La fonte rapide du Groenland (suite, mais pas fin !) // The rapid melting of Greenland (continued, but not finished!)

Dans un article intitulé « Ça fait peur » : des chercheurs ont calculé la fonte des glaces au Groenland depuis 1972, le site web de la chaîne de radio France Info attire notre attention sur la fonte rapide du Groenland qui est six fois plus rapide aujourd’hui que dans les années 1980.

C’est ce que nous apprend une étude parue le 22 avril 2019 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. Des chercheurs ont recalculé la perte de glaces depuis 1972, date de la mise en orbite des premiers satellites Landsat qui ont permis de photographier et d’analyser avec précision le comportement de la glace dans l’Arctique.

Les glaciologues disposent de trois méthodes pour mesurer la fonte glaciaire. 1) Des satellites mesurent tout simplement la hauteur de la glace et ses variations grâce à un laser. Si un glacier fond, le satellite voit son altitude baisser. 2) Une seconde technique utilise depuis 2002 des satellites de la NASA afin de mesurer les variations de gravité terrestre. 3) Les scientifiques ont développé des modèles dits de bilan de masse qui comparent ce qui s’accumule sur le Groenland (pluie, neige) avec ce qui en sort (rivières de glace), et calculent la différence. Ces modèles, associés à des mesures sur le terrain, sont devenus très fiables depuis le milieu des années 2000. La marge d’erreur est seulement de 5 à 7%, contre 100% il y a quelques décennies.

Les glaciologues ont utilisé ces modèles pour remonter dans le temps et reconstruire dans le détail la situation de la glace du Groenland dans les années 1970 et 1980. Le peu de données dont ils disposaient pour cette période (photos satellites de moyenne résolution, photos aériennes, carottages de neige et autres observations de terrain) a permis d’affiner le modèle. La conclusion est alarmante : La glace fond six fois plus vite aujourd’hui

Dans les années 1970, le Groenland a gagné en moyenne 47 gigatonnes (Gt) de glace par an, avant d’en perdre un volume équivalent dans les années 1980. La fonte continue à ce rythme dans les années 1990, avant une accélération forte à partir des années 2000 (187 Gt/an) et surtout depuis 2010 (286 Gt/an). Cela signifie que la glace fond six fois plus vite aujourd’hui que dans les années 1980. A eux seuls, les glaciers du Groenland ont probablementt contribué à faire monter le niveau des océans de 13,7 millimètres depuis 1972.

Source : France Info.

Pour une vue complète de la fonte du Groenland, je conseille la lecture d’un article paru sur le site « global-climat à cette adresse:

La perte de glace au Groenland multipliée par six depuis les années 1980

L’article de France Info se limite au Groenland, mais il ne faudrait pas oublier que c’est dans l’ensemble de l’Artique que la fonte de la glace est en train de s’accélérer. Les glaciers d’Alaska et le permafrost fondent eux aussi. Nous allons droit dans le mur mais, comme l’a dit Nicolas Hulot, « tout le monde s’en fiche » et certains même se frottent les mains. Des chefs d’état comme Donald Trump et Vladimir Poutine laisseront faire et se réjouiront quand la disparition de la glace découvrira les richesses minières (gaz naturel et pétrole, entre autres) qu’elle dissimulait jusqu’à présent. Ils ne diront rien non plus quand les navires et la pollution qu’ils laissent dans leur sillage emprunteront les passages du nord-est et du nord-ouest. Heureusement, à un moment ou un autre, la Nature nous rappellera sévèrement que c’est elle, pas les êtres humains,  qui gère la planète!

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In an article entitled « It’s scary »: researchers have calculated the melting of ice in Greenland since 1972, the website of the radio channel France Info draws our attention to the rapid melting of Greenland which is six times faster today than in the 1980s.
This is what we can read in a study published on April 22nd, 2019 in the Proceedings of the National Academy of Sciences. Researchers have recalculated the loss of ice since 1972, when the first Landsat satellites were put into orbit to accurately photograph and analyze the behaviour of ice in the Arctic.
Glaciologists have three methods for measuring glacial melt. 1) Satellites simply measure the height of the ice and its variations with a laser. If a glacier melts, the satellite sees its altitude drop. 2) A second technique has been using NASA satellites since 2002 to measure Earth’s gravity variations. 3) Scientists have developed so-called mass balance models that compare what accumulates on Greenland (rain, snow) with what comes out (rivers of ice), and calculate the difference. These models, combined with field measurements, have become very reliable since the mid-2000s. The margin of error is only 5 to 7%, compared to 100% a few decades ago.
Glaciologists have used these models to go back in time and reconstruct in detail the situation of Greenland ice in the 1970s and 1980s. The limited data they had for this period (medium-resolution satellite photos, aerial photos, snow coring and other field observations) helped to refine the model. The conclusion is alarming: The ice melts six times faster today
In the 1970s, Greenland gained an average of 47 gigatonnes (Gt) of ice a year, before losing an equivalent amount in the 1980s. Melting continued at this rate in the 1990s, before a sharp acceleration srating in the 2000s (187 Gt / year) and especially since 2010 (286 Gt / year). This means that the ice is meltin,g six times faster today than in the 1980s. The Greenland glaciers alone have probably helped raise the sea level by 13.7 millimetres since 1972.
Source: France Info.

The France Info article of France Info is limited to Greenland, but it should not be forgotten that the melting of the ice is accelerating in the whole Artic. Alaskan glaciers and the permafrost are melting as well. We are going straight into the wall but, as Nicolas Hulot said, « nobody cares » and some even rub their hands. Heads of state like Donald Trump and Vladimir Putin will let go and rejoice when the disappearance of the ice will uncover the mineral wealth (natural gas and oil, among others) that it hid until now. They will not say anything either when the ships and the pollution they leave in their wake will travel along the northeastern and northwestern passages. Fortunately, at one time or another, Nature will remind us harshly that human beings, do not manage the planet!

Photos: C. Grandpey

Les fluctuations du glacier Jakobshavn (Groenland) // Jakobshavn Glacier’s fluctuations (Greenland)

Le projet Oceans Melting Greenland (OMG) de la NASA vient de révéler que le glacier Jakobshavn au Groenland a recommencé à grandir, au moins dans sa partie frontale. Dans une étude publiée dans Nature Geoscience, des chercheurs expliquent que depuis 2016, la glace du Jakobshavn s’est légèrement épaissie grâce aux eaux océaniques relativement froides à sa base; ce qui a provoqué un ralentissement de la fonte du glacier. On se trouve à l’inverse des 20 années écoulées pendant lesquelles le glacier s’était aminci et avait reculé. Toutefois, au vu de ce qui se passe ailleurs sur la banquise groenlandaise et des perspectives climatiques globales, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le niveau de la mer à l’échelle de la planète. En effet, malgré le fait que le Jakobshavn reprenne du volume, la calotte glaciaire du Groenland perd toujours beaucoup de glace. Le glacier ne représente qu’environ sept pour cent de cette calotte glaciaire. En conséquence, même si la croissance du glacier reprenait de plus belle, la perte de masse du reste de la calotte glaciaire l’emporterait sur sa légère expansion.
La situation actuelle du glacier Jakobshavn montre que les conséquences du changement climatique ne vont pas en ligne droite; la situation est complexe et peut comporter de fortes fluctuations. Il y a quelque temps, on pensait que, une fois que les glaciers avaient commencé à reculer, rien ne pourrait plus les arrêter, mais cela n’est plus vrai. D’autres glaciers arctiques connaissent probablement une croissance similaire. Cela suggère que le flux et le reflux des glaciers dans un monde en réchauffement est plus compliqué et plus difficile à prévoir qu’on le pensait auparavant.
Pour expliquer la croissance du glacier Jakobshavn, les scientifiques ont pris en compte une remontée récente d’eau exceptionnellement froide en provenance de l’Atlantique Nord. Le phénomène est particulièrement marqué dans la baie de Disko où, à une profondeur de 245 mètres, la température de l’eau a chuté de deux degrés Celsius depuis 2014. L’eau plus froide a permis au glacier de ralentir sa fonte et même de croître légèrement. Cettre arrivée d’eau froide n’est pas un événement isolé: grâce à l’oscillation nord-atlantique (NAO), un cycle naturel de l’Océan Atlantique qui alterne le chaud et le froid environ une fois tous les 20 ans, des eaux plus froides avancent très loin le long de la côte ouest du Groenland. Cependant, l’oscillation variera à nouveau à un moment donné et les eaux plus chaudes seront de retour.

Le projet OMG de la NASA a commencé en 2016, avec pour but d’étudier le flux et le reflux saisonniers de la glace et de prévoir l’élévation du niveau de la mer ; il s’agit maintenant de déterminer si cette hypothèse est exacte. Les scientifiques déterminent l’épaisseur de la glace en survolant le glacier et en utilisant un cartographe topographique aéroporté qui utilise un radar pour scanner et mesurer la calotte glaciaire avec une précision d’environ 90 centimètres. Alors que de nombreuses recherches climatiques se concentrent sur l’air, le projet OMG étudie l’eau et les glaciers proprement dits. L’action des courants chauds sur les glaciers qui viennent vêler dans l’océan a déjà été observée en Antarctique où 10% des glaciers côtiers sont actuellement en recul. Entre 1991 et 2016, les océans se sont réchauffés en moyenne de 60% de plus par an que ne l’avait estimé le GIEC.
Les variations subies par la glace auront des répercussions significatives, que ce soit pour l’exploitation des minerais, les routes de navigation, la pêche et les revendications stratégiques de la Chine à la Russie. Une réduction des glaciers tels que le Jakobshavn peut signifier que des icebergs moins dangereux se dirigeront vers le sud de l’Atlantique, ou que le vêlage sous l’eau donnera naissance à davantage de blocs de glace. Chaque année, le Jakobshavn déverse dans la mer plus de 20 milliards de tonnes de glace, plus que partout ailleurs dans le monde mis à part l’Antarctique. Plus de 1 000 icebergs ont dérivé en dessous de 48 degrés de latitude nord en 2017. Ils présentent souvent une taille respectable, comme celui qui a coulé le Titanic en 1912.
L’étude de la NASA conclut en nous rappelant que, même si le glacier Jakobshavn prend du volume, il contribue toujours à la montée des océans dans le monde. Le processus ne s’est pas arrêté.
Source: NASA.

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NASA’s Oceans Melting Greenland (OMG) project has just revealed that Greenland’s Jakobshavn Glacier is actually growing, at least at its edge. In a study published in Nature Geoscience, researchers report that since 2016, Jakobshavn’s ice has thickened slightly, thanks to relatively cool ocean waters at its base; this has caused the glacier to slow down its melt. This reverses the glacier’s 20-year trend of thinning and retreating. But because of what is happening elsewhere on the ice sheet, and the overall climate outlook, this is not necessarily a good thing for global sea level. Indeed, despite the fact that this particular glacier is growing, the whole Greenland ice sheet is still losing lots of ice. Jakobshavn drains only about seven percent of the entire ice sheet, so even if it were growing robustly, mass loss from the rest of the ice sheet would outweigh its slight expansion.

The current situation of Jakobshavn Glacier shows that the reality of climate change is not a straight line; it is complex and may include sharp fluctuations. Some time ago, the thinking was that glaciers start retreating and nothing is stopping them, but that notion is no longer true. Other Arctic glaciers may be undergoing similar growth. That suggests the ebb and flow of glaciers in a warming world may be more complicated and harder to predict than previously thought.

To explain why Jakobshavn Glacier is growing, the scientists point to a recent influx of unusually cold water from the north Atlantic. This has been particularly marked in Disko Bay where, at a depth of 245 metres, temperatures have dropped two degrees Celsius since 2014. That colder water has helped the glacier slow its melt and even grow slightly. This influx of cold waters is not an isolated event: Thanks to the North Atlantic Oscillation (NAO), a natural cycle in the Atlantic Ocean that switches back and forth between warm and cold about once every 20 years, cooler waters are penetrating far up the western coast of Greenland. However, the phase will switch again at some point and warmer waters will return.

NASA’s OMG, which began in 2016 to track the ice’s seasonal ebb and flow to help predict global sea-level rise, now plans to determine if that hypothesis is accurate. One way scientists determine ice thickness is by flying above the glacier and using an airborne topographic mapper, which employs radar to scan and measure the ice cap at an accuracy of about 90 centimetres. While much climate research studies the air, OMG studies the water and the glaciers themselves. The interaction of warm currents eroding ocean-facing glaciers already impacts Antarctica; 10 percent of its coastal glaciers are currently in retreat. Between 1991 and 2016, oceans warmed an average of 60 percent more per year than the Intergovernmental Panel on Climate Change has estimated.

From mineral mining to shipping lanes, fishing and strategic claims ranging from China to Russia, the change in the ice has a myriad of ripples. A reduction of ice loss in glaciers like Jakobshavn could mean less dangerous icebergs travelling south into the Atlantic, or it could mean that all the underwater calving could create more ice floes. Twenty billion tons of ice dump into the sea from Jakobshavn annually, more than anywhere besides Antarctica. Over 1,000 icebergs drifted below 48 degrees N in 2017, and they are massive, like the one that sank the Titanic in 1912.

NASA’s study conclude by reminding us that although the Jakobshavn Glacier is growing, it is still contributing to global sea rise. The process has not stopped.

Source : NASA.

Recul du glacier Jakobshavn entre 1850 et 2006 (Source: NASA)

La fonte des glaciers s’accélère ! // Glacier melting is accelerating !

C’est ce qui s’appelle enfoncer une porte ouverte ! Selon une étude scientifique internationale, portée par des chercheurs français, et publiée lundi 8 avril 2019 dans la revue Nature, la fonte des glaciers est plus rapide que prévu. Au cours de la décennie 2006-2016, les glaciers ont perdu 335 milliards de tonnes de glace chaque année et cette fonte s’est fortement accélérée ces 30 dernières années. Selon les auteurs de l’étude, les glaciers perdent chaque année « l’équivalent du stock de glace qu’on a dans les Alpes. »

Pour réaliser leur étude, les chercheurs ont observé 19 000 glaciers dans le monde, de l’Alaska à la Patagonie, des Alpes à l’Himalaya en passant par le Caucase. Des données ont été recueillies entre 1961 et 2016 via photos aériennes et satellites, et des mesures ont également été faites sur place.

L’étude montre que la fonte des glaciers continentaux, avec une perte de 335 milliards de tonnes par an, est supérieure à celle du Groenland qui a perdu 280 milliards de tonnes par an entre 2001 et 2016, et de l’Antarctique (252 milliards de tonnes par an entre 2009 et 2017). Cette quantité de glace qui se transforme en eau contribue davantage à la montée du niveau des océans que la fonte des glaces du Groenland, et davantage aussi que celle constatée en Antarctique. Un chercheur explique que « le déstockage de glace des glaciers continentaux fait monter le niveau des mers d’environ 1 mm par an. »

Les glaciers les plus touchés en épaisseur de glace sont ceux des régions tropicales au niveau de la Cordillère des Andes en Amérique du Sud et du Kilimandjaro en Afrique, qui perdent un mètre par an. Ces glaciers sont suivis par ceux du Caucase et des Alpes. En 55 ans, on a perdu à peu près 7% du volume de glace sur les glaciers continentaux.

Au rythme actuel les chercheurs estiment que les glaciers auront perdu la majeure partie de leur volume après 2050.

Source : France Info.

Suite à plusieurs voyages effectués sur le continent nord américain (Alaska, Canada, Etats-Unis) et dans les Alpes, j’alerte depuis plusieurs années sur la fonte des glaciers, en particulier dans l’Arctique. Mon dernier livre « Glaciers en Péril, les effets du réchauffement climatique » dresse un bilan de la situation glaciaire dans le monde. Il s’accompagne d’un CD de 160 photos mettant en évidence une situation extrêmement préoccupante.

Le prix du livre et de son CD est de 10 euros de la main à la main, en particulier à l’occasion de conférences, salons et d’expositions photo.

Sinon, il est disponible au prix de 15 euros par correspondance. Il suffit pour cela d’envoyer un message à  mon adresse électronique (grandpeyc@club-internet.fr) en n’oubliant pas de me laisser vos coordonnées postales.

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This is called pushing an open door! According to an international scientific study, carried by French researchers, and published on Monday, April 8th, 2019 in the journal Nature, glacier melting is faster than expected. During the 2006-2016 decade, glaciers lost 335 billion tonnes of ice each year and this melting has accelerated sharply over the last 30 years. According to the authors of the study, glaciers lose each year « the equivalent of the ice we have in the Alps. »
To carry out their study, the researchers observed 19,000 glaciers in the world, from Alaska to Patagonia, from the Alps to the Himalayas via the Caucasus. Data were collected between 1961 and 2016 via aerial photos and satellites, and measurements were also made on site.
The study shows that the melting of continental glaciers, with a loss of 335 billion tonnes per year, is greater than that of Greenland which lost 280 billion tonnes per year between 2001 and 2016, and Antarctica (252 billion tons per year between 2009 and 2017). This amount of ice that turns into water contributes more to rising sea levels than the melting ice of Greenland, and more so than that found in Antarctica. One researcher explains that « the depletion of ice from continental glaciers raises sea levels by about 1 mm a year. »
The glaciers most affected in ice thickness are those in the tropical regions of the Andes Cordillera in South America and Kilimanjaro in Africa, which lose one metre per year. These glaciers are followed by those from the Caucasus and the Alps. In 55 years, we have lost about 7% of the ice volume on continental glaciers.
At the current rate, researchers estimate that glaciers will have lost most of their volume after 2050.
Source: France Info.

Following several trips on the North American continent (Alaska, Canada, United States) and in the Alps, I have been warning for several years about melting glaciers, especially in the Arctic. My latest book « Glaciers en Peril, les effets du réchaffement climatique » describes the glacial situation in the world. It is accompanied by a CD of 160 photos highlighting a situation of extreme concern.
The price of the book and its CD is 10 euros from hand to hand, especially at conferences, and photo exhibitions.
Otherwise, it is available at a price of 15 euros by mail. It suffices to send a message to my email address (grandpeyc@club-internet.fr), not forgetting to indicate your postal address.

Glacier Athabasca (Canada)

Columbia Glacier (Alaska)

Glacier d’Argentière (Alpes françaises)

[Photos: C. Grandpey]

Groenland : Nouvelle accélération du glacier Petermann // Greenland : The Permann Glacier is again accelerating

Dans une note mise en ligne le 18 avril 2017, j’attirais l’attention sur le comportement du glacier Petermann au Groenland. A cette époque, les scientifiques avaient décelé sur les images satellitaires une nouvelle fracture dans la plateforme glaciaire, avec le risque d’une une rupture spectaculaire dans les années à venir.

Le glacier Petermann, situé à 80 degrés de latitude nord, constitue l’une des principales portes par lesquelles la calotte glaciaire du Groenland s’écoule dans la mer. En 2010 et 2012, la plateforme flottante du glacier a déjà laissé s’échapper des morceaux extrêmement importants. Ainsi, un iceberg produit en 2010 avait une superficie de 251 km2. Un autre en 2012 présentait une surface de 147 km². Cette fracturation à répétition de la plateforme est un gros problème parce que le glacier Petermann  retient une partie de la banquise du Groenland qui, si elle devait prendre le chemin de la mer, ferait monter son niveau d’une trentaine de centimètres.
Une étude récente effectuée par des glaciologues allemands et publiée en janvier 2019 dans le Journal of Geophysical Research révèle que la vitesse d’écoulement du glacier Petermann s’est accrue de 10 % par rapport à l’hiver 2011 et de nouvelles fractures sont apparues 12 km en amont du front glaciaire, indiquant la formation possible d’un nouvel iceberg. Les images satellite montrent que le glacier s’écoulait à une vitesse de 1135 mètres par an en 2016, phénomène que les chercheurs expliquent comme une conséquence du vêlage de 2012. La perte de glace a réduit la longueur de langue et a donc amoindri les frottements de la masse glaciaire contre les parois du fjord qui freinent  son écoulement. Le détachement d’un autre iceberg pourrait accélérer encore la vitesse du glacier.

Les glaciologues ne peuvent pas dire à la seule observation des données satellitaires si l’accélération découlement du glacier Petermann est causée par le réchauffement de l’atmosphère ou de l’eau de mer au Groenland. Néanmoins, les scientifiques expliquent que l’accélération du glacier Petermann est un signal important. Contrairement aux glaciers du sud-est et du sud-ouest du Groenland, ceux du nord de l’île étaient restés relativement stables jusqu’à présent; mais la situation semble avoir changé. Depuis 2002, la banquise et les glaciers du Groenland ont perdu en moyenne 286 milliards de tonnes de glace par an. Cette perte de masse est due avant tout à l’accélération de la fonte de surface en été. Le vêlage des icebergs a également augmenté. Les glaciers du Groenland perdent maintenant un quart de glace de plus sous forme d’événements de vêlage que pendant 1960-1990 qui sert de période de référence. Les causes potentielles incluent des courants océaniques plus chauds qui font fondre les langues glaciaires par en dessous, et les eaux de fonte qui s’infiltrent dans les fissures et les crevasses jusqu’à atteindre le soubassement des glaciers où elles jouent le rôle de lubrifiant et provoquent une accélération de l’écoulement de la glace. L’augmentation globale annuelle du niveau de la mer est d’environ 3,3 millimètres ; la perte de glace au Groenland y contribue actuellement pour environ 0,7 millimètre.

Voici une animation du vêlage du glacier en 2012 : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/transcoded/b/b2/Wild_Arctic_Summer.ogv/Wild_Arctic_Summer.ogv.480p.webm

Source : Presse scientifique.

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In a post released on April 18th, 2017, I drew attention to the behaviour of the Petermann Glacier in Greenland. At that time, scientists had detected on satellite images a new crack in the floating ice shelf with the risk of a spectacular break in the coming years.
The Petermann Glacier, located in the high Arctic at 80 degrees North latitude, is one of the most important outlets through which the Greenland icecap flows into the sea. In 2010 and 2012, the glacier’s floating platform has already released extremely large pieces. For example, an iceberg produced in 2010 had an area of ​​251 km2. Another in 2012 had an area of ​​147 km². This repetitive breaking of the platform is a big problem because the Petermann glacier retains part of the Greenland ice sheet which, if it were to flow into the sea, would raise its level by about thirty centimetres.
A recent study conducted by German glaciologists and published in January 2019 in the Journal of Geophysical Research reveals that the flow rate of the Petermann glacier has increased by 10% compared to winter 2011 and new fractures have appeared. 12 kilometres upstream of the ice front, indicating the possible formation of a new iceberg. Satellite imagery shows that the glacier was flowing at a speed of 1135 metrs per year in 2016, a phenomenon that the researchers explain as a consequence of the calving in 2012. The loss of ice has reduced the length of the ice tongue and thus also reduced the friction of the glacial mass against the walls of the fjord which slow down its flow. The detachment of another iceberg could further accelerate the speed of the glacier.

The question of whether these changes are due to the warming atmosphere over Greenland, or to warmer seawater, is not an aspect that glaciologists could investigate using the satellite data.  Nevertheless, the experts consider the acceleration of Petermann Glacier to be an important signal. Unlike the glaciers in southeast and southwest Greenland, those in the island’s northern reaches had remained largely stable; but the situation now appears to have changed. Since 2002, the Greenland Ice Sheet and the island’s glaciers have lost an average of 286 billion tonnes of ice per year. This loss of mass is above all due to intensified surface melting in the summer. Iceberg calving has also increased: Greenland’s glaciers are now losing a fourth more ice in the form of calving events than in the comparison period (1960 to 1990). Potential causes include warmer ocean currents, which melt the glaciers’ floating tongues from below; and meltwater, which percolate into cracks and crevasses until it reaches the glacier bed, where it acts like a lubricant, causing ice flows to accelerate. The total annual global sea-level rise is about 3.3 millimetres, of which the loss of ice on Greenland is currently contributing about 0.7 millimetres.

Here is a timelapse video of the glacier in 2012 : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/transcoded/b/b2/Wild_Arctic_Summer.ogv/Wild_Arctic_Summer.ogv.480p.webm

Source: Scientific press.

Source: NASA