrément. Contrairement au Piton de la Fournaise, « chaleur et toxicité des gaz »  n’ont tué personne en Islande. On a juste recensé quelques blessures (entorses, foulures, etc.) sans gravité.

Très peu de visiteurs étrangers ont pu observer l’éruption jusqu’à présent à cause des interdictions de circuler en vigueur dans de nombreux pays, mais aussi à cause des restrictions d’accès imposées par les autorités islandaises.

Au final, on peut dire que, s’agissant de l’éruption en cours,  la prévision éruptive n’a, pour le moment, qu’une importance très relative en Islande.

Crédit photo : http://www.ruv.is

Le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) nous offre, lui aussi, une éruption effusive depuis le 9 avril 2021. Comme à l’accoutumée, elle se déroule dans l’Enclos Fouqué et aucune population n’est menacée. Là aussi, le prévision éruptive n’a qu’une importance relative. Il en irait différemment si la lave décidait de sortir de l’Enclos et menaçait des maisons, comme cela s’est déjà produit par le passé. Malgré tout, avec une éruption effusive comme celle-ci ou celle en Islande, le risque humain est quasiment nul. On l’a vu en 2018 avec l’éruption du Kilauea (Hawaii) qui a détruit plusieurs centaines de structures, sans faire de victimes.

L’OVPF fournit quotidiennement des informations  qui permettent de bien suivre le déroulement des événements. Deux randonneurs ont perdu la vie ces derniers jours, mais ils se trouvaient dans l’Enclos dont l’accès était interdit. La cause exacte de leur décès reste à déterminer.

Source : OVPF

Après une période calme, l’Etna (Sicile) semble vouloir reprendre du service. Une activité strombolienne anime à nouveau le Cratère SE. Allons-nous assister à une nouvelle série de « paroxysmes » ? L’INGV explique qu’il n’a pas la réponse. Tant que cette activité éruptive restera concentrée dans la zone sommitale du volcan, il s’agira juste d’un beau spectacle pour les yeux. Nous sommes particulièrement gâtés par les webcams dont certaines proposent de superbes images en streaming. La situation serait plus inquiétante si des coulées de lave menaçaient des bourgades sur les flancs du volcan, comme ce fut le cas pour Zafferana Etnea au cours de l’éruption de 1991-1994. Là encore, les dégâts seraient matériels et, sauf imprudence, aucune vie humaine ne serait en jeu.

La cendre volcanique est le seul problème pour la population qui est contrainte à manier le balai au moment des paroxysmes. C’est aussi un problème pour les agriculteurs car les plantations n’apprécient guère les dépôts de cendre. En fonction de la direction du vent, l’aéroport de Catane est parfois contraint d’arrêter ses activités mais, répétons le, des vies humaines ne sont pas menacées directement par une éruption de l’Etna, donc la prévision prend, là aussi, une importance relative.

Il en va différemment lorsqu’il s’agit d’un volcan explosif situé dans une zone de subduction, comme La Soufrière à St Vincent-et-les-Grenadines. Cela faisait plusieurs semaines que les scientifiques s’inquiétaient car on observait la croissance d’un dôme de lave dans le cratère du volcan, juste à côté de celui laissé par l’éruption de 1979. Personne ne savait comment ce dôme allait évoluer. Allait-il cesser de croître sans autre conséquence ? Allait-il continuer sa croissance et déborder du cratère en déclenchant des coulées pyroclastiques ? Allait-il exploser ? Personne n’avait la réponse. On savait que l’une de ces hypothèses était probablement la bonne, mais laquelle ? Prévision éruptive nulle !

Le 8 avril 2021, les scientifiques de l’Université des Antilles (UWI) en charge de la surveillance du volcan ont observé une très forte intensification de la sismicité. Ils ont alerté les autorités et il a été décidé – en appliquant le principe de précaution – d’évacuer la population dans la zone nord de l’île, celle qui était le plus sous la menace du volcan. La décision était la bonne car le 9 avril, un très volumineux panache de cendre s’échappait du cratère, avec des très importantes retombées de cendre.

On peut dire que les scientifiques de l’UWI ont eu beaucoup de chance car l’éruption aurait pu débuter plus rapidement et différemment, dès le 8 avril, avec des coulées pyroclastiques. La situation aurait alors pris une autre tournure au niveau humain. Par bonheur, les coulées pyroclastiques se sont produites plusieurs jours plus tard , et uniquement sue le versant ouest de La Soufrière.

Les dégâts causés par la cendre sont immenses et il faudra très longtemps pour que St Vincent retrouve une situation acceptable. Heureusement, l’aide internationale et celle des autres îles de la Caraïbe permettent d’amortir le choc.

Cela fait plusieurs jours que le volcan s’est calmé, mais l’UWI prévient que des sursauts d’activité restent possibles et demande à la population de rester très vigilante.

Quelque 13 000 personnes ont été déplacées par l’éruption. Environ  6 200 vivent dans des abris temporaires et doivent faire face aux problèmes habituels de promiscuité et de santé, en sachant que l’épidémie de Covid-19 n’arrange pas les choses.

On peut donc dire que, pour le moment – contrairement à l’éruption de 1902 et ses 1600 victimes – l’éruption de La Soufrière se passe sans perte humaine, en dépit des difficultés de la prévision éruptive sur ce type de volcan. Le principe de précaution a été mis en œuvre et c’est une sage décision.

Source : UWI